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LES MOUVEMENTS IRRÉSISTIBLES

S3S membres inférieurs la partie postérieure du corps qui reste paralysée pendant quelques minutes. Une anémie rapide peul^ donc abolir la motilïlé et laisser intacte la sensibilité.

Quand la vie s'éteint lentement, que la circulation se ralentit peu à peu et que l'agonie se prolonge, je crois qu'il existe toujours un moment pendant lequel tous les muscles sont paralysés, excepté ceux de la respiration et du cœur, où tout est mort, sauf les nerfs de la sensibilité,

La main du mourant qui, par un effort suprême, s'est posée sur la tète pour bénir, est déjà retombée et ne pourra plus se relever, ni plier les doigts qui sentent pourtant l'étreinte du dernier adieu. L'œil immobile voit encore les ombres des êtres chéris qui se baissent pour déposer sur son front un baiser plein de larmes et de tendresse, et quand elle rend le dernier soupir, la mère entend encore les cris désespérés de ses enfants sans pouvoir leur faire un signe d'adieu.

Donc, puisque nous avons deux sortes de nerfs, ceux de la sensibilité et ceux du mouvement, cherchons à nous faire une idée précise de ce qu'on entend par mouvement irrésistible ou réflexe. Un exemple va nous aider à nous faire comprendre. Imaginons une grande maison dont le vestibule est très éloigné de la porte qui donne sur la rue. Le cordon de la sonnette se recourbe à la porte extérieure, «lescend verticalement le long de la porte et se termine par une poignée. Si quelqu'un vient, il tire le fil et la sonnette sonne dans le vestibule; la servante qui est là près ouvre aussitôt la porte en tirant le cordon. Cette série d'actions représente ce que les physiologistes nomment un mouvement réflexe. La servante est un centre nerveux, le cordon de la sonnette, un nerf sensible, et la corde qui ouvre, un nerf moteur. La porte est représentée dans l'organisme par les muscles ou les glandes, mais l'appareil est le même. Comme la sonnette résonne cent fois par jour dans la maison, pour toutes les affaires et pour le service inté-

Mosso. — La Peur. 2

rieur, sans que nous devions nous occuper d'ouvrir la porte Cl sans que la servante vienne dans le cabinet pour demander ce qu'elle a à fiire, nous avons dans notre système nerveux deux parties distinctes : la servante, qui est représentée par la moelle épinière, et le maître qui est le cerveau.

Cherchons ce qui arrive quand le maitre n'est pas là, ou autrement dit, ce que fait un animal auquel on a coupé }a tête, en ne laissant que la moelle épinière. Nous verrons qu'à mesure que le maître laisse faire la servante, ceile-ci s'empare peu à peu du pouvoir et finit par remplacer le maître.

Une grenouille à laquelle on coupe la tête ne meurt pas immédiatement^ elle peut encore se mouvoir pendant plusieurs jours et vivre môme assez longtemps si on lui enlève seulement le cerveau.

Supposons le cas le plus ordinaire, dans lequel on a tranché la tête d'un coup de ciseau. L'animal s'agite et se tor 1 pendant quelques instants, puis s'arrête. Et il resterait toujours immobile s'il était maintenu sous unn cloche, dans un milieu humide, à l'abri de toute excitation. Mais si l'on touche une de ses jambes ou si on laisse tomber dessus une goutte de vinaigre, la grenouille cherche aussitôt à fuir et à éloigner la cause qui a troublé son repos. Verse-t-on la goutte de vinaigre sur la jambe gauche, elle cherche à s'essayer avec la droite et vice-vorsa. Mais si l'on coupe ou si l'on maintient immobileune des jambesen lafixantou en la liant, puis qu'on mette une goutte de vinaigre sur l'autre restée libre, la grenouille se sert de celle-ci pour enlever la goutte.

A première vue cela parait un acte intelligent. On peut affirmer qu'il y a un choix, mais nous ne saurions dire que ce mouvement réclame remploi de l'intelligence, car un chien auquel on a tranché la moelle, un homme qui dort font les mêmes mouvements.

Ne croyez pas que ces mouvements se produisent seulement chez la grenouille ou chez les animaux inférieurs. Nous verrons que chez l'homme également les fonctions les plus indispensables à la vie s'accomplissent sans le concours du cerveau. Fontana, un des plus célèbres physiologistes qu'ait eus l'Italie, avait déjà, vers le milieu de ce siècle, constaté qu'on pouvait décapiter des lapins et des

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