‹ La peur en DauphinéChapitre 101 sur 111 · PIÈCES .M SIM K \TI\ ES · texte numérisé non relu

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banaux, de les pouvoir faire moudre au moulin de Coupier appartenant au Sr du Colombier. Les habitants de lad. Communauté doivent en outre aud. seigneur les cens et rentes portés par ses papiers terriers, avec les lods an (i denier, et ils en doivent aussi à environ l5 antres seigneurs directs, avec les lods sur le même pied.

[Art. 12] : La Communauté jouit en commun d'une très grande étendue de marais servant pour le pâturage de leurs bestiaux ; mais le roi en ayant l'ait don au feu S1 vicomte de Turenne, dont le Sr duc de Bouillon a le droit, il prétend se l'approprier ou réduire lad. Communauté à la propriété et jouissance d'un tiers d'icelui tant seulement ; et lad. Communauté a droit de pâturage dans les petites broussailles de chênes, bruyères et landes du lieu ou territoire de Chêne et des lieux de La Peleuze, de Counalet, des Briches et de Lonbichon, moyennant les droits seigneuriaux par eux dus.

f. i520. Vaulx-en-Velin. Noble Abel Allemand de Champier est seigneur engagiste de lad. Communauté dépendante du domaine du Boi, auquel chaque habitant paie annuellement un bichet d'avoine, outre les cens portés par 4 papiers terriers qui appartiennent aud. S' de Champier ; et lesd. habitants doivent encore des rentes à 2 ou '3 autres seigneurs directs, avec les lods au (i denier.

f. i53a. Mions. François de Neuville, due de Villcroy, pair et maréchal de France, chevalier des ordres du Roi, capitaine de la première et plus ancienne compagnie des gardes 'du corps de S. M., et général de ses années, est seigneur de lad. Communauté de Mions : chaque habitant ayant des bestiaux de labourage lui doit a bichets d'avoine, une corvée de ses bestiaux et une poule grasse: ceux qui n'ont pas de bestiaux doivent un bichet d'avoine et une corvée de leur personne avec une poule grasse; et ce, outre les censet rentes portés par les papiers terriersdud. seigneur, lesquels sont considérables. Le sieur du Bouchel de la Platière exige un droit de tâche sur les meilleurs fonds taillables de lad.

Communauté, consistant en 2 de tous les grains que lesd.

fonds produisent; et ('» autres seigneurs directs perçoivent des rentes portant lods au 6e denier sur les fonds des habitants de lad. < lommunauté.

f. i538. Chaponnay. Noble Ennemond de Chaponnay, prési dent a mortier au Parlemenl >\<- Dauphiné, est seigneur de lad.

Communauté, auquel chaque habitant ayant des bètes de labour paie 2 bennes d'avoine, une poule ; et ceux qui n'ont pas de bêtes de labour ne paient qu'une benne d'avoine avec la poule, outre les cens et rentes contenus dans les papiers terriers, portant lods et ventes au 6e denier.

f. i553. St-Symphorien et S o laize. François de Neuville, duc de Villeroy, pair et maréchal de France, est seigneur engagiste de lad. Communauté dépendante du domaine du Roi; auquel seigneur ils ne doivent que les cens et rentes portés par les papiers terriers de S. M., avec les lods au 6e denier: le four est banal et on y paie 3\ à raison de chaque 6o livres de pain que Ton y fait cuire.

f. i558. Simandre. Le Sr maréchal duc de Villeroy est seigneur engagiste de lad. Communauté, auquel ils ne doivent que les cens et rentes portés dans les papiers terriers de S. M., avec les lods au 6e denier.

f. 1571. Venîssieux. Dame Marie de Silvecane, veuve de noble Laurent de Chaponnay, vivant conseiller du Roi, trésorier de France en la généralité de Lyon, est dame de lad. Communauté dépendante du domaine du Roi, à laquelle on ne doit que les cens portés sur ses papiers terriers ; et, outre ce, 4 ou 5 autres seigneurs directs perçoivent des rentes dans l'étendue de lad. Communauté, avec les lods au 6e denier : et environ le tiers des fonds de lad. Communauté sont sujets à un droit de tâche qui consiste en la 7 gei*be des grains qu'on perçoit dans lesd. fonds, et il y a plusieurs autres fonds dans lad. Communauté qui sont sujets à un autre droit de tâche, pour lequel on paie la 4e gerbe.

f. i58a. Marennes. Noble Charles de la Tour de Gouvernet est seigneur dud. lieu de Marennes : noble Ennemond de Chaponnay, président à mortier au Parlement de Dauphiné, est seigneur du hameau de la Cornaz, et le seigneur maréchal duc de Villeroy est seigneur du hameau de Corbas. Chaque habitant dud. lieu de Marennes ayant des bêtes de labour paie aud. Sr de Gouvernet 2 bennes d'avoine, 2 coupes de seigle et une poule ; et ceux qui n'ont pas de bêtes de labour ne paient qu'une benne d'avoine avec le seigle et la poule ; les habitants du hameau de la Cornaz ayant aussi des bêtes de labour paient aud. Sr de Chaponnay 2 bennes d'avoine et une poule, et ceux qui n'ont pas de bêtes de labour 110 paient qu'une benne d'avoine et la poule, ne sachant quels droits seigneuriaux paient les habitants du hameau de

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Gorbas : et, outre Les droits seigneuriaux dus par Les habitants de lad. Communauté, ils doivent quantité de rentes à grand nombre de seigneurs directs.

f. i5oi. St-Priest. Noble Pierre Emmanuel Guignard. conseiller du Roi au Parlement de Grenoble, est seigneur de lad. Communauté sous le titre de vicomte : les droits seigneuriaux qui lui sont dus consistent au ban du vin pendant Le mois d'août. Les laboureurs lui doivent 3 bichets de seigle par chaque charrue et araire, on lui doit un droit de l'ouage consistant en un bichet de seigle par chaque habitant qui n'a point de labourage : chaque habitant doit encore '3 corvées de sa personne et une poule : et ceux qui habitent le hameau de St-Priest doivent, outre les susd. droits, un bichet comble d'avoine pour l'abreuvage de leurs bestiaux : outre lesd. droits, ils doivent les cens et rentes portés par les papiers terriers dud. seigneur.

f. 1097. Bron. Noble Jacques de Laube est seigneur de lad. Communauté, chaque habitant chef de famille ayant 2 bestiaux de labourage lui doit 4 bichets de seigle, et ceux qui ont 2 charrues en paient 6 bichets, et outre ce, 4 corvées de tous les bestiaux annuellement et 2 poules ; et ceux qui n'ont pas de bestiaux ne doivent que 2 bichets de seigle et 2 poules : le tout outre les cens et pensions portés par les papiers terriers dud. seigneur.

f. 1607. Temay. Dame Anne de Bufïevantùe Flevin, veuve de noble Pierre du Bourg de Césarge, est dame de lad. Communauté dépendante du domaine du Roi, ayant été unie autrefois à la terre de St-Symphorien-d'Ozon : lesd. habitants ne doivent à lad. daine aucuns droits seigneuriaux, mais ils doivent des cens au prieur dud. lieu, à cause de ses papiers terriers, avec les lotis au d denier.

f. iGi'3. Serezin. Xoble Pierre du Fenouil, comte dud. lieu, est seigneur engagiste de lad. Communauté; auquel ils ne doivent que les cens et rentes contenus dans ses papiers terriers, portant lods et ventes au 6 denier; et ils en doivent aussi à plusieurs autres seigneurs directs.

f. 1O28. Serpaize. Noble Etienne d'Aiguebelle de Montgardin est seigneur de lad. Communauté ; auquel chaque habitant ayant des bœufs ou vaches doit annuellement '( bichets de seigle, un bichet de froment, une poule, une livre de chanvre et 9 charrois de ses bêtes; et ceux qui n'ont pas de bêtes de labour lui doivent un bichetde seigle, a coupes de froment, une poule, une livre

2û6 LA PEUR EN DAUPHINE

de chanvre et 3 corvées de leurs personnes, étant nourris ; et ce, outre les cens et servis contenus dans ses papiers terriers et dans ceux de plusieurs autres seigneurs directs portant lods et ventes au 0e denier : néanmoins, depuis 2 à 3 années, les habitants de lad. Communauté ont cessé de payer les droits seigneuriaux, prétendant les faire réduire, y ayant à ce sujet une instance pendante au Parlement de cette province.

f. i63g. Bozancienx. Noble Abel Dupuy de Murinais est seigneur de lad. Communauté : auquel chaque habitant doit annuellement une poule et une corvée, et, en outre, les cens et rentes portés par ses papiers terriers, lesquels sont considérables : et ils en doivent aussi à quelques autres seigneurs directs.

f. i645. Milieu. Noble Melchior de Charlier est seigneur de lad. Communauté, composée des lieux de Milieu et de Monsteroux ; les habitants dud. lieu de Milieu qui ont des bêtes de labour lui doivent chacun 2 bennes d'avoine, un bichet de seigle, une poule, et 2S d'argent: et ceux qui n'ont point de bêtes de labour ne paient qu'une benne d'avoine avec le reste des autres droits ; et les habitants dud. lieu de Monsteroux ne paient qu'une benne d'avoine et une poule et 2S d'argent, lorsqu'ils ont aussi des bêtes de labour; et ceux qui n'en ont pas ne paient que 2 coupes combles d'avoine et 2 coupes rases, une poule et 2S d'argent, et ce, outre les cens et rentes contenus dans les papiers terriers dud. seigneur, portant lods et ventes au 6e denier.

f. 1649. Vergnioz. Noble. . . . Marnais de la Bâtie, lieutenantcolonel du régiment de dragons de Senneterre, est seigneur de la paroisse de Vergnioz, et noble Melchior de Charlier est seigneur des paroisses de St-Alban et Vitrieu, lesquelles 3 paroisses composent lad. Communauté ; auxquels seigneurs les habitants roturiers de leurs paroisses paient environ la 32e des grains et vin qu'ils recueillent.

f. i6(55. Auberwes. Noble Charles Barthélémy de la Tour, marquis de Gouvernet, est seigneur de lad. Communauté, auquel chaque habitant paie la 20e portion du froment, du seigle, de l'orge, de l'avoine et du vin qu'il recueille, outre les cens et rentes contenus dans ses papiers terriers, portant lods et ventes au 6e denier.

f. i6^3. Surieu. Noble.... Marnais de la Bâtie de Verceil, lieutenant-colonel du régiment de dragons de Senneterre, est, en

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qualité »le mari de dame. ... <le Lescot, seigneur de Lad. Communauté, auquel chaque habitant et chaque forain doit un droit de vingtain consistant en la 3oe partie du froment, du seigle, de L'orge et de l'avoine, et en la 20e du vin: et, outre ce, chaque chef de famille qui laboure la terre avec des bœufs ou des vaches lui doit 2 bichets et une coupe d'avoine ; et ceux qui n'ont ni bœufs ni vaches, ou qui labourent avec des mulets ou avec des «ânes, ne payent pas lad. avoine ; et tous lesd. habitants chefs de famille doivent chacun 2 poules. Ils doivent aussi des rentes et cens contenus dans 3 papiers terriers, avec les lods au 6e denier.

f. 1G29. Ville-sous- Anjou. Noble François deRevol desAvenières, en qualité de mari de dame Etiennette de Musinod, est seigneur de lad. Communauté ; auquel ils doivent le droit de vinglain consistant en la 20e partie des 4 gros grains et du vin de chaque habitant, lequel droit on paie en espèces ; et, outre ce, ils doivent le droit de fouage et labourage qui consiste en 2 coupes de froment et une poule, qui sont payées par chacun de ceux qui ont des bestiaux de labourage ; et ceux qui n'en ont pas ne doivent qu'une coupe de froment et une poule.

f. 1693. Montseveroux. Noble Abel Dupuy de Murinais est seigneur de lad. Communauté, auquel on ne doit autres droits seigneuriaux que les cens et rentes portés par ses papiers terriers, et on en doit aussi à quelques autres seigneurs directs.

f. 1698. La Chapelle-près-Roussillon. Noble Charles de la Tour de Gouvernet est seigneur de Lad. Communauté, auquel ils paient la 21e portion de la vendange et de tous les grains qu'ils y perçoivent, outre" les cens et rentes contenus dans ses papiers terriers, portant lods et ventes au 6e denier.

f. 1710. Chonas. Noble Charles Barthélémy de la Tour de Gouvernet, marquis de Sennevières, est seigneur de Lad. Communauté, auquel ils ne doivent que les cens portés par ses papiers terriers avec les lods au G0 denier.

f. 1 7 1 5 . St-Clair. Noble Ennemond Allemand de Montmartin, en qualité de chanoine et chantre de L'église métropolitaine de la ville de Vienne, est seigneur obédiencier de Lad. Communauté, auquel ils doivent les cens et renies portés par ses papiers terriers avec les lods au 6( denier : et, outre ce, environ La moitié des meilleurs fonds des habitants de lad. Communauté lui doivent des tâches, les unes à La 5 gerbe et les autres à La 6

2o8 LA PEUR EX DAUPHINÉ

f. 1734. Pinet. Noble Thomas de Boflîn d'Avgenson, colonel d'un régiment d'infanterie pour le service du Roi, en qualité de mari de dame Marie Anne de Buffevant, est seigneur engagiste de lad. Communauté, dépendant du domaine du Roi, auquel seigneur lesd. habitants ne doivent que les cens portés sur les papiers terriers de S. M. ; et il a une directe universelle sur tous les prés de lad. Communauté, établie parle droit d'aiguage. outre les cens et rentes imposés sur les mêmes prés, tant au pi'ofit du domaine du Roi que de plusieurs autres seigneurs particuliers, auxquels les habitants doivent quantité de rentes, tant sur lesd. prés que sur les autres fonds, comprises en i3 papiers terriers, avec les lods au 6e denier.

f. 1745. Romagnieu. Noble Jacques de Virieu de Beauvoir, conseiller du Roi au Parlement de Grenoble, est seigneur de lad. Communauté. Il prétend que, outre les cens et rentes contenus dans ses papiers terriers, portant lods et ventes au 6e denier, chaque habitant lui doit 2 bichets de seigle et 4 corvées de leurs bœufs ou personnes, et que la majeure partie des habitants lui doit aussi, outre ce, 4 poules.

f. i^56. Beauvoir. Noble François de Maugiron, bailli du Viennois, est seigneur de lad. Communauté dépendante du domaine du Roi, auquel seigneur ils paient de très grands droits mentionnés dans leurs remontrances.

[Remontrances] : On lève les dîmes dans lad. Communauté à des cotes excessives ; il y a de grosses rentes et servis portant

lods et ventes ; chacun des habitants faisant feu, sans

exception de la veuve et de l'orphelin, doit annuellement dans la plus grande étendue de lad. Communauté 2 bichets de seigle et 2 poules, et ceux qui ont des bêtes de labour, petites ou grandes, 4 bichets et les poules ; et, en d'autres endroits de lad. Communauté, chaque habitant faisant feu paie une benne d'avoine et ceux qui ont des bestiaux de labour 2 bennes d'avoine avec les poules, si bien que, à l'occasion desd. charges, les journaliers et la plus grande partie des habitants sont contraints de quitter lad. Communauté et d'aller habiter ailleurs.

f. 1768. Roche. Noble François d'Arvillard est seigneur de lad. Communauté, auquel chaque habitant du haut de Roche doit annuellement 10 coupes d'avoine, un bichet de seigle et une poule ; chaque habitant du bas de Roche lui doit annuellement

10 coupes d'avoine et une poule ; et chaque habitant du hameau des Birochons lui doit annuellement 4 coupes d'avoine et une poule, le tout mesure de la Communauté ; les habitants d'icelle lui doivent en outre les rentes et servis portés par ses papiers terriers avec les lods au 6e denier, et ils doivent aussi des rentes à

10 autres seigneurs directs avec les lods sur le même pied.

1". 1977. Beventin. Le chapitre de St-Maurice de Vienne est seigneur de lad. Communauté ; auquel ils ne doivent que les cens et rentes contenus dans les papiers terriers, portant lods et ventes au 6e denier.

f. 1382. Les Côtes-d'Arey. Dame Suzanne Pelisson. veuve et héritière sous le bénéfice d'inventaire de noble Louis de Lusse de Givret, capitaine commandant un bataillon du Régiment-Dauphin, est dame de la Communauté, à laquelle chaque habitant ayant des bestiaux de labour et faisant feu doit annuellement 3 bichets de seigle et 2 bennes d'avoine ; et ceux qui n'ont pas de bestiaux de labour ne doivent qu'un bichet de seigle et une benne d'avoine.

11 y a un moulin banal sur la rivière de Varèze, où l'on paie la 21e de tous les grains qu'on y fait moudre, outre les cens portés par les papiers terriers de lad. dame, et ceux de 2 ou 3 autres seigneurs directs, avec les lods au 6e denier.

f. 1790. Septème. Noble Claude Pecquoy, maître ordinaire des requêtes de l'hôtel de S. M., est seigneur de lad. Communauté, à l'exception de la paroisse de Chaleyssin dont dame Anne de Builevant, veuve de noble Louis du Bourg de Césarge, est dame : chaque habitant de la paroisse de Chaleyssin doit une coupe de seigle à la dame dud. lieu : et tous les habitants du reste de lad. Communauté, à l'exception des forains et des fermiers qui n'ont point de fonds dans lad. Communauté, doivent aussi aud. S1 Pecquoy lad. coupe de seigle ; les habitants du hameau de Sous- Côte doivent aud. S1 Pecquoy, outre lad. coupe de seigle, encore 2 bichets de seigle, lorsqu'ils ont des bêtes de labour; Lorsqu'ils n'en ont point, ils ne doivent qu'un bichel ; ceux du hameau du Péage doivent encore pour droit de tournage un bichet «le «-iule. outre lad. coupe; les habitants de St-Oblat doivent aussi aud. S1* Pecquoy un bichel de seigle outre lad. coupe : de laquelle

coupe il y a néanmoins 4 ou 5 familles exemptés dans ir territoire de lad. Communauté.

f. i8o5. Vaugris. Noble Charles Barthélémy de la four de

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Gouvernet est seigneur de lad. Communauté ; auquel ils ne doivent que les cens et rentes portés par ses papiers terriers, avec les lods au 6e denier.

f. 1814. Seyssuel. Lad. Communauté dépend de la seigneurie de l'archevêché de Vienne ; et ils ne doivent à leur seigneur aucuns droits personnels, mais seulement des grosses rentes, aussi bien qu'à plusieurs autres seigneurs directs, avec les lods au 6e denier.

f. 1824. Montleana. Noble François de Maugiron, bailli du Viennois, est seigneur de lad. Communauté, auquel chaque habitant ayant des bestiaux doit 3 corvées desd. bestiaux, et pour droit de guet ou garde 3 bichets de seigle ; et ceux qui n'ont pas de bœufs n'en doivent que 3 coupes, et quelques-uns d'eux suivant leurs reconnaissances ; et ce, outre les cens et rentes contenus dans ses papiers terriers, portant lods et ventes au 6e denier.

f. i838. Vienne. Le roi et le Sr archevêque de lad. ville sont cosseigneurs d'icelle, ayant chacun leurs juges et autres oiliciers de justice, lesquels l'exercent alternativement, les uns une année et les autres la suivante ; leurs droits seigneuriaux ne consistent qu'aux cens et rentes portés par leurs papiers terriers, au droit d'aide appartenant aud. S' archevêque ; lequel se lève sur* tous les grains que l'on vend dans la ville, autres que ceux du cru des habitants d'icelle ; led. Sr archevêque a aussi le droit du ban du vin pendant un mois à commencer le mercredi de la semaine de Pâques, pendant lequel mois on ne peut vendre d'autre vin dans lad. ville que celui dud. Sr archevêque, étant de celui de ses dîmes, à moins que la débite en soit faite plus tôt que la fin dud. mois ; et il y a une partie du territoire dépendant de la taillabilité de lad. ville, nommé Mont-Salomon, lequel est de la seigneurie du chapitre de l'Eglise métropolitaine de St-Maurice de lad. ville, n'y ayant autres droits seigneuriaux que les cens et rentes portés par ses papiers terriers.

f. i855. La Balrne. Noble Pierre de Portes, seigneur d'Amblérieu, est seigneur engagiste de lad. Communauté de La Balme ; auquel lesd. habitants ne doivent que les cens contenus tant dans les papiers terriers du domaine du Roi qu'outre le terrier particulier dud. Sr de Portes. Il y a aussi 5 ou 6 autres seigneurs directs, qui perçoivent des rentes dans lad. Communauté, avec les lods au 6e denier.

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f. 1864. Communq)'. M" Pierre David, abbé de Thiersen Auvergne, chanoine précenteur de l'Eglise primatiale de Vienne, en lad. qualité de chanoine, est seigneur obédiencier de lad. Communauté, auquel les habitants doivent les cens portés par les papiers terriers; et, outre ce, le tiers et un peu plus des fonds de lad. Communauté lui doivent des tâches, les uns à la 6e et je partie des grains, et les autres jusqu'à la 10e, y ayant encore 14 ou i5 seigneurs directs qui perçoivent des rentes dans lad. Communauté avec les lods au 6e denier ; et quelques-uns des autres seigneurs directs ont aussi un droit de tâche sur les fonds qui leur doivent des rentes.

f. 1871. Toirin. Noble Roger de Musy est seigneur engagiste de lad. Communauté, qui est du mandement de la Tour-du-Pin, dépendante du domaine du Roi ; auquel seigneur chaque habitant qui a des bœufs, bétes de labour ou parc, paie G bichets d'avoine, mesure de la Tour-du-Pin, et ceux qui n'ont ni bœufs, ni bêtes de labour, ni parc, n'en paient que 3, outre les cens et rentes contenus dans ses papiers terriers, portant lods et ventes au i39 denier.

f. 1879. St-Jean-de-Soudin. [Déclaration identique].

f 1888. Mej~zieux. Dame Marie Anne de la Poype St Julien, veuve et héritière usufruitière de noble Claude de Camus d'Argenis de Costain, marquis de Pusignan. maréchal-de-camp des armées du Roi, est dame de la Communauté ; à laquelle, outre les droits mentionnés dans le 12e art. des présentes réponses, chaque maison faisant feu dans lad. paroisse de Meyzieux doit une poule et les cens portés par les papiers terriers de lad. dame, avec les lods au 6e denier ; et, outre ce, 11 ou 12 autres seigneurs directs perçoivent des rentes dans lesd. 2 paroisses.

[Art. 12] : Lad. paroisse de Meyzieux possède le droit de pâturage dans les relaissées du Rhône, continues à lad. Communauté, moyennant la servitude de i4' annuellement; lesd. habitants de lad. paroisse de Meyzieux paient au seigneur engagiste de la terre «le Yaulx-en-Vclin et à la dame dud. lieu de Meyzieux une coupe d'avoine par chaque bœuf ou vache seulement qu'il font paître dans lesd. relaissées, les habitants de la paroisse de Chassieu n'ayant aucune pari aud. pâturage ni auxd. servitud

f. 1897. Azieu et Gênas. Nubie Jean François de Revillasc de

Colonne, lieutenant de Messieurs les maréchaux de France dans

le ressort du bailliage de St-Marcellin, est seigneur de lad. Communauté, auquel chaque habitant ayant des bestiaux doil une corvée

(Ml)

desd. bestiaux, et ceux qui n'en ont pas en doivent une de leur personne : et ce, outre les cens portés par les papiers terriers dud. seigneur, par ceux du S' archidiacre de l'Eglise métropolitaine de la ville de Lyon et par ceux des religieux Cordeliers du couvent de St-Bonaventure de lad. ville, avec les lods au 6e denier.

f. 1904. Décines et Char-pieu. Noble Louis de Bazemont. conseiller du Roi, président au Parlement de Grenoble, est seigneur de lad. Communauté de Décines et Charpieu, auquel ils ne doivent que les cens portés par ses papiers terriers ; et ils doivent aussi des rentes à la dame de la Cour et à la dame abbesse de St-Pierre, avec les lods au 6e denier.

f. 1912. Fej'zin. Noble Ennemond de Chaponnay, conseiller du Roi, président à mortier en la cour du Parlement, aides et finances de cette province, est seigneur haut justicier engagiste de lad. Communauté dépendante du domaine de S. M., mais la basse justice a été inféodée aux auteurs dud. Sr de Chaponnay; et on ne doit aud. seigneur que les cens et rentes portés par ses papiers terriers : et, outre ce, la dame abbesse de St-Pierre et les PP. Jésuites du Collège de Vienne perçoivent des rentes dans lad. Communauté, avec les lods au 6e denier.

f. 19^3. Frontonas. Noble Joseph de Faurey est seigneur de lad. Communauté de Frontonas dépendante du domaine du Roi: auquel iis ne doivent aucuns droits personnels : mais 7 à 8 seigneurs directs exigent des cens et rentes des habitants dud. lieu, avec les lods au 6e denier.

f. 1933. Illins. Noble Etienne d'Aiguebelle, seigneur de Montgardin, est en possession par provision de lad. terre d'Illins depuis le mois d'octobre 1699, et en lad. qualité il prétend qu'il lui est dû des droits seigneuriaux, cens et rentes directs compris dans les papiers terriers de lad. seigneurie, lesquels droits seigneuriaux consistent en 4 bichets de seigle, une benne d'avoine, une trousse de loin, 2 corvées de la personne et une poule par chaque habitant labourant avec des bœufs ou des vaches ; 2 bichets de seigle, une benne d'avoine, une trousse de foin, une poule, 2 corvées de la personne par chaque habitant labourant avec des chevaux, mulets ou ânes ; et un bichet de seigle, un bichet d'avoine, une poule, une trousse de foin et 2 corvées de la personne de tous les autres habitants qui n'ont aucuns bestiaux de labour, et, outre ce. tous lesd. habitants doivent les corvées nécessaires

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pour faucher, faner et charrier au château dud. lieu le foin du pré nommé du Mandement, et pour fosser, biner et vendanger la vigne aussi nommée du Mandement en les nourrissant pendant lesd. corvées : à raison desquels droits seigneuriaux universels, led. Sr de Montgardin est en procès par devant le Conseil du roi avec tous lesd. habitants ; et, à l'égard des cens ou servis qui pourraient monter environ à ioo bichets de froment, la plupart des habitants ne les paient pas. attendant le règlement général concernant lesd. rentes.

f. 19^2. Bellegarde et Poussieu. Noble Abel Dupuy de Murinais est seigneur de lad. Communauté de Bellegarde et Poussieu : auquel ils ne doivent que les cens et rentes compris dans ses papiers terriers avec les lods au 6e denier ; et, outre ce, il y a plus de 20 seigneurs directs qui exigent des rentes dans lad. Communauté.

f. i95o. Moissieu et Pact. Noble Jean François de Revillasc de Colonne est seigneur de lad. Communauté, auquel ils ne doivent que les cens portés par ses papiers terriers avec les lods au 6e denier ; mais plus de 20 autres seigneurs directs exigent des cens et rentes directs dans lad. Communauté.

F. 1937. Châtonnay . Noble Joseph François de Grolée, comte de Viriville, gouverneur pour le Roi de la ville et citadelle de Montélimar, est seigneur de lad. Communauté, auquel chaque habitant de la paroisse de Ste-Anne-d'Estrablin faisant partie de lad. Communauté doit chacun une benne d'avoine et une poule; et, outre ce, lad. Communauté en corps lui paie annuellement 8 bichets de seigle et 6' tournois, à cause des halles et pour l'extinction du droit de leyde qui lui était dû à raison des marchés dud. lieu. Led. Sr de Viriville a aussi un papier terrier qui peut produire environ 100 bichets de toutes sortes de grains avec Les lods au 12e denier ; cinq autres seigneurs directs perçoivent aussi des rentes sur les fonds desd. habitants avec les lods au 6e denier.

2l4 LA PEUR EN DAUPHINÉ

Journal tenu a Aoste, commencé le 25 Juillet 1789. (Bibl. de Grenoble, mss., O. 887).

Du samedi 20 Juillet. — Nous avons été avertis par diverses personnes du Bugey et du Dauphiné qu'il y avait un attroupement du côté de Lagnieu en Bugey, qui brûlait les tas de blé dans les champs et les granges ; que divers grands seigneurs et autres et M. le comte d' Aoste avaient passé en Piémont et qu'il était à craindre qu'ils ne formassent des partis pour venir nous inquiéter en France.

Du dimanche 26. — Sur ces bruits et autres et pour le maintien du bon ordre, nous nous sommes enrégimentés et sommes allés, en corps de milice bourgeoise, à l'issue de la messe paroissiale de Ghimilin, où nous avons fait chanter le Te Deum en actions de grâces pour la délivrance des maux dont la France venait d'être préservée, et de suite fait chanter Yexaudiat ; au sortir de l'église, la troupe a fait diverses décharges ; la milice bourgeoise s'est ensuite rendue à la dernière messe d' Aoste, où elle a fait chanter Yexaudiat et renvoyé le Te Deum à l'issue des vêpres, ce qui a été fait et suivi de plusieurs salves de mousqueterie et de boîtes.

L'on parle toujours des huit cents brigands qui sont du côté de Lagnieu ; on fait des illuminations.

Du lundi 2 y juillet. — Au point du jour, on nous a assuré que les huit cents brigands dont on nous a parlé ces deux jours derniers avaient incendié non-seulement les environs de Lagnieu, mais même la ville, et qu'ils se disposaient à entrer en Dauphiné dans la matinée : plusieurs personnes assuraient le même fait. Sur environ une heure après-midi, un cavalier de correspondance des employés de Morestel vint annoncer à grande course de cheval qu'ils avaient eu le même avis de Lagnieu, et que, à onze heures, lorsqu'il partit de Morestel, on venait d'en recevoir encore un, que les brigands passaient le Rhône au pont de Saut et venaient de ces côtés, que Morestel était alarmé, que l'on avait fait sonner

PIÈCES JUSTIFICATIVES 2l5

le tocsin, que les officiers cherchaient du secours de toutes parts, et que les habitants fuyaient et déménageaient, que les femmes et les enfants étaient dans la plus grande désolation. Aussitôt on envoya chercher le châtelain au Pont-de-Beauvoisin. En son absence, l'on fit battre la générale et sonner le tocsin et il arriva peu de temps après. Il y avait déjà alors une bonne partie delà communauté sous les armes. Le châtelain plaça plusieurs corps-de-garde et des sentinelles sur toutes les avenues, fit môme border les chemins et prit toutes les précautions qu'il crut convenables. L'alarme ne se répandit pas dans ce lieu seulement, mais à plusieurs lieues à l'entour. On disait que plus de vingt mille Savoyards, outre les brigands, nous avaient mis à feu et à sang. Environ en trois heures de temps, les communautés les plus voisines, malgré la pluie continuelle et des plus fortes, s'étant réunies à nous, nous formâmes un corps d'environ cinq mille quatre cents hommes, outre environ quatre mille hommes des communautés de deux à trois lieues qui étaient en marche, et qui ne s'en retournèrent que sur les avis qu'ils reçurent que l'ennemi n'avait point paru. Nous avons même appris que l'alarme se répandit à plus de dix lieues et que toutes ces communautés étaient disposées à venir nous donner du secours, même les Bugistes, ceux de Belley.

Ces communautés, malgré ce temps affreux, étaient priées par tous les officiers et notables et tous venaient avec un courage incroyable; on voyait même des malades qui oubliaient leur état et ramassaient toutes leurs forces pour venir nous secourir.

Les officiers de toutes les communautés se réunirent dans l'église d'Aoste, où ils délibérèrent sur le parti qu'il y avait à prendreet arrêtèrent de border le Rhône et la rivière du Guiers, «le formel* des corps-de-garde dans toutes les paroisses et de distribuer des sentinelles aux églises, clochers et avenues : et, après avoir demeuré deux ou trois heures et avoir promis et juré entre tous qu'au premier signal ils se réuniraient dans l'endroit attaqué, toutes les communautés se sont retirées, sauf un détachement de dix hommes de la communauté de Dolomieu, commandé par M Borel-Féline, notaire audit lieu, qui ont gardé à merveille le poste qui leur était assigné. I.nlil M" Bore! a même assisté le sieur Roche, capitainechâtelain, dans les patrouilles continuelles qu'ils ont laites toute la nuit, malgré le mauvais temps, dans les deux paroisses et dans 1rs différents liameaux, accompagnés seulement d'un caporal, attendu

2l6 LA PEUR EN DAUPHTNE

le petit nombre qu'ils étaient pour garder cette communauté. Ils ont aussi arrêté, en cas d'alarme, de détacher des avis sûrs signés des officiers et de former une correspondance suivie. Ce qu'il y avait de plus effrayant, c'était d'entendre les gémissements et les cris des femmes et des enfants, des infirmes et des vieillards, qui abandonnaient leurs habitations dans les campagnes isolées et dans les hameaux pour fuir dans les bois avec leurs meubles et leurs bestiaux ; ceux qui étaient sur la frontière de Savoie, tandis que les hommes couraient au combat, les femmes portaient tous leurs effets dans ce royaume étranger.

Ce qui nous inquiétait le plus, c'était le manque de munitions et surtout le manque d'aliments. Nous donnâmes des ordres en conséquence à tous les boulangers et bouchers de toute la communauté et fîmes même venir une voiture de pain du Pont-de- Beauvoisin et préparâmes des appartements pour mettre à couvert ces braves patriotes.

Nous fîmes publier une ordonnance à tous les citoyens de fermer leurs portes, fenêtres et d'y tenir des lumières pendant toute la nuit.

Du mardi 28. — Nous apprîmes par une lettre de Morestel que dix-huit cents brigands avaient été chassés par deux régiments jusque dans la forêt de Saint-Jullin en Franche-Comté. Nous reçûmes également avis qu'on avait arrêté à Morestel un inconnu auquel on avait trouvé amadou, mèche et briquet, et l'on donna le signalement d'un de ses camarades que nous ne tardâmes pas d'avoir. Ils s'étaient tous les deux échappés des galères : ce dernier nous avait convenu qu'il avait voyagé plusieurs fois avec le nommé Brachet, chef de bande ; nous le fîmes traduire à Vienne. Du mercredi 2 g juillet. — Le calme paraissait renaître dans les esprits : mais un exprès, qui vint de la part d'un officier de Faverges, annonçait que douze cents brigands ravageaient Thuellin qui demandait du secours. A l'instant, nous envoyâmes divers exprès pour s'assurer de la vérité, et fîmes défendre de sonner le tocsin. Néanmoins nous nous rassemblâmes et préparâmes nos armes. L'alarme se répandit parmi les femmes et les enfants ; on vola au clocher malgré nous. L'impatience d'aller secourir nos voisins ne donna pas le temps à nos exprès de revenir ; on se mit en inarche avec précipitation et nous rencontrâmes un de nos exprès à demi-lieue, qui nous annonça que notre alarme était

fausse, que ce n'était que quelques inconnus qu'oïl avait aperçus dans les bois de Dolomieu. On nous apprit a Granieu que l'on venait de voir un homme qui s'était réfugié dans les taillis de Granieu. Nous aidâmes à eeux de ce lieu à le chercher ; et, comme ils étaient assez nombreux, nous nous retirâmes sans 1rs avoir trouvé-..

Nous avons confié la clef du clocher aux officiers de garde pour qu'on ne sonnât pas le tocsin mal à propos.

Du Jeudi 3o. — On nous a annoncé une troupe de huit à dix inconnus dans le bois de Dolomieu et qu'on nous avertirait lorsqu'on aurait besoin de nous. La compagnie des Champagnes nous donna aussi avis qu'on avait aperçu un homme dans les bois du Cerisier, qui avait pris la fuite du côté des Avenières.

Du vendredi 3 1 juillet. — Nous avons reçu la confirmation de plusieurs châteaux brûlés ou pillés. Nous recevons de MM. les échevins de Belley une lettre par une copie venue par MM. les officiers de Cordon, dont les teneurs suivent :

Copie de la lettre écrite par MM. Nivière et Richard, maire et capitaine général de -Belley, du 3i juillet 1789, à 10 heures du soir.

« Je vous préviens, Messieurs, que l'avis de bande de brigands est certain, quelle a brûlé et pillé Salette. Veinas et nombre d'autres maisons et même les blés dans les champs. Elle est peut-être encore en ce moment à Salette, mais elle voulait diriger sa marche du côté des montagnes de Portes en passant par le pont du Saut. Ayez à porter vos forces depuis Cordon jusqu'au pont du Saut, en avertissant tous les rivages et communautés voisines. 11 faut s'assurer des bateaux en les faisant passer du côté du Bugey. Il faut que le capitaine général de Lagnieu soit également averti. Les communautés de Peyrieu, Sillignieux. Prémeyzel, Saint-Bois, etc., se porteront à Groslée. Signe Nivière, maire de la ville de Belley, et Richard, capitaine général des ténues dans la même ville. »

« Cordon, 3l juillet, à S heures du matin.

« Messieurs, nous nous empressons de vous donner connais#sance de l'avis ci-dessus, pour que vous puissiez prendre des

mesures convenables à détruire les brigands en recueillant VOS

forces sur leur passage. De notre côté, nous allons nous conformer à l'avis ci-devant et nous porter a Groslée. Vous apercevez

2l8' LA PEUR EN DAUPHINE

qu'il est important de couper la retraite à ces brigands en faisant traverser le Rhône à vos bateaux ; ce que nous ferons également si la bande pénètre en Bugey. Signé Audibert, brigadier d'ordre ; Degranges ; Vincent; Rampin, châtelain; Merle, receveur des traites. Vu à Saint-Didier, le 3i juillet. Barrai. »

Nous avons fait passer aux communautés voisines plusieurs de ces lettres ; nous continuons le plus exactement possible une correspondance avec nos voisins depuis lundi dernier.

Du samedi Ier août. — Nous recevons la confirmation qu'une troupe nombreuse de paysans brûle, pille, ravage les châteaux. Ils sont encore actuellement à la Tour-du-Pin. Ils sont allés pour la troisième fois chez Mme la comtesse de Vallin, de là chez M. de Boissac, chez Mme de Rachais où on nous assure qu'ils ne laissent que les murs. Ils sont allés chez Mme veuve Picot-La Buissonnière et chez M. Charreton, notaire et châtelain à Fallavier. On nous assure que les citoyens en ont arrêté huit ou douze, dont nous ne sommes pas certain.

Nous avons fait arrêter une femme sans aveu, que le châtelain a fait conduire au commandant du Pont. On croit que c'est la femme d'un échappé de galère qui fut conduit à Vienne mardi dernier. Nous apprenons aussi que les brigands sont allés à Saint- Chef, où ils ont saccagé les cabinets des notaires et tout brûlé.

Procès-verbal, des officiers municipaux de Bourgoin (Areh. nat., Dxxix l,is, i, 3e dossier).

Du lundi vingt-sept juillet mil sept cent quatre-vingt-neuf, à six heures et demie du soir : nous. Jacques- Antoine Roy, négociant et maire de la communauté de Bourgoin, accompagné de plusieurs officiers municipaux et officiers de la garde bourgeoise, nous étant transportés en l' hôtel-de-ville pour veiller autant qu'il était en nous à la sûreté publique et au bon ordre, avons dressé le présent procès-verbal.

PIÈGES JUSTIFICATIVES 'JlO

A cinq heui'es et demie, est arrivé le sieur Arnoux, notaire à la Tour-du-Pin, monté sur un cheval qui allait très vite ; il a donné de l'inquiétude aux habitants qui l'ont vu passer, en parlant confusément de troupes, de précautions, etc. ; on a cru qu'il continuait sa route du côté de Lyon, et le peuple s'est armé de tout ce qui s'est présenté en accourant sur la route du Pont-de- Beauvoisin avec des démonstrations de la plus grande inquiétude ; nous étant informé du sujet de cette alarme, on nous a fait le récit ci-dessus concernant le sieur Arnoux ; nous avons requis un cavalier de maréchaussée présent de courir à la poursuite dudit Arnoux ; Me Lavorel, notable, est monté à cheval pour aller s'éclaircir de la vérité sur la route de la Tour-du-Pin : un moment après, Defillon, commis de la poste, en a fait autant. Le cavalier a trouvé le sieur Arnoux chez les Augustins, où il était allé mettre pied à terre : nous l'avons rencontré, accompagné d'une foule de peuple, au-devant de la maison de M. Seignoret. colonel de la milice bourgeoise ; nous l'y avons fait entrer pour l'interroger. Il nous a appris que, l'alarme ayant été répandue à la Tour-du-Pin par quelqu'un venu des Abrets, où l'on croyait qu'il y avait dix mille hommes de troupes piémontaises. d'autres avaient dit que c'était une troupe de brigands qui ravageaient les campagnes, pillaient et brûlaient les habitations: ce récit oflrait bien des incertitudes. Le sieur Arnoux avait été porté par son zèle pour le bien public à prévenir tous les villages, sur la route de la Tour-du-Pin jusqu'à Bourgoin, de se tenir sur leurs gardes et même de faire avancer des secours contre L'ennemi pour s'opposer à leurs ravages, et se proposait de retourner aussitôt se joindre à ses concitoyens pour défendre sa patrie : mais, le peuple ayant témoigné de la défiance sur son compte, parce qu'il étail attaché à une maison noble, nous fûmes obligé, pour le soustraire aux insultes, de le faire conduire en cet hôtel, <*t de lui donner une garde de six hommes. A -i\ heures. M. de la Bâtie est arrivé avec Madame son épouse, venant de Cessieh, où il assure que plusieurs personnes lui ont fait le même récit. Cependant, quelle que lut la cause du danger, il ne paraissait pas moins réel; dous avons requis aussitôt les officiers de la milice bourgeoise d'entrer en fonctions, quoique, suivant la délibération des notables, ils dussent attendre l'agrément des officiers municipaux, d'établir des

gardes et des patrouilles : nous avons lait donner ordre a tous les

boulangers de faire du pain sans discontinuer jusqu'à nouvel ordre, nous avons fait délivrer par des marchands des farines à ceux qui n'en avaient pas : nous avons été obligé, pour apaiser les clameurs, de faire délivrer de la poudre et du plomb à ceux qui avaient des armes à feu.

Il est arrivé successivement différentes personnes du côté de la Tour-du-Pin, qui toutes ont fait des récits alarmants, mais pleins d'incertitude: enfin à sept heures et demie est arrivé M. Lavorel, qui a dit qu'ayant rencontré en route un courrier de MM. les officiers municipaux de la Tour-du-Pin, [il] s'était chargé de la lettre dont il était porteur, laquelle il nous remettait ; cette lettre, signée par M. le chevalier de Murinais, M. Lhoste, consul, et M. Guedy, curé, confirmait l'existence des troupes piémontaises et donnait la présomption que le village d'Aoste avait été saccagé ; à cette nouvelle, nous nous crûmes obligé de prévenir les villes de Lyon, Grenoble et Vienne ; nous avons député le sieur Toit à Lyon, Lambert à Grenoble, et M. Genin à Vienne ; et, sur les avis des officiers de la milice bourgeoise, on a fait ordonner aux officiers qui commandaient les compagnies assemblées sur le pont de Ruy d'avancer jusqu'à ce qu'on rencontrât la milice bourgeoise de la Tour-du-Pin, ce qui a été fait; à huit heures, les habitants des paroisses voisines, armés, ont commencé d'arriver; on les a distribués dans les tavernes pour leur donner à boire et à manger ; et. à fur et mesure qu'il en arrivait d'autres, on plaçait les premiers dans les rues et places ; ils étaient surveillés par les gardes qu'on avait placées dans tous les quartiers. A neuf heures, on a compté qu'il était arrivé environ deux mille hommes de douze paroisses voisines, dont la moitié était armée de faux ou de tridents, l'autre moitié avait des armes à feu, et demandait à grands cris des munitions ; la crainte de voir arriver l'ennemi demain à la pointe du jour détermine à se procurer de la poudre et du plomb, dont on était totalement dépourvu ; nous avons envoyé le sieur Germain à Lyon, chargé d'une lettre pour MM. les officiers municipaux, par laquelle nous confirmions la nouvelle que nous leur avions donnée et nous les priions de nous envoyer des munitions : il est dix heures : il arrive par intervalles des hommes des paroisses voisines; les patrouilles sont faites exactement dans la ville et les environs, les otïiciers de la milice visitent exactement et sans cesse les corps-de-garde ; les femmes et les enfants, effrayés des

nouvelles désastreuses qui se sont répandues dès cinq heures et demie, ont fui et errent dans les bois, sur les coteaux voisins, par une pluie continuelle : les hommes que La tendresse filiale a obligés d'accompagner leur famille dans les lieux ('■cartes, reviennent se joindre à leurs concitoyens [tour défendre leur patrie: les habitations sont désertes ; il ne leur reste d'apparence de vie que celle que leur procurent les illuminations placées sur les fenêtres. Les rues et les places sont pleines de gens armés, spectacle nouveau dans ce canton et pour cette génération ; tous les esprits sont inquiets, mais l'on jugerait que la plus grande inquiétude est occasionnée par la crainte de ne pas voir arriver l'ennemi ; quelle gloire de le voir expirer à nos portes, d'en purger la patrie, et d'effrayer tout ennemi public. Le courage augmente surtout depuis que, l'alarme cédant au raisonnement, on se persuade que, malgré les différentes assertions, ce ne peuvent être des troupes réglées qui nous menacent, mais seulement des brigands.

A dix heures et demie, il arrive un postillon de la Tour-du-Pin, qui fait un récit aussi peu positif que les précédents, mais allirme que des villages ont été saccagés dans les environs d'Aoste ; que cette nouvelle a été confirmée par un postillon du même lieu que lui, et qui arrivait des Abrets au moment où il partait.

11 est onze heures : une partie de la milice bourgeoise arrive de la Tour, apporte un billet de M. de Rivais, sous-lieutenant de maréchaussée, qui assure que L'alarme est fausse, ou que du moins l'ennemi a disparu et que tout était tranquille dans Les environs de la Tour: il fut délibéré d'envoyer aussitôt des courriers à Grenoble, Lyon et Vienne pour rassurer sur les nouvelles qu'on avait données, mais on réfléchit qu'il convenait d'attendre le retour de Delillon, commis à la poste, qui avail continue sa route pour découvrir la cause de L'alarme; il est minuit, M. île Rivais est de retour et toute la milice bourgeoise: la nouvelle de la disparition de l'ennemi est confirmée; bientôt après arrive DefilLon qui est allé jusqu'au Pont-de-13eauvoisin où L'on a eu l.i même alarme qu'ici, mais tout y elail tranquille Lorsqu'il en esl parti: nous avions prépare les dépêches, ou donne celle de LyOD au courrier de la malle, on envoie un postillon a Grenoble, el Colomb à Vienne ; il y avail alors plus -le trois mille hommes des

pkroiSSeS voisines; on les avait l'ail boire el manger : 0D les

remercia, chaque paroisse en particulier, de La promptitude avec

laquelle ils étaient accourus à notre secours ; on ne juge pas à propos de leur enjoindre de sortir tout de suite de la ville ; on les laisse partir à leur volonté. A une heure, il n'est encore parti personne ; à deux heures de même ; il est au contraire arrivé du monde de paroisses plus éloignées, comme Chozeau ; à trois heures il part quelques paroisses, à quatre heures de même ; à cinq heures, tout étant tranquille, suivant les différents rapports des officiers qui faisaient les patrouilles et visitaient les corps-degarde, plusieurs des officiers présents vont encore remercier les hommes qui partent et les engager à se retirer tranquillement et sans bruit, de porter chez eux l'esprit de paix et de confiance. Nous avons levé la séance et signé le présent avec les officiers présents qui ont été témoins de tout ce qui est ici relaté ou qui en sont certains

Du vingt-huit juillet mil sept cent quatre-vingt-neuf, à dix heures du matin, en la salle del'hôtel-de-ville de Bourgoin, nous, Jacques- Antoine Roy, maire de cette ville, avons continué le procès-verbal en reprenant la séance ; après nous être retiré à cinq heures, comme il a été dit, nous nous sommes mis sur un lit pour prendre un peu de repos, demi-heure ; arrive de Lyon le sieur Germain avec une lettre de M. Imbert-Colomès, premier échevin, commandant de la ville de Lyon, qui nous écrit qu'on ne peut nous fournir ni armes ni munitions, mais que, si l'ennemi approche, on volera à notre secours de manière ou autre. Un moment après, un citoyen vient nous apprendre avec les témoignages de la plus vive inquiétude qu'une partie des gens de la campagne s'était rassemblée au moment de son départ, avait témoigné de mauvais desseins et avait forcé par les menaces les plus terribles M. de Rivais à marcher à leur tête ; il ne nous fut pas possible de prendre du repos après une nouvelle aussi effrayante ; cette résolution des gens de la campagne nous parut le prélude de tous les maux : nous fûmes occupés à lire les dépêches d'un courrier envoyé par M. le commandant de Lyon et à lui expédier un certificat ; après quoi nous montâmes à cheval, avec le dessein de rencontrer cette troupe effrénée qui avait forcé M. de Rivais à marcher avec elle, lui faire des représentations qui les fissent rentrer en eux-mêmes, l'engager à se retirer chacun chez soi pour vaquer à ses travaux, ou du moins obtenir qu'elle rendît

PIÈCES JUSTIFICATIVES .i\>3

la liberté à M. de Rivais : nous avons été jusque près du château de Domarin où nous rencontrâmes M. Bertray, de Saint-Alban,

avec quelques paysans qui nous annoncèrent que cette troupe furieuse était à dévaster le château de Domarin, que nos représentations ne feraient que les animer davantage et que nous courrions danger de notre vie ; d'après ces observations, jugeant de l'inutilité de nos efforts, nous revînmes sur nos pas, et nous rencontrâmes sur notre route plusieurs groupes de paysans qui faisaient des projets hostiles contre quelques châteaux des environs. Nous employâmes toute notre éloquence à les dissuader, nous donnâmes même de l'argent à quelques-uns ; nous fûmes de retour à huit heures ; alors nous visitâmes tous les quartiers de la ville, nous nous aperçûmes que la plupart des habitants, fatigués d'une nuit agitée, étaient à se reposer ; nous rencontrâmes seulement une vingtaine de personnes du peuple qui se disposaient à partir pour joindre les malintentionnés qui couraient la campagne ; nous fîmes notre possible pour les contenir, et nous ne pûmes obtenir d'eux de demeurer tranquilles, qu'après avoir convenu que la matrice des mesures à grains devait être confiée à un habitant de la ville et non à une personne dans la dépendance du seigneur, ils nous désignèrent même un nommé Massot. qui fait les mesures, à qui elle pourrait être confiée : la nécessité nous obligea de tout promettre, et même de sceller le traité de paix en buvant une bouteille de vin chez le nommé Blanchet, cabaretier : cette troupe pouvait encore devenir dangereuse en la laissant dans l'oisiveté, nous l'avons occupée à établir un corps-de-garde sur la route de la Tour-du-Pin : de là nous venons de nous transporter dans cet hôtel-de-ville, d'où nous ne désemparerons pas, tant que nous espérerons <1\ contribuer à la tranquillité publique; nous nous occupons à visiter tous les passeports des voyageurs et à les rafraîchir: les citoyens demandent que personne ne passe sans être examiné, on doil sacrifier toute considération à leur sûreté, et leur sûreté dépend de leur confiance. A dix heures et demie, les habitants de Saint-Savin arrivenl urinés et viennent nous offrir leur secours en cas de besoin : nous le^ avons remerciés de leur bonne volonté, et on les a l'ail boire et manger: ils repartent à onze heures en bon ordre. Alors arrivent Lès habitants de Saint-Chef qu'on a fait boire et manger; Lis se sont retirés. Bientôt après, les habitants de Culin arrivent, on

les fait boire et manger, et on les engage de repartir bien vite ; il est midi et demie ; nous allons dîner, et nous viendrons tout de suite reprendre la séance et continuer le présent.

A une heure, nous reprenons la séance : il a été agité par plusieurs de MM. les officiers qui se sont rendus en cet hôtel-de- ville si l'on ferait des démarches pour arrêter les ravages qui se commettaient dans les campagnes, dont le récit était de moment en moment plus inquiétant; la position de M. de Rivais en particulier inquiétait tous les citoyens ; cet officier dont la conduite était des plus sages et des plus patriotiques ne méritait pas d'être ainsi compromis et exposé à une populace sans frein ; l'on n'a pris aucune détermination, on a gémi sur l'impossibilité d'arrêter des maux aussi all'reux : les paysans de Ru y qui ne se retiraient point commençaient à donner de l'inquiétude; à deux heures, on nous rapporte qu'il se rassemble des paysans de plusieurs villages qui viennent se joindre à ceux de Ruy; à deux heures et demie, les paysans réunis menacent de faire le dégât du château; à trois heures, on vient nous avertir que les paysans sont rassemblés dans la cour du château, qu'ils y entrent, demandent tous les papiers qui sont dans le château et menacent de brûler le château ; on nous engage d'y aller pour tâcher de les adoucir, nous nous y transportons avec M. Guimet, premier échevin.

A sept heures et demie, de retour du château, où nous avons été témoin des scènes les plus affreuses : en y arrivant, nous y avons fait notre possible pour apaiser cette troupe mutinée ; il n'était pas possible de leur opposer la force, ils étaient au moins au nombre de quatre cents ; les caresses et les raisonnements les plus sensés ne pouvaient pas les arrêter. Pour garantir le château d'un incendie, qui aurait peut-être entraîné celui de toute la ville, on fut obligé de consentir de leur livrer tous les papiers qu'ils exigeaient absolument. Ceux qu'ils voulurent bien relâcher ont été mis dans trois sacs cachetés avec un cachet déposé entre les mains d'un paysan, et les sacs transportés à l'hôtel-de-ville ; les premiers devaient être transportés au milieu de la place publique, ensuite visités pour céder aux corsaires ce qui leur plairait ; cette précaution avait été prise, dans la crainte que, prenant la fantaisie de brûler les papiers, les paysans ne missent le feu au château ; l'événement a prouvé que la mesure était nécessaire, puisque, en arrivant sur la place pour visiter les papiers, nous les vîmes incen-

diés. et nous nous sommes rendu ici. où nous avons appris que M. île Rivais avait été de retour à einq heures, qu'il avait eu bien • le la peine à s'échapper des mains de ces brigands qui l'avaient eonduit, qu'il avait été témoin des horreurs les plus révoltantes, que sa vie n'avait été eonservée (pie par une espèce de miracle.

Il est huit heures ; nous nous retirions. Lorsqu'on est venu nous inviter de nous transporter chez M. Benoit, syndic-receveur de la communauté, directeur de la poste aux lettres, et fermier des Messieurs de Malte, représentants de l'abbaye de Saint- Antoine, à qui une troupe demandait la rémission du terrier de Saint-Antoine, et sur la résistance qu'y apportait ledit sieur Benoit, cette troupe menaçait de se porter aux plus grands excès : nous allons chez M. Benoit pour prévenir, s'il est possible, de plus iacheux accidents. Arrivé chez M. Benoît, la fureur était à son comble ; les paysans étaient près de forcer la porte du bureau des lettres, où était fermé le sieur Benoit ; et, s'il eût pei*sisté à résister, ils auraient vraisemblablement détruit tous les papiers qui y étaient renfermés ; nous entreprimes d'abord de les apaiser, en leur montrant l'horreur de leurs procédés, mais vainement ; alors nous avons engagé M. Benoit de nous ouvrir sa porte, et nous l'exhortâmes à céder à la nécessité pour éviter de plus grands malheurs. Il nous a donné deux livres de reconnaissances du terrier de Saint-Antoine, dont l'un était relié. Nous avons mis le tout entre les mains des paysans qui les ont fait brûler ; et de suite nous nous sommes rendu en cet hôtel -de- ville, où nous avons délivré quelques passeports ; et à huit heures et demie, notre présence paraissant inutile, nous levons la séance et avons signé...

Du mercredi vingt-neuf juillet mil sept cent quatre-vingt-neuf, à six heures du malin, étant dans la salle de l'hôtel-de-ville3 nous avons continué le procès-verbal de ce qui s'était passe : non-, nous sommes occupé à délivrer des passeports et à visiter ceux des voyageurs, et tout le inonde a été assez, tranquille jusqu'à onze heures ; alors il s'est répandu une alarme, on sonnait le tocsin dans quelques villages voisins ; pour ne pas augmenter la frayeur du peuple, nous avons fait apporter les clefs du clocher pour empêcher de sonner le tocsin, el nous nous sommes fait rapporter Les motifs de l'épouvante ; on nous a dit qu'un homme à cheval, envoyé par M. Dodoz, de Saint-Alban, avait annonce que tous

(825) Bibliothèque d'histoire moderne. — I- lô.

3'26 LA PEUR EN DAT'l'HINK

les villages des environs sonnaient le tocsin, et qu'on certifiait qu'une troupe de brigands incendiait la Verpillière ; cet homme avait continué sa route par Jallieu : M. Boyer, capitaine delà milice bourgeoise, est monté à cheval pour aller à Saint-Alban s'assurer de ce qui s'y passait : à onze heures et demie, il est arrivé un postillon de la Verpillière qu'on a conduit ici et qui a dit que tout y était tranquille, que l'alarme qu'on avait donnée sur ce qui se passait à la Verpillière ne pouvait être que fausse : nous avons fait publier ce récit : et, tout paraissant tranquille, à midi nous avons levé la séance.

A une heure, nous avons repris la séance : plusieurs paysans de Jallieu, qui avaient su l'alarme donnée par le domestique de M. Dodoz, s'assemblaient dans les rues ; on les a engagés de se retirer sur l'assurance qu'on leur a donnée qu'ils devaient être tranquilles. M. Boyer est arrivé de Saint-Alban à une heure et demie ; il a dit que l'alamne avait été causée par quelques décharges d'armes à feu qui s'étaient faites à Vaulx, mais qu'actuellement on y était tranquille. Cependant à deux heures il est arrivé des paysans de Demptézieu qu'on a fait boire et manger, et on leur a dit de se retirer; à deux heures et demie, il est venu des paysans de Buy qu'on a traités de même. A trois heures et demie sont arrivés de Saint-Alban cent cinquante hommes armés, qui ont dit ne vouloir commettre aucun désordre, pourvu qu'on ne les trouble pas dans la perquisition qu'on voulait faire de papiers chez plusieurs notaires ; dans la crainte d'un plus grand désordre, on a passé sous silence leur incursion. Dans ce moment, s'assemblent les notables, principaux citoyens et officiers de la milice bourgeoise pour délibérer sur la situation des affaires ; nous avons signé le présent

Du jeudi trente juillet, à sept heures du matin, année mil sept cent quatre-vingt-neuf, nous, Jacques-Antoine Boy, maire, séant à l'hôtel-de-ville de Bourgoin. avons continué le procès-verbal.

Nous avons fait faire des extraits de la délibération d'hier qui ont été adressés aux communautés voisines ; nous avons expédié des passeports et visé ceux des voyageurs jusqu'à midi, à laquelle heure nous avons levé la séance.

A une heure, nous avons repris la séance ; et, sur les nouvelles que nous avons reçues des communautés voisines, que les ravages

PIECES JUSTIFIC \ ll\ l - <■>-

augmenteraient clans les campagnes, nous avons l'ait inviter les principaux citoyens de se rendre en cet hôtel pour délibérer sur le parti à prendre ; nous avons raisonne avec les personnes qui s'y sont rendues successivement jusqu'à cinq heures : alors il a été pris une délibération consignée dans le registre ; à six heures l'assemblée s'est séparée ; nous écrivons à Messieurs de la Commission intermédiaire conformément à la délibération, et, M. Salomon s'étant oiï'ert d'aller à Vienne et à Lyon porter nos lettres à Messieurs les commandants et officiers municipaux pour demander des troupes, nous les avons expédiées ; et de suite M. Salomon est parti d'abord pour Vienne, conformément à la délibération ; nous continuons la séance ; et, à huit heures, tout étant calme, nous nous retirons et avons signé

Du vendredi trente-et-un juillet mil sept cent quatre-vingt-neuf, à sept heures du matin, en la salle de l'hôtel-de-ville de Bourgoin, nous, Jacques-Antoine Roy, maire de ladite ville, y étant séant. avons continué le procès- verbal.

On a été effrayé à plusieurs reprises par le récit de diverses incursions faites dans les environs par les troupes de brigands ; on annonçait que ces troupes se réunissaient pour venir fondre sur Bourgoin, et y mettre tout à feu et à sang : heureusement l'alarme n'a pas transpiré parmi le peuple par les précautions qui ont été prises; mais la garde s'était faite avec beaucoup d'attention pendant la nuit; les patrouilles sont allées fort loin et très souvent : cependant, à l'heure qu'il est, il ne s'est point approché encore de brigands de Bourgoin, mais on frémit au récit des dévastations qu'ils commettent dans les lieux voisins ; ils ne se contentent plus d'aller dans les châteaux des riches, ils vont chez les bourgeois, chez les fermiers un peu aisés. Nous nous occupons à donner des passeports et à visiter ceux des voyageurs; à huit heures de même, à neuf heures de même jusqu'à onze heures; alors l'étapier vient nous dire qu'un inspecteur des vivres, arrive de (irenoble, lui a donné des ordres pour L'étape de trois cents dragons qui doivenl arriver ce soir et cent quatre-vingt Suisses ; qu'il avait tout ce qui lui était nécessaire, à l'exception de l'avoine dont il ne pouvait pas se procurer ; nous sortons pour aller chez M Guillerd, où 69t logé cet inspecteur.

A quatre heures après-midi, en l'hôtel-de-ville. après être allé

visiter chez le sieur Guillerd, aubergiste, l'inspecteur des vivres, qui nous a confirmé le narré de l'étapier, nous nous sommes occupé de trouver de l'avoine ; et. avant de donner des ordres de contrainte, nous sommes allé chez différents particuliers les engager d'en remettre de bon gré à l'étapier: M. de Rivais, officier de maréchaussée, a bien voulu nous accompagner dans cette recherche ; et, de suite, nous avons indiqué à l'étapier les personnes qui consentaient à lui en remettre, après avoir fait perquisition des écuries pour loger les chevaux des trois cents dragons qu'on annonçait : ces objets nous ont occupé jusqu'à ce moment, où nous nous occupons à faire préparer les billets de logement pour les troupes et à délivrer des passeports jusqu'à huit heures; alors arrivent, conduits par les cavaliers et accompagnés par les habitants de Ruy. treize prisonniers qu'on avait arrêtés dans les environs de la Tour-du-Pin, occupés de pillage : tout le peuple se met en alarme, la milice bourgeoise court aux armes, parce qu'on assure que les troupes de brigands se réunissent pour venir les enlever ; malgré tous nos efforts, il n'est pas possible de calmer les esprits. On croit avoir l'ennemi à nos portes ; nous envoyons quérir les clefs du clocher pour qu'on ne sonne pas les cloches, on fait établir un corps-de-garde auprès du clocher de Jallieu. A neuf heures, nous recevons un exprès de MM. les officiers municipaux de la Tour, qui nous demandent un piquet de cinquante hommes pour les aider à se défendre contre les brigands, qui les menacent d'enlever cinq prisonniers qu'ils ont arrêtés et mis à leur corps-de-garde; on s'agite, on délibère: les citoyens sont rassemblés ; on ne sait quel parti prendre : on voudrait bien secourir la Tour-du-Pin, c'est l'intérêt de la cause commune, mais on craint d'avoir besoin de toutes ses forces pour se défendre. Une personne assure qu'on était à peu près certain qu'il était arrivé des troupes à Champier, que ce voisinage en imposerait et qu'elles ne manqueraient pas d'arriver demain matin: alors on décide de donner du secours à la Tour-du-Pin. M. de Rivais écrit au commandant des troupes, qu'on croit à Champier, pour le prier de les faire avancer incessamment. Nous allons conduire un piquet de vingt-cinq hommes à la Tour-du-Pin; à onze heures ils sont prêts, et nous partons, après avoir signé

Du samedi premier août mil sept cent quatre-vingt-neuf, à une

PIÈCES JUSTIFICATIVES 22g

heure après-midi, en La salle de L'hôtel^de- ville de Bourgoin, nous, Jacques- Antoine Roy, maire, continuons Le procès-verbal.

A sept heures, nous sommes arrivés de la Tour-du-Pin : on nous a raconté que, toute la nuit, on avait élé sur pied en cette ville, que la milice bourgeoise n'avait pas quitté les armes e1 avait distribué de nombreuses patrouilles à toutes les issues des routes : tout paraissant calme alors, nous avons pris un peu de repos. A dix heures. M. de Rivais a reçu réponse de M. de Frimont, commandant les troupes qui étaient venues jusqu'à Rives. et non jusqu'à Champier, ainsi qu'on l'avait annoncé, qui lui apprenait que les troupes arriveraient dans le jour : cette nouvelle a rassuré les esprits. En ce moment, nous nous occupons de livrer des passeports ; à deux heures de même, à trois heures de même. A quatre heures M. de Rivais se transporte en cet hùtelde-ville pour nous communiquer les ordres qu'il a reçus de M. de Frimont, qui portent que, bien loin de faire avancer les troupes qu'il conduisait, il retourne à Grenoble et ordonne aux troupes qui arriveraient d'ailleurs de se rendre également à Grenoble. Cette nouvelle a transpiré aussitôt, l'alarme est devenue générale ; M. de Rivais est accompagné à l'hôtel de-ville par beaucoup de citoyens et par plusieurs officiers municipaux des communautés voisines : on propose, pour éloigner le plus grand danger, de faire conduire à Vienne les prisonniers qui sont dans nos prisons: on demande que chaque communauté voisine fournisse un certain nombre d'hommes pour les escorter ; tout le monde veut conserver ses hommes pour se garder ; il n'est cependant pas possible de les retenir dans les prisons de Bourgoin sans de grands dangers; tous' les paysans des environs doivent venir saccager la ville pour les enlever: le peuple même de la ville proteste de n'y pas apporter obstacle, mais au contraire de s'aider à forcer les prisons. Quel parti prendre? On ne se décide point, on s'inquiète, le peuple donne des marques de la plus vive crainte : enfin on délibère qu'il faut encore solliciter M. le commandant de la province pour avoir des troupes ; on tait une lettre qu'une partie

des assistants signe. Nous eu adressons une à MM. Les officiers municipaux de Grenoble dans les mêmes vues. Elles devaienl être rendues sans délai, L'alarme ne permettait pas de temporiser. On piie M. Crochet, commis de la régie, de prendre la poste pour aller à Grenoble les porter avec une lettre de M. le comte de Mercy

23o LA PEUR EN DAUPHIXE

adressée à M. le comte de Meffray, membre de la Commission intermédiaire, et d'autres recommandations: il cède aux instances, il se prépare à partir. Il est six heures, il part ; l'assemblée se divise, après avoir témoigné le plus grand embarras sur la garde des détenus dans nos prisons. A six heures et demie, on vient nous avertir que l'on commence à sonner le tocsin dans les villages voisins, que la plupart de la milice bourgeoise refuse de faire le service, et que la populace veut se soulever, si on ne relâche les prisonniers ; nous allons tâcher d'apaiser la fermentation et prendre conseil des notables citoyens sur le parti qu'il convient de prendre dans cette circonstance : nous levons la séance, et avons signé

Nous, Jacques-Antoine Roy, négociant et maire de la ville de Bourgoin, à la requête de MM. les officiers municipaux de la Tourdu-Pin, sommes parti de cette ville, le jour d'hier 3i juillet, à onze heures et demie du soir, et, en qualité de lieutenant-colonel de la milice bourgeoise de cette ville, avons conduit un détachement de vingt-cinq hommes de ladite milice pour les réunir avec ceux de la Tour-du-Pin et conjointement s'opposer aux incursions dont les habitants dudit bourg étaient menacés de la part des brigands qui ravagent ces environs: arrivés audit bourg de la Tour-du-Pin à deux heures du matin de ce jour, nous y avons fait monter la garde par notre détachement jusqu'à trois heures et demie ; alors, voyant que le calme y régnait, et que les alarmes des habitants avaient cessé, nous avons annoncé aux sieurs oiliciers municipaux dudit bourg que nous allions ramener notre détachement en cette ville, à quoi ils ont consenti, et nous ont remercié de notre empressement à voler à leur secours. Et, nous observant que, le jour d'hier trente-et-un juillet, ils avaient arrêté cinq personnes occupées à piller le château de M. de Boissac et autres des environs, qu'ils nous requéraient d'en protéger avec notre détachement la conduite qu'en allaient faire les employés dudit lieu dans les prisons de cette ville ; nous, jugeant qu'il était de l'intérêt public de mettre la justice à même de punir les perturbateurs du repos public, et que lesdits détenus paraissaient grièvement accusés d'en être coupables, avons adhéré à la demande desdits officiers municipaux : et, de suite, cinq employés, s'étant saisis desdits détenus, les ont liés ; et, ayant formé une enceinte autour d'eux

PIÈCES JUSTIFICATIVES -j'jl

pour Jes conduire aux prisons de cette ville, nous les avons suivis avec notre détachement et avons veillé à ce qu'il ne leur lût apporté aucun trouble : nous sommes ainsi arrivé au village de Coiranne. où nous avons rencontré trois cavaliers de maréchaussée, dont deux de la brigade du Pont-de-Beau voisin et un de cette ville. Les employés leur ont remis lesdits prisonniers : et nous les avons suivis jusqu'à la porte de la prison où ils ont été fermés de suite jusqu'à six heures et demie du soir de ce jour. A ce moment, nous avons été forcé par la clameur publique et pour éviter un soulèvement général des habitants de cette ville, de même que les insultes des troupes de brigands qui courent dans les environs, qui n'ont aucun frein et qui se proposaient de venir incendier cette ville pour procurer la liberté aux susdits prisonniers, nous avons donc été forcé de nous transporter à la porte de la prison, où après néanmoins avoir pris des informations sur les vies et mœurs des prisonniers, ainsi que sur ceux des treize autres qui y avaient été renfermés hier pour le même fait, et convaincu qu'ils avaient été entraînés et séduits à commettre le crime qu'on leur reprochait, persuadé que c'était le premier qu'on avait à leur reprocher, et cédant à la nécessité, nous avons, de l'avis des principaux citoyens ici présents, ainsi que des olîiciers de quelques communautés voisines, ouvert les prisons auxdits prisonniers, leur ayant préalablement recommandé de se comporter à l'avenir en bons et honnêtes citoyens, ce qu'ils nous ont promis avec serment, en foi de quoi nous avons donné le présent que nous avons signé avec lesdits sieurs citoyens et olîiciers des communautés voisines, pour servir et valoir ce que de raison; les clefs de la prison nous ayant été remises par le sieur Thévenet, cavalier de la maréchaussée de cette brigade, auquel nous les avons rendues sur-le-champ; fait et dressé audit Bourgoin, à la porte des prisons dudit lieu. Le premier août mil sept cent quatre-vingt-neuf.

A l'original, signé: Rov l'ainé, maire et lieutenant-colonel de la milice bourgeoise; Seignoret; i>i Saint-Clair; Mollard, châtelain de Saint-Alban : Donoz, secrétaire-greffier de Saint- Alban ; Colonge : Buisson, major <le La garde bourgeoise; Lavorel, officier de la garde bourgeoise; Mollard lils aine, capitaine «le la milice bourgeoise; Robin, secrétaire ; Bertray, notaire à Saint-Alban et châtelain de Vaulx, ayaul fait fonction de grellier pour Le présent.

Du dimanche deuxième août mil sept cent quatre-vingt-neuf, à huit heures du matin, en la salle de l'hôtel-de-ville de Bourgoin, nous, Jacques-Antoine Roy, maire, continuant le procès-verbal, disons que, malgré les craintes et les inquiétudes, le bon ordre n'a pas été troublé pendant la nuit, au moyen des précautions prises par la milice bourgeoise. ?sous nous occupons à délivrer des passeports et à viser ceux des voyageurs. A midi, nous levons la séance. Il est arrivé différents exprès des lieux voisins qui, croyant trouver des troupes à Bourgoin, viennent demander des détachements pour les garantir des incursions dont ils sont sans cesse menacés. Tout le monde tremble, à chaque instant on raconte quelque nouveau ravage : nul ne se croit en sûreté dans ses foyers. ( Quelques troupes de brigands qui se présentent à l'entrée de la ville sont forcées de se retirer, voyant la milice bourgeoise sous les armes ; d'autres passent d'une route à l'autre, croyant trouver quelque issue libre, mais enfin elles sont forcées de se retirer, non sans faire beaucoup de menaces. On a eu la précaution de ne pas tirer dessus, et l'ordre n'en devait être donné que dans la plus grande nécessité. Jusqu'à ce moment, il n'y a pas eu une goutte de sang répandue sur notre territoire. Nous nous en félicitons, même dans ce désordre : la vie d'un homme nous parait plus précieuse que tous les autres biens. A huit heures et demie, nous levons la séance et avons signé avec les personnes présentes. . . .

Du lundi troisième août mil sept cent quatre-vingt-neuf, à sept heures du matin, en la salie de l'hôtel-de-ville de Bourgoin, nous, Jacques- Antoine Boy, maire, avons continué le procès- verbal. Il y a eu plusieurs alarmes dans la nuit, mais qui n'ont pas, heureusement, réveillé les habitants. Les patrouilles ont remonté aux sources d'où partait l'épouvante : les brigands qui voulaient piller se sont sauvés, cependant les troubles paraissent continuer; nous avons proposé à plusieurs notables citoyens qu'il conviendrait de nommer un comité permanent, dont une partie des membres fût toujours sédentaire en cet hùtel-de-ville, pour aviser aux moyens d'assui^er la tranquillité publique, et donner les ordres convenables selon les circonstances ; cette idée a été goûtée et nous avons fait convoquer une assemblée des notables et des ofliciers de la milice bourgeoise pour deux heures après-midi à l'effet de choisir douze personnes pour former le Comité permanent qui établira l'ordre

qu'il jugera à propos pour la tranquillité et La sûreté publiques.

Nous avons continué la séance jusqu'il midi et demie; nous nous sommes occupés à donner des passeports et à viser ceux des voyageurs. A ce moment, nous levons la séance et avons signé. . . . Pour extrait, Robin, seerétaire-greilier.

Procès-verbal du sous- lieutenant de maréchaussée

DE RlVALS

(Bibliothèque de Grenoble, niss., O.880)

L'an mil sept cent quatre-vingt-neuf et le vingt-neuf juillet, nous, Pierre-Alexandre de Rivais, sous-lieutenant de la maréchaussée au département de Vienne en Dauphiné, résidant à Bourgoin, certifions et attestons que, sur les quatre ou cinq heures du soir du 27 du courant, il s'est répandu une alarme générale dans la ville de Bourgoin, qui annonçait que huit ou dix mille Piémontais et Savoyards venaient dans la province pour y mettre tout à feu et à sang; cette alarme et terreur panique a apporté la désolation et la consternation dans le pays : et dans la ville l'on a sonné le tocsin : moi, de Rivais, me suis porté avec vingt hommes, citoyens de cette ville, en avant pour aller du côté de la Tour-du- Pin reconnaître les ennemis que nous avions à combattre : à mesure que j'avançais en chemin, j'étais joint par «les paysans qui arrivaient de toutes parts, armés «le fusils, de Taux, de tridents, etc. J'étais persuadé que ce ne pouvait être que des brigands, attendu que nous n'avions à craindre rien d'hostile du côté du roi de Sardaigne.

Moi, de Rivais, j'arrivai à la Tour-du-Pin à huit heures <•! demie: j'y trouvai environ quinze cents hommes de rassemblés, tous armés comme La bande «pic je conduisais; j«' li^ donner à manger à tous ces gens-là. du pain, «lu vin et «In fromage ; là nous

apprîmes des nouvelles positives qui ;i\;ii«-ni été envoyées par M. Prunelle, médecin, que ce n'étail qu'une terreur panique qui

s'était emparée de tous les esprits ; qu'il y avait cependant des brigands du côté du Bugey, qui avaient voulu entrer en Dauphiné, mais qu'on avait repoussés.

Moi, de Rivais, après avoir fait rafraîchir ma troupe, je partis de la Tour-du-Pin avec beaucoup de célérité et malgré la pluie ; et cela, pensant au danger qu'il y avait de laisser tant de monde armé ensemble et au plaisir que j'aurais d'annoncer moi-même et de certifier qu'il n'y avait pas d'ennemis du dehors à craindre : à mesure que je revenais, je renvoyai toutes les paroisses que je rencontrai sur la route, en les remerciant de la bonne volonté qu'ils avaient de défendre la patrie, en leur assurant qu'il n'y avait rien à craindre.

Arrivé à Bourgoin, je fus étonné de trouver toutes les rues pleines de gens armés, les halles, les places : partout on en voyait; je pensai qu'il y avait au moins quatre mille hommes.

Moi, de Rivais, harassé de fatigue, puisque j'avais fait le trajet de la Tour-du-Pin l'aller et le venir à pied, j'acceptai un bouillon que je pris chez M. Tranchant, négociant à Bourgoin, avec le nommé Revenu, qui ne m'avait point quitté dans ma marche.

Moi, de Rivais, voyant tant de monde rassemblé, je craignais qu'il arrivât quelque événement : j'ordonnai aux cavaliers de veiller pour qu'il n'en arrivât aucun de fâcheux et que ces gens-là ne se battissent pas entre eux : j'allais ça et là, tout paraissait tranquille; cependant il se tenait des propos sous les halles, qui faisaient craindre que ces gens-là avaient quelque mauvais dessein, soit qu'ils l'eussent formé avant l'alarme, ou que les méchants eussent soufflé la discorde après leur arrivée et eussent cherché à gagner les esprits pour parvenir au but de leur affreux projet.

Moi, de Rivais, voyant qu'il pleuvait et que le jour paraissait depuis quelques moments, je pris Le parti d'aller me jeter sur mon lit : je n'y fus pas plus tôt que, étant peu tranquille et aux écoutes. je sautai du lit en sursaut, je me mis à la fenêtre derrière les rideaux : j'entendis des projets qui me firent dresser les cheveux, qui étaient de commencer de saccager, piller et brûler quatre ou cinq maisons qu'ils avaient proscrites dans la ville, et de là de faire le tour de la province en brûlant et pillant tous les châteaux.

Dans l'instant, moi, de Rivais, je prends mon parti et je me dis : « Il faut tâcher par la douceur de faire sortir ces gens-là; autrement tout est perdu ici, la ville sera incendiée ».

Je courus les haranguer pour tâcher de persuader ces gens-là : j'employai tous les moyens de la plus grande douceur ; il y en eut plusieurs qui me dirent : « Monsieur, retirez-vous, ne vous opposez pas à nos projets; il y va de votre vie ». Malgré ces menaces, je persiste à employer les armes de la persuasion et je leur dis : « Quoi! mes amis, n'ètes-vous pas venus ici pour nous porter du secours contre nos ennemis? Serait-il possible que [vous] voulussiez qu'on dit que vous êtes venus au contraire pour nous piller, voler et nous brûler? Non mes amis, vous êtes trop braves gens pour que je veuille me le persuader ». Je rencontrai sur mon [chemin] M. Charles Tranchant, officier de la garde bourgeoise, et M. Seignoret, colonel de ladite milice, qui faisaient tous leurs efforts pour tâcher de les persuader de s'en aller. « Tout est perdu, me dit M. Seignoret ; tout est perdu ici, mon ami, si ces gens-là ne s'en vont pas ». Je lui dis : « Faites venir, je vous prie, la caisse de la ville et nous ferons rappeler et nous les ferons sortir au son du tambour; il n'y a que ce moyen». Le nommé Marc vient avec sa caisse ; il bat : et tous se mettent à me suivre ; il n'y eut que le sieur Marcelin Lasserre qui s'aida à les faire sortir de la ville et qui eut le secret de s'échapper.

Moi, de Rivais, lorsque je les vis hors de la ville, je voulais me retirer : il ne me fut pas possible, les plus scélérats et ceux qui paraissent à la tète de cet infernal complot vie proscription, se saisirent de moi et me dirent que, si je ne marchais avec eux, ils vont m'ùter la vie. Les fusils étaient dirigés sur moi, les faux me menaçaient, il faut céder à la force et marcher. Moi, de Rivais, je leur disais : « Pensez à ce que vous allez faire ; vous êtes les maîtres de ma vie ; mais, quand je saurais la perdre mille fois, je ne puis pas vous dire autrement que ce que ma conscience et mon devoir et mon honneur me commandent. Quoi ! vous voulez que celui auquel le roi a donné sa confiance pour veiller à votre sûreté, à celle de vos femmes, de vos enfants et à celle de vos propriétés, soit le témoin de vos brigandages et de vos dévastations ! » Les plus furieux me disaient : « Ètes-vous le plus fort ? — Non, mes amis, je n'ai pour moi que Dieu, que la raison qui puissent vous empêcher d'exécuter vos noirs et Infâmes projets. — Hé bien ! pas tant de raisons! marchez ou autrement... non-, rous,

etc. Allons an château de D arin.\ is-à-\ is la Maladière». J'aperçus

M. Candy, négociant à Lyon, qui était à sa fenêtre; je «lis à ces

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