‹ La peur en DauphinéChapitre 50 sur 111 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

eux, se rendirent au château au nombre de quatre cents, et demandèrent à grands cris qu'on leur livrât tous les papiers contenus dans les archives. Ensuite, annonçaient-ils, on mettrait le l'eu aux bâtiments mêmes. Le maire et le premier échevin, accourus « pour tâcher de les adoucir », étaient épouvantes ' : « Les mutins étaient alors dans la cour du château : ils observaient un tas de paille qui remplissait un coté de cette cour, comme s'ils avaient voulu commencer l'incendie par cet endroit : quelques-uns faisaient mine d'y tirer des coups de fusil : les murmures, les cris augmentaient. » Or le feu se serait communiqué à la ville entière2. Mais « les caresses et les raisonnements les plus sensés ne pouvaient pas les arrêter ». Il fallut se décider à céder à une partie de leurs demandes « pour garantir le château d'un incendie 3 ». Au reste, l'agent du marquis de Maubec, le sieur Reverchon, était fort effrayé par les menaces des mutins : il « parut sur la porte du château et promit de tout leur abandonner. Cependant les otïiciers qui les avaient retenus jusqu'alors obtinrent par grâce dernière qu'ils n'entreraient dans les appartements qu'au nombre de douze : et, s'ils eurent le regret de ne pouvoir faire observer cette capitulation, ceux du dehors s'étant introduits avec violence après eux, ils (Mirent du moins la consolation d'obtenir par leurs prières ou de leur soustraire par adresse une assez grande quantité de papiers qui fuient emportés dans des sacs à l'hôtel-de-ville ' ». On convint que le reste serait porté sur la place publique et visité « pour céder aux corsaires ce qui leur plairait ' ».

I. Procès- verbal des otïiciers municipaux de Bourgoin ; Anh. ii.it Dxxixbis, i, > dossier.

a. Mémoire à Messieurs 1rs Commissaires des Elut* <lu Dauphiné, dans Focliier. p. i'ty-i Jo.

\. Procès-verbal des officiers municipaux de Bourgoin.

', . Mémoire à Messieurs 1rs Commissaires des Etats du Dauphiné, dans Pochier, p. 140. D'après le procès-verbal îles officiers municipaux, qui est

moins apologétique, On n'aurait pu mettre en sûreté à l'hotel-de-ville que

ceux des papiers que les paysans a voulurent bien relâcher ». :> . Procès-verbal des officiers municipaux de Bourgoin.

r6 LA PEUR EN DAUPHINE

AI* Lavorel, notaire et officier de la milice bourgeoise, retournait chez lui après avoir assiste à la capitulation du château, quand il fut arrêté par une troupe armée ' : « Ces gens-là l'amenèrent sur la place et exigèrent qu'il fît la lecture de l'intitulé de tous les papiers qu'ils avaient pour s'assurer (pie tous ceux qui les intéressaient avaient été remis ' ». Les paysans allèrent jusqu'à le menacer, « s'il les trompait, de lui faire subir le châtiment le plus rigoureux ' ». Le notaire dut monter sur une table ; et là, « on lui présentait différents cahiers de papiers et des terriers dont il lisait l'intitulé ». Après quoi, les paysans les mettaient en tas et les brûlaient, malgré les observations de M° Layorel \ « La voix de cet honnête citoyen s'affaiblissait dans une lecture aussi pénible ; les brigands furent chercher du vin et lui ordonnèrent d'en boire pour ranimer ses forces 5 ». On détruisit notamment ainsi la collection des titres des pensions foncières dues à M. de Maubec. A la fin, on laissa aller le notaire, et « les paysans tirent plusieurs décharges avec les armes dont ils étaient munis, pour annoncer leur triomphe f ».

Cependant les paysans n'entendaient pas s'en tenir là : plusieurs personnes qui devaient des droits à un hobereau du voisinage, Morel de Montcizet, présent en curieux, « vinrent lui annoncer qu'il avait un terrier qui serait brûlé comme les autres, et qu'on irait le lui demander ». Morel répondit : « Venez quand vous voudrez, je vous le don-

1. Dans sa déposition (Roux, p. 27-3o), Lavorel dénonce, comme l'ayant arrêté, les nommés Houllu et Larrivée, de Saint-Alban. Ceux-ci affirment au contraire (Roux p. '3+ et 38) n'être pour rien dans son arrestation et dans l'incendie des titres.

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