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gens-là : « Mes amis, il faut emmener ce Monsieur avec nous. » J'espérais que la présence d'un honnête citoyen pourrait leur en imposer, et que, étant deux, nous pourrions les persuader de ne pas faire du mal ; ils me le promirent plus d'une fois; mais, arrivés à Domarin, il y en eut des principaux furieux ou brigands qui portèrent les premiers coups sur les eifets qu'ils cassent, brisent, et M. de Domarin. pour les apaiser, leur donna quelque argent; ces malheureux n'en devinrent que plus furieux et plus acharnés au pillage ; ils dévastèrent le château dans un instant : mille fois Mesdames de Domarin. Mademoiselle de Domarin et Mademoiselle Antoinette de Saint-Germain furent sur le point de perdre la vie ; je servais de bouclier à celui ou à celle de ces dames qu'on menaçait ; j'ai vu la mort à tout instant me menacer avec ses faux ; je parai au coup que l'on me porta parce qu'un de ces brigands disait que j'avais empêché qu'on ne lui donnât de l'argent. Enfin, je pris le parti de faire sonner la caisse et tout le inonde se retira en m'amenant de force du côté de Césarge; mais je leur dis : « Je ne sais pas pourquoi vous voulez piller, voler vos représentants. M. de Meffray est à la chambre intermédiaire ; d'autant mieux, est-il permis de se faire justice soi-même? Respectez les lois, le Roi et nos représentants qui s'occupent de votre bonheur ». Sourds à ma voix, et à la justice et à la raison, la tête pleine de la fumée du vin, ils ne respirent que fureur et vengeance; ils me conduisent donc à Vaulx de force ; arrivés sous le château, moi, de Rivais, j'aperçus dans la grande route trois ou quatre cents hommes qui marchaient en bon ordre; je dis à ces bandits qui me tenaient en captivité : « Il faudrait reconnaître ces gens qui sont vis-à-vis de nous, qui semblent aller à Bourgoin ». Je leur fis signe et leur criai de venir à nous; ils firent halte ; deux ou trois chefs, dont l'un était à cheval, approchèrent ; je dis à mes gens : « Dites-leur ce que vous voulez faire ». Alors ceux qui conduisaient leur dirent : « Nous voulons mettre le feu au château de Vaulx ». Ces messieurs, dont je ne sais pas le nom, dirent : « Pour nous, nous sommes venus dans la ferme persuasion qu'on avait besoin de nous contre les ennemis ; nous allons à Bourgoin leur témoigner notre bonne volonté ». Et ils se retirèrent et continuèrent leur marche. Je ne pouvais pas m'échapper: je ne fus pas secouru comme je l'aurais désiré : étant gardé à vue. je ne pouvais pas m'échapper. L'on me conduisit à Vaulx : l'on brise, casse tout et
l'on brûle le château; l'on pille et vole tout ce qu'on peut emporter. Moi, de Rivais, je crus les empêcher de mettre le feu : en m'étant emparé de la chapelle, je gardais à la porte et dis à plusieurs de ces brigands : « Si vous vous avisez de ne [tas respecter la religion, je tue le premier qui ose toucher aux vases sacrés; ne mettez pas le l'eu, parce qu'on brûlerait la chapelle en même temps que le château » : et que tout ce qu'ils faisaient était une violation des lois: qu'ainsi ils étaient pires que les brigands, puisqu'ils ne respectaient rien. Bref, je ne pus sauver que les vases sacrés et la pierre sacrée qui lurent les précieux et malheureux restes de ce bel édifice : il n'y eut que Dieu que j'eus le bonheur de faire respecter. Moi, de Rivais, je remis les vases sacrés à M. le curé de \ aulx, je descendis de cheval pour les déposer entre les mains de ce prêtre; j'étais presque mort de fatigue, et accablé de douleur : je ramassai mes forces pour témoigner le respect que j'avais pour la religion, j'étais pénétré qu'il n'y avait que la puissance de l'Être suprême qui, dans ce moment, pût me sauver, moi, de Rivais, des desseins et atroces projets que je savais que ces bandits avaient faits de m'ôter la vie; ils me firent boire le calice jusqu'à la lie; ils voulurent me mener encore de force jusqu'à la Verpiilière, chez M. de Meyrieu : arrivés, ils eurent cassé, brisé tout dans un instant; ils pillèrent et volèrent tout ce qu'ils trouvèrent ; en les prêchant, j'obtins la grâce de M. de Vaulx-Crozo, de la Verpiilière. et ils ne lui tirent aucun mal, ni à sa maison. J'obtins qu'ils ne missent pas le feu à celle de M. de Meyrieu, en leur disant qu'ils incendieraient le bourg s'ils y mettaient le feu.
Moi, de Rivais, je les priai au nom de Dieu, de la religion, de la patrie et du Roi. de vouloir assouvir leur aveugle rage et leur vengeance sur moi et que je me dévouais à être la victime de leur fureur, pourvu qu'ils ne voulussent plus faire du mal à personne. Je tâchai de les prendre par leur propre intérêt en leur disant qu'il était impossible (pie Dieu voulût laisser leur crime impuni, et que certainement le Roi et nos représentants voudraient qu'ils fussent livrés à la justice: «Tuez-moi, je vous prie, leurdisais-je. Gomment avez-vous la barbarie de me martyriser de la sorte ? Comment voulez-vous que je voie toutes ces horreurs sans frémir ? Tuezmoi, je vous conjure ». In lieutenant ou capitaine d'employés île la ferme, boi e doux el ayant l'air vénérable (sa tête étail blanchie par les années) leur parla pour les exhorter à cesser de faire
du mal ; on fit cercle autour de lui et de moi, de Rivais ; je ramassai le peu de forces qui me restaient ; je les haranguai de nouveau ; mon discours, la pâleur de la mort que j'avais peinte sur le visage, les toucha ; je les persuadai enfin de me laisser aller ; l'on me laissa entrer dans le corps-de-garde des employés ; une fois que j'y fus, il me sembla être sous une sauvegarde ; je fus malgré cela persécuté encore : ils voulaient que je partisse absolument avec eux pour Chamagnieu. Rivet, mon boulanger, qui m'avait amené son cheval, sachant que je devais être fatigué par la marche forcée que j'avais faite depuis vingt-quatre heures, s'offrit à ma place et en otage et fut avec eux à Chamagnieu où ils voulaient me conduire de force. (11 se sauva heureusement de leurs mains au moment de l'ardeur du pillage du château).
Pour moi, de Rivais, je me rendis avec Molard et le jeune Plantier, commis chez M. Fleuret à Bourgoin, comme je pus, chez Garnier, aubergiste, où je pris un bouillon ; je lui demandai vite un cheval ; hélas ! tous les dangers n'étaient pas encore passés pour moi ; je ne fus pas vingt pas hors de la Yerpillière qu'une troupe de ces brigands qui étaient encore chez M. de Meyrieu voulaient me réavoir: je fis tous mes efforts pour presser mon cheval, après en avoir demandé permission à mes deux fidèles compagnons ci-dessus dénommés qui m'avaient juré de ne pas me quitter jusques à la mort.
C'est là le véritable tableau et sincère exposé des cruelles journées des 27 et 28 juillet, plutôt atténué qu'exagéré, certifiant que le présent procès-verbal contient exacte vérité ; c'est pourquoi nous, de Rivais, l'avons dressé pour servir et valoir ce que de droit et de raison, avouant et confessant qu'il m'a été impossible de rédiger le présent procès-verbal le 28, comme étant ce jour-là plutôt entre la mort qu'à la vie, ayant été saigné à mon arrivée à Bourgoin ; ainsi cela n'a été que le lendemain 29 que j'ai fait le présent.
Pour copie conforme à l'original, signé le vingt-neuf juillet
mil sept cent quatre-vingt-neuf, à Bourgoin.
De Rivals.
PlèCES JUSTIFICATIVES
Assemblée de la communauté de Saint-Albax (3o juillet i;*»)) (Bibl. de Grenoble, mss., 0.883)
Du jeudi trentième du mois de juillet, année mil sept cent quatre-vingt-neuf, sur les neuf heures du matin, à l'issue d'une messe de cette paroisse, chantée solennellement, le peuple assemblé sur la place publique de ce lieu, au son de la cloche à la manière accoutumée, par devant nous, Pierre Mollard, notaire et châtelain de cette communauté, écrivant sieur Louis-Antoine Dodoz, secrétaire-greffier d'icelle ; sont comparus noble Joseph Riondet de Falieuse, ancien lieutenant de dragons au Régiment- Dauphin, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis ; messire Antoine Collange, prêtre et curé de cette paroisse ; Me Antoine Bertray, notaire royal de ce lieu ; Louis Perrot, François Allagniat, [énumération de noms] , Jean- Baptiste Gayeti et plusieurs autres composant la généralité de cette paroisse ; Mp Bertray, notaire de ce lieu et châtelain de Vaulx, portant la parole par un impromptu d'abondance, et sans préparation, a dit :
« Messieurs et chers concitoyens, — Une alarme générale s'est répandue dans cette contrée, sur le bruit qu'une troupe de brigands venait nous assaillir pour nous enlever nos biens, et plus que cela, arracher la vie à nos épouses, à nos enfants et à nous-mêmes. Pour sauver les uns et défendre l'autre, nous sommes accourus du côté où grondait l'orage et où le péril paraissait le plus évident ; heureusement ce qu'on craignait n'est pas arrivé, ces brigands n'ont pas paru. Notre démarche a prouvé que la mort dont nous étions menacés ne nous avait pas glacé le courage et que, toutes les fois que notre commune patrie était en danger, nous étions prêts, pour la secourir, à sacrifier jusques à la dernière goutte de notre sang ; jusque-là, mes chers concitoyens, nous ne pouvons <[ue mériter L'applaudissement général. Mais, lorsque je jette Les yeux sur Les suites funestes qu'a
■2^0 LA PEUR KX DAUPHINB
produites cette fausse alarme, ou plutôt cette terreur panique, je sens mon cœur se déchirer de douleur. Au calme qui devait suivre la disparition du danger a succédé un désordre affreux, et, je peux le dire, un brigandage inouï ; mais, dites-vous, la cause en est connue, et elle est juste, je vous entends. Le poids de la féodalité, dites- vous encore, pesait sur vos têtes et vous en avez voulu secouer le joug : très bien ! je suppose que vous fussiez fondés ; il était une voie plus douce qui, en mettant vos consciences plus tranquilles, vous mettait aussi à L'abri de tous repi'oehes. Vous pouviez, pour vous tranquilliser l'esprit, réclamer, comme vous l'avez fait hier chez moi, chez les olliciers de ce lieu et chez plusieurs autres, les objets qui seuls vous affligeaient annuellement. Et, lorsque vous en eussiez été nantis, comme vous le fûtes, les déposer en lieu sur, ensuite solliciter auprès du prince et de ses Etats généraux pour les faire rentrer dans le néant où ils auraient toujours dû être pour le bonheur de tous. Mais, mes chers concitoyens, que la conduite que l'on a tenue dans ces environs a été différente ! Le fer, le feu et le vol ont été les ressorts qu'on a fait jouer. Enfin le mal a été porté à son comble ! Si quelque chose pouvait me consoler, c'est de savoir qu'à toutes ces horreurs vous n'y avez point eu de part, et que vos mains ne se sont point souillées, en vous appropriant le bien d' autrui avec lequel nous ne pouvons aspirer à la gloire éternelle ; fasse le ciel, mes chers concitoyens, que j'aie toujours le même tribut d'éloges à vous décerner ! Vous devez être satisfaits d'avoir réduit en poussière ces documents, source de vos plaintes; que votre vengeance se borne à cela seul ; les remords ne viendront point vous tourmenter: et, si vous vous êtes déclarés les courageux défenseurs de votre patrie, montrez-vous en les vertueux citoyens ; respectez les propriétés de vos voisins, ne les voyez point d'un œil jaloux et n'y portez pas une main mercenaire; ne violez point le droit des gens, que chaque individu soit en sûreté dans son asile ; que la paix, l'union, la bonne intelligence régnent parmi nous ; que nos épouses et nos innocents enfants ne soient plus effrayés par l'appareil du carnage et n'aient pas à se reprocher, les unes d'être les compagnes de maris pirates, et les autres les rejetons de scélérats ; que celui de nous qui méconnaîtra ce qu'il se doit à lui-même et ce qu'il doit à son prochain soit déclaré perturbateur du repos public, infâme et banni de la société ; faisons, pour attirer sur nous les
PIÈCES JUSTIFICATIVES u^l
bénédictions du ciel, des vœux à Dieu : prions-le d'apaiser l'orage et de nous donner la paix. Prions-le aussi pour que le grand ouvrage commencé pour la régénération de ce royaume arrive bientôt à une heureuse fin, demandons-lui la conservation des jours de notre monarque, du digne et vertueux prélat de ce diocèse qui concourt à l'aider de sages conseils et enfin de la monarchie française. »
Après quoi tous les ci-dessus nommés ont unanimement délibéré que, dans les circonstances présentes, il faut veiller avec sûreté à la conservation des propriétés et à la tranquillité publique ; que, pour parvenir à l'un et à l'autre et mettre un frein aux désordres qui pourraient résulter du moment critique où l'on est, ils veulent que celui des habitants de ce lieu qui sera convaincu d'avoir troublé l'ordre public et attenté ou volé son voisin, soit présenté aux délibérants régulièrement assemblés pour être par eux, après un examen et parties ouïes, condamné à telles peines que le cas l'exigera : n'entendant point les délibérants vouloir empiéter sur les droits de la justice qu'ils respectent, ni sur les privilèges des tribunaux qui doivent connaître des délits de tout genre. déclarent ne faire le présent règlement que pour le bien de la chose et arrêter autant qu'il sera possible les excès où l'on pourrait se porter.
Au surplus, lesdits délibérants, à l'exception dudit M. Riondet, Gollange, curé, et de quelques autres habitants en très petit nombre, pour rendre hommage à la vérité, ont déclaré s'être armés et attroupés hier matin en très grand nombre, qu'ils se sont transportes dans la maison et étude dudit Me Bertray, notaire de ce lieu, dans celle de nous châtelain, et dans celle de notre greffier; qu'ils se sont de force et avec menaces fait exhiber tous les titres, papiers et documents qui intéressaient Le seigneur de Yaulx et plusieurs autres particuliers et qu'ils ont trouvés chez ledit Sr Dodoz seul, qu'ils s'en sont emparés, les ont portés sur la place publique de ce lieu, où ils les ont fait brûler : que, peu satisfaits de cela, sachant qu'il existait encore de pareils titres chez différentes personnes publiques de Bourgoin, ils ont forcé et contraint ledit Me Bertray, notre secrétaire-greffier, et nous, châtelain, <l \ aller avec eux : ont même obligé ledit Me Bertray <le prendre un fusil comme eux. et l'ont fait marcher il leur tête en le sommant avec aigreur et menaces «le les commander et diriger dans leur marche
(2W) Bibliothèque d'histoire moderne. — I. it>.
qu'ils ont voulu être faite militairement et avec appareil, que de cette manière ils nous ont conduits à Bourgoin chez Mes Buisson, Lacroix, Badin, Guillaud, notaires, et chez le Sr Tranchant fils pour s'y l'aire délivrer les papiers terriers ou lièves qu'ils pourraient avoir en leur pouvoir ; chez lesquels étant arrivés et leur ayant fait part de notre marche forcée, ainsi qu'ils devaient s'en apercevoir par notre escorte, ils ont remis les papiers terriers que lesd. habitants demandaient ; et, s'en étant emparés, ils les ont portés tous ensemble sur la place publique dud. Bourgoin où ils les ont fait brûler, pendant que nous étions réfugiés dans le café du S1 Brossât après leur avoir demandé notre liberté ; après quoi lesd. habitants se sont retirés avec ordre aud. Saint- Alban, où nous les avons accompagnés pour les détourner des excès auxquels ils auraient voulu se porter dans leur route ; voulant même lesdits délibérants pour la justitication dud. Me Bertray, de notre secrétaire-greffier, desdits Mcs Buisson, Lacroix, Badin, Guillaud, du Sr Tranchant fils, et de nous, dit châtelain, qu'extrait en forme de la présente signée par notre dit secrétaire-grellier soit envoyé à Messieurs de la Commission intermédiaire de cette province, et un autre déposé dans les archives de la ville de Bourgoin, sous le bon plaisir de ses officiers municipaux, le tout pour servir ce que de droit ; veulent au surplus que tous les jours, il soit par nous fait un rôle des personnes qui devront monter la garde pendant la nuit pour veiller à la sûreté publique et empêcher les dommages qui pourraient se commettre ; et ont tous les sachant écrire signé avec nous, notre greffier et led. Me Bertray ; déclarent au surplus avoir fait brûler l'original de l'assemblée qui contenait l'albergement des communaux de cette paroisse dont ils déchargent notre secrétaire-grellier. Signé à l'original Biondet de Falieuse, Collange, curé, Bertray, Germain, L. Blanchet, Briquet, Lombard, Lafontaine, Boulud, Briquet, Comberousse, Perrot, Drevet, Comberousse, Briquet, Bourgeat, Michard, Lacroix, David, Marmonnier, Comberousse, Defillion, Mollard, Riche, Blanchet, Dodoz fils.
De tout quoi nous, dit châtelain, avons donné acte pour servir et valoir ce que de droit; acte aussi de ce que François Allagniat, de ce lieu, a refusé de signer, après avoir concouru avec les autres susnommés à la délibération et décharge ci-dessus, quoique de ce enquis et interpellé ; ordonnons que plusieurs extraits de la pré-
PIÈCES .11 -1IIH. VI IYES
sente seront envoyés et déposés dans les endroits y désignés; et avons signé avec notre greffier.
Signé à l'original Mollard, châtelain; Dodo/, secrétairegreffier.
Extrait pour Messieurs de la Commission intermédiaire,
Dodoz, secrétaire-greffier.
Note de <:k <,>ri s'est passé avant & pendant le dévastement
OU CHATEAU DE GuiRIEU.
(Bibl. de Grenoble, mss., (). 886.)
Le lundi compté vingt-sept juillet mil sept cent quatre-vingtneuf, sur environ les quatre heures du soir, on entendit sonner le tocsin dans le bourg de la Tour-du-Pin ; peu de temps après, il fut entendu sonner dans toutes les paroisses voisines.
De toutes parts on n'entendait que pleurs et cris alarmants, répétés par toutes les bouches, qu'il arrivait du côté de Savoie depuis dix jusqu'à vingt mille hommes (car tantôt c'était plus OU moins), qui indistinctement mettaient tout à feu et à sang ; on ne les eut pas [dus tôt annoncés entrés en Dauphiné. qu'on les dit arrivés à la Tour-du-Pin : plusieurs personnes de ce lieu se réfugièrent à Cuirieu, emportant leurs enfants et ce qu'elles pouvaient de leurs bardes.
Sur cette alarme, une infinité de paysans de différents lieux, armés de fusils, fourches, faux renversées, etc., se rendirent à la Tour-du-Pin, pour venir au secours, disaient-ils.
On dépêcha des courriers «lu côté où l'on disait ces brigands arrivés; les uns, enrayés, n'allaienl pas à moitié chemin ; cependant quelques-uns se transportent, ou arrivent d'Aoste et du Pontde-Beauvoisin, qu'on disait être les lieux où ils étaient entrés : qui annoncent que toul étail tranquille, et que cette fausse alarme a été causée par des marchands accapareurs qui, cejour-la.au marché du Pont-de-Beauvoisin offraient secrètement dix boIs par
mesure do blé excédant le prix courant : d'autres arrivent successivement qui donnent à cette alarme d'autres causes ; ainsi on ne pouvait compter sur aucun fait.
Le lendemain mardi arrive au château de Guirieu une bande d'environ cent cinquante personnes qui se disent de Biol, Torchei'elon, Chat eau vilain, Saint-Victor et lieux circon voisins, armés comme ci-devant, et ce. à quatre heures du matin: se présente au portail, demande à l'agent s'il est du Tiers-Etat: sur sa réponse qu'oui, ils demandent à entrer pour se mettre à l'abri de la pluie, et sans attendre qu'il soit de retour de chercher la clef pour leur ouvrir, d'après l'assurance qu'ils avaient donnée qu'on ne ferait aucun mal, heurtent si fortement la porte qu'ils la font ouvrir ; viennent audit agent, le nomment par son nom, lui renouvellent l'assurance qu'on ne lui fera aucun mal ; mais que, étant tout mouillés, ils veulent seulement boire un coup et se chauffer, disant qu'ils venaient du château du Pin où ils avaient enfoncé les portes de la cave ; plusieurs d'entre eux avaient encore des bouteilles pleines de vin et paraissaient ivres.
D'après la demande de cette populace effrénée et sur les instances menaçantes, l'agent leur dit qu'il n'avait pas la clef, que celui qui en était dépositaire était à la Tour-du-Pin, qu'il allait envoyer le chercher, ce qui fut fait à l'instant : le domestique qui avait été chargé de cette commission revint un instant après, disant qu'on ne voulait pas le laisser sortir, et qu'on le couchait en joue et que le fusil avait raté sur lui; alors on pria ces gens d'envoyer deux d'entr'eux l'accompagner, et qu'on ne voulait pas les tromper.
Le lendemain mercredi, on vint annoncer au château de Guirieu qu'une seconde bande était à Vallin et que de là on viendrait à Cuirieu.
A cinq heures du soir, on annonça son arrivée et que le dessein de cette troupe n'était que de brûler les terriers. D'après cela on les attendit au portail : l'agent ayant reconnu à la tête de cette troupe composée d'environ cent cinquante personnes armées de fusils, faux, et autres armes, précédées d'un tambour, marchant sur deux colonnes, un jeune homme en tête armé d'une épée nue : quelques pas plus avant était le Sr Domenjon sans armes, que ledit agent approcha; toute cette bande en entrant dans la basse-cour de Cuirieu cria : Vive le Roi! Vive le Tiers-Etat! Le Sr Domenjon dit audit agent : « Ces gens-là en veulent à vos
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terriers; ils viennent de Vallin où ils ont brûlé tous Les papiers; si vous avez quelques vieilles paperasses, donnez-les leur pour les contenter. » On lui répondit qu'on avait pris ses ai-rangements en conséquence.
Dés que cette bande fut entrée, elle demanda à boire et à manger; elle commençait même à faire du bruit. Le sieur Domenjon les apostropba et leur dit : « Point de bruit! vous savez que vous m'avez foiré à venir et que vous m'avez promis que vous ne feriez que ce que je vous dirais; ainsi, si vous faites du carillon, je ne vais plus avec vous. » Toute eette bande criant : « Il faut les papiers! », le Sr Domenjon, assisté de quatre autres tirés de cette bande, monta aux archives. L'agent pria M. le Curé de Sainte-Blandine de vouloir bien y monter avec lui pour tâcher de contenir tout ce monde ; y étant arrivé, il leur remit plusieurs liasses de papiers et un ou deux livres manuscrits fort anciens; sur ces livres étaient des cartes sur lesquelles était écrit : Vérifiés telle année, tel mois, tel jour ; inutiles ou réputés inutiles. Comme on les ôtait, le Sr Domenjon s'en étant aperçu dit à l'agent qu'il ne fallait pas les ôter. M. le curé de Sainte-Blandine soutint qu'il fallait les oter. et on y consentit ; aussitôt un nommé Biessy, huissier, et trois autres dont on ignore le nom. s'en emparèrent et les jetèrent parla fenêtre à la bande qui les attendait dan- la cour et qui s'en empara, les mit en tas et y mit le feu. disant que ce n'étaient pas les bons, mais qu'on reviendrait.
Le lendemain jeudi, environ les cinq heures du soir, arriva une troisième bande, composée d'environ trente à quarante personnes, années comme ci-devant, et partie des mêmes, précédée de M- Astier, notaire, qui dit à l'agent que ces gens n'étaient pas satisfaits de ce qu'ils avaient fait la veille, qu'ils voulaient l'aire aux archives de nouvelles perquisitions; lui ayant été observé qu'ils avaient vu partout la veille, on ne pouvait leur faire voir rien de plu-. M Astier et sa troupe insistèrent: en conséquence, l'agent les conduisit de nouveau non-seulement aux archives, mais dans tous les appartements du château qu'ils voulurent . n'ayant pas trouvé les terriers et. avant que de sortir, l'agent, ayant crainte qu'on ne revint encore, leur demanda s'ils reviendraient encore, il- répondirent (pie non. et que, si on craignait quelque chose, lui Astier e1 sa bande resteraient cette nuit-là au château ; on accepta d'abord
la proposition de M Astier : et. ayant donné a Indre cl a manger a
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sa troupe (car elle le nommait son commandant, disant qu'elle ferait tout ce qu'il lui ordonnerait), on prévint ledit agent qu'il fallait le prier de les faire sortir du château, parce qu'il était dangereux qu'on ne pillât le château pendant la nuit ; l'agent, ayant réfléchi, pria Me Astier d'emmener sa bande, prétextant qu'il n'y avait rien à craindre pour cette nuit-là. On observe que le nommé Maritaz, qui était de cette troupe, portait et fit voir audit agent l'extrait du terrier qu'ils avaient pris chez Mme de Vallin et que Me Astier montra audit agent une déclaration signée Duchaud, par laquelle ce dernier priait Me Lacroix de remettre tous les papiers qu'il avait entre ses mains, relatifs aux terriers dudit Sr Duchaud, au porteur de sa déclaration. Ledit Me Astier dit aussi que M. l'abbé de Gumin leur avait donné sa parole d'honneur de leur remettre le dimanche ou le lundi suivant le terrier de son frère, et qu'il avait pris ce délai pour le faire venir de Grenoble où il était, ajoutant que ces gens-là voulaient avoir tous les terriers qui s'étendaient sur le territoire de Cessieu, pour en faire un feu de joie ; sa troupe ajouta aussi que, si on ne remettait pas ceux de M. de Boissac, cela n'y irait pas bien.
A ce propos, ledit agent protesta ne pas les avoir en son pouvoir, mais dit qu'il s'engageait d'en donner avis à Mme de Boissac pour qu'elle voulût bien lui indiquer l'endroit où ils étaient, et lui ordonner ce qu'il avait à faire, que dans deux jours pour le plus tard il aurait réponse, et que, s'il recevait les ordres pour cela, il les lui ferait remettre, ou lui enverrait la réponse.
Dès le lendemain, on envoya un domestique exprès auquel il fut recommandé d'aller jusqu'à la Verpillière à cheval ; et de là prendre la poste, ce qui fut fait, car dès le même jour il fut de retour.
Comme Me Astier avait annoncé aud. agent que sa lettre serait décachetée, il en fit deux, une portant seulement la demande qu'on lui faisait, et quel parti il fallait prendre. Dans l'autre, il faisait un détail de ce qui s'était déjà passé, et laquelle il dit au domestique de tenir secrètement cachée; ce qui fut ponctuellement exécuté.
Le domestique à son retour fut arrêté à Cessieu ; il fut obligé de donner la lettre en réponse dont il était porteur, qui y fut décachetée au corps-de-garde et lue, Me Astier présent et plusieurs autres, par laquelle il était dit de remettre les terriers si
cela pouvait sauver le château: sur-le-champ M A.stier envoya deux hommes pour les venir prendre, disant au domestique qui apportait cette lettre de dire and. agent qu'il ne fallait pas qu'on lit aueune insulte à ces exprès.
Comme dans ce moment led. agent était à la poursuite de quelques-uns de ces brigands, il répondit qu'il n'avait pas le temps de les remettre dans le moment et qu'il les enverrait un autre jour.
Le samedi se passe sans autre commissionnaire de Me Astier; le dimanche à midi. led. agent reçoit une carte portant ces mots : « On souhaite le bonjour à M. Goy et on le somme de remettre la chose promise » sans signature : ces deux hommes ne vinrent pas jusqu'au château de Guirieu ; ils restèrent chez le nommé Michel Guilloud, fermier, et le prièrent d'envoyer son domestique apporter cette carte; pendant que le domestique vint au château chercher les terriers, ces deux hommes dirent chez le fermier que. si led. agent ne les remettait pas, ils viendraient le soir suivant mettre le feu au château.
On observe que, lorsque led. agent et Me Astier et quatre autres personnes de sa bande furent sortis des archives, et, après quelque temps de conversation indifférente à cette affaire, il demanda audit Me Astier s'il était vrai, ainsi que ces brigands s'en vantaient, qu'ils eussent un ordre faux ou vrai, ou si ce n'était qu'une jactance de leur part; Me Astier répondit qu'il ignorait qu'il eût eu d'ordre pour cela, mais qu'on avait seulement reçu une lettre de la Commission intermédiaire, qui avertissait de se tenir sur ses gardes, à cause d'une troupe de brigands qu'on «lisait que des seigneurs faisaient répandre dans la province: comme dans ce moment ledit M1' Astier et ledit agent se promenaient seuls dans la basse-cour du château de Cuirieu, deux ou trois personnes de la bande de M* Astier s'approchant deux pour savoir ce qu'ils disaient, alors ledit M Astier dit audit agent : «Il faut nous retirer avec eux. parce qu'il disent après cela (pion les vend. »
Le vendredi suivant, à six heures «lu matin, arriva la quatrième bande, «pii ('-lait composée de treiiti- ;i quarante personnes dans le principe, et qui augmenta toujours et qui, dans peu de temps, l'ut très nombreuse: tous ceux qui arrivaient, pour inspirer la terreur, disaient qu'il en arrivait île cinq à si\ cents, en sorte que, dans L'intervalle de trois heures, le château lut dévasté et pille tous Les
meubles cassés ou volés, le linge volé, les portes des appartements pulvérisées pour ainsi dire, toutes les serrures emportées, plusieurs vitres et vitraux cassés ; enfin il n'y eut de sauvé que ce que les gens et domestiques du château, aidés des fermiers et voisins, ont pu sauver.
On observe qu'on a ouï dire qu'une espèce de Monsieur armé d'un fusil à deux coups, en habit gris, un gilet à la mode, pendant ce désastre, se promenait dans la basse-cour, avait l'air de rire de ce qu'on faisait, ne but, ne mangea rien et se retira bientôt.
Verbal de ce qui s'est passé dans nos cantons, que j'aie vu
ou pu apprendre.
(Bibl. de Grenoble, mss., O. 895.)
Le dimanche vingt-six juillet mil sept cent quatre-vingt-neuf, il a été représenté à la communauté de Châbons, à l'issue des vêpres, que dans nombre de paroisses on formait des milices bourgeoises pour que, en cas d'événements, l'on fût prêt à se défendre contre des brigands qu'on nous disait être répandus dans les différents endroits de la province. Il a été fait en conséquence une assemblée autorisée par Me Journet, châtelain de Pupetière, qui fait partie de la paroisse de Châbons : après cette assemblée, on a fait un rôle de quelques jeunes gens et autres qui pourraient porter secours au premier avertissement de ceux qui le demanderaient et pour se garder soi-même chez soi. Nous n'avons pas été longtemps sans crainte, puisque hier soir, 27 dudit, sur les six à sept heures, l'on vit arriver dans notre hameau de Rossetière un jeune homme qui venait à grands pas, très fatigué et ayant très chaud, disant : « Tout est perdu ! », demandant un cheval pour aller jusques à Bizonnes faire sonner pour faire assembler cette paroisse et les voisines pour porter du secours du côté de Virieu ; il dit que plusieurs exprès avaient été envoyés dans d'autres paroisses ; qu'on lui avait dit que dix mille hommes de troupes
PIÈGES JUSTIFICATTV I - 'j4°-
ou brigands avaient déjà ravagé du côté des Abrets, Chiinilin, Aoste et autres endroits voisins : qu'ils pillaient et brûlaient partout: qu'ils allaient être bientôt à Virieu ; on renvoie cel homme et le fils de mon fermier monte à cheval et va à Bizonnes faire sonner et dit de porter secours du côté de Virieu.
Nos gens s'arment de ce qu'ils peuvent avoir; plusieurs de mon hameau vinrent me demander des armes, fusil, sabre et épée; je leur donnai tout ce que j'avais en fait d'armes défensives, et ils partent; ceux des endroits appelés viennent bientôt et vont tous jusques à Virieu.
On m'a dit ce matin 28 que ceux de Virieu avaient envoyé des exprès dans les endroits d'où leur était venu le bruit; qu'ils avaient rapporté que ce n'était qu'une fausse alerte : nos gens et autres paroisses voisines s'en sont revenus dans la nuit bien fatigués, et bien mouillés.
Aujourd'hui mardi vingt-huit, à peu près à la même heure d'hier, on m'a rapporté que quelqu'un de Bizonnes était venu à Châbons et avait assuré qu'on ravageait du côté d'Eydoche et phampier. Nous avons entendu le tocsin et des gens de cette paroisse, revenant de leurs travaux, m'ont dit avoir entendu sonner dans plusieurs paroisses voisines, même à la Côte-Saint-André. J'envoie quelqu'un de mon hameau pour me rapporter si ce qu'on a débité est vrai ; à leur retour ils m'ont dit qu'ils n'avaient rien vu. ni entendu aucun bruit du côté d'Eydoche : je ne comprends pas ce que signifient les alertes qu'on nous donne.
Mercredi vingt-neuf. Vu les faux bruits précédents, il a été convenu avec M. le curé de Burcin et M. Journet, agent de M. Le marquis de Virieu. qui ont dîné chez moi aujourd'hui, qu'on ne sonnerait le tocsin qu'après s'être bien assuré, en envoyanl des exprès dans les endroits d'où l'on apporterait quelque nouvelle île brigandage ou de feu. A peu près à la même heure, nous entendons sonner à Châbons; je m'achemine du côté de notre église pour savoir ce que c'est. J'apprends, étant avec quelques-uns de notre paroisse, qu'un domestique de quelqu'un qu'on nomma et dont je ne puis me rappeler le nom. passant par un chemin le long d'un bois, avail dit avoir aperçu une nombreuse brigade de gens Unis armés dans le même l><»is : qu'il a entendu qu il- disaient : « Nous ne sommes pas assez de monde pour attaquer le château. »
Aujourd'hui 3o. .l'ai appris par M. Lombard, curé de Châbons,
que hier soir M. Journet lui avait écrit de faire sonner et le priait de lui envoyer du secours, qu'il avait été informé qu'on avait fait le projet d'attaquer Pupetière.
Samedi Ier août nous apprenons que plusieurs paroisses réunies, dépendantes de la terre de M. de Yirieu, étaient venues assiéger le château de Pupetière ; ils y ont resté jusque sur les quatre à cinq heures du soir ; ces gens avaient avec eux des étrangers qui avaient des imprimés signés du Roi et de M. Necker qui leur permettaient de saccager les châteaux et brûler les terriers des seigneurs. J'ai aperçu que le bruit de ces faux imprimés que le peuple a crus vrais a fait une forte impression sur l'esprit de nos gens, Joint à cela qu'il nous était revenu qu'un détachement militaire qui avait été quelques jours à Rives, étant de retour, avait été hué, qu'on les appelait « garde-châteaux ».
Dimanche matin 2e août, revenant de la première messe, j'aperçus le sieur Jean Barbier, de Bizonnes. Il m'est revenu que cet homme avait tenu sur le cimetière ainsi que dans les cabarets quelques propos tendant à solliciter cette paroisse à se joindre à celles de Bizonnes, Saint-Didier, Belmont et autres, pour aller au château de Lépinay. J'ai encore ouï dire que, outre ces sollicitations, il était venu à Châbons quelques émissaires delà part de ces communautés pour engager les gens de Châbons à aller avec eux, et qu'enfin quelques personnes de Châbons sont allées du côté de Bizonnes sur le soir, et ont rencontré entre les deux paroisses quantité de gens dudit Bizonnes, Belmont, Saint-Didier et autres [lieux], qui venaient prendre ceux de Châbons pour aller audit château de Lépinay.
M. Magaud, vicaire de Bizonnes, qu'ils avaient amené avec eux, est descendu chez moi et a dit que les gens qui l'avaient forcé de les suivre s'en étaient retournés, sur l'observation que ceux de Châbons leur ont faite, qu'il était trop tard, qu'ils ne voulaient pas aller de nuit, que, s'ils voulaient y aller, il fallait renvoyer au lendemain. Les gens de Châbons, qui ont persisté de se rendre à Bizonnes, ont débité, à leur retour, que l'objet de leur voyage avait été d'engager plusieurs des notables de Bizonnes de suivre leurs communautés pour empêcher le mal que voudraient faire quelques malintentionnés, et encore pour les engager à passer du coté de Vaulx, hameau de ladite paroisse de Châbons, de ne pas traverser la paroisse et de ne pas descendre de mon côté, parce
que. ont-ils dit, ils savaient que je m'étais plaint que quelques personnes de Bizonnes avaient formé le dessein de venir, en chemin faisant, démolir une tour de ma maison (si c'en est une), et d'abattre les girouettes. Il est vrai que quelque temps auparavant des personnes m'avaient rapporté que des gens «le Bizonnes avaient formé ces projets; et, entre autres, mettre à bas les girouettes qu'ils nomment pannonceaux, parce qu'elles étaient une marque de noblesse: il est vrai encore que je m'étais plaint devant des gens de ma paroisse; je ne sais pas s'ils ont dit vrai et si c'a été l'unique objet de leur démarche.
Hier lundi 3e août, à six heures du matin, j'entendis le tambour, flageolet et autres instruments, ce qui nie lit craindre leur arrivée chez moi. Je sortis et allai me promener par mes bois pour éviter le monde, croyant par cette fuite être exempt de la course que je me vis obligé de faire : un moment après que je fus sorti, arrivèrent ma pleine basse-cour de gens qui me demandent. On m'appelle, je ne réponds point; et, comme on continuait de m'appeler, j'arrive craignant quelque insulte ou menace; les gens avaient avec eux M. Lombard qui me dit : « J'ai employé tous les moyens possibles et encore je suis obligé de les suivre ».
Je fis moi-même la plus vive résistance. Je leur observai le danger auquel ils s'exposaient en se livrant à dételles démarches. Tous protestèrent qu'ils ne voulaient faire aucun mal. qu'ils y allaient parce qu'ils y avaient été engagés et enfin, après d'autres réflexions, voyant par les propos qu'on me tenait qu'on a voulu me faire sentir que la noblesse était la classe la plus menacée et que je pourrais bien n'être pas à L'abri des horreurs faites à bien d'autres nobles; engagé encore par ce .pie m'assurèrent trois jeunes gens, que le sieur Lenclos, qu'ils avaient vu la veille, les avait chargés de passer chez moi pour me supplier d' accompagner les gens de Chàbons en cas qu'ils allassent a Lépinay.
Je me vis donc dans l'impossibilité de me soustraire a cette course : ce qui m'annonça encore que ma détermination devenait pour moi une nécessité, c'a été de voir les gens tellement déterminés qu'ils ne craignirent pas de demander cl de soulliir que ma tille cadette mit de la poudre Sur leurs cheveux.
Nous partîmes;. et, lorsque nous fûmes a L'extrémité de (.lia bons au hameau de Vaulx, les gens de Châbons virenl quelqu'un
en avant qui attendait : il y en eut de notre troupe qui allèrent
pour connaître l'homme, on rapporta que c'était le consul de Bizonnes, à qui ils avaient demandé si leurs gens étaient arrivés, qu'il leur répondit que non ; qu'ils lui avaient dit : « S'ils n'y sont pas, qu'ils restent ! »
Nous poursuivîmes notre route ; et, comme nous fûmes assez loin par un chemin que je ne connaissais pas, à une croisée, nous finies rencontre dud. Jean Barbier, de Bizonnes, avec quelques autres de la paroisse dont j'ignore les noms ; ils se mirent à notre suite. Nous continuâmes de marcher pour arriver à Lépinay ; et, n'étant pas bien éloignés du château, M. Lombard me dit : « Je vais dire quelque chose à ce monde. » On les fit mettre en rond ; il leur fit un discours, les exhortant à ne rien faire dont ils eussent à se repentir : « Je souhaite que vous ne vous mettiez pas dans ce cas, ayant formé le dessein de venir à ce château. » J'entendis la voix dud. Jean Barbier qui dit très haut : « Nous y allons et nous voulons les terriers Glandu » ; et tint quelques propos qui m'ont échappé de la mémoire; cela fini, nous poursuivîmes et nous arrivâmes bientôt à ce château; avant que d'entrer, M. Lombard les pérora encore pendant quelque temps, voulant par les exhortations leur faire apercevoir le danger auquel ils s'exposaient.
Le sieur Lenclos, agent de M. le marquis de Belmont, paraît et demande si tous sont arrivés ; quelques-uns de Bizonnes dirent : « Ils ne sont pas tous, mais ils seront bientôt là ». Alors le sieur Lenclos nous prie de ne laisser entrer personne au château que ceux de Bizonnes ne fussent tous arrivés. Nous fîmes mettre plusieurs sentinelles au portail de la basse-cour pour empêcher qu'on entrât. Comme les gens de Bizonnes tardaient d'arriver, les gens de Ghàbons prièrent le fermier du château de leur livrer du vin et du pain qu'ils promirent de payer ; cela fait, Bizonnes étant en plus grand nombre, le sieur Lenclos leur demande ce qu'ils voulaient. Les gens de Chàbons auraient fait bande à part ; mais le S' Lenclos, qui nous avait dit en particulier à M. Lombard et à moi qu'il craignait les gens de Bizonnes, qu'il désirait que tout se fit en commun ; les deux paroisses étant donc réunies, à la demande du sieur Lenclos, led. Jean Barbier seul prit la parole et dit qu'on voulait tous les terriers et spécialement le terrier Glandu qui est le principal. Quelques personnes de Chàbons. sans que je sache qui, dirent : « Nous voudrions voir les titres en faveur desquels M. le marquis de Belmont s'est emparé d'un terrain appelé
la Ville el d'un bois au Mas do Bois-Vert, autrefois commun, poulies Caire examiner et savoir si nous aurions quelque droit d'y revenir. » Le Sr Lenclos leur assura qu'il n'avait aucune connaissance des titres qu'ils demandaient ; et, comme il dit aussi qu'il n'avait pas le terrier que led. Jean Barbier demandait, qu'il n'avait jamais eu que des expéditions, ledit Barbier s'emporta contre lui. le couvrit d'injures, le prit au collet en le menaçant.
Comme les mauvais propos duraient trop, malgré qu'on lui avait voulu imposer silence plusieurs fois, le Sr Lenclos dit : « N'y a-t-il que vous qui ayez droit de parler ? Laissez parler les autres qui sont plus bonne tes que vous, laissez parler ces messieurs, M. de Lemps et M. Lombard. » Il se tourne contre moi et m'adresse la parole ; je dis seulement : « Nous ne sommes pas ici pour insulter quelqu'un qui vous offre tout ce qu'il a en son pouvoir » ; comme ledit Barbier recommençait, on le lit taire et on le repoussa derrière les autres où il demeura quelques moments.
Sur l'offre dudit Sr Lenclos, on entre et on l'ait la visite du château pour savoir si l'on trouverait autre chose que ce qu'il avait dit avoir et tenir de M. de Belmont. Nous n'y entrâmes qu'un certain nombre : encore aurait-il été moins considérable, si ledit Barbier n'eût dit : « Je veux être accompagné de gardes : il pourrait |y| avoir dans le château des gens cachés, je crains d'être tué. » M. Lenclos nous pria, M. Lombard et moi, d'être toujours avec les personnes qui entreraient et de ne pas les quitter de vue.
Tous les appartements furent ouverts; on les parcourut : et, comme ledit Sr Lenclos ne conduisit pas tout de suite dans l'endroit où étaient les papiers, cela excita quelques murmures parmi les personnes introduites par ledit Jean Barbier . enfin on parvint dans une chambre où se trouva une expédition du terrier concernant Châbons qui lut prise, cl maniée par partie îles personnes présentes ; je ne l'ai plus vue et ne sais ce qu'on en a fait.
Ledit Barbier ne parut pas content, recommença son train, saisit de nouveau ledit S1 Lenclos etvoulail le faire attacher; ce dernier proposa de descendre à Blandin chez le S Guttin, qui avait chez lui des papiers concernant les rentes dues a M. de llelinont
Les gens de Châbons se seraient séparés à l'instant de ceux de Bizonnes si ledit Barbier n'avait donne L'idée et proposé de faire
faire au S' Lenclos une certaine déclaration dont le consul de
Bizonnes, nommé Antoine Douillet, avail un modèle dans mi poche
et qu'il fit voir, laquelle déclaration le Sr Lenclos ne voulut faire qu'à Blandin.
Etant arrivé au lieu de Blandin, on mit une table au milieu du chemin, je vis qu'on apporta et mit dessus un paquet de papiers qu'on avait pris, dit-on, chez ledit Guttin, parmi lesquels se trouva une expédition du terrier concernant Bizonnes ; bientôt le tout fut enlevé ; je ne sais ce qu'ils devinrent. J'entendis cependant dire qu'on les avait portés au feu du Sr Guttin ; quelque instant après, j'aperçus une fumée qui m'annonçait qu'on brûlait quelque chose dans le chemin sans savoir ce que c'était et sans connaître ceux qui faisaient le feu, attendu qu'ils étaient assez loin de moi et que j'étais au milieu d'une foule de gens, fort ennuyé et ayant très chaud.
Dans ce moment, ledit Lenclos, qui nous priait sans cesse, M . Lombard et moi, de ne pas le quitter, nous ayant fait plusieurs fois à l'un et à l'autre la même prière au château, engagea le premier de vouloir bien lui dicter la déclaration dont on avait parlé ; alors ledit Antoine Douillet, consul, remit audit Sr Lombard le modèle qu'il avait, qu'il dicta ; en lit la lecture, après laquelle on exigea quelque changement que ledit Lenclos pria encore de dicter.
Au même instant arrivèrent plusieurs autres personnes de Bizonnes, entre autres M. Magaud, leur vicaire, et plusieurs notables qui dictèrent, je pense, la leur, ce que je ne vis pas
Je soussigné certifie le présent verbal véritable et contenant les différents faits dont je suis instruit.
Ghàbons, le 4 août 1789. De Lemps.
Abandon de droits a la Sylve-Bénite (Bibl. de Grenoble, mss., O. 909)
Par-devant le notaire royal au marquisat de Virieu soussigné, ce deux août mil sept cent quatre-vingt-neuf, ont été présents vénérable Dom Bomuald Moissonnier, prieur de la Chartreuse de
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la Sylve-Bénite, el vénérable Père Dom Gaspard Reynaud, syndic
et procureur de ladite (Chartreuse, agissant tant cm Leurs ii<»ins qu'en ceux des autres religieux de ladite maison, pour Lesquels ils si* t'ont torts. Lesquels déclarent aux habitants des paroisses qui composent le marquisat de Yirieu, la plupart ici présents e1 acceptant tant [tour eux que pour lesdits habitants absents, qu'ils tout remise et abandon général, pur, simple, à jamais irrévocable, de tous cens, servis, directes, droits et devoirs seigneuriaux qu'ils perçoivent dans toute l'étendue desdits marquisat et mandement : ensemble tous arrérages desdits droits et devoirs seigneuriaux, avec promesse de ne jamais faire recherche desdits arrérages, ni reconnaissance desdits droits et devoirs seigneuriaux; promettent de remettre de bonne loi les titres et documents relatifs aux allbuages, prétendus par lesdits habitants, avec serment de n'en détenir d'autres que ceux qu'ils auront remis et déclarés, avec réserve aux habitants d'eu prouver une plus ample consistance; se départent au surplus de toutes banalités de moulins et autre-; convenu en outre que limites seront plantées pour fixer leur- [Misessions qui touchent les communes et fonds des particuliers, et relâcheront le cas échéant l'excédent de L'étendue qu'ils doivent avoir, et ce, d'après les parcellaires; et qui sera fait par experts convenus, au prix d'ollice dans le délai d'un an. Protestent les habitants du Pin, de répéter contre lad. Chartreuse la portion qui la concerne des dépens relatifs à l'érection de la succursale du Pin, main levée par lesd. habitants ; et, pour L'exécution de tout ce que dessus, lesdits RR. PP. ont passe le- obligations, ><>umissions et renonciations requises : déclarant au surplus que la conséquence des objets ci-devant abandonnés ne peut excéder La somme de deux mille livres ; l'ait et passe à la Sylve-Bénite en présence des soussignés, les autres ayanl déclaré ne savoir, de ce enquis et requis ; convenu de plus (pie les chaussées des étangs de Brezin et autres resteront ouvertes, ;• L'effel que le- prairies voisines n'en soient pas endommagées ; et qu'à ce défaut le- habitants lésés se pourvoiront ainsi qu'il appartiendra ; convenu enfui que, lors de la visite des étangs, le- préposés de lad. mai-un ne passeront que sur leur sol a peine d'en être informé : et avant de
Signer lesd. HR. PP. ont déclare faire pareil abandon ■' t"ii- Les
autres emphytéotes de leur dite maison, en quelque lieu qu ils habitent et où que les l'omis soumis auxd. directes SOienl -Une- ;
de suite lesd. RR. PP. ont remis les originaux des dernières rénovations, dont décharge ainsi que des autres ; le contrôle à la charge de la maison. Signé fr. Romuald Moissoxxier, chx, prieur ; fr. Gaspard Reyxaud, procureur, Pegoud, etc ... .
Contrôlé à Virieu le 3 août 1789, reçu quinze livres quinze sols. Signé Magxix.
Journal du détachement d'artillerie exvoyé a Saixt-Geoire (Ribl. de Grenoble, mss., O. 919.)
Sous les ordres de M. de Wauzlémont, et par ceux de M. le comte de Durfort, le 10 août 1789, est parti de Grenoble le détachement du corps royal destiné pour Saint-Geoire, accompagné de M. Imbert des Granges, commissaire des États : il arriva à Voreppe où M. des Granges demanda un renfort de la milice citoyenne ; dix hommes et un sergent lui furent donnés, avec lesquels le détachement arriva à Voiron, où il passa le reste du jour.
Les ordres furent donnés au sieur premier échevin de Voiron, en la personne du Sr Charrel, de fournir quatre chevaux et une charrette pour porter les vivres et équipages du détachement. Le Sr Charrel s'engagea formellement à faire trouver les quatre chevaux prêts pour trois heures du matin ; néanmoins on ne put les avoir qu'à quatre heures et demie, encore manqua-t-il un cheval pour le Sr Riverot, second officier, qui, pour ne pas retarder le départ, fut obligé de marcher à pied.
La bourgeoisie de Voiron a donné dans cette occasion des preuves éclatantes de son zèle en faisant accompagner le détachement par cinquante hommes, et leurs olliciers bourgeois : on ne saurait trop louer leur activité.
Ce corps de milice royale et citoyenne se rendit à Chirens et y arriva à six heures et demie. Là, profitant des ordres de M. Sauvage de Saint-Marc, adressés à tous les employés de la ferme générale. MM. de Wauzlémont et des Granges ordonnèrent à la moitié
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de la brigade de ce lieu il»- mouler à cheval pour escorter le détachement; quelques hommes «le la milice de Chirens se joignirent à la troupe, et ee fut en cet étal que le détachemenl aborda au château de Saint-Geoire.
Ce ne fut pas sans la plus vive satisfaction que MM. de Wauzlémont et des Granges entendirent faire l'éloge du zèle et du patriotisme du sieur Lefebvre et de la brigade de Chirens dont il était le commandant : ils lui témoignèrent la reconnaissance publique pour lui et sa brigade à raison des soins, veilles, courses de nuit et de jour faites pour assurer la tranquillité du canton.
Ces messieurs trouvèrent la milice bourgeoise de Saint-Geoire dans le meilleur état possible, faisant le service et les patrouilles nocturnes exactement, pleine de zèle, et jalouse d'extirper les obstacles qui s'opposent au bien public.
Par les renseignements qui furent donnés à ces messieurs, ils apprirent qu'un des principaux auteurs de l'insurrection des dixsept communautés qui composent le comté de Clermont paraissait être. le sieur Vallet-Vernatel, ancien procureur du Roi au bailliage de Graisivaudan, habitant à Burcin. l'une desdites, et que ces mêmes communautés avaient formé le projet de venir le dimanche ci août au château de Saint-Geoire en demander les titres, nonseulement quant aux droits personnels, mais encore quant aux di'oits réels, pour les incendier.
La bourgeoisie de Saint-Geoire, bien décidée à s'opposer de toutes ses forces à cette exécution, présentait un front à ces communautés et, jusqu'à cette époque, avait réussi à éloigner I effet de ce complot, mais il devenait à chaque instant plus assuré. Le nombre de ceux qui devaient l'exécuter serait aisément \ enu à bout de tous les obstacles, si le détachement, en arrivant, ou l'arrêté du \ août de l'Assemblée nationale, ainsi que les exhortations répétées, l'éloquence et l'ascendant de M. Hilaire, avocat, n'étaient venus ;i bout de surseoir cette entreprise.
MM. de Wauzlémont et des Granges, plus curieux d'en imposer par L'appareil des forces que de déployer toute la sévérité de leur mission, par un principe d'humanité, se déterminèrent a taire arrêter le sieur Vallet-Vernatel qui s'était rendu à Saint-Geoire sur les ordres du sieur ( irozat, officier de maréchaussée, el le constituer non dans les prisons du château, mais le détenir simplement et avec égard dans une chambre honnête.