Déposition Drevon, Roux, p
2. Dépositions Marie Toquet, Roux, p. roa : Marguerite Morel, id., p. 103-104.
3. Dépositions Drevon, Houx, p. 100-iot ; René Reynaud, eapitaine général des fermes, id., p. 102-103. Le texte du billet écrit à Roche, châtelain d'Aoste, est reproduit dans sa déposition, id., p. 108.
4. Les membres de la Commission intermédiaire n'ont malheureusement pas fait d'enquête aux Abrets. D'après les heures de l'alarme à Moirans, à la Tour-du-Pin, à Virien, il esta présumer qu'elle y passa mis trois heures ou trois heures et demie.
Genix. L'alarme revint à Morestel sous cette forme entre trois et quatre heures, par Gorbelin et les Avenières. On y sonna le tocsin et on y fit armer tout le monde l.
A Aoste, le châtelain, enfin de retour, dirigea la défense : il plaça « plusieurs corps de garde et des sentinelles sur toutes les avenues, fit même border les chemins et prit toutes les précautions qu'il crut convenables ». Malgré la pluie continuelle, les communautés voisines étaient arrivées « avec un courage incroyable », et on avait pu en former « un corps d'environ cinq mille quatre cents hommes ». Pendant deux ou trois heures, on fit faire aux soldats improvisés des mouvements militaires : on se décida cependant à les renvoyer à la nuit, mais en les engageant à « former des corps de garde dans toutes les paroisses » et à « distribuer des sentinelles aux églises, clochers et avenues ». Us avaient d'ailleurs « juré entre tous qu'au premier signal ils se réuniraient dans l'endroit attaqué ». Les habitants du bourg faisaient des patrouilles sous la conduite de leur châtelain : pour parer à toute éventualité, ils préparaient même des approvisionnements de siège. Toute la nuit, les rues furent illuminées et la frayeur dura jusqu'au matin \
A Brangues, les nouvelles de Morestel avaient fait craindre d'abord les brigands du Bugey ; on annonce ensuite, d'après des bruits venus d'Aoste par les Avenières, « qu'une armée de quarante mille hommes » s'avance par Saint-Genix « pour ravager le pays et mettre tout à feu et à sang ». Les notables invitent les habitants à s'armer « comme ils pourront » pour la défense commune. On se rassemble devant l'église, avec « des pistolets, de vieux sabres, des faux, des fourches, des tridents et des croissants ». A la nuit, la milice improvisée s'établit. « au nombre de cent cinquante hommes », dans une grange spacieuse. « Il est nécessaire d'établir des patrouilles,
i . Dépositions d'Antoine Gourjut, châtelain de Morestel, Roux, p. 124-126 ; de Joseph Pecoud. bourgeois, Roux, p. 127-128.
2. Journal tenu à Aoste, commencé le 2.5 juillet, Bibl. de Grenoble, mss., O. 887.
CHAPITIUE DEUXIÈME \~
nous choisissons douze chefs pour les commander : ils se rassemblent en rond au milieu de L'aire, et ils se donnent pour mol d'ordre Assemblée nationale ». L'inquiétude esl quelque peu calmée vers dix heures du soir par un billet du châtelain de Morestel. Néanmoins les patrouilles parcourent la campagne, el observent attentivement les environs, où brillent des feux, signaux d'alarme qu'on prend pour des incendies. Le sieur Michoud joue, à l'en croire, le rôle le l>lus important dans l'organisation de la défense : « Nous montons, écrit-il, dans un endroit élevé pour observer les progrès du feu, dont la durée est de plus de trois heures : là nos esprits sont agités des idées les plus sombres et de plusieurs réflexions sur la dépravation des hommes qui, se laissant entraîner à leurs passions, sont capables de causer les plus grands maux. Au point du jour, nous apportons au quartier une bouteille d'eau-de-vie : nous la distribuons à tous nos soldats, à qui nous avons inspiré de la confiance en leur faisant lecture des dernières nom elles :.. . nous leur recommandons d'arrêter tous les étrangers qu'ils verront passer, pour nous les amener cl connaître ce qu'ils sont... ' »
Aux Avenicres. où l'on est protégé par le Rhône et par des marais, on surveille les passades : « Nous nous gardons, écrit Chevallier de Maison-JJlanehe. député aux Etats du Dauphiné, depuis les planches du Bouchage jusqu'à celles de Saint-Didier : les ponts sont surtout bien gardés : nous avons trois corps de garde... »
Dans toute celle région voisine du Rhône, la tranquillité ne devait revenir que lentement : dans la journée du 28, on redoutait encore quelques centaines de brigands : mais c'était peu pour des gens qui s'étaient tenus prêts à lutter contre toute une armée régulière. Les lettres
i. Journal «le la défense de Brangues contre les brigands, Bibl. de Grenoble, misn. , 0. 865.
•2. Cette lettre, adressée aux officiers municipaux du Bouchage, est transcrite par Michoud sur le joui nal de la défense « 1*- Brangues.
adressées aux notables de Morestel par les officiers municipaux des bourgs du Bugey, la circulaire de M. Giraud, député aux États de la province, qui réduisaient le péril à l'existence de quelques bandes de pillards, amenèrent un véritable soulagement et rendirent un sentiment de sécurité relative aux contins du Bugey et de la Savoie. On persista cependant à prendre quelques mesures de prudence \
Mais, du Pont-de-Beauvoisin et des Abrets, la panique avait rapidement gagné le reste de la province ; et elle devait avoir, sur d'autres points du Bas-Dauphiné, de plus graves conséquences.
Cinq grands chemins partant des Abrets s'offraient à la rapide propagation des nouvelles : trois allaient vers les pays déjà parcourus par l'alarme; le quatrième rejoignait à Moirans la route de Valence à Grenoble ; le cinquième, par la Tour-du-Pin et Bourgoin. traversait les Terres-Froides et gagnait Lyon.
Nous n'avons pas de détails sur le passage de la peur aux Abrets : mais l'émoi y fut certainement vif, car des troupes d'hommes armés s'y rendirent le 27 pour repousser les assaillants annoncés \ Il est probable également que, à partir de ce bourg, il n'était plus question d'une incursion des brigands du Bugey, mais d'une marche des troupes
1. Journal tenu à Aoste, Bibl. de Grenoble, mss., O. 887 ; journal de la défense de Brangues, Bibl. de Grenoble, mss., <). 865; lettres du maire de Lagnieu, de M. de Pallière, du vicaire de Saint-Sorlin, remises aux membres de la Commission intermédiaire par M. Pecoud, Bibl. de Grenoble, mss., O. 866-869.
2. Déposition Fr. Bonnot, Boux, p. io^ ; des paysans revenant des Abrets mirent même, dans la nuit du 27 au 28, le feu à la maison du notaire BoufTier, de Montferrat, probablement par imprudence, en tout cas sans dessein prémédité. Dépositions de Bouflier cadet, Roux, p. 106; de Marguerite Couillat, id., p. 106-107.