‹ La peur en DauphinéChapitre 99 sur 111 · CHAPITRE SIXIKME l · texte numérisé non relu

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pourvus de quelque esprit critique, ils devaienl bien se contenter d'admettre ceci : il y avait eu simplement une panique, née presque par hasard, grandie par L'imagination populaire, favorisée par L'état d'énervemenl et d'attente anxieuse où la province était nécessairement, depuis la nouvelle du renvoi de Necker et de la prise de la Bastille.

Aussi, sans doute assez désappointés du maigre résultat de leurs efforts, les commissaires abrégèrent-ils leurs interrogatoires après leur séjour à Morestel : Ghampel dut d'ailleurs bientôt rentrer à Grenoble pour des affaires de famille1. Ronin continua seul l'enquête. Ni à Crémieu, ni à Lyon, il ne découvrit rien. Pendant la fin de sa mission, il se borna à évaluer les dégâts commis dans les châteaux dévastés. Quand il rentra à Grenoble, Le 19 octobre, la Commission décida de déposer le registre des procès-verbaux de L'enquête « dans les archives des Etats pour y avoir recours le cas échéant 2 ». C'était avouer que l'on renonçait à prouver l'existence de la « manœuvre ». Le « Mémoire détaillé et par ordre de la marche des brigandages », demandé par L'Assemblée nationale, ne fut jamais rédigé.

Si L'alarme avait été suivie d'un soulèvement général des paysans, c'est (pie ceux-ci attendaient impatiemment que L'Assemblée nationale mît tin à ce régime féodal, dont ils s'étaient si éncrgiqueincnt plainls au début de l'année. L'explosion des colères rustiques, qui avait tant effrayé les hommes d'ordre et de légalité, qui avait pro-

1. Registre ilt-s délibérations « i « - La Commission intermédiaire, .•; septembre, \>. 566.

•2. Registre des délibérations <!<• la Commission intermédiaire, 19 octobre, après-midi, j>. 6i3-6i4<

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voqué une sévère répression, était significative : elle montrait clairement que les campagnes ne supportaient plus sans impatience le régime de la propriété foncière ; la lassitude des paysans expliquait leur révolte.

Ce qui le prouva nettement, c'est que ni les arrestations, ni les exécutions, ni les promenades des Suisses et des dragons ne calmèrent définitivement les campagnes. Après un moment de terreur, de nouveaux symptômes de mécontentement apparurent : les paysans ne se résignaient pas aux délais que l'Assemblée nationale voulait leur imposer pour le radiât des dîmes et des rentes, et ils n'en acceptaient même pas toujours le principe. Ils n'étaient aucunement touchés par l'exemple de ces bourgeois qui, pleins du respect de la légalité, passaient d'eux-mêmes aux seigneurs de nouvelles reconnaissances '. L'abolition totale et immédiate de toutes les servitudes féodales eût seule pu ramener le calme dans les villages.

Dès la fin d'août, les paroissiens de Lens-Lestang refusaient de fournir plus longtemps à leur curé la moindre part de leurs récoltes a : ceux de Chàlonnay ne consentaient pas davantage à acquitter la dîme, et les plus audacieux d'entre eux allaient reprendre aux fermiers les gerbes déjà perçues 3. A la tin de septembre, les habitants du Poët- Sigillat forçaient M. de Besignan, leur seigneur, à laisser immédiatement racheter à vil prix les droits féodaux \ Le i5 novembre, les paysans de la communauté du Gua, invités par les fermiers seigneuriaux à payer sans délai les rentes qu'ils devaient, prenaient une délibération qu'ils adressaient à l'Assemblée nationale : « Nosseigneurs, y

i. Affiches de Dauphiné, 17 août, n° 18.

2. Lettre du procureur général à M. Loriol, châtelain de Lens-Lestang, 24 août 1789, Bibl. de Grenoble, mss., Q. (\, t. 6, f° libre 27.

3. Procès-verbal des désordres arrivés à Châtonnay, Bibl. de Grenoble, mss., O. 939.

4. Extrait mot à mot de la vente forcée que les habitants du Poè't- Sigillat tirent Caire à M de Besignan leur seigneur (27 septembre 1789), Bibl de Grenoble, mss., O. 976; rapport de la maréchaussée sur la même all'aire, O. 977-

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disaient-ils, vous avez anéanti Le régime féodal, et nous sommes encore à la veille d'être écrasés parla féodalité. » El les assistants déclaraient qu'ils ne paieraient rien '. Le 6 décembre, les paysans de Bizonnes, Ghâbons, Pupetière et autres lieux se plaignaient à leur tour d'être encore soumis aux redevances !. Pendant toute Tannée suivante, les plaintes et les protestations d'un grand nombre de communautés du Bas - Dauphiné 3 montrèrent que les paysans n'étaient point satisfaits des sacrifices consentis par les ordres privilégiés à la suite de la nuit du /[ août.

Au cours des troubles, ni les membres de la Commission intermédiaire, ni les bourgeois des villes n'avaient compris nettement les actes des paysans révoltes : ils avaient cru à des machinations, à la passion du pillage : ils n'avaient pas senti toute la spontanéité, toute la nécessité du soulèvement. Ce n'étaient point de hardis novateurs : l'année précédente, ils avaient lutté contre l'arbitraire royal, mais en regrettant leur altitude (\i- révoltés : le résultat le plus net des troubles était de réveiller en eux l'instinct conservateur. La Commission devait le montrer, après les journées des 5 et 6 octobre, en protestant avec Mounier contre la violence faite au Roi et à l'Assemblée nationale, et en essayant dt' réunir de nouveau les États du Dauphiné, pour la sauvegarde des lois et de l'ordre établi.

El pourtant, par la force des choses, la Commission avait dû momentanément faire appel à des forces nouvelles, au milieu de la désorganisation générale. Elle avait dû demander le concours des milices nationales el correspondre

i. Délibération de la communauté du <i\m, du dimanche i"> novembre 1789, Bibl. <lr Grenoble, impr., I'. 1931.

a. Délibération des communautés de Bizonnes, Châbons, Pupetière, etc., Bibl. <!<• Grenoble, impr., Q. ig38.

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