‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 43 sur 269 · j. BcsMTRi:, /«■ . lit. |i. i<)S · texte numérisé non relu

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KTAT i)i:si'Kii ni-: i \ roiM i ai ion kikai !•: 113

et ([ironsuitc ils le soient périodicjuoinciu tous les eiiu[ ans

2" On on y \c)te par tête et non par ordre et que le tiers y ait an moins autant de voix que les deux antres ordres réunis {A ri. II):

30 Qu'aucune loi ne puisse être établie sans le concours du roi et de la nation assemblée anx états généranx (Art. IV);

4" One tous les impôts directs, même les dîmes ecclésiastiques, soient réunis sous une même dénomination et répartis par les états généraux sur les provinces, et par les états particuliers sur les paroisses; qu'ils soient perçus en vertu du même rôle, sur lequel tous les habitants et propriétaires seront portés sans distinction d'ordre, de rang, ni de privilèges {Art. V) ;

50 Que les ministres soient comptables de leur administration envers la nation et punis, en cas d'abus, suivant l'exigence des cas {Art. IX) ;

6" Que soient rétablis les états particuliers de la province du Périgord sans union avec aucune autre... et que lesdits états particuliers soient alternativement tenus dans les villes de Périgueux, Sarlat et Bergerac {Art. X);

70 Rachat des corvées personnelles par un impôt également réparti sur les trois ordres de l'État et véritablement employé à la construction et rétablissement des chemins et autres ouvrages publics {Art. XXIII);

8^ Suppression gratuite des droits de banalité, boucherie dans les campagnes, péage, guet et garde et autres contraires à la liberté des personnes et du commerce {Art. XXVII);

90 Qu'il soit permis à tout propriétaire d'avoir des armes chez lui pour la défense de son bien et de sa personne; qu'il .soit autorisé à détruire le gibier sur ses propres fonds {Art.X);

10° Que chaque ville .soit autorisée à nommer ses officiers municipaux et à régir .ses revenus {Art. XXXII);

iio Que toutes les abbayes en commende soient supprimées, ainsi que les monastères..., et que leurs biens abandonnés soient employés partie au soulagement des pauvres et partie aux besoins de l'État {Art. XXXVII);

Il6 LES DÉBITS DE I.A RHVOUTIOX

12° Augmentation des portions congrues au-dessus de sept cents livres; suppression du casuel dans les paroisses de campagne, sauf aux archevêques et évêques à pourvoir par des unions au sort des curés pauvres {Art. XXXVIII);

1^° Admission du tiers aux places militaires, de l'Eglise et de la haute magistrature et que toutes lois et arrêtés à ce contraire soient de nul effet et comme non avenus {Art. XLI);

140 La liberté de la presse, sauf à punir les faiseurs de libelles et ceux qui écriraient contre la religion et contre les mœurs {Art. XLII).

A noter, dans ces diverses revendications, l'universalité de l'impôt, la responsabilité des ministres envers la nation, le droit pour les villes de nommer leurs officiers et de régir leurs revenus, la suppression des abbayes et des monastères, l'admission du tiers aux places militaires, de l'Église et de la haute magistrature, la liberté de la presse... Nous sommes loin, bien loin du régime féodal !

Les voix du tiers se portèrent, pour représenter l'ordre, aux états généraux, sur Fournier de la Charmie, lieutenant général de la sénéchaussée de Périgueux ; Loys, avocat à Sarlat; Paulhiac, avocat; Gontier de Biran, lieutenant général de la sénéchaussée de Bergerac.

Comme on le voit par leurs cahiers, les trois ordres tiennent, à un égal degré, à leurs prérogatives. Les membres du tiers état, jusqu'ici sacrifiés, demanderont beaucoup, ayant toujours présent à l'esprit le titre célèbre d'un mémoire de vSiéyès : « Qu'est-ce que le tiers état? Tout. Qu'a-t-il été' jusqu'ici ? Rien. Que veut-il être? Quelque chose. » De leur côté, le clergé et la noblesse, ordres privilégiés, tout en proposant quelques concessions, n'accorderont jamais que ce qu'ils seront impuis.sants à conserver. Il existe donc entre les trois ordres des dissensions profondes, trop profondes pour qu'il puisse intervenir un accord entre eux .sans de grands sacrifices de la part de la noblesse et du clergé. Sous un calme apparent, les esprits sont surchauffés et dans les conflits, légers encore, survenus dans le cadre modeste de notre assemblée \no-

KiAi Di'Si'uir 1)1-: i.A l'oi'ii AiroN ktkaiiv 117

vinciale. on pressent les grands orages qui, bientôt, éclateront ilans nos assemblées nationales.

l'n fait intéressant et que les historiens de notre Révolution n'ont pas manqué de souligner, c'est que, dans ce grand mouvement de tout un peuple élevant vers le trône ses doléances et ses vieux, les rédacteurs des cahiers, à quelque ordre qu'ils appartiennent, sont, à l'égard du roi, d'un parfait loyalisme. On blâme ses ministres, on flétrit les abus de son administration, on va même jusqu'à discuter l'étendue de son autorité; mais, quand il s'agit de sa personne, on ne critique plus et on s'incline devant elle avec respect, avec amour. Louis XVI était un monarque universellement aimé de .son peuple. Les habitants de Montignac, dans leur cahier, le désignent sous le nom de « père commun >. Dans le cahier de la paroisse de Sencenac, il est traité tour à tour d'« ineffable », d'« invincible », d'" illustre tige », de ■' soleil éclatant ». Dans celui de la paroisse de Jaure, près Bergerac, nous voyons exprimer le regret que l'Etre suprême n'ait pas accordé au roi r« immortalité physique ». Le clergé, dans son cahier définitif, demande, comme nous l'avons déjà vu, le '< maintien dans ses droits de l'autorité royale, sans toucher à ses antiques bases ». De son côté, la noblesse, malgré ses nombreux griefs contre Louis XVI, n'en exprime pas moins « sa reconnaissance aux louables intentions d'un monarque, dont les vertus personnelles soutiennent seules la chose publique. » Les délégués du tiers état eux-mêmes jettent leur note dans ce concert d'éloges, en assurant le roi de leur « .soumission » et de « leur vive reconnaissance ».

A ces quelques citations, je pourrais en ajouter bien d'autres. Mais elles suffisent amplement pour établir que, à la veille de l'ouverture des états généraux, nos populations du Périgord, comme celles de la France entière, .sont pleines de respect pour leur roi et ne .songent nullement à le renverser pour le remplacer par un gouv^ernement démocratique. " L'esprit public, en Périgord, écrit H. Labroue dans son excellent livre ^ du moins dans

I. H. Labuoi-r, L'Hspril piihlir en Dordooyic pciiii.ml Li Rc-coliitian, Paris, 191 1.

ii8 LKS DKuris 1)1-: la Kihoi.rnoN

la mesure où il se manifesta et où il triompha, soit dans la rédaction des cahiers, soit dans les élections n'était en i/Sq ni républicain ni démocratique. Personne ne songeait à la République, c'est-à-dire à la souveraineté nationale, substituée à la souveraineté personnelle; on ne souhaitait que des réformes opérées au sein de la monarchie et susceptibles de la régénérer. Personne non plus, ou presque personne, ne songeait à l'égalité politique, c'est-à-dire au suffrage universel et à la démocratie. Cependant, alors que le mot de république n'est même pas prononcé, on trouve, sinon les mots de suffrage universel, du moins ceux de « volonté générale» et de « consentement national», dans le cahier de Thénac, par exemple. Plus ou moins consciente, l'idée démocratique n'est donc pas ab.solument étrangère au mouvement d'opinion qui se produit en Périgord, en 1789 : ce qui tend à prouver, comme l'a remarqué Aulard, que la démocratie se popularisait avant la République et en facilitait ain.si l'avènement. »

Jusqu'ici, dans les revendications des paroisses, nous avons vu entrer en scène le clergé, la noblesse et, dans le tiers état, les bourgeois et les artisans. Les paysans, que l'on a pu, non sans rai.son, appeler le quatrième état, sont restés aux champs, réservés, silencieux et comme indifférents à tout ce qui se passait autour d'eux. Un événement, aussi imprévu qu'inexpliqué, vint brusquement les réveiller de leur torpeur et, en quelques jours ou même en quelques heures, les grouper en bandes armées : c'est ce que l'on appelle la grande peur {la grando paou).

Dans les derniers jours de juillet, exactement le 29 et le 30, en Limousin et en Angoumois, sur les limites septentrionales de notre Périgord, un bruit se répand soudain, parti de je ne sais d'où, qu'une troupe de gens armés, venant de Paris, parcourent les campagnes en mettant tout à feu et à sang. Ici, ce sont des brigands; là, des galériens échappés du bagne; plus loin, des Pandours, des Maures; ailleurs des Espagnols; ailleurs encore, un corps d'Anglais, au nombre de 2.000, de 4.000, de 6.000, de 14.000 à 18.000. Une nouvelle aussi terrifiante se propage de proche en proche avec une rapidité inouïe et, dans toutes les parois- .ses, soit le jour, soit la nuit, on .sonne le tocsin pour annoncer

ETAT 1)1:SPRIT ni-: I.A l'c^lMl. AllON KlKAl i: II()

le danger et appeler le peuple aux armes. Cette annonce, est-il écrit sur le registre de l'état civil de la petite paroisse de Reilhac, près Xontron, u est reçue bien diversement. I-e plus grand nombre fut épouvanté; quelques-uns fuirent; d'autres cachèrent leur argent, leurs meubles précieux; il y en eut de malades pendant plusieurs semaines; des femmes enceintes firent des fausses couches; presque partout, on courut aux armes. » Et, en effet, à l'appel de la cloche paroissiale, les paj-sans s'arment de tout ce qu'ils ont sous la main, de fusils, de faux, de volants, de fourches, de haches, etc. Les uns, sédentaires, res.tent dans leurs villages, plaçant çà et là des sentinelles pour surveiller les routes par lesquelles doit déboucher l'ennemi. D'autres, plus courageux ou plus impatients, se mettent en mouvement pour aller à .sa rencontre. Mais les uns et les autres ne voient rien venir : l'ennemi était inexistant ; ils s'étaient armés contre un danger imaginaire ! Il n'y eut donc aucune lutte à soutenir, mais seulement quelques désordres locaux, inévitables dans des rassemblements occasionnés par l'affolement et la panique.

Le 31 juillet au soir, cette panique avait pris fin. La tourmente avait duré trois jours.

Les paysans, remis de leur émotion, reviennent aux champs. Mais, s'ils y trouvent leurs maisons et leurs terres intactes, ils n'y retrouvent plus la tranquillité d'esprit qu'ils y avaient laissée quand ils ont pris les armes pour courir sus aux brigands. Tout en se livrant à leur labeur quotidien, ils restent soucieux, défiants, plus ou moins tourmentés. On dirait... qu'ils ont toujours peur. Et de quoi pourraient-ils avoir peur maintenant? « Peut-être de ceux qui ont peur de lui », répond fort judicieusement (ieorges Bus.sière {loc. cit. II, p. 106).

Dès lors, ils .sortent résolument de leur ancienne inertie et, conscients de leur force, ils rêvent pour eux de conditions sociales meilleures, du mieux-être, comme on dit aujourd'hui. Ils s'agitent, s'entretiennent entre eux de leurs intérêts communs, forment des groupements locaux, deviennent exubérants — eux jadis si réservés ! — et, un beaii jour, ils partent de nouveau en guerre, non plus, comme aux journées de la grande peur,

120 I.KS DlilU'TS Dl' l.A RKVOLl'TION

contre un ennmii imaginaire, mais contre im adversaire — existant réellement celui-là — contre les nobles, t]ui les ont opprimés si longtemps et dont ils se considèrent aujourd'hui comme les égaux 1. Et nous les voyons, çà et là, fonder des comités ou clubs plus ou moins clandestins: exiger le remplacement, dans les milices, des officiers nobles qui les commandaient ; organiser contre les milices bourgeoises, des milices populaires qui leur étaient entièrement acquises; refuser de payer les rentes féodales et crier bien haut (comme à Lacropte) que c le premier qui les paierait serait pendu '>; s'insurger ouvertement contre les gentilshommes, en les menaçant de dévaster leurs terres et de briller leurs manoirs; poursuivre les nobles jusque dans leurs châteaux et exiger d'eux, avec arrogance, qu'ils acceptent les réclamations de toutes natures qui leur étaient adressées; planter des mais sur les places publiques comme symboles significatifs de leur prochaine délivrance; arracher les girouettes des

I. G. BussiÉRE [loc. cil. III, p. i6()) a recueilli dans les emirons de Braïuônie, une vieille chanson patoise, où se trouve nettement exprimée la pensée du paysan pi-rigourdin à lY-poque ijui nous occupe. Il s"agit d"un dialogue, en pleine campagne, entre un iiioiisiciir et un ItThoiirciir. Ce dialogue est significatif et j'ai plaisir à le reproduire Le voici avec, à côté, pour ceux i|ui ne seraient pas familiarisés avec le dialecte périgourdin, la traduction française :

De boiiii Dioli, o lo trcvssoiir. De hon matin, à la iVaiclieur,

L'n p.iyxiii v.iy o lo labour. Un paysan va au labour.

— Cou,.]iii f),iy.'()n si voii li vaû. — (3oi)uin de paysan, si j'y vais,

7V tor.iy tripa pcr iiionii soViUi. Je te ferai trépigner par mon cheval.

on,

— J'.ii ii/o giili,ulo fl )HotiH ,iiOii, — .^vecmonaiguillonel ma hacheUe,[s \'f/if;, Moiissiir, yoii vou rcmlr.iv losoii ! .\pprochez, Monsieur, je \ ous rendrai ra

— (Soiu/iii, pii ysoii, v'ii'i vu loil /('•II, — (^otjuin de paysan, j'ai vu le tem|is Qiif tu n'rr.is p.rs si hriiiiiieir. Oi'i tu n'étais pas si cassant,

QiiDii lu iHf Vf unis (ioniiindii Quand tu venais me demander,

D.iii hlo, d.iù -Cl, SI l'fii voiilio pifilii. Si je voulais te prêter du hle, du vin.

— Moussur, liiu thi poss.i u'ev pu. — Monsieur, le temps passe n'est plus, Perque lonu lioini Dru ^'o vougu ; Parce i)ue le Bon Dieu l'a voidu :

Si lous p.jysnus ^ou voulion fa. Si les pavsans le voulaient bien,

],iius Moiissiirs n'inon laboura. Ce sont les messieurs i|ui iraient labourei'.

hn lisant ce dialogue, ipii ilepeiiU bien l'état d'esprit du pavsan en 17S9. on songe à ces promem'ur^ aristocratiijues. donl |iarle M'"" Viger-Lebrun, qui passant en voitin-e, sont insultés de la façon la plus eflra\ ante par la populace massée sur son passage à la barrière de l'htoile. Des misérables montaient sur les marchepieds en criant ; « L'année prochaine vous serez ilerriére et c'est nous ipii serons dedans »

i-oKMAiiuN i)i:s N()r\i:i.i.i:s mixk i i'.\i i ii'S 121

denioiires seigneuriales; incendier les banes d'église, ((ui leur paraissaient, comme les girouettes, un signe d'inégalité, etc. Ce mouvement rural égalitaire, qui rappelle la Jacquerie et q\ii jeta l'épouvante dans tous les châteaux et repaires nobles, fut particulièrement intense dans le Périgord noir, notamment, dans le bassin de la \'ézère, dans la région de Sarlat et de Montignac. Le sud de la province, peut-être parce que les rapports étaient moins tendus entre les nobles et les travailleurs, fut beaucoup plus calme. Dans la régionde Beaumont, notamment, aucim événement ne vint, en 1780, troubler la tranquillité publique. Les émotions de la grande peur n'arrivèrent pas jusque-là et c'est sans incident que nos populations paisibles des vallées de la Couze et de la Bournègue rédigèrent leurs cahiers des états généraux et nommèrent leurs représentants à l'assemblée générale de la sénéchaussée.

. C'est encore dans un calme parfait qu'elles vont, maintenant, procéder à l'élection des municipalités nouvelles.

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