‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 41 sur 269 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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La Révolution française date de l'ouverture des états généraux, dont la première séance, on s'en souvient, eut lieu dans la grande salle de l'hôtel des Menus, à Versailles, le mardi 6 mai 1789. A cette époque, la « ville et comté de Beaumont en Périgord " (c'est ainsi qu'on la désignait alors dans les actes officiels) avait pour seigneur M. Léonard de Paty, qui habitait Luisiés, et était administrée par M. Jacques Laroque de Belerd, maire.

On sait avec quelle rapidité marchèrent les événements.

Le 17 juin, les députés du tiers état, auxquels devaient se joindre bientôt les membres du clergé et de la noblesse, se déclarèrent Assemblée nationale. C'était une révolte ouverte contre la monarchie absolue.

Trois jours plus tard, le 20 juin, au cours de la fameuse séance tenue dans la salle du Jeu de paume, ces mêmes députés du tiers arrêtent que <> tous les membres de l'Assemblée nationale prêteront à l'instant serment solennel de ne jamais se .séparer, et de se rassembler partout où les circonstances l'exigeront, jusqu'à ce que la constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides •>. La révolte contre la royauté s'accentuait : c'était la .souveraineté du peuple opposée à la souveraineté du roi.

Le 14 juillet, le peuple de Paris, qui avait pris le drapeau et la cocarde aux trois couleurs rouge, bleu et blanc, comme

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symbole de la fusion des trois ordres, marche contre la Bastille et s'en empare après une lutte acharnée, qui dure (juatrc heures et qui coûte deux cents hommes aux assaillants.

De son côté, l'Assemblée nationale prend le nom d'Assemblée constituante et, à ce titre, s'occupe de donner une constitution au royaume.

Déjà, dans la nuit du 4 août, à la suite de l'intervention du vicomte de Noailles, déclarant que la crise avait pour cause unique les droits seigneuriaux, restes odieux de la féodalité, les députés suppriment tous les privilèges. Seize jours plus tard, le 20 août, l'Assemblée formule les premiers articles de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont les principaux rédacteurs furent La Fayette, Talleyrand, l'abbé Siéyès et Mounier. Le 24 août, elle décrète la liberté des cultes et la liberté de la presse. Le 14 décembre, elle promulgue le décret fixant la constitution des municipalités.

Le 15 janvier suivant (i/Qo), elle divise le territoire du royaume en quatre-vingt-trois départements, chaque département se divisant en districts (l'équivalent de notre arrondissement actuel), les districts en cantons, les cantons en communes ou municipalités.

Les députés de la Constituante abolissent ensuite successivement : le 13 février, les vœux monastiques et tous les ordres religieux; le 24 février, tous les droits féodaux; le 19 juin, tous les titres de noblesse, les ordres militaires, les armoiries, les livrées et, en général, toute espèce de distinction honorifique.

Le 12 juillet de la même année, ils décrètent la Constitution civile du clergé, sur laquelle nous aurons à revenir à propos du service du culte dans le canton de Beaumont.

Ils élaborent, enfin, continuant leur œuvre de démolition et de restauration, une foule d'autres décrets, dont l'ensemble, avec ceux indiqués plus haut, forme la Constitution dite de 1791.

\^2i Constitution de 1791 fut terminée le 3 .septembre. Le roi l'accepta le 1.5 du même mois. Le lendemain, i \ septembre, il se rendit à la .salle du Manège où siégeait l'.As.scmblée (>t, là, en présence des députés, il jura solennellement d'employer tout le

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pi)U\uir (ivii lui était délégué pour la faire exécuter. ICt il ajoutait : vv Puisse cette grande et mémorable époque être le gage de la réunion de tous les Français, l'aurore de la paix et du bonheur de la France. »

Hélas, ces vœux, si naturels chez un roi qui aime son peuple, ne devaient pas être exauces.

A l'Assemblée constituante succéda, le i'^'' octobre 1791, une nouvelle assemblée. l'Assemblée le'gislative. Les députés de la législative, hommes nouveaux, hommes aussi d'opinions très différentes, se groupèrent, d'après leurs aspirations politiques, en trois partis, que nous retrouverons dans nos assemblées municipales : il y avait d'abord les constitutionnels, hommes modérés, qui tenaient à l'application stricte de la constitution de 1791 : puis, les girondins, encore des modérés qui, tout en restant rovalistes, auraient voulu réduire la puissance du roi au point que celui-ci fût pour ainsi dire un président de république héréditaire: enfin, les jacobins, beaucoup plus avancés, royalistes aussi au début, mais bientôt s'insurgeant contre la royauté et finissant par l'abolir.

Ces différents partis, en dehors des séances de l'assemblée, avaient l'habitude de se réunir dans des sociétés ou clubs, qui siégeaient dans les anciens couvents des feuillants, des jacobins, des cordeliers. De là les noms de Club des feuillants, Club des jacobins, Club des cordeliers, qui reviennent à chaque instant dans l'histoire de la Révolution française. Les clubs des jacobins et des cordeliers étaient les rendez-vous des républicains les plus avancés et c'étaient eux, le Club des cordeliers surtout, qui donnaient le mot d'ordre dans ce qu'on appelle les journées révolutionnaires.

L'Assemblée législative, entrée en fonction le i'^''" octobre 1791, prit fin le 22 septembre 1792. Elle dura un peu moins d'un an. Quoique fort courte, elle fut marquée par des événements importants.

C'est d'abord, à la date du 20 avril 1792, la déclaration de guerre à l'Autriche, point de départ d'une guerre européenne qui devait .se prolonger, presque sans trêve, jusqu'à la fin de l'Empire.

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Ce sont, d'autre part, les lois très rigoureuses que vota l'Assemblée contre les émigrés, les prêtres réfractaires et leurs familles. Ces lois, dites lois contre les suspects, Louis X\'I refusa de les sanctionner et, pour employer une expression de l'époque, il leur opposa son veto (mot latin qui veut dire je m'y oppose). Cette opposition du roi amena la journée du 20 juin. Soulevées par Danton, Santerre et Camille Desmoulins, deux colonnes, fortes chacune de plusieurs milliers de per.sonnes, armées de sabres, de piques, de fourches, de faux, en\'ahissent les Tuileries, pénètrent dans les appartements du roi et défilent fièrement devant lui, en l'accablant de leurs sarcasmes, de leurs menaces et en criant : à bas monsieur Veto. L'un d'eux lui couvre la tête d'un bonnet phrygien; un autre, le boucher Legendre, lui jette à la face cette véhémente apostrophe : " Monsieur, vous êtes un perfide; vous nous avez toujours trompés; vous nous trompez encore; mais prenez garde, la mesure est comble. »

Après la journée du 20 juin, nous avons la journée du 10 août. Ce jour-là, le peuple de Paris, dans un véritable mouvement insurrectionnel, se porte de nouveau vers les Tuileries avec fusils et canons et, cette fois, engage une véritable bataille contre les 900 Suisses qui en avaient la garde. Il en tua boo sur 900 et s'empara du palais. Les assiégeants, de leur côté, eurent 376 hommes mis hors de combat. Au début de la lutte, le roi et sa famille, .soit par crainte, soit par prudence, étaient venus demander asile à l'assemblée qui siégeait tout à côté, dans la salle du Manège. L'assemblée .suspendit le roi de ses fonctions et l'enferma, avec sa famille, au Luxembourg d'abord, puis, un peu plus tard, dans la prison du Temple.

L'insurrection, désormais, était maîtresse de Paris. C'est alors que les révolutionnaires, au comble de la fureur contre les royalistes, portés à voir un ennemi dans quiconque n'est pas avec eux, organisent, dans tous les quartiers de Paris, des visites domicilières et entassent pêle-mêle dans les prisons de la capitale tous les citoyens, nobles, prêtres ou bourgeois, qu'ils soupçonnent de complicité, soit avec le roi, soit avec les royalistes émigrés.

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Sur ces entrefaites, les Prussiens et les émi^e:rés entrent en Lorraine et l'on apprend, coup sur coup, la fuite de La Fayette avec une partie de son état-major (iq août), la prise de Longwy (24 août), l'investissement de Verdun (30 août) et la marche des armées ennemies sur la capitale. A ces nouvelles, une sorte de désespoir s'empare des révolutionnaires parisiens. Le dimanche 2 septembre, on bat la générale, le tocsin sonne et le peuple en armes se prépare à se porter en Champagne à la rencontre des envahisseurs, quand des jacobins, poussés par Marat et autres, se mettent à leur crier que ce n'est pas en Champagne, mais dans les prisons, que se trouvent leurs plus dangereux ennemis et qu'il faut, tout d'abord, se débarrasser des prisonniers. Et ces hommes, transformés en bandes d'égorgeurs (on estime leur nombre à 200 ou 300 individus), courent aux prisons et, pendant quatre jours et quatre nuits, aux Carmes, à l'Abbaye, à la Force, au Château, à la Conciergerie, à la Salpètrière, à Bicêtre, font des milliers de victimes.

Quinze jours plus tard, le 20 septembre, la Législative cédait la place à la Convention. Elle avait fini, comme on le voit, dans le crime et dans le sang.

Pendant que de si graves événements se déroulaient dans la capitale, voyons ce qui se passait (tout, fort heureu.sement, y fut beaucoup plus calme) dans notre petite ville de Beaumont.

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