‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 56 sur 269 · I.es deux communes ainsi lé.sées, ainsi abandonnées par une · texte numérisé non relu

I.es deux communes ainsi lé.sées, ainsi abandonnées par une

1/2 I.ES DEBUTS DK I.A REVOI.l'TIOX

partie de leurs habitants, en appellent au département — c'était tout naturel — en demandant à l'administration centrale de les protéger contre ce mouvement séparatiste qui les frappe dans leurs intérêts les plus chers et peut même, s'il n'est pas réfréné, les menacer dans leur existence.

Je ne sais au juste l'accueil qui fut fait en haut lieu à cette réclamation, n'ayant trouvé aucun document à ce sujet. Mais il est facile de le deviner. Pour le Hc\, la solution fut très simple : la commune entière fut, quchpie temps après, rattachée à la commune de Sainte Sabine. C'était le vrai moyen de fermer la bouche aux mécontents. Pour ("lottes, il est probable que la commune n'obtint pas davantage satisfaction; car, encore aujourd'hui, nous voyons tous les villages dissidents, que nous avons énumérés plus haut, englobés dans la commune de Sainte Sabine.

Nous devons noter encore, comme une manifestation de l'esprit d'indépendance qui animait à ce moment-là nos populations rurales, la décision prise par certaines communes, trop petites pour trouver en elles les éléments d'une municipalité, de se rattacher d'elles-mêmes à une commune voisine. De ce nombre sont, chez nous, les paroisses de Bayac, de Bannes, de Gleyzedals, de Montcany et de Nojals qui, spontanément, vinrent s'unir à la municipalité de Beaumont. Mais ici, la loi était pour elles (voy. p. 163, Note) et l'opération était tout aussi régulière que rationnelle, imposée qu'elle était par les circonstances.

Si, maintenant, nous envisageons au point de vue politique les élections qui ont eu lieu dans le canton, de Beaumont en février et mars 1790, nous voyons que ces élections ont un peu varié suivant les communes.

A Bourniquel, les électeurs, à l'unanimité, conlîent les fonctions de maire à M. de Saint Exupéry, comte de Rouffignac, qui habitait le château de Cardou. De même, à Naussannes, les citoyens actifs de cette commune choisissent pour maire un autre représentant de la noblesse, le sieur du Tinet de V'ilarzac, qui résidait au Tondu. Partout ailleurs, la noblesse est soigneusement tenue à l'écart et les suffrages des électeurs x'ont aux Ira- \ailleurs et aux curés.

FORMA riDN DKS MU \ Kl.LlS M INU IP.MIIKS 1 73

]v nv sais oo (lui se passa dans les autrrs régions du (U'parttMiient. mais, dans notre canton, les curés -- abstraction faite do celui de Beaumont. qui se tient dans la plus grande^ réserve — les curés, dis-je, jouent dans les élections niunici{)ales un rôle essentiellement actif.

A Saint A\it Sénieur, le curé Pierre Matasse. (]ui a rempli dans l'élection les fonctions de scrutateur, est nommé maire de la commune.

A Rampieux, le cure de la paroisse, « Messire Antoine Trin » (c'est ainsi qu'il est désigné dans le procès-verbal), préside l'assemblée électorale. Les électeurs le nomment premier notable.

A Born de Roquepine, le curé Dubuc est, lui aussi, nommé notable de la commune.

A Labouquerie, c'est le curé Flaujac qui, pour l'élection, est nommé premier scrutateur. Puis, il est choisi par les électeurs pour remplir les fonctions de maire de la commune.

A Bourniquel, le curé (iaillard préside dans son presbytère l'assemblée électorale, et les électeurs, après avoir voté pour M. de Rouffignac comme maire, en font leur premier ofificier municipal. Il passe ainsi avant les trois frères Ducros, hommes riches, instruits, influents, mais profondément libéraux, je n'ose pas encore dire démocrates.

A Sainte Sabine, c'est encore le curé de la paroisse, M. Joseph Lantourne, qui occupe le fauteuil présidentiel à l'assemblée électorale. Comme à Saint Avit, comme à Labouquerie, les électeurs le choisissent pour maire.

On voit par là l'importance que le clergé paroissial attachait aux élections municipales et, d'autre part, l'influence énorme qu'il avait à ce moment-là sur la population. Les curés, chacun dans sa commune, appelaient leurs paroissiens aux urnes et ceux-ci les suivaient avec un merveilleux ensemble. Nulle part, je n'ai vu signaler le moindre conflit entre le corps électoral et le curé. Partout, au contraire, il existe entre eux un parfait accord et pour ainsi dire une similitude de vues. Et cela se comprend si l'on songe que le clergé paroissial, recruté en général dans le monde des travailleurs et par conséquent sans fortune

personnelle, ne retirant qu'une maigre ressource de son casuel, recueillant de fortes dîmes sans doute, mais les passant aux évêques, aux abbés, aux chapitres, réduit par eux à la portion congrue, etc., était, comme le peuple, fort mécontent. Si le paysan avait à se plaindre de la noblesse, le desservant avait des griefs sérieux contre le haut clergé. De cette communauté de souffrances était née une communauté d'aspirations et tous deux, avides de changement, allaient joyeusement et la main dans la main vers ce régime nouveau qui, dans leur pensée, devait leur apporter, avec l'indépendance, des conditions sociales meilleures. Notons, en passant, ce parfait accord, au début de la Révolution, entre les prêtres et le peuple. Il n'en sera pas de même plus tard.

Au total, les élections des premières municipalités, dans le canton de Beaumont, se sont faites à peu près partout dans les mêmes conditions et dans le même esprit. Elles présentent, de ce fait, un caractère bien spécial. Annoncées par le curé, du haut de la chaire, ces élections ont lieu, suivant les cas, dans le presbytère, devant la porte de l'église et, le plus souvent, dans l'église elle-même. Au jour fixé par les décrets, c'est au son de la cloche paroissiale — c^mme autrefois aux assemblées de jurade — que se réunissent les citoyens actifs. Le plus souvent, c'est le curé qui préside l'assemblée. C'est lui qui fait lecture des décrets relatifs aux élections et qui, dans des commentaires toujours lumineux, apprend aux électeurs ce qu'ils ont à faire. Il est, presque partout, élu membre de la municipalité de sa commune, comme notable, comme officier municipal ou même comme maire. Une fois les élections terminées, c'est encore dans l'église, et quelquefois même, comme à Sainte Sabine et à Naussannes, dans le sanctuaire, « en présence de Dieu », que les nouveaux élus prêtent le serment prescrit par la loi. On serait tenté (le dire (jue cette élection des nnmicipalités, toute laïque (ju'elle est, .se pré.sente comme un acte religieux.

Comme dernière conclusion, nous dirons : la Révolution, à ses débuts, si elle s'insurge ouvertement contre la noblesse, vise moins directement le clergé, tout au moins le bas-clergé. Elle

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