L. TtSTl' !". Beauinont à la Révolution
Planche VI
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LE CORPS MUNICIPAL DE BEAUMONT qui, en décembre IJ90, reçut le serment de Jacques Faussai.
Je reproduis dans la planche ci-contre {PL 17) en fac-similé, ces différentes signatures telles que je les trouve sur le registre municipal.
Jacques Poussai resta en fonctions jusqu'à la tin de la période monarchique de la Révolution. Le 14 octobre 1792, son temps d'exercice étant expiré, il fut soumis à réélection. Les électeurs de Beaumont le remplacèrent par Benoît Loiseau. Mais nous sommes déjà sous la Convention. Nous retrouverons cette élection du citoyen Loiseau dans l'un des chapitres suivants.
§ 4. - Changements apportés au groupement des communes
DANS LE canton DE BeAUMONT.
Nous avons vu plus haut (p. 175) que deux communes du canton de Beaumont, les communes de Sainte Sabine et de Born, avaient fait d'instantes démarches pour être incorporées au département de Lot-et-Garonne, mais que, ces démarches n'ayant pas abouti, elles étaient restées attachées à leur première circonscription. Par contre, deux autres communes, qui tenaient à rester unies à Beaumont et que Beaumont, de son côté, tenait à conserver, lui furent enlevées pour être incorporées à des cantons voisins : ce sont les communes de Naussannes et de Bayac.
i» La commune de Naussannes est rattachée
AU CANTON d'IsSIGEAC.
La commune de Naussannes occupait la partie occidentale du canton. Elle était, topographiquement, beaucoup plus importante qu'aujourd'hui 1. Du côté de l'ouest, elle confinait au canton d'Issigeac et, par le canton d'Issigeac, au district de Bergerac. A l'est, elle s'étendait jusqu'au ruisseau de Lugassou,
I. Les villages de Crabicr, Gazelle, Pradal, Travadc, Ize, Lusiés et la Grande Borie, qui appartiennent actuellement à la coninuine de Reauinont, faisaient parti een 1789 de la paroisse de Naussannes. Ils dépendent encore de Naussannes au point de vue religieux.
268 BEAUMONT SOUS LA rONSTITUANTH ET LA LÉGISLATIVE
qui la délimitait du côté de la commune de Beaumont. Elle n'était donc séparée du chef-lieu du canton que par quelques centaines de mètres; aucune autre commune n'en était plus rapprochée et l'on n'avirait jamais pensé qu'elle pût, un jour, être rattachée à un autre canton.
C'est pourtant ce qui fut fait.
Le 20 septembre 1790, pour des raisons qui ne nous sont pas connues, le directoire du district de Bergerac « prit une délibération tendant à faire rentrer Naussannes dans son district ». Le 16 octobre suivant, le département, approuvant cette délibération, rattacha la commune de Naussannes au canton d'Issigeac, lequel arrivait ainsi jusqu'aux portes de Beaumont. Cette décision fut notifiée à la commune intéressée dans les premiers jours de novembre. Elle souleva dans la population une émotion aussi profonde qu'inattendue. Sans perdre un instant, la municipalité se réunit d'urgence et rédigea une protestation longuement motivée, qu'elle adressa au directoire du département. Celui-ci la renvoya au district de Belvès, d'où dépendait Naussannes, pour instruction et avis.
L'affaire vint en délibération le 9 février 1791. Après avoir lu l'adresse de la municipalité de Naussannes, le directoire du district se rendit aux bonnes raisons qui y étaient exposées et il n'hésita pas à réclamer à son tour le maintien de Naussannes dans la circonscription de Beaumont. Voici sa délibération (Arch. dép. de la Dordogne, Série L-316).
Le directoire du district de Belvès,
Considérant :
Que la municipalité de Naussannes faisait partie, dans l'ancien régime, de la municipalité de Beaumont, puisque les officiers de ladite municipalité étaient pris indifféremment parmi les citoyens de Beaumont et de Naussannes; (ju'il est de fait notoire cjue cette paroisse de Naussannes contribuait aux dépenses publiques que la ville de Beaumont était tenue de faire, soit pour le payement du prédicateur, soit po\u" d'autres objets publics;
()ue la municipalité de Naussannes n'ayant jKis cessé d'avoir avec celle de Heaumont, clief-licu de son canton, les relations les plus directes; (|ue sa position à ui\i^ demi-heure de Ik'aumont a dû, d'après la surface attribuée aux ( autoiis, lui faire croire (pTellc était de celui de Beaumont;
Al-IAIKIS l'OlMKUl.S i: I AP.MIMM K.\ 1 l\ i:S •()<)
que s'ctant conduite en CDiiscquoiuc lors do rasseinblco clectt)ialc Icniio à IV'iigueux, les électeurs qu'elle avait fournis au département ont été compris sur la liste dudit canton de Beaumont sans qu'il v ait ou la moindre réclamation, ni de la part du canton d'issigeac, ni de la part du district de Bergerac;
Oue. le canton de Beaumont faisant partie du district de Belvès, l'administration a toujours adressé et communiqué avec ladite municipalité de Naussannes; que c'est d'après cette communication (juo lo district de Belvès a calqué ses tableaux de population, contribution et autres en v comprenant Naussannes; que le district de Bergerac n'a pu comprendre dans les siens, puisque cette municipalité ne lui a fourni ni renseignements ni détail;
Qu'il serait très pénible pour les deux districts de retoucher à leurs tableaux respectifs en ôtant Naussannes de ceux de l'un pour les reporter sur ceux de l'autre, et qu'il ne peut se persuader qu'une délibération prise par le district de Bergerac à l'insu de celui de Belvès et de la municipalité intéressée ait pu opérer un changement dans l'état de la dite municipalité.
Estime :
i" Oue la susdite adresse ou mémoire, présenté au dcpartcmonl par ladite municipalité de Naussannes pour être reçue opposante envers l'arrêté du département qui la réunit au district de Bergerac sans l'avoir entendue et sans avoir pris l'avis du district de Belvès, ne contient rien de contraire au respect dii au corps administratif;
2" Que cette démarche de la part de cette municipalité est légale, régulière et conforme aux décrets de l'Assemblée nationale;
3*» Que la religion du département a été surprise par l'arrêté du directoire du district de Bergerac du 20 septembre dernier, arrêté qu'on ne l>eut considérer que comme contraire aux bienséances que les corps administratifs doivent avoir les uns pour les autres;
4" Qu'il v a lieu conséquemment de rétracter l'arrêté pris par le département le seize octobre dernier, qui enjoint à ladite municipalité de Naussannes de se réunir au canton d'issigeac;
30 Qu'il v a lieu, enfin, d'ordonner qu'elle continuera de faire partie du canton de Beaumont, dépendant du district de Belvès, et continuera comme cy-devant d'y être administrée.
Et la présente délibération est envoyée au directoire du département, qui aura à se prononcer en dernier ressort.
A la suite de leur municipalité, les habitants de Naussannes élèvent aussi leurs voix et, dans un long mémoire qu'ils adressent à l'évêque de Périgueux en lui demandant de le transmettre lui-même au comité de division (Arch. nat. D''^' '"', 61), ils exhalent leurs plaintes en même temps qu'ils di.sent les rai-
2/0 BICAl'MOXT sors I,.\ COXSI IITAX II- H'I LA l.llCISI.ATn'J-;
sons nombreuses qui militent en faveur de leur union avec le canton de Beaumont.
Ils rappellent, tout d'abord, que les citoyens actifs de la commune ont voté dans les assemblées électorales du canton de Beaumont, que leur maire a même présidé l'une de ces assemblées et que, en somme, c'est le district de Belvès qui, jusqu'ici, a toujours administré leur municipalité.
Ils rappellent, ensuite, les raisons d'ordre géographique qui doivent décider les administrations du département à les unir à Beaumont de préférence à tout autre canton, notamment à Issigeac. Nous sommes, disent-ils, aux portes de Beaumont, « à un port de fusil près », tandis que nous sommes séparés d'Issigeac par a deux mortelles lieues du pais » et que nous n'avons, pour nous rendre à cette dernière ville, que « des chemins impraticables à ceux qui ne les ont pas de coutume ».
Ils exposent alors la situation éminemment fâcheuse qui leur est faite par un arrêté qui est pour ainsi dire en suspens, contre lequel s'élèvent des protestations nombreuses et qui, de ce fait, peut être rapporté d'un moment à l'autre : le directoire de Belvès ne veut plus maintenant échanger leurs assignats; les offres que leur avait faites le comité de subsistance de ce district vont désormais « se réduire pour eux à rien » ; des procès qui sont engagés devant le tribunal du district de Belvès, siégeant à Montpazier, seront (dans le cas où l'arrêté serait maintenu) transportés dans le district de Bergerac, d'où des dépenses nouvelles qui peuvent être considérables, etc., etc. Et ils insistent pour qu'une décision intervienne le plus rapidement possible pour (( prononcer leur sort ».
Enfin, disent-ils en terminant, « de cet arrêté s'engendre un hydye qu'il faut étouffer, sous condition que, quand bien même le département aurait porté les impositions des paroisses plaignantes sur le district de Bergerac, il en sera déchargé d'autant en 1792 et le district de Belvès surchargé; ce faisant laisser les choses en l'état pour 1791; c'est le plus expédiant dans une I évolution qui, quoique finie dans les principes, ne se soutient que trop à la campagne dans ses effets; et, enfin, déclarer l'union
AFi'AiKi:s iH)i niyiKs i: r admimsikauviîs 271
de Xaussannes à Beaumont, solide, malgré la démarcation erronée qui plaçait cette municipalité dans le canton d'Issigeac, district de Bergerac ».
Le directoire du département, avant de se prononcer définitivement au sujet de l'adresse de la municipalité de Naussannes, voulut entendre contradictoirement les deux parties et, à cet effet, il manda à Périgueux, le. 2 avril 1791, le maire de Xaussannes et M. Coderc, l'un des administrateurs du district de Bergerac. Le maire défendit de son mieux les intérêts de sa commune. De son mieux, aussi, M. Coderc plaida la cause du district. Ce dernier l'emporta. Le directoire, se rangeant à son avis, maintint son arrêté du 16 octobre précédent et la commune de Xaussannes, qui touchait aux portes de Beaumont, fut rattachée définitivement au canton d'Issigeac, dont elle était séparée par une distance de 2 lieues. Ce n'est que beaucoup plus tard, probablement à la création des arrondissements, qu'elle fit retour, avec Montferrand et Sainte Croix, au canton de Beaumont.
2» La commune de Bayac, a son tour, est rattachée
AU CANTON DE LaLINDE.
En même temps qu'un arrêté du district de Bergerac vmissait la commune de Naussannes au canton d'Issigeac, une décision de la commission chargée d'appliquer les décrets et règlements relatifs à la nouvelle division territoriale du royaume enlevait la paroi.sse de Bayac à la municipalité de Beaumont, pour en faire une commune indépendante qu'elle rattachait au canton de Lalinde.
On sait avec quel empressement les habitants de Ba3^ac, le 14 décembre 1789, étaient venus demander aux habitants de Beaumont de se joindre à eux pour faire une municipalité commune. Bayac était, en effet, rattaché à Beaumont par des liens nombreux, plusieurs fois séculaires, que les membres de la commission chargée de la nouvelle division administrative auraient certainement respectés s'ils les avaient connus. Mais cette commission, faisant de la géographie en chambre plutôt que sur le
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terrain, taillait cantons et communes sur des cartes, sans se préoccuper des raisons d'ordre économique qui, mieux encore que la géographie, auraient du les guider dans leur mode de groupement. Ils s'exposaient ainsi à commettre des erreurs, à léser parfois les intérêts les plus respectables et, partant, à faire beaucoup de mécontents. Or, c'est ici le cas.
Les pauvres habitants de Bayac furent comme atterrés en apprenant que leur commune était séparée du canton de Baaumont pour être incorporée à celui de Lalinde. Sans perdre de temps, ils mandèrent à Bayac M<^ Darchier, notaire royal de la ville de Beaumont, et, après une délibération où l'entente ne cessa de régner, ils lui tirent rédiger un long mémoire, qui contenait à la fois une protestation et une supplique : une protestation, naturellement fort discrète, contre la mesure qui les rattachait à Lalinde; une supplique, instante mais très digne, basée du reste sur les considérations les plus sérieuses, à l'effet de rapporter la dite mesure et de les laisser dans le canton de Beaumont. J'ai retrouvé ce mémoire dans les archives de Darchier et j'ai plaisir à le mettre tout entier sous les yeux du lecteur :
Par devant le notaire royal de la ville de Beaumont soussigné, en présence des témoins cy après nommés, le trente janvier mil sept cent tiuatre- vingt-onze, dans le bourg de Bayac, département de la Dordognc, après midy, ont comparu M. Jacques Julien Neyrac, officier d'infanterie, Antoine Boisserie, Jacques Gouze, François Jardel, Guillaume Vitrac, Jean Pasquet, François Faugière, Antoine Guiraud, Antoine Pradine, Jean Marche, Jean Marty, Pierre Martigne, Antoine Coutausse, Joseph Pradal, Pierre Arfeil, Antoine Gallard, Jean Delpech, Antoine (rrelon, Guilhem Delord, Pierre Guiraud, Jean Martigne, Pierre Cassagne, Jean Escassié, Jean Delrieu, Antoine Lachèze, Antoine Manouvrier, Antoine Freyssange, François Roquemorel, Etienne Borde, Jean Magal, Pierre Gallard, Michel Fourloubet, Thony Pradal, y ceux composant la plus saine et majeure partie des citoyens de la paroisse de Bavac, lesquels ont cru qu'il était de leur devoir, autant que de leur intérêt, de se réunir par devant nous pour délibérer sur les objets savants.
Considérant, d'abord, lesdits comparants que leur communauté a fait pendant plusieurs siècles corps avec celle de Beaumont et que les différents individus qui les composent furent toujours liés par des sentiments véritablement fraternels;
Considérant que, indépendamment de cette liaison qui fut toujours le charme de lem" société mutuelle, ils sont encore appelés à Beau-
Ai-FAiKi:s poi rrioiKs i: i admimsikai ivi'S 2^/^
mont j>ar la proximité du lieu, plus encore par leur intérêt personnel, parce que c'est là où le propriétaire trouve le débit assuré de ses denrées que c'est là où l'artisim et le journalier se procurent les choses de première nécessité, que c'est là, enfin, que les uns et les autres peuvent aboutir par des chemins faciles et commodes, non coupés par aucune rivière qui puisse en aucun temps de l'année leur en interdire le passage;
Considérant que. d'après de tels avantages, ils ne peuvent regarder que comme l'effet de l'erreur la plus contraire à leur prospérité, l'inattention de ceux qui ont placé leur territoire dans le canton de Lalinde; regarder enfin comme une surprise faite à la religion des administrateurs sages et éclairés qui gouvernent le département de la Dordogne, cette délibération qui canonisait une pareille transposition dans l'ordre des limites et des convenances;
Considérant que cette réunion de leur communauté au canton de Lalinde leur serait d'autant moins favorable que le chemin du cheflieu se trouve barré par la rivière de la Dordogne qui, par ses débordements fréquents, les empêcherait plusieurs fois l'année, et peut-être dans des moments très urgents, de se présenter au tribunal de paix, exposés par là à subir un jugement que les parties trouvent toujours moins rigoureux lorsqu'elles ont joui du désir si naturel de se faire entendre de leur juge; une autre circonstance frappante et qui milite encore supérieurement contre cette réunion, c'est que l'indigent qui n'a pas de pain chez soi ne pourrait y aboutir sans aliéner, par le passage de la même rivière, sinon le tout, du moins la partie de son mince numéraire, si utile pour subvenir soit à sa nourriture, soit au payement d'un greffier avide qui, faute d'un sol, lui refuserait souvent le jugement de son procès, d'où dépend sinon son bien être du moins son repos;
Considérant, enfin, que le sort des délibérants se trouve très précaire par le nouveau jugement de l'administration du département, puisque ce jugement n'est que provisoire, et comme le droit de se faire administrer selon les limites et ses convenances est un droit indestructible et que, d'ailleurs, il suffit de faire connaître à des magistrats si recommandables par leur lumière et par leur intégrité, de leur faire connaître, disons-nous, la justice, pour être assuré de l'obtenir;
N'ivement pénétrés de cette vérité, les comparants, faisant tant pour eux que pour les absents, ont reconnu et arrêté à l'unanimité des suffrages ;
i" Que le mémoire présenté au département de la part de la municipalité de Beaumont ' renferme l'expression de leur volonté la plus pure;
2" Que, en conséquence, les administrateurs du département de la Dordogne seront conjurés de les maintenir définitivement et pour jamais, tant en la municipalité que dans le canton dudit Beaumont; ce faisant, de les faire participer à tous les objets d'administration relatifs à cette partie de leur département;
I. La conimune de Bayac à ce moment-là (voy. p. i6?), ne taisait qu'une municipalité avec Beaumont.
3'^ Enfin, les délibérants déclarent nommer, soit pour la rédaction, soit pour la prestation de toute adresse à ce nécessaire, les personnes d'Antoine Boisserie, Jacques Gouze, François Jardel, Guillaume Vitrât et Jacques Julien Xeyrac, officier d'infanterie, habitants de la présente paroisse, auxquels ils donnent pleins pouvoirs de, pour eux et en leur nom, se transporter partout où besoin sera aux fins de ladite adresse, obligeant et renonçant et promettant le tout pour agréable, ferme, stable et d'en relever indemne lesdits constitués.
Fait et passé sous le scel ro\'al en présence de Guillaume Fourloubet et de Paul Segala, habitants de ladite paroisse de Bayac, témoins connus; parties des comparants ont signé avec moi et non les autres, ni lesdits témoins qui ont déclaré ne savoir écrire, de ce interpellés par moi.
Delrieux Pradine Lacheze
Neyrac (Jacques Julien) Darchier, notaire royal
enregistré à Moiupazicr, !c 8 février 1791.
RiVAUD.
Les habitants de Bayac avaient raison et mille fois raison. Mais les commissions administratives d'alors, comme celles d'aujourd'hui, plus encore peut-être, étaient tenaces, supportaient mal la critique et, en tout cas, n'étaient jamais bien disposées, leurs conclusions une fois arrêtées, à accueillir les réclamations, même les mieux fondées, contre une œuvre qu'ils jugeaient être intangible. Les délégués Boisserie, Gouze, Jardel, Vitrac et Neyrac, malgré toutes leurs démarches, en furent pour leurs frais. Ils ne purent obtenir aucune modification à la nouvelle division territoriale, telle qu'elle avait été établie par l'administration départementale, et la paroisse de Bayac, arrachée malgré elle à Beaumont, fut rattachée, pendant toute la période révolutionnaire, au canton de Lalinde.
§ 5. - L'assemblée primaire de Beaumont EN JUIN 1791.
L'élection des députés à l'Assemblée législative devait avoir lien en septeml)re 1791. lin vue de cette élection et pour désigner les électeurs qui devaient y prendre part, les assemblées primaires, conformément à l'article i^'i" des décrets des 27 et 28 mars, se réunirent aux chefs-lieux de canton au mois de juin 1791.
L'assemblée primaire du canton de Beauinont lut convoquée pour le 19 juin, deux jours avant la fuite de Varennes, Elle comprenait les citoyens actifs des municipalités et paroisses de Beaumont, de Montcany, de Bayac, de Bannes, de Nojals, de Glevzedals, de Saint Avit Sénieur, de Glottes, de Bourniquel, de Sainte Sabine, de Saint Germain, de Rampieux, de Labouquerie et Saint Sernin, du Bel, de Naussannes, du Pic, de Born de Roquepine, formant alors le canton du dit Beaumont. Comme on le voit, la commune de Naussannes, qui devait, quelque temps après, être rattachée au canton d'Issigeac, faisait encore partie décelai de Beaumont.
La première séance eut lieu dans l'église paroissiale. Elle fut présidée par M. Bernard Redon, doyen d'âge. Les sieurs Pierre Laval Dubousquet, maire de la commune du Bel, Pierre Benoît Loiseau, maire de Beaumont, et Pierre Gay, commandant de la garde nationale de Rampieux, étant les plus âgés après le doyen, furent nommés scrutateurs provisoires et, en cette qualité, prirent place au bureau à côté de Bernard Redon. Le sieur Éléazar Jean Baptiste Vivien, de la commune de Naussannes, sur l'invitation de l'assemblée, y prit place également pour remplir provisoirement les fonctions de secrétaire.
Le bureau provisoire étant ainsi formé, le président invite les citoyens présents à se faire inscrire en donnant leur nom et qualité. Ils sont au nombre de cent quatre-vingt-onze, sur un total de mille soixante et un électeurs que comptent les diverses municipalités du canton, soit i votant sur 7 électeurs inscrits. On voit combien on se désintéresse de l'élection !
Un premier scrutin est destiné à nommer le président. Les suffrages des électeurs se portent sur le vieux Redon, et le président provisoire devient ainsi le président définitif. Bernard Redon accepte et, tout de suite, en présence de l'assemblée (jui l'a élu, il prête le serment de maintenir de tout son pouvoir ta C.onsliiution du royaume, d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, de choisir en son âme et conscience les plus dignes de la confiance publique et de remplir avec zèle et courage les fonctions civiles et politiques qui pourraient lui être confiées.
276 BEAl"M(JN'r sors I.A CON'STITrANTE El' LA I.ÉCWSI.AI UE .
Dans un deuxième scrutin, relatif à l'élection du secrétaire, le sieur Vivien est, à l'unanimité, maintenu dans ses fonctions. Il se lève et prête le même serment que le président.
Le président et le secrétaire de l'élection, une fois nommés, chacun des membres de l'assemblée, répondant à l'appel de son nom, s'approche du bureau pour prêter, à son tour, le serment prescrit par la loi. A la formule officielle lue devant lui par le président, il lève la main droite en disant à haute et intelligible voix : Je le jure.
On procède alors, au scrutin de liste simple, à la nomination des trois scrutateurs. Ce sont encore les scrutateurs provisoires qui deviennent les scrutateurs définitifs.
Le bureau est maintenant au complet. Il est ainsi composé :
Président: Redon (Bernard).
Secrétaire: Vivien (Éléazar).
Scrutateurs : Laval Dubousqueï (Pierre), I.uiseai' (Benoît). CiAY (Pierre).
Le président indique aux citoyens présents qu'ils sont réunis à l'effet de nommer les électeurs du canton qui iront ensuite à Périgueux voter pour les députés à la législative et il leur rappelle sommairement les lois et décrets relatifs à cette élection. Il leur rappelle, notamment, que, pour être éligible, il fallait payer une contribution directe de la valeur locale de dix journées de travail et il leur donne la liste de tous les citoyens actifs du canton qui remplissaient ces conditions, en leur observant qu'ils ne pouvaient voter que pour ceux compris dans cette liste. Il leur fait connaître, d'autre part, que le nombre des citoyens actifs du canton étant de 1.061, l'assemblée avait à nommer 11 électeurs, soit I électeur par 10 citoyens actifs. Ces électeurs, du reste, devaient être élus au scrutin de liste simple, conformément à l'article 4 du titre second de la loi du 29 mai.
Ce « préalable rempli », comme on disait alors dans les procèsverbaux, le président déclare le scrutin ouvert, et successivement, chaque citoyen actif s'approche du bureau, écrit ou ait écrire sur un <i billet » les noms de ceux à cjui vont ses préférences et « remet ce billet dans le vase déposé à cet effet sur le bureau ».
Mais il est déjà 6 heures du soir et. bien qu'un grand nombre d électeurs n'aient pas encore voté, le président, à la demande de l'assemblée, lève la séance et renvoie la suite des opérations au lendemain, lundi, à 8 heures du matin, k après avoir, néanmoins, fait clore et sceller le vase où sont contenus les bulletins déjà faits et remis icelui, du consentement de l'assemblée, audit sieur Loiseau, l'un desdits scrutateurs ».
Le lendemain matin, à 8 heures, l'assemblée se réunit à nouveau dans l'église paroissiale. Loiseau apporte le « vase », à lui contîé, enlève les scellés après avoir fait constater qu'ils étaient intacts et, successivement, les électeurs qui n'avaient pas voté la veille viennent y déposer leur bulletin. Le vote terminé, les scrutateurs procèdent au dépouillement. Trois citoyens seulement obtiennent la majorité absolue. Ce sont :
1° Laval Dubousquet (du Bel), avec 141 voix.
2^ Melox (de Beaumont) 110 —
30 FousSÀL (de Beaumont) lor —
Ils sont proclamés électeurs par le président.
Immédiatement après, on procède, dans la même forme, à un deuxième tour de scrutin. Aucun des candidats n'obtient la majorité absolue. Pas de résultats par conséquent. Un troisième tour est donc nécessaire. Mais 1 est midi et, l'assemblée ayant manifesté « le désir d'aller dîner », le président lève la .séance et renvoie la suite de l'élection à i heure de relevée.
A I heure précise, les membres du bureau et les électeurs, a\'ant refait leurs forces, se remettent à l'œuvre avec un nouveau courage et procèdent au troisième et dernier scrutin : car, cette fois, l'élection doit se faire, non plus à la majorité absolue, mais à la majorité relative. A l'appel de .son nom, chaque élecleur vient mettre dans l'urne un bulletin de vote, sur lequel se trouvent huit noms, nombre égal à celui des électeurs qu'il reste encore à élire. Le dépouillement donne les résultats suivants ;
i*^ Loiseau (de Beaumont) 50 voix.
2" Durant (de Glottes) 37 —
30 SouFFLETEAU (de Born) 36 voix.
40 BouscAiLLOU (de Sainte Sabine) . . 32 —
50 Chois Y (de Born) 30 —
60 Lamérigue (de Born) 30 —
70 ÏERS (de Beaumont) 29 —
8» Lacoste (de Beaumont) 27 —
90 GouDAL (de Saint Avit) 24 —
10» Pierre Rivière (de Beaumont). . . 24 —
Ces résultats, une fois proclamés par le président, le sieur Lacoste, je ne sais pour quelles raisons, déclare ne pouvoir accepter la charge que viennent de lui confier les électeurs. Et, comme les deux candidats qui viennent immédiatement après lui ont recueilli un nombre égal de voix, on remplace le citoyen Lacoste par le plus âgé des deux, qui est le citoyen Goudal, de Saint Avit Sénieur.
L'élection est maintenant terminée. Le canton de Beaumont enverra à Périgueux, pour prendre part à l'élection législative, les onze citoyens dont les noms suivent : Laval Dubousquet, Melon, Poussai, Loiseau, Durant, Souffleteau, Bouscaillou, Choisy, Lamérigue, Ters et Goudal. De ces onze électeurs, quatre appartiennent à la commune de Beaumont; trois, à la commune de Born; un, à la commune de Saint Avit; un, à la commune de Sainte Sabine; un, à la commune de Glottes; un, à la commune du Bel. Les communes de Bourniquel, de Labouqucrie, de Rampieux, de Nojals et de Naussannes n'ont pas (le repré.sentants.
Ces délégués du canton de Beaumont se rendirent à Périgueux le i^'' septembre suivant pour, avec les délégués des autres cantons, nommer les députés que le département de la Dordogne devait envoyer à l'Assemblée législative. Le nombre total des électeurs était de 774; celui des députés à élire était de 10. Les opérations électorales eurent lieu dans la cathédrale Saint Pront sous la présidence de Pierre Pontard, évêque constitutionnel du département. Elles furent très longues, ne s'étant terminées que le 16 septembre : elles avaient donc duré quinze
jours. Les suffrages des électeurs se portèrent sur : i» Jacques Pinet aîné, administrateur du district de Bergerac, élu au premier tour; 2^ Ciuillaume Taillefer, médecin, administrateur du district de Sarlat; 3° Elie Lacoste, médecin, administrateur du département ; 4° Pierre Pontard. évêque du département ; 50 Jean Joseph de Verneilh Puyraseau, président du tribunal de Nontron ; 6° Jean Limousin, administrateur du département ; 70 Guillaume Delfau, cultivateur à Grives; 8° François Lamarque, juge au tribunal du district de Périgueux; 9° Pierre Roux Fazillac, lieutenant de cavalerie, du district d'Excideuil; 10° enfin Armand Beaupui, administrateur du département. Ces hommes étaient des libéraux, sincèrement dévoués à la Constitution, non encore républicains (il n'était pas question de république en 1791), mais tous plus ou moins attachés aux idées démocratiques.
§ 6. - Proclamation de la Constitution de 1791.
L'Assemblée nationale qui, en se déclarant Constituante, s'était attribué la mission de donner une constitution à la France, termina ses travaux en septembre 1791 : de là le nom de Constitution de 1791 donné à l'ensemble des lois qui régissent l'organisation nouvelle du royaume et dont l'élaboration avait duré deux années.
Cette constitution, on le sait, est basée sur le principe de la souveraineté du peuple, principe formulé à l'article 3 de l;i Déclaration des droits de l'homme, qui est ainsi conçu : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation; nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. » Mais la nation, ne pouvant, dans un pa^^s aussi étendu que la France, exercer directement par elle-même la souveraineté, délègue ses pouvoirs à un gouvernement qui, de ce fait, est appelé représentatif. Son pouvoir législatif, c'est-à-dire la puissance de faire les lois, elle le délègue à des députés élus pour deux ans, qui formeront une assemblée unique, l'Assemblée législative. Quant au pouvoi.r
28c) BEAUMOXT SOUS LA CONSTITUANTE ET LA LÉGISLATIVE
exécutif, elle le confie au roi, qui hier encore était roi par la grâce de Dieu, et qui, désormais, ne sera plus qu'un simple délégué héréditaire de la nation. Il était, avant la constitution, le roi de France : il prendra maintenant le nom de roi des Français. Jadis, il était le maître absolu de toutes les ressources de l'Etat : il devra se contenter dorénavant, sous le nom de liste civile, d'un traitement annuel de 25 millions. Toutes les lois votées par l'a-ssemblée devront être sanctionnées par lui : il pourra même, s'il le désire, opposer à ces lois un veto suspensif. Mais ce veto ne .sera jamais que temporaire et toute loi à laquelle le roi aura refusé sa sanction, sera de plein droit applicable après deux législatures. Nous sommes loin, comme on le voit, de l'ancien pouvoir absolu qu'avaient les rois de France.
Le texte de la nouvelle constitution fut voté par la Chambre le i^'r septembre 1791. L'assemblée décréta que l'acte constitutionnel serait présenté à l'acceptation du roi. Louis XVI, après douze jours d'études et de réflexions, déclara, dans un message du 13 septembre, qu'il l'acceptait et, le lendemain, 14 septembre, il se rendit en personne à l'assemblée pour prêter serment. L'assemblée applaudit avec enthousiasme. Les députés, par trois fois, crièrent : Vive le roi ! puis, ils l'accompagnèrent en corps jusqu'aux Tuileries « au bruit des cris d'allégresse du peuple, d'une musique militaire et de plusieurs salves d'artillerie » {Moniteur, t. IX, p. 663). Mais ces transports de joie n'éclatèrent pas seulement au sein de l'Assemblée constituante. Ils gagnèrent l'immense majorité de la population parisienne et se répandirent jusqu'en province, où chaque municipalité eut à faire « proclamer solennellement » la nouvelle constitution.
A Beaumont, la nouvelle de l'acceptation par le roi de la constitution de 1791 parvint tout d'abord à la Société populaire, (pii était en relations suivies avec le club des Jacobins de la capitale. Elle y fut accueillie avec la plus vive satisfaction. La Société, comme la population du reste, était encore sincèrement attachée à la monarchie. Dans sa .séance du 20 .septembre,
l'assemblée nomma deux commissaires pour se rendre auprès lie la municipalité et solliciter d'elle l'autorisation de « faire chanter un Te Dcmu en action de grâces et à célébrer l'acceptation que le roi avait fait de l'acte constitutionnel par des réjouissances publiques ». Dans la séance suivante, le 24 septembre, la société revient à la charge : « T.cs amis de la Constitution, lisons-nous dans le procès-verbal, pressés de porter au peuple la connaissance d'un si grand acte, votent des réjouissances publiques » et, de nouveau, ils envoient deux commissaires à la municipalité pour demander l'autorisation d'agir. Celle-ci répondit que « n'ayant encore rien reçu d'officiel làdessus, elle ne pouvait se prêter à l'empressement des amis de la Constitution ».
Et les choses en restèrent là.
Enfin, parut un arrêté du directoire du département, en date du 30 septembre, qui enjoignait à toutes les municipalités de son ressort de faire proclamer solennellement la constitution le 16 octobre, jour de dimanche. Cet arrêté, le directoire du district de Belvès l'envoya aussitôt au corps municipal de Beaumont avec une lettre d'envoi, signée Lavergne, lui demandant de s'y conformer exactement. Une copie de la constitution, qu'on devait lire au peuple, était jointe à l'arrêté. Par un de ces retards de transmission des courriers qui étaient fréquents à cette époque, la lettre de Lavergne n'arriva à Beaumont que le 17 au matin, vingt-quatre heures trop tard pour pouvoir exécuter à la lettre les instructions du district. La municipalité fixa alors la fête au dimanche suivant, 23 octobre. Voici l'arrêté qu'elle prit à cette occasion {Arch. municipales de Beaumont, registre des délibérations, 2^ cahier, p. 287) :
.\ttendu que la remise (l'envoi de Lavergne) n'en a été faite à la municipalité que ce jourd'hui environ les sept heures du matin; et que par conséquent, le jour fixé étant passé, ne pouvant rem.plir l'exécution dudit arrêté;
Avons arrêté et arrêtons que la publication solennelle de ladite constitution se fera dimanche prochain, vingt-trois du courant, à l'issue de la première messe; qu'à cet effet, le commandant de la garde nationale dudit Beaumont, ainsi que les capitaines commandants fie I^ayac et
de Bannes, seront requis de rassembler tous les soldats qui la composent pour être sous les armes à l'heure indiquée;
Arrêtons, en outre, qu'il sera fait un feu de joie sur le Champ de Mars à quatre heures du soir, suivi du bruit des canons et précédé d'un ïe Deum;
Enjoignons, de plus, à tous les citoyens de la ville, d'illuminer le soir dudit jour, laquelle illumination sera annoncée au bruit du tambour;
Arrêtons enfin que copie du présent arrêté sera affichée es lieux accoutumés, aux fins qu'il n'en soit prétendu cause d'ignorance.
Et, aussitôt après, trois affiches furent apposées, l'une sur la porte de la mairie, une autre sur la porte de l'église paroissiale et la troisième sur l'un des piliers de la halle.
Le dimanche suivant, 23 octobre, la fête de la proclamation de la Constitution fut célébrée solennellement, comme le désirait l'administration du district.
Le matin, à 8 heures, à l'issue de la première messe, en présence de la population accourue en masse, les gardes nationales de Beaumont, de Bayac et de Bannes se rangent en carré sur la Place Publique. Dans le carré prennent place les membres du corps municipal, le curé, le juge. A côté d'eux se trouvent les tambours et les fifres des gardes nationaux. Le maire, alors, au milieu d'un profond silence, fait lecture des divers articles de la Constitution. Cette lecture est accueilhe par les applaudissements plusieurs fois répétés d'une foule enthousiaste.
Dans l'après-midi, à 4 heures, le corps municipal, suivi du juge, du curé, de la garde nationale et de la population tout entière, se porte sur le Castelot, qui, nous le savons, est devenu, depuis la fête de la Fédération, le Champ de Mars de notre petite ville. Là, le curé entonne le Te Deum que le peuple chante avec lui. Puis, le Te Deum une fois fini, on allume un grand « feu de joie », tandis que nos artilleurs ajoutaient aux acclamations joyeuses de la foule les notes plus graves de leurs canons.
Enfin le soir, au bruit des tambours et des fifres parcourant les rues, les illuminations embrasèrent les fenêtres. La municipalité avait édicté une amende de 10 livres pour tous ceux qui n'auraient pas illuminé. Or, les registres municipaux de
AFFAIRES POLITIOrES ET ADMINISTRATIVES 283
l'ôpoquo no font mention d'aucune amende : U^s illuminations, eomme l'allégresse, avaient été générales.
§7.- Les élections municipales de novembre 1791.
L'été et l'automne de 1791 se passèrent, à Beaumont, sans incidents graves. La population, qu'anime encore le souffle révolutionnaire, est unie et calme : la fête de la Fédération nationale célébrée à Paris sur le Champ de Mars (14 juillet), la fuite de Louis XVI et son arrestation à Varennes par les députés Barnave et Pétion, la décision de la Constituante suspendant les pouvoirs du roi et amenant ainsi la création d'un parti républicain, le vote de la Constitution (3 septembre), son acceptation par le roi jurant solennellement (14 septembre) devant l'Assemblée « d'employer tout le pouvoir qui lui était délégué » pour la faire exécuter et maintenir... etc., tous ces événements ne paraissent pas avoir eu une répercus.sion bien vive dans notre petite ville. Il en est à peine question dans les registres municipaux, pas plus que dans les procès-verbaux des séances de la Société populaire.
Et nous arrivons au mois de novembre, le mois des élections. C'est en ce mois, en effet, le premier dimanche qui suit la Saint Martin, qu'il doit être procédé, aux termes du décret du 14 décembre 1789, au renouvellement par moitié des officiers municipaux et des notables. Ces élections vont jeter un peu d'animation dans la ville et aussi dans la campagne, qui compte un grand nombre de citoyens actifs. Ce n'est pas qu'on y apporte des passions très vives, non : la division ne s'est pas mise encore parmi les citoyens qui ont fait la Révolution; les partis politiques, que nous retrouverons plus tard, ne sont pas encore formés et les électeurs, en jetant leur bulletin dans l'urne, obéissent à des considérations de personne plutôt qu'à des que.stions de principe.
Cette année, comme l'année précédente, le procureur de la commune convoque tous les citoyens actifs de la ville et de la
banlieue à se rendre, le 13 du présent mois, jour de dimanche, à 8 heures du matin, en l'église paroissiale pour y procéder, par \oie d'élection, au remplacement des officiers municipaux et des notables sortants.
A noter que les convocations se font cette fois, non plus en l'hôtel commun de la ville, mais dans l'église paroissiale. La salle du x'ote était ainsi plus grande et l'opération était aussi plus solennelle. Il convient d'ajouter, cependant, que contrairement aux instructions du procureur de la commune — et je n'ai pu savoir pour quelles raisons — les séances eurent lieu « en la maison commune ».
Les opérations électorales se firent exactement comme en novembre 1790, avec beaucoup d'ordre, une grande régularité, mais aussi avec une sage lenteur. Commencées le 13 novembre, elles ne prirent fin que le 8 décembre suivant. Elles durèrent ainsi vingt-cinq jours, soit trois dimanches et un jeudi.
Le premier dimanche (13 novembre) l'assemblée se réunit à 4 heures, à l'issue des vêpres. Elle .se composait de 56 électeurs seulement. Elle fit choix du citoyen Pierre Benoît Loiseau, comme président, et du citoyen Pierre Blanchard comme .secrétaire, et ce fut tout. Le président Loiseau, « attendu l'heure tardive », lève la séance et renvoie à dimanche prochain la continuation des opérations.
Le deuxième dimanche (20 novembre), le président Loiseau procède, tout d'abord, à la nomination de trois scrutateurs. Le dépouillement du scrutin désigne, pour ces fonctions, les citoyens Dalpech, Bessot et Lacoste.
Cela fait, le président rappelle aux électeurs présents qu'ils ont à nommer : i^ un nouveau maire; 2° un nouveau procureur de la commune en remplacement du citoyen Melon; 3^ tous les officiers municipaux; 4» .six notables sur douze.
Le scrutin pour la nomination du maire donne les résultats suivants : sur 47 votants, Loi.seau obtient 27 voix ; il est élu.
Un deuxième .scrutin pour la nomination du procureur de la commune désigne le citoxcn Jean Baptiste Lacoste ])ai' 34 voix sur 50 v<jtants.
AITAIKIS l'Ol I IKJIKS Iv I A DM I MS 1 K A 1 I \ i:s
Le -scrutin pour la nomination dos ofticiers niunici])au.\ demande trois tours. Sont nommés : au premier tour Pierre Blanchard; au second tour, Jacques Coste et Pierre I)el])it ; au troisième tour, Delpech et Dubut.
Jean Baptiste Labarrière est maintenu dans ses fonctions tle secrétaire greffier.
On passe ensuite à la nonunation des .six notables. Il n'y a plus que 2^ votants! Sont nommés: Pierre Colin, ib voix;
l'IG. 58.
Jcnii Baptiste Lacoste, huissier national, niiiiiiiiù pi'Dcui'cui' lie la coinniuno.
Ant(Mne Randonnier, 14 voix; Jacques Auriel, 12 voix; Pierre Mianne, 10 voix; l'abbé Delpit ^, 10 voix; Pierre Melon, 8 voix. Le citoyen Pierre Melon arrive beau dernier sur la liste des notables. Il fallait que l'ancien procureur de la commune se fût créé bien des inimitiés pour n'avoir su se conserver que huit électeurs ! Une pareille disgrâce n'est que momentanée. Pierre Melon, par son intelligence et son caractère, saura reconquérir son prestige auprès du corps* électoral et nous le retrouverons plus tard, .sous le Directoire, avec les hautes fonctions de président de l'administration municipale du canton.
Les élections municipales sont maintenant terminées. Il n'y a plus, pour les membres nouvellement élus, qu'à prêter le ser-
I. L'abbé Delpit était le lils d"Aiitoiiic Dcipil de Belerd, ancien consul de Bcaumont, sous rancien régime. Nous le retrouverons, plus loin, comme curé con.stitutionnel de Beaumont ^voy. Cnlle) et président de la Société populaire (voy. chap. VIU, La Société populaire da « Amis de la Cunstilutioii ».
ment prescrit par la loi. Mais, comme il se fait tard, le président, à la demande générale, renvoie cette dernière opération au dimanche suivant, 4 décembre. Ce jour-là, nouvelle réunion à l'hôtel de ville, sous la présidence de Loiseau : mais, malgré la convocation régulièrement faite « tant par affiches, qu'au son de la caisse », un certain nombre de membres du corps municipal fait défaut et le président, plutôt que de s'exposer à faire une (( opération illégale y>, renvoie l'assemblée au jeudi suivant. Le jeudi suivant, 8 décembre, le corps municipal, au grand complet cette fois, se trouve réuni à l'hôtel commun à
l'issue de la première messe. Le maire, Pierre Benoît Loiseau, occupe le fauteuil de la présidence.
Sur sa demande, les officiers muni-
^ cipaux en exercice, « étant entrés en
tig. 59.
... corps », prennent place au bureau
lienoit Loiseau, r ' ir s:
maire de Beauniont en 1791. suivaut l'article XXII du décret
général. Arrivent alors le procureur de la commune et, à sa suite, les officiers municipaux nouvellement élus. Après avoir été de nouveau « proclamés par les anciens officiers municipaux », ils ont, devant eux et en présence de l'assemblée, prêté le serment suivant : Je jure de ■maintenir de tout mon pouvoir la Constitution du royaume, d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi ; de remplir exactement les fonctions qui me sont confiées.
Après les élections, dont je viens de faire le récit, la municipalité de la commime de Beaumont se trouve constituée de la façon suivante :
Maire: Loiseau (Benoît).
Procureur de la commune : Lacoste (Jean Baptiste).
Officiers municipaux: Blanchard (Pierre), Costic (jaccpics), I)]<:lpit (Pierre), Delpech (Jean), Dubut (Jean).
Secrétaire greffier: Labarrièke (Jean Baptiste). Kt, en plus, les douze notables, dont six de l'ancienne municipalité qui n'étaient pas soumis à réélection et les six nouvellement élus : les citoyens Pierre Colin, Antoine Ran-
donnior. Jacques Auriel, Pierre Mianne. Jacques Delpit et Pierre Melon.
Dix-neuf jours après la prestation de serment, le 2j décembre 1791, toujours en l'hôtel commun, il fut convenu et arrêté entre les différents membres de la nouvelle municipalité que le sieur Pierre Blanchard, officier municipal, conjointement avec le sieur Benoît Loiseau, maire, formeraient le bureau et les autres messieurs {sic), le conseil de la municipalité. Nous avons déjà dit que Labarrière conservait ses fonctions de secrétaire greffier.
§ 8. - Plantation sur la place publique
d'un arbre de la LIBERTÉ.
On sait que, dans la plupart des villes et des bourgs, les populations, pour commémorer le grand mouvement national auquel elles devaient les libertés nouvelles, élevèrent des mais qui, en raison de leur signification, furent appelés arbres de la liberté.
Le premier paraît avoir été planté à Saint (iaudens, dans la Menne, par Norbert, curé de la paroisse, qui, dans une harangue enflammée, disait à ses paroissiens: «Au pied de cet arbre vous vous souviendrez que vous êtes Français; et, dans votre vieillesse, vous rappellerez à vos enfants l'époque mémorable à laquelle vous l'avez planté. » C'était au mois de mai 1790. L'année suivante, on comptait à Paris deux cents arbres de la liberté et, en 1794, ce nombre s'élevait, pour la France entière, à plus de .soixante mille. Rappelons que Louis XVI en avait fait planter un dans le jardin des Tuileries.
Élevés en l'honneur du régime nouveau, ces mais étaient comme l'emblème de la liberté. Ils étaient sous la protection de la loi. Le peuple, après les avoir plantés, les entretenait avec un .soin jaloux. Il avait pour eux une .sorte de culte. C'est « sous son ombre hospitalière » qu'il s'assemblait dans les grandes circonstances, soit pour prêter le serment civique, soit pour chanter des hymnes patriotiques. L'arbre de la liberté était ainsi, dans
288 liEAUMONT sors I,A COXS iriTAXTK HT I.A LKGISLA rniC
chaque municipalité, comme une sorte de monument public au même titre que l'autel de la patrie et nombreuses sont les communes où l'autel de la patrie fut dressé sous la ramure de l'arbre de la liberté. Comme l'écrit fort justement Larousse, « cet emblème charmant, orné de fleurs ou de rubans à la nation (c'c^stà-dire tricolores) devint pour le peuple le signe de ralliement, le labarum du civisme, aussi sacré pour le citoyen que le drapeau l'est pour le soldat ».
A Beaumont, le premier arbre de la liberté (car on en planta plusieurs au cours de la Révolution) fut dressé sur la Place Publique, le 6 juin 1792, veille de la Fête Dieu. Contrairement à ce qui se passait ailleurs, ce n'est pas la municipalité, mais la Société des Amis de la Constitution qui en prit l'initiative.
Dans sa séance du 2g avril, jour de mardi, «un membre lit la motion que la Société, à l'instar des autres villes du royaume, s'occupât à planter un mai, surmonté du bonnet de la liberté ». Cette motion, mise aux voix, recueillit l'unanimité des suffrages. Il fut alors convenu que chaque membre de la Société contribuerait aux frais de cette érection selon ses facultés et, séance tenante, une souscription fut ouverte parmi les membres présents. Elle fut, en quelques instants, couverte de signatures. Ajoutons que, dans un élan de patriotisme, un certain nombre de citoyens qui n'étaient pas encore affiliés à la vSociété, « voulant participer à la gloire de l'inauguration dudit mai » s'inscrivirent à leur tour sur la liste et versèrent leur offrande entre les mains du président.
La Société, dans son impatience, aurait voulu, dès le lendemain, mettre à exécution le projet qu'elle venait de voter. Mais il fut impossible de se procurer sur place un bonnet phrygien et, d'un commun accord, il fut décidé que la cérémonie serait renvoyée au mercredi suivant. Il fut décidé aussi que la Société y assisterait en corps.
Les organisateurs se préoccupèrent tout d'abord de se procurer un arbre. Ils avaient à choisir entre le chêne et le peuplier. Comme presque partout dans le pa\s, ils optèrent pour
AKKAIKKS P(U niOl'HS ET ADMI N IS IKA I I \i:S 2Sq
le cluMic ' qui est le plus bel arbre de nos forêts. Il fut gracieusement offert par le citoyen Huguet Delvy, du village du Mayne. Au jour fixé, le 6 juin 1792, un superbe chêne, arraché par quelques citoyens du Mayne dans les bois "dé Delvy, est apporté ù Beaumont sur la Place Publique, où un grand trou est déjà préparé pour le recevoir. Tous les membres de la Société populaire sont là en habits de fête, ayant à leur tête leur président, le vieux Révaugier. A leur côté est venu se placer le corps municipal. Autour d'eux est rangée la garde nationale, commandée par Carrière. Une foule énorme, Fig. 60.
accourue de la ville et de la ^c citoyen Révaugio,-.
campagne, assiste à la fête. Presuicnt Jcs Amis de in Con.stiuiti.>n.
A un signal donné par Révaugier et aux applaudissements de tous, l'arbre est dressé. Sa tête est coiffée du bonnet de la liberté. Au-dessous du bonnet, mollement agité par le vent, flotte le pavillon aux trois couleurs.
Tous les assistants, sous le coup d'une émotion profonde, se découvrent. Les tambours battent et la foule, à son tour, entonne un hymne patriotique.
La cérémonie terminée, les membres de la municipalité et les Amis de la Constitution défilent lentement et en ordre devant
I. C'est presque toujours le chêne que choisirent les popuhitions quand elles voulurent élever, sur leur place publique, un arbre de la liberté. L'abbé Grégoire, dans -.on livre sur les arbres de la liberté, donne, lui aussi, toutes les préférences au chêne et il nous en donne les raisons : « L'arbre, dit-il, destiné à devenir l'einblènic do la liberté doit être, en quelque sorte, fier et majestueux comme elle. 11 faut donc : i" qu'il soit assez robuste pour supporter les plus grands froids, sans quoi un hiver rigoureux pourrait le faire disparaître du sol de la république : 2" il doit être choisi parmi les arbres de première grandeur, car la force et la grandeur d'un arbre inspirent un sentiment de respect, qui se lie naturellement à l'objet dont il est le symbole : 3» la circonférence doit occuper une certaine étendue de terrain, ce qui le rendra plus capable de remuer les sens et de parler fortement à l'àme : 4" l'ampleur de son ombrage doit être telle. que les citoyens trouvent un abri, contre la pluie et les chaleurs, sous ses rameaux hospitaliers : 5" il doit être d'une longue vie : 6° il faut, enfin, qu'il puisse croître isolément dans toutes les contrées de la République ». Or, c'est le chêne, ajoute Grégoire, le plus beau des végétaux de l'Europe, qui remplit le mieux toutes ces conditions.