‹ La PeurChapitre 2 sur 22 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

solidité du fond, comme on devine une âme virile même sous des dehors aimables et enjoués.

Des occasions précieuses fournies par des blessures exceptionnellement propices à l'observation, ont permis à M. Mosso d'étudier sur le vivant le cerveau et ses fonctions. Grâce aux appareils qu'il a imaginés, délicats et précis comme il convient pour ces sortes de recherches, il a pu se rendre un compte exact de la manière dont travaille le cerveau et du mode d'irrigation sanguine de cet organe. Il Ta vu palpiter sous ses yeux pendant la veille et le sommeil, dans les périodes de calme ou d'agitation, de quiétude ou d'effroi, de santé ou de maladie des sujets soumis à l'observation. Les mouvements du sang dans les vaisseaux cérébraux étaient traduits par une plume docile en lignes ondulées plus ou moins régulières, conséquences des oscillations de la plume. Les diverses émotions ont été ainsi fidèlement représentées par des dessins ou graphiques, sortes d'autographes du pouls inconscient.

L'état du cerveau pendant le sommeil et les songes, pendant le travail intellectuel, au moment d'une émotion et en particulier sous l'empire de la peur se trouve ainsi mieux connu.

Chemin faisant, M. Mosso s'attaque à Darwin et se sépare de l'illustre naturaliste dans l'explication de certains faits. Il émet à ce sujet des idées personnelles qui ne sont pas sans valeur. A propos de la peur notamment, il n'admet pas, et avec raison, que la sélection contribue à propager cet état en quelque sorte maladif de l'organisme qu'on nomme la peur, car la peur conduit bien plus sûrement à la destruction qu'à la conservation de l'espèce. Il n'approuve pas davantage certaines explications données par Darwin au sujet de l'expression des émotions, et, dans le chapitre où il traite des expressions de la face, M. Mosso a des aper-

Page 1