‹ La PeurChapitre 4 sur 22 · CO-M.MENT TRAVAILLE LE CERVEAU · texte numérisé non relu

CO-M.MENT TRAVAILLE LE CERVEAU

Avant (le commencer Téliide des centres nerveux, je dois rappeler à la mémoire du lecteur quelques faits d'une extrême simplicité, qu'il connaît certainement cl qui sont de nature à mettre en évidence Tintervenlion du corps dans lc> phénomènes psychiques.

Pour savoir comment travaille le cerveau, il convient de rappeler ce qui se passe en nous quand nous sommes distraits, soustraits au monde des réalités, et que nous restons immohiles, les yeux ouverts, sans voir ni sentir, assistant intérieurement à ce spectacle curieux des images ilollantes insaisissahles qui traversent notre esprit.

Que de fois, dans le silence de Télude, pendant une lecture, les contours de la parole se sont dissipés, si l'on ose parler ainsi, et nous nous sommes tout à coup trouvés transportés au loin, dans les nues, l'esprit peuplé de nos souvenirs de jeunesse et de nos espérances d'avenir. C'est alors que dans la nuit solitaire, assis au coin du feu, la Ihmme, les tisons et les étincelles qui jaillissent dans les cendres prennent des formes étranges.

Pour bien des gens, celte suspension de rattenlion, cette sorte de repos de l'esprit est un vi-ai soulagement : cet effacement de la volonté nous arrache un instant aux soucis et aux misères de la vie, et nous laisse contempler paisiblement le spectacle curieux du travail du cerveau livré à lui-même. Les idées, les choses se transforment

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rapidement et se mêlent incessamment, sans ordre et sans b'jt. Nous voici transportés au milieu d'un ionrhillon dnns l'sspace sans bornes, dans le temps sans limite, découvrant sans cesse de nouveaux pays et de houveaux horizons. Les nua2:cs prennent des formes fantastiques et des voix harmonieuses se font entendre dans la cascade du ruisseau. Puis, tout à coup, passe rapidem-cnt une volée de souvenirs qui fuit bien loin, à l'horizon de la conscience, nous laissant éblouis et troublés. Dans cette foule de pensées et de figures aussitôt évanouies qu'entrevues, nous retrouvons des visages, des formes connues, images de ceux que nous a"/Dns perdus, et vers lesquelles nous nous élançons le sourire sur les lèvres et les larmes dans les yeux.

Toute cette fantasmagorie n'est autre chose que les rêves d'un esprit éveillé- Il nous arrive même de nous laisser a'iler au courant capricieux et indolent de l'activité cérébrale, bien que noire attention soit plus vive et l'énergie de la pensée plus grande. La volonté, en effet, ne crée rien dans le champ de l'imagination et le cerveau n'est pas un esclave qui obéit à nos ordres. Qui ne se souvient des etforls pénibles autant qu'inutiles pour chasser une pensée qui noLs obsède, et de l'impuissance où nous sommes alors de nous livrer à un travail intellectuel sans savoir pourquoi ! Combien de fois ne sommes-nous pas restés, pendant des heures, la plume en arrêt et le front dans la main, sans qu'il nous vint à Tesprit une pensée que nous eussions le courage d'écrire! Quel découragement le jour où nous sentions ainsi se tarir les sources de la pensée 1 En vain, nous nous tourmentions à rabrouer notre esprit, pour en faire sortir des fragments de pensées que nous rejetions ensuite avec dépit comme des scories de notre cerveau.

Avouons-le, nous étions alors humiliés comme si l'on nous eût fermé au nez la porte de notre propre maison, il ne faut pas s'en tourmenter; à (juoi bon, d'ailleurs, nous emporter et nous mettre en colère. C'est donner de la têîe contre un mur.

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