‹ La peur en DauphinéChapitre 98 sur 111 · CHAPITRE SIXIÈME l6l · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME l6l

C'était à Bourgoin que l'alarme avait réuni le plus grand concours de paysans ; la première bande de brigands en était sortie. Les démarches contradictoires de la municipalité avaient donné lieu, on Ta vu, à de sérieux soupçons contre elle. Pendant que les commissaires étaient à Bourgoin, on les invitait de Grenoble à s'occuper avant tout de découvrir ceux qui avaient répandu l'alarme : « Une ligue qui existe dans l'Assemblée nationale et à Paris a ordonné ces dévastations.... ». On supposait que les gens qui avaient colporté à travers toutes les Terres-Froides la nouvelle de l'entrée des Savoyards en France avaient été les agents de cette ligue : « Il faut remonter à ceux qui ont donné l'alarme et donné le mouvement à ces ravages », écrivait à Champel son collègue Royer '.

Les deux commissaires, du moins au début de leur mission, n'étaient pas loin de partager les soupçons de la Commission intermédiaire ; et ils le montrèrent. Ils posèrent ainsi au maire de Bourgoin des questions qu'ils jugeaient embarrassantes sur sa conduite du 28 juillet ' : Roy n'eut pas de peine à expliquer tous ses actes; de son interrogatoire comme de celui des autres notables de la ville, les commissaires ne purent tirer aucune conclusion défavorable pour les membres de la municipalité, sinon que ceux-ci avaient montré peu de

et par différentes personnes, seraient peu propres pour le moment à satisfaire ses vues et celles de L'Assemblée nationale: que, pour répondre à ses intentions, elle envoie deux commissaires pour parcourir les différentes contrées qui ont été dévastées, où ils prendront des renseignements qu'elle s'empressera de faire passer à L'Assemblée nationale»: et p. iôo-45l.

1. Sur tout ceci, lettre de Royer à Champel, Grenoble, ; septembre 1789, Bihl. de Grenoble, mss., (). oa3. Celte pièce indique que les illusions de La Commission intermédiaire sur l'origine des troubles étaient partagées par certains des députés du Daupniné à l'Assemblée nationale, notamment par L'avocat Revol et sans doute par Mounier.

2. « Demande : Après avoir appris le a8 juillet qu'on avait dévasté le château deDomarin et incendié celui de V aulx, sachant que le commandant de Lyon vous avait offert «1rs secours, comment faites-vous écrire à ce commandant que tout était tranquille chez VOUS, el qu'il n'y avait aucun brigand ni danger dans votre voisinage? Réponse: La lettre fut écrite à Lyon Le 28, à deux Meures du malin, époque à Laquelle <>n ne pou\ ail rien préi oir», etc. Interrogatoire et déposition Roy, Houx, p. [5-17.

(161) Bibliothèque d'histoire moderne. — 1. u.

sang-froid le jour de l'alarme, et peut-être trop de pusillanimité le lendemain. Le sieur Miège, notaire à Serezin, qui avait été porter l'alarme dans beaucoup de villages, prouva nettement qu'il avait été de bonne foi et avait cru au danger '. Enfin toutes les dépositions recueillies à Bourgoin et aux environs du 2 au i3 septembre montrèrent que les paysans s'étaient portés à la ville sans aucun mauvais dessein : l'énervement de l'attente les avait échauffés peu à peu ; ils avaient été irrités de s'être dérangés en vain ; les conversations et les propos bruyants tenus dans les groupes rassemblés sous les Halles avaient fait le reste 2. D'ailleurs l'alarme, cause première de tous les troubles, était venue à Bourgoin de la frontière de Savoie ; et c'était là que les commissaires devaient aller chercher la trace des agissements de la « ligue ».

Les commissaires se rendirent donc à Pont-de-Beauvoisin, à Aoste et à Morestel : ils passèrent six jours dans ces trois bourgs, et y recueillirent un grand nombre de dépositions \ Mais de toutes les personnes interrogées on ne put rien apprendre sur le rôle de l'auteur supposé de la fausse nouvelle. On constata au contraire que les propagateurs de l'alarme avaient été des gens naïfs, qui ne cachaient rien de leur rôle passé et qui avaient réellement cru au péril ; on avait sonné le tocsin à Aoste, parce que l'employé des fermes venu de Morestel avait annoncé les brigands ; on avait cru aux brigands à Morestel sur des nouvelles venues du Bugey. Tout cela n'avait rien de mystérieux. Les commissaires ne pouvaient plus espérer découvrir les auteurs de la manœuvre : et, s'ils étaient

1. Déposition Miège, Roux, p. 44"46- Miège avait été signalé de Grenoble comme coupable ; Royer à Champel, 3 septembre, Bibl. de Grenoble, mss., O. 929. Les commissaires sont peu à peu découragés; dès le 6 septembre ils écrivent : « Aujourd'hui et les jours précédents, nous avons interrogé beaucoup de personnes dont nous n'avons pas rédigé la réponse, attendu qu'elles ne disaient rien qui méritât d'être consigné par écrit ». Roux, p. 47 ; cf. p. 49.

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