Arcli. nat.. Al
3. Lettre du procureur général ;m comte de la Tour-du-Pin, ;i août, déjà citée : « M. li- comte de Durfort, M. le président de Vaulx el moi, pensons que le bien public exige qu'on le destitue. M Durand de Cuny, lieutenant de maréchaussée depuis de longues années, a toutes ces qualités; c'esl L'homme qu'il omis faut. . . »
'( De jxu- le Roi Jugement prévôlal et en dernier ressort, etc. (placard), Bibl. de Grenoble, impr., < >. 8a3.
."). Lettre du 12 août 1789, Bibl. de Grenoble, ms>., Q. <;. 1 to5.
ti. Lettre du 11 ;m>ùi au lieutenant <\>- maréchaussée de- \ ienne, Bibl. de Grenoble, mss., Q. \, 1. <i. !'■ libre 96.
7 .Tournai du détachemenl d'artillerie envoyé > Saint-Geoire, Bibl. de •Grenoble, mss., < ). 91g.
l50 LA PEUR EN DAUPHINE
Aussitôt après ces exécutions, M. de Saint-Romain commença une tournée dans le Viennois ; il enquêta notamment à Crémieu '. Mais son « zèle » fut bientôt gêné par l'arrivée des délégués de la Commission intermédiaire et de M. de la Rochette. M. de Frimont, commandant des troupes, pensait que les formes importaient peu ; mais le prévôt général avait des scrupules sur la procédure que son lieutenant voulait suivre ' ; les gradués en droit que l'on comptait prendre pour assesseurs « ne voulaient point se mêler d'une affaire aussi mal instruite ». De son côté, Royer s'indignait contre la précipitation de M. de Saint-Romain : a J'ai fait arrêter hier un homme soupçonné d'avoir mis le feu à Cerclier. Le lieutenant de la maréchaussée de Vienne a pris les indices sur lesquels ce malheureux a été pris pour des preuves convaincantes ; et, sans avoir entendu aucune déposition à cet égard, il s'est empressé de dire à M. de Frimont qu'il y avait des preuves pour faire pendre cet homme, qu'il fallait donner ordre à l'exécuteur de venir.... Cet homme est plutôt un assassin qu'un juge 3 ».
Quand M. de la Rochette et M. de Saint-Romain se séparèrent, rien n'avait été fait. Cette inertie indignait le procureur général, qui, de Grenoble, gourmandait les procureurs du Roi et les lieutenants de la maréchaussée. Il leur indiquait le moyen de trancher toutes les difficultés de procédure \ demandait des arrestations % et déclarait que toute velléité d'indulgence serait coupable : « La sûreté et
i. Roux, Mémoire des brigandages, p. i34 ; Delachenal, Histoire de Crémieu, p. 363.
2. Lettres du procureur général au comte de la Tour-du-Pin, 9 août, Bibl. de Grenoble, mss., Q. 6, f° io3 ; du même au Comité de Saint-Jean-de- Bournay, 10 août, Bibl. de Grenoble, mss., Q. 4> t. 6, f° libre 26 ; de M. de Frimont à Champel, La Côte-Saint-André, 12 août, Bibl. de Grenoble, mss., O. 927.
3. Royer à Champel, La Côte- Saint-André, 12 août 1789, Bibl. de Grenoble, mss., O. 923.
4. Lettres du 23 août à M. de Saint-Romain à Vienne ; du 24 août à M. Bergeron, procureur du Roi au présidial et à la maréchaussée de Valence, Bibl. de Grenoble, mss., Q. 4, t. 6, f° libre 27.
5. Lettre du 11 août à M. Rauchin, à Bourgoin, Q. $, t. 6. f° libre 26.
CH M'ITKi: CINQUIEME IDI
l'intérèl public exigent nécessairement que l'on fasse subir à un ou deux des principaux coupables dans chaque lieu de leur délit une punition exemplaire, afin d'intimider ceux qui seraient tentés de commettre de pareils forfaits : malheureusement ce n'est point le cas d'user d'indulgence ; ce serait nonseulement contrevenir à la loi, mais rendre un mauvais service à la patrie, ou plutôt la trahir, et se rendre responsable de tous les désordres que pourrait entraîner une lâche commisération ' ». Dans son ardeur, M. de Reynaud en venait à oublier la récente abolition de la torture ' : « Je crois même qu'il serait à propos de faire appliquer les plus coupables à la question pour avoir révélation de leurs complices, le seul moyen de parvenir à connaître ceux qui ont formé le complot de ces horribles brigandages 3 ».
Il encourageait spécialement le lieutenant de maréchaussée de Valence, qui informait depuis une quinzaine contre les incendiaires du château de la Saône, situé dans le ressort de sa juridiction '. Malheureusement les plus coupables des incendiaires étaient en fuite : et, contre la plupart des accusés (pie Ton gardait dans les prisons de la ville, il n'y avait point de charges graves '. Enfin le tribunal condamna à mort deux détenus : l'un était convaincu d'avoir apporté des matières incendiaires, l'autre d'avoir commis différents larcins. Ils furenl pendus le lendemain sur la place des Clercs ' : mais la milice bourgeoise de Valence refusa
i. Lettre du ss3 août à M. «le Saint-Romain, Bibl. «le Grenoble, mss., O. ',. t. 6, F» libre 27.
2. Les déclarations royales abolissant la question préparatoire <-', août 1780, Isambert, lieeueil général des anciennes luis françaises, l. XXVI, p. >V{;:.) et la question préalable (1 " mai [788, art. S. id.A. XXVIII, p. 35a)
sont formelles et ne prévoient anémie exception
3. Lettre du 11 aoùl à M. le lieutenant de maréchaussée a Vienne, Bibl, de Grenoble, mss , g. 4, t. <>. f* libre :><'>.
4. Lettre du procureur général a M. Berger on, 17 août 1789, Bibl. de Grenoble, mss., Q. 4. L "• ' '" libre 27.
5. Lettre du procureur du Roi à Valence au dard. des sceaux, Valence, a8 août, . vrcli. nai., D wiv1"-, 1, ;' dossier.
6 Jugement prévôtal et en dernier ressort. <pii condamne à mort les nommés Jean Roche, ménager, habitant à Lens-Lestang, et Ferréol Allègre, domestique, habitant au mandemenl de Beaurepaire (placard) Bibl. de Grenoble, impr., < >. 8aa.
d'escorter l'exécuteur et la maréchaussée, quand ils allèrent, conformément aux termes du jugement, exposer les têtes des suppliciés dans les villages de Lens-Lestang el de Moras *.
Le procureur général ne lut point satisfait de la teneur de l'arrêt : « Il me semble qu'on aurait pu se dispenser d'insérer dans ce jugement les propos tenus contre M. de Murât : ce seigneur sera peut-être afïligé de voir son nom imprimé dans une pareille ail'aire \ Je suis persuadé que, dans les jugements qui seront rendus à l'avenir, on épargnera à la noblesse le désagrément de se voir ainsi nommée, d'autant plus que cela ne me parait point nécessaire. » M. de Reynaud regrettait également ([non n'eût pas pendu un des coupables sur le théâtre du crime : « Il est fâcheux que l'une des deux exécutions n'ait pas été faite à la Saône, comme je vous l'avais mandé et que le bon ordre le désirait ; l'exposition des deux têtes y supplée bien un peu, mais cet exemple ne fait pas la même impression qu'une exécution faite en entier et avec tout l'appareil qu'on peut y mettre. Si, dans le nombre des accusés qui sont encore détenus, il en est un dans le cas de subir la peine de mort, requérez, je vous prie, que l'exécution se fasse au lieu de la Saône même : il est important de donner dans chaque endroit où il s'est commis des brigandages un ou deux exemples de ce genre, afin d'y rétablir le bon ordre et la sûreté publique "'. »
M. de Reynaud, qui demandait tant d'égards pour les nobles dauphinois, pensait toujours que les campagnes n'avaient pas été assez rudement châtiées. Deux jours avant
i. Le procureur général à M. Bergeron, 3i août, Bibl. de Grenoble, inss., Q. 4, t. 6, f» libre 29.
2. Allusion au passage suivant du jugement: « Ayant osé ledit Allègre employer contre M. de Murât, propriétaire dudit château, les expressions suivantes, en frappant avec un gros bâton sur tous les meubles qui se présentaient sous sa main: Tiens, voilà pour toi, Murât; il y a longtemps </uc lu es maître, c'est notre tour. »
3. Lettre du 3i août à M. Bergeron, Bibl. de Grenoble, inss., Q. 4- *■ 6, f° libre 29.