‹ La peur en DauphinéChapitre 74 sur 111 · CHAPITRE QUATRIEME Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME Il

du soir, une foule de paysans armés parul devant le couvenl des Chartreux de Sylve-Bénite. G'étaienl les habitants de Blandin, de Montrevel, de Doissin, qui venaient demander le terrier récemment refait. Les exhortations de quelques notables, venus au secours des Chartreux, ne purent apaiser la foule : les moines durent s'exécuter et livrer le registre demandé. Les habitants des communautés représentées dans la bande se contentèrent d'y découper soigneusement tout ce qui les concernait, puis rendirent le terrier aux Chartreux, qui durent être heureux d'en être quittes à si bon compte '. Mais, le lendemain, d'autres villages arrivèrent à leur tour : les Chartreux comprirent que tout le contenu de leurs archives y passerait peu à peu : ils prirent la décision, pour empêcher de nouvelles incursions, d'informer tous leurs emphvtéotes que le couvent renonçait à la perception des rentes : des pièces constatant la renonciation des moines furent envoyées à toutes les communautés intéressées \ A vrai dire, ce n'était point générosité pure; quand les Chartreux virent, quelques jours plus tard, que l'ordre se rétablissait dans toute la province, ils réclamèrent auprès de la Commission intermédiaire contre la violence qui leur avait été faite1.

le 3 et le 5 août). Il est diflicile d'accepter le récit de Mademoiselle de Virieu, reproduit ou analysé dans Costa de Beauregard, Le roman d'un royaliste sous La Révolution : Souvenirs du vomie de Virieu, p. i55-i58. Mademoiselle de Virieu avait quatre ans en 1789, et son récit parait bien dramatise. L'auteur écrit à ce propos : « Soixante-dix châteaux flambaient en Dauphiné. C'est ainsi que les paysans, là-bas, entendaient reconnaître les chevaleresques folies faites en leur faveur le '( aoûl ». < >r, 1 On n'a pas brûlé plus d'une douzaine de châteaux ; on n'en a pas même visite soixante-dix ; -2a Ce sont les pillages qui ont amené la nuit du \ août, et non la nuit du ', août qui a provoqué les pillages : les dates le montrent amplement.

I. Déposition du R. P. Moisson nier, Houx, p. </r(>>; extrait du registre de la Chartreuse de la Sylve-Bénite, assemblée des religieux en date du 9 août, Bibl. de Grenoble, mss., (). 909; dépositions des religieux, recueillies par le lieutenant de eliàtellenie de Virieu, Bibl. de Grenoble, mss.. (). on.

•2. Assemblée des religieux en date du :i aoûl ; lettre du 11. P. Moissonnier à la Commission intermédiaire, suivie de la copie des abandons accordes aux communautés, Bibl. de Grenoble, ms-,., (>. QIO.

3. Lettre du II. P. Moissonnier a la Commission intermédiaire, [8 aoûl 'rs,.( '■ «... la protestation de notre communauté contre les abandons que

les circonstances m'ont forcé de faire » Bibl. de Grenoble, mss.. o. 91a

Il6 LA PEUR EN DAUFHINK

Cependant les notables de Virieu auraient du moins voulu sauver de la dévastation le château du marquis de Langon, qui était tout voisin de leur bourg-. Le dimanche 2 août, après la messe, ils réunirent sur la place la milice récemment formée ; ils tirent valoir la noble conduite de M. de Langon aux États de la province et à l'Assemblée nationale, et demandèrent à la milice de défendre la demeure de ce seigneur patriote : « Jurons donc tous sur l'autel de « la patrie que nous lui accordons de cœur et de senti- « ment sûreté, et protection, et défense ». Ce qui fut exécuté, car aussitôt toute la milice leva la main pour constater son serment \ »

Mais on avait compté sans les paysans du voisinage : « Tout fut tranquille jusqu'à une heure après-midi ; alors arriva, armée de fusils, sabres, faux droites, fourches, tridents, bâtons, etc., une bande des paroisses voisines ». La milice gardait la porte du château ; son rôle se réduisit à arrêter le gros de la bande ; les notables consentirent en effet à laisser entrer des délégués des communautés :

« Trois députés de chaque paroisse entrèrent pour vérifier les terriers que l'attroupement demandait lui être apportés. Messieurs le curé de Yirieu, son vicaire, Delaborde, Hilaire, avocat, Treillard, négociant à Bonpertuis, et nous, commissaire, montâmes aux archives. Sur les premières observations qui furent faites auxdits députés sur leurs démarches contraires à leurs véritables intérêts et injurieuses au seigneur, l'un des plus patriotes de la province, et qui en a donné dans des temps ditïiciles des preuves si soutenues, sur ces premières représentations, disons-nous, ils parurent convenir de la bonté de nos raisons ; d'autres députés furent appelés ; mêmes représentations, même conviction. . . . En sortant, ils promirent de faire entendre raison aux autres, mais inutilement ; la fermentation devint plus violente et plus dangereuse par l'augmentation de

i. Procès-verbal dressé le 7 août 1789 par le lieutenant de ch^tellenie Magnin du Kayet; Bibl. de Grenoble, mss., O. 908.

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