CHAPITRE DEUXIÈME
réglées du roi de Sardaigne. La peur avait pris des Aoste cette forme, elle devait la conserver jusqu'à Montélimar '. La nouvelle fut apportée par une lettre du châtelain de Montferrat à Voiron ', qui appela à son aide les communautés voisines, et transmise aux officiers municipaux de Moirans vers six heures du soir. Dans cette dernière localité, on crut que Voiron même était menacé ; on se porta à son secours, et on y trouva « plus de six mille hommes armés » qui y attendaient l'ennemi '. La nouvelle parvint à Grenoble vers onze heures du soir : « On présuma, écrivaient plus tard les membres de la Commission intermédiaire, que ce n'était que quelques brigands, que les troupes de Lyon avaient chassés des environs de cette ville, et on parvint à dissiper L'effroi qu'avait causé cette lettre ' ». La Commission exagère à coup sur le discernement et le sang-froid mont rés par les corps dirigeants de la ville lors de la réception de la nouvelle ' : mais il est exact que, dans la
i . A partir des Abrets, tous les documents rédigés immédiatement parlent des troupes savoyardes ; ceux qui ont été écrits quelques heures après la panique parlent simplement des brigands. A ce moment, on commençait à réduire le danger à quelques brigands chassés du Bugey, et les hommes relativement instruits qui rédigeaient les pièces donnaient après coup à la nouvelle qui les avait effrayés un aspect moins invraisemblable. C'est ce qui s'est passé à Moirans, dont nous avons un document daté du lendemain de la peur : dans sa lettre du 3i juillet à l'Assemblée nationale (Arch. nat., D xxix'>i*, i, i* dossier), la Commission intermédiaire fait une contamination des deux versions successives : a Le bruit général fut que trente mille hommes de troupes entraient en Dauphiné du côté du Bugey ». Le procureur général, dans son rapport du 7 août (Bibl. de Grenoble, mss., Q. G. f" 101 et s.) mentionne les deux formes de la panique.
•2. Lettre de la Commission intermédiaire, citée à La noie précédente.
3. Lettre des officiers municipaux de Moirans à la Commission intermédiaire, 28 juillet, llibl. de Grenoble, mss., O. 872.
4. Lettre de la Commission intermédiaire à L'Assemblée nationale. 3i juillet 1789, Arch. bat., 1) xxixii», 1, Ie' dossier.
"). On crut si l>ien, tout d'abord, aux troupes savoyardes que Laforest, consul de la ville de Grenoble, se rendit à Aoste et» au Pont-de-Bcauvoisin. « ensuite de L'invitation «le Messieurs de la Commission intermédiaire » pour
prendre des renseignements. Il présenta, le x\ août 1789, la note de ses frais
de déplacement, évalués à «17 l. 10 s., que j'ai retrouvée dans Les pièces comptables de la Commission (Arch. de l'Isère, série C, papiers île la Commission intermédiaire. Ces papiers n'ont pas encore de cotes : il y en a quatre
'Mitons).
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matinée du 28, on réduisit le danger à celui de quelques bandes de brigands \
Sur la route de Valence, l'alarme avait, de Moirans, gagné Vinay . Les officiers municipaux de ce bourg envoyèrent sur le champ un courrier à Saint-Marcellin où il arriva vers minuit. A l'entendre, les officiers municipaux de Saint-Marcellin ne doutèrent pas que les Savoyards n'eussent mis le feu à Voiron, et ils se hâtèrent de l'écrire à l'officier de la milice bourgeoise, qu'ils savaient être de garde à Romans \ Celui-ci reçut la lettre à trois heures du matin ; il envoya chercher le maire à sa maison de campagne, fit prévenir les échevins, et, de concert avec eux, demanda du secours aux officiers municipaux de Valence.
Dans la matinée, le maire de Romans réunit les habitants en assemblée générale, et leur fit nommer un Comité permanent de vingt membres, pour « veiller à la conservation de la ville » et « s'occuper de la chose publique ». Le Comité prit pour président le colonel commandant la garnison, nomma M. Paquin « commandant des volontaires non enregistrés dans les compagnies bourgeoises avec pouvoir d'en former des compagnies auxiliaires ». Cependant les villages voisins, informés par des exprès, arrivaient au secours de la ville : « O jour glorieux pour la ville de Romans, où les habitants des campagnes, au premier signal de détresse, ont quitté leurs travaux...., armés de fusils, de faux et de tridents, sont arrivés en moins de six heures, à travers des chemins difficiles, sans le moindre tumulte, le courage sur le front, l'amour de la patrie dans le cœur, impatients de se montrer
1. Extrait du registre des délibérations de la ville de Grenoble, du 28 juillet 1789, sur les huit heures du matin (Bibl. de Grenoble, mss., O. 8^3) : « Des bandes de brigands repoussés des autres provinces se répandent dans celle-ci ». Registre des délibérations de la Commission intermédiaire (Arch. de l'Isère, série G), f» 3i4, 28 juillet 1789 : « Des brigands qui infestent plusieurs cantons de la province ». Cf. Prudhomme, Histoire de Grenoble (Grenoble, 1888, in-8), p. 598-599.
2. La lettre des officiers municipaux de Saint-Marcellin, d'où je tire ces détails, est transcrite au début du procès-verbal du Comité permanent de Romans : voir la note suivante.