‹ La PeurChapitre 5 sur 22 · COMMENT TRAVAILLE LE CEUVI-AU · texte numérisé non relu

COMMENT TRAVAILLE LE CEUVI-AU

Un physiologiste anglais compare le travail de l'homme qui pense à celui d'un humble aiguilleur qui se trouve à l'entrée d'une grande station : il ne donne pas le mouvement aux trains, ne les fait ni partir, ni arrêter, mais dirige seulement les mouvements qui permettent d'aller dans un sens ou dans l'autre.

Le cerveau est conslamment en travail et il n'est pas possible de se faire une idée de l'activité qui se manifeste dans toutes ses parties. Plus l'attention est grande siir nu point, plus la connaissance que nous avons du iravail delà partie voisine est confuse, et moins vives sont les iiiiprossiohs venues dn dehors, comme le prouve l'exemple d'Archimède tué par un soldai romain, pendant le siège de Syracuse, tandis qu'il était absorbé par l'étude d'un théorème de géométrie.

Notre cerveau n^ travaille jamais dans son entier; c'est une partie ou une autre qui fonctionne.

Quand je regarde avec un seul œil une paroi uniformément éclairée ou bien le ciel, je trouve que le champ delà vision tantôt s'obcnr<*it, tantôt s'éclaire. Gela ne dépend pas des yeux mais du cerveau, car nous nous servons continuellement et incor.sciemmentdel'uiioude l'autre œil; les deux hémisphères cérébraux ne travaillent pas simultament, mais tantôt l'un, tantôt l'autre. Un général tVançais perdit une partie du cerveau à la suite d'un coup de sahro qui lui fendit le crâne. Il guérit et conserva son intelligence et sa vivacité ; seulement, il ne pouvait prendre une part active à aucune conversation ni se livrer, si ce n'est pendant quelques minutes, à un travail sérieux de l'esprit.

Nous avons plusieurs philosophes qui allirment qu'une partie notable de notre activité crrébraie s'accomplit automatiquement et que notre esprit travaille parfois sans en avoir conscience. *i Quand une idée, dit Maudsley (1), disparaît de la conscience, elle ne disparait pas nécessairement tout à fait; son action peut continuer à s'exercer à l'état latent, au-dessous <ie l'horizon de la conscience, pour ainsi dire; elle peut dans cet état produire même des ellets

(1) Maudsley, la Physiologie de l'esprit ; Paris, 1879. p. 280.

moteurs ou influencer daulres idées, sans que nous nous apercevions de ce travail. » Mais lorsque noire conscience est distraite inopinément de son travail, ou réveillée par quelque chose dont elle s'était préalablement occupée, nous surprenons alors Tidée sur le fait. Cette opinion est rendue probable aussi pj^r quelques phénomènes qui se rapportent à mes études sur la circulation du sang dans le cerveau. Que de fois sont revenus presque à l'improviste, et au moment où nous y pensions le moins, les noms et les faits, que nous ne parvenions pas à nous remémorer par une contention d'esprit longue et fatigante.

Nous savons tous qu'il ne nous est pas possible de nous endormir à volonté, tant nous sommes peu maitres de ne pas penser. Nous détournons l'esprit sur un point ou sur un autre pour essayer de le distraire de ce qui Toccupe et le tient éveillé.

Nous cherchons à repousser une idée qui nous obsède, en appelant à notre aide d'autres idées qui la chassent, et souvent nous attendons le calme, celte obscurité, cette tranquillité de l'esprit qui seule peut le laisser reposer.

Quand, au moment qui précède le sommeil, lorsque l'esprit est plus tranquille, nous nous efforçons de le tenir fixé sur une idée, nous nous apercevons qu'il oscille, se montre, puis disparaît comme si nous nous trouvions dans une barque et que, de temps à autre, nous élevions la tête r.u-dessus des vagues. Même pendant le jour, nous sommes quelquefois dans celle humble barquette que chaque coup de vent éloigne du but, que des courants impétueux de pensées empêchent d'entrer au port.

Mais pour mieux voir le lien qui unit la matière de Torganismc à l'activité de la pensée, la corrélation entre la nutrition du corps et l'élal de l'âme, ou pour ainsi dire le rapport du physique au moral, examinons attentivement ce qui arrive dans une réunion d'amis quand ils s'assoienl à table.

Après les premières exclamations de contentement que

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