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LES ÉLECTIONS AUX ÉTATS GÉNÉRAUX

Du !'''■ au 10 mars (1789), les cloches des paroisses furent mises en branle pour convoquer le peuple à la rédaction des caliiers. Le peuple, à cet appel, prit, comme d'habitude, le che-

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min de son église. Là, était le forum où se constituait, chaque dimanche, à l'ombre du clocher, une sorte de vie commune- La rédaction des doléances, la nomination des délégués chargés de porter les cahiers à l'assemblée de la sénéchaussée, se hrent sans tumulte et avec une certaine gravité. L'opération eut lieu presque partout dans l'église ou sur le seuil de l'église. Toute laïque qu'elle fût, elle empruntait une sorte de caractère religieux au cadre local et aux circonstances politiques. Cette procédure électorale était, en effet, comme une extension du culte, et le droit divin avait encore assez de croyants pour qu'aux yeux des paysans, la divinité parût présente à cette communion d'un roi et d'un peuple ^ »

La ville de Beaumont, comme toutes les paroisses de la sénéchaussée du Périgord, répondit à l'appel du roi et, après délibération dans sa vieille église gothique, rédigea son cahier de doléances. J'aurais bien voulu le reproduire ici, mais je n'ai pu m'en procurer ni la minute ni la copie. Nous en avons fort heureusement un grand nombre des autres paroisses et, comme ils .se ressemblent tous, dans le fond sinon dans la forme, il nous est facile, rien que par l'expression des vœux qui y sont exprimés, de nous faire une idée exacte de l'esprit public en Périgord à la \eille de la Révolution.

Les assemblées paroissiales n'eurent pas seulement pour but de rédiger des cahiers. Elles eurent aussi, les cahiers une fois rédigés et approuvés, à élire des délégués qui les porteraient au chef-lieu de la sénéchaussée et là, dans une assemblée générale, nommeraient à leur tour leurs représentants aux états généraux. Rappelons, à ce sujet, que le nombre des représentants, pour le Périgord, avait été fixé à environ 1.200, à répartir parmi les trois ordres : le clergé, la noble.s.se et le tiers état. Jusqu'ici, le tiers état, bien que numériquement le plus fort, avait été complètement sacrifié, n'ayant pour représentants qu'un nombre égal à celui de chacun des deux autres ordres. C'était légal, mais ce

I. G. BcssiKRE, lihiliiw /lis/oriifitfs sur l.i Rr-colution en Prri oord. 2" partie Bordeaux i88s, p. O7.

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n'était pas juste. Dans un écrit célèbre, Siéyès montrait qu'il y avait, en France, loo.ooo nobles et 80.000 ecclésiastiques et il ajoutait : » voilà 180.000 privilégiés; comparez ce nombre à celui de 25 millions d'honmies et décidez la question. » 11 demandait en conséquence que le tiers état ait, à lui tout seul, autant de députés que les deux autres ordres ensemble. C'est ce qu'on appelait le doublement du tiers. Les deux ordres privilégiés s'éle\èrent naturellement contre une mesure qui allait leur enlever la prépondérance au profit du troisième ordre. Mais Xecker triompha de cette opposition et fit accepter par le roi le doublement du tiers.

En Périgord, les délégués des trois ordres, avec leurs cahiers individuels, se réunirent à Périgueux, en assemblée générale, le 16 mars 1789. La première séance eut lieu dans la basil que de Saint Front; sous la présidence du grand sénéchal, gouverneur de la province, qui était alors le marquis de Verteillac. Après une messe du Saint Esprit et le chant du Voii Creator, le sénéchal prit place sur un siège élevé spécialement pour lui dans la grande nef. Autour du sénéchal, se rangèrent les délégués des trois ordres : le clergé, à droite; la noblesse, à gauche; le tiers état, en face. Quatre discours furent prononcés : le premier par M. Cirossoles de Flammarens, évêque de Périgueux, au nom du clergé ; le second, par le prince de Chalais, au nom de la noblesse ; les deux autres, au nom du tiers, par MM. Fournier Lacharmie, lieutenant général de la sénéchaussée, et le lieutenant assesseur Lagrèze. L'n discours seulement pour chacun des deux ordres privilégiés, deux discours pour le tiers état : c'était, comme le fait remarquer Bussière {loc. cit.) <( une première affirmation du doublement du tiers ».

Les allocutions terminées, on passa à la prestation du serment prescrit par le règlement, serment qui devait être le même pour les membres des trois ordres. Tous les délégués, à quelque ordre qu'ils appartinssent, avaient à jurer de procéder fidèlement, <( d'abord, à la rédaction d'un seul cahier, s'il était ainsi convenu par les trois ordres ou, séparément, à chacun de celui des dits ordres; ensuite à l'élection, par la voie du .scrutin, de

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notables personnages, au nombre et dans la proportion déterminés par la lettre de Sa Majesté, pour représenter aux états généraux les trois états de la sénéchaussée. » Cette formule, on le voit, impliquait nettement la reconnaissance du » doublement du tiers », question brûlante, jetée comme un abîme entre les deux ordres privilégiés et le tiers état. La noblesse et le clergé, qui s'y étaient toujours opposés, supprimèrent cette dernière partie et, sur une formule ainsi tronquée, ils prêtèrent le serment. Quant aux membres du tiers, à l'unanimité, ils prêtèrent le serment dans les termes indiqués plus haut, sans y apporter la moindre modification.

Puis, les trois ordres ayant décide d'un commun accord que chacun garderait sa personnalité, les membres du clergé, les membres de la noblesse et ceux du tiers état .se retirèrent dans leurs salles respectives, pour rédiger leur cahier définitif d'abord, puis pour élire leurs députés aux états généraux. Ces députés avaient été fixés à huit pour le Périgord : deux pour le clergé, deux également pour la noblesse et quatre pour le tiers état.

La noblesse se réunit dans l'église du couvent des Augustins. Dans son cahier, elle se montre ardente dans la conservation de ses prérogatives. Elle fait bien quelques concessions sans doute, mais on sent qu'elle les fait péniblement, comme à regret et sous la pression d'événements auxquels elle ne peut se soustraire. Elle accepte, notamment, la renonciation à l'exemption d'impôts et jusqu'aux droits féodaux, mais sous réserve d'une indemnité. Au point de vue politique, elle est pour le maintien de la monarchie héréditaire, le corps politique se divisant en trois ordres (clergé, noblesse et tiers état), le vote par ordre, avec égalité d'influence aux assemblées de la nation : elle ne peut se résigner au doublement du tiers, qui donnerait à ce dernier une prépondérance manifeste. En matière d'impôts, elle demande que le droit d'octroyer l'impôt soit exclusivement confié aux états généraux, ainsi que leur répartition proportionnelle entre les provinces : aux états particuliers ou provinciaux serait réservé le soin de répartir, percevoir et verser l'impôt dans le tré.sor national.

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Les membres de la noblesse choisissent pour représentants le comte de La Rociue de Mons et le marquis de Foucaud de Lanlimalie.

Le liergc, lui, s'assembla dans la salle du Collège, le 19 mars, sous la présidence de M. de Flammarens, évêque de Périgueux. La première séance fut marquée par un incident grave et nettement significatif. M. de Flammarens ayant demandé que les cahiers remis par les paroisses, au -lieu d'être envoyés à une commission, comme le voulait le règlement, seraient tous lus séparément et en séance publique, souleva dans l'assemblée, principalement parmi les membres du bas clergé, de violentes protestations et, finalement, essuya un refus. L'évêque, en face d'une opposition, qui l'étonna peut-être, mais dont il mesura bien vite la portée, quitta la salle, bien résolu à ne prendre aucune part désormais aux travaux de l'assemblée.

Il fut remplacé, au fauteuil de la présidence, par Jean Louis Penchenat, abbé de Chancelade.

Les membres du clergé nommèrent alors une commission chargée d'étudier les cahiers particuliers des paroisses et de les condenser en un cahier unique, qui serait le cahier de l'ordre. Ce cahier fut remis le 22 mars. Lecture en fut faite à l'assemblée qui, séance tenante, approuva tous les articles à l'unanimité. Le clergé périgourdin, « au point de vue politique, entendait maintenir dans ses droits l'autorité' royale, en réformant ses abus sans toucher à ses antiques bases. C'est dire qu'il se retranchait, lui aussi, dans la distinction des trois ordres. 11 proposait, dans cet esprit, nombre de sages règlements relatifs à l'ordre public, sur l'insuccès desquels gémirent, deux ans après, ses mandataires. Au point de vue ecclésiastique, il envisageait son patrimoine comme hors de discussion et d'atteinte : la dîme était inattaquable en principe; il se contentait de proposer l'uniformité de sa perception. Il demandait la fondation de maisons d'éducation pour les jeunes ecclésiastiques, de maisons de retraite pour ses vieillards et ses infirmes. Il témoignait du discrédit de la vie monastique, en réclamant, comme un grand nombre de cahiers du tiers, la conventualité dans les monastères par leur I. 8

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réunion. Une de ses propositions .les plus hardies parait a\uir été la répartition moins injuste des revenus ecclésiastiques. Était-ce là le coup qu'avait vu venir M. de Flammarens? L'évêque de Périgueux ne pouvait non plus manquer de froncer le sourcil devant un de ces vœux qui tendait au rétablissement des synodes ou conseils provinciaux, c'est-à-dire qui lui retirait des mains le gouvernement absolu de son diocèse. Sans être révolutionnaires, l'attitude et les résolutions de l'assemblée dénotaient des velléités de contrôle, dont le haut clergé ne pouvait s'accommoder, crovant avoir seul le droit de faire la loi et n'étant nullement disposé à la recevoir. Prunis, dans l'avertissement précité, protestant contre le reproche d'indépendance dont l'évêque de Périgueux avait flétri son clergé, caractérisa les dispositions de la majorité de l'ordre, en disant : le clergé n'était pas indépendant, mais il voulait être libre ^. »

Au moment du vote pour le choix de leurs représentants, les membres du clergé, comme pour protester contre la conduite de leur évêque, portèrent leurs voix sur deux curés de campagne, M. Laporte, curé de Saint Martial d'Hautefort, et M. Delfau, curé de Daglan.

En même temps que les deux ordres privilégiés, le tiers état se réunit en assemblée générale dans l'église de Saint Silain. Son premier acte fut de nommer une commission chargée de rédiger son cahier de doléances. Cette commission se composait de douze membres : six pour la sénéchaussée de Périgueux, Paulhiac de la Sauvetat, Faurieu de Villepré, Teillac, Lespinasse, Fabre et Fournier de la Charmie; quatre pour la sénéchaussée de Sarlat, de Grézis, Loys, Maleville et Bouquier; deux pour la sénéchaussée de Bergerac, Bontemps et Gontier de Biran, le cousin germain du philo.sophe Maine de Biran.

La rédaction du cahier fut terminée le 20 mars. Il comprenait soixante articles dont voici les principaux, sommairement résumés. Le tiers état désire :

I" Que les états généraux .soient convoqués dans trois ans

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