‹ La peur; étude psycho-physiologiqueChapitre 10 sur 21 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De tout temps et chez tous les peuples, le cœur a été considéré comme le centre des affections, des sentiments et de la force. Le nom même de courage vient de cœur. Il y a environ deux mille ans que les physiologistes ont démontré que le cœur n'est pas le siège de la sensibilité et néanmoins les poètes et la plupart des hommes continuent à regarder cet organe comme la partie la plus sensible de notre corps.

Au mois d'août 1879, Biffi présenta à Tlnstitut Lombard le cœur d*un jeune homme appartenant à une famille distinguée, dans lequel il avait trouvé, à Tautopsie, une aiguille enfoncée dans la paroi gauche. C'était un malheureux qui, atteint du délire lipémaniaque, avait tué son père, puis avait cherché à plusieurs reprises à se suicider et finalement était mort fou à l'hôpital . Quand il était encore dans sa famille, environ deux ans avant sa mort, il avait dit qu'il s'était, percé le cœur avec une aiguille pour se donner la mort, mais personne n'avait ajouté foi à ses paroles. Pendant toute la durée de son séjour à l'établissement, les mouvements de son cœur furent toujours calmes et réguliers, son pouls normal, sa respiration très libre, son sommeil paisible ; il pouvait se coucher dans toutes les positions et ne s'était jamais plaint d'aucune douleur dans la région précordiale. A sa mort, on trouva effectivement dans son

LES BATTEMENTS DU CŒUR iO

cœur une aiguille avec une partie de la tête rouillée et enveloppée d*une gaine qui s'était formée tout autour, la pointe brillante et aiguë se voyait dans la cavité. Uirritation produite par la piqûre avait déterminé la formation d'une excroissance charnue vers la pointe où le cœur était constamment égratigné.

Cet exemple est très propre à démontrer l'insensibilité du cœur, ce qui n'empêche pas les poètes et la voix populaire de continuer à regarder le cœur comme le centre de la passion et des sentiments, parce que dans la peur, et dans les circonstances les plus émouvantes de la vie, nous sentons résonner ses coups contre le thorax, comme ceux d'une machine cachée dans la poitrine. Ses battements retentissent dans les oreilles et dans la tète, en nous causant une oppression extraordinaire que nous croyons produite uniquement par cet organe rebelle qui se déchaîne.

Le cœur n'est autre chose qu'une pompe placée au centre des vaisseaux sanguins et qui, par le jeu de ses valvules et la contraction de ses muscles, détermine la circulation du sang des artères aux veines et lance ainsi, dans toutes les parties du corps, le sang indispensable à l'entretien de la vié,

Quand on étudie une machine, on cherche tout d'abord quelle en est la partie essentielle et sans laquelle elle ne pourrait fonctionner. Or, dans notre organisme, c'est le cœur qui, de tous les organes, entre le premier en fonction et cesse le dernier de fonctionner.

Le développement du cœur n'a été nulle part mieux étudié que dans l'œuf de la poule où il est visible dès le second jour de l'incubation. Dès son apparition, chez l'homme comme chez les autres animaux, c'est un cordon délié, ondulé en forme d'S. A la fin du second jour et au commencement du troisième, si l'on ouvre un œuf dérobé à la couveuse, on voit déjà les premiers rudiments du cœur qui bat. Vers la fin de la quatrième semaine après la

éonception, le cœur de Thomme a déjà à peu près la forme qu'il conservera toute la vie. C'est chose merveilleuse de voir comment, dès son apparition, le cœur lutte contre toutes les causes qui pourraient compromettre la vie. Pflûger raconte qu'un embryon humain, d'environ trois semaines, ayant été laissé toute la nuit sur un verre de montre, dans un cabinet froid, son petit cœur battait encore le matin avec des intervalles de vingt à trente secondes. Il put encore observer ces mouvements pendant une heure, puis ils se ralentirent peu à peu jusqu'à la mort complète de l'embryon.

Chez les animaux qui ne sont pas complètement développés, aucune émotion ne saurait modifier le rythme des battements du cœur. Dans une série d'expériences que j'ai entreprises sur le cœur, au début de son apparition dans l'œuf de ppule, je n'ai obtenu aucun effet en appliquant le plus fort courant induit supportable avec les mains. Il y a de quoi être surpris et intéressé en voyant la ténacité et la résistance inattendues d'un tout petit cœur à peine visible, qui bat tranquillement sous l'action d'une décharge électrique qui aurait tué le cœur d'un cheval ou d'un bœuf.

Cela nous prouve combien les organes sont bien adaptés à leurs fonctions. Le rôle du cœur chez le poussin est en effet de travailler aveuglément et incessamment à mettre en circulation les atomes qui servent à l'édification du corps de l'animal, en utilisant les matériaux accumulés dans l'œuf depuis que la fécondation lui a communiqué l'étincelle de la vie. L'embryon n'a nul besoin de sentir les impressions externes, aussi manque-t-il des organes qui lui seraient nécessaires à cet effet ; les nerfs ne se montrent pas encore, le cœur seul fonctionne librement au sein de la matière qu'il organise.

Le cœur adulte possède une innervation notablement plus compliquée que les autres muscles ; aussi, tandis qu'un bras, une jambe détachés du corps cessent immédiatement de se mouvoir, le cœur continue à palpiter long-

temps encore après avoir été enlevé du corps de ranimaL Ceux qui fréquentent les salles d'anatomie découvrent quelquefois, non sans surprise, sur un cadavre, de petits mouvements à la base du cœur, tandis que le corps est depuis plus d'un jour froid et immobile. Le cœur doit cette persistance de la vie à la structure de ses parois, baignées de sang, et, plus encore, aux petits centres nerveux nommés ganglions qui se trouvent dans ses parois. Il n'est pas pour cela à Tabri de l'influence du cerveau et do la moelle qui peuvent, dans certains cas, modifier le rythme et l'énergie de ses battements. Notre organisme est un merveilleux exemple de cette heureuse autonomie dans laquelle la liberté et les fonctions de chacun des organes sont subordonnés à l'intérêt et à l'avantage de tous les autres, tandis que l'ordre général maintient la vie et la prospérité de chacun des organes.

Le centre des nerfs cardiaques est dans la moelle aîlon* gée, dans cette partie si importante du système nerveux, voisin de ce point où la piqûre d'une épingle peut déterrai^ ner immédiatement la mort, parce qu'il est le poiat où concourent les voies les plus essentielles du système nerveux.

Des deux nerfs qui portent les ordres au cœur, Fun sert principalement à ralentir les battements, et a reoa lo nom de modérateur, parce qu'il agit comme un frein » Tautre sert au contraire à les accélérer comme une sorte d'aiguillon, et se nomme accélérateur. C'est à Gai van i que nous devons d'avoir démontré le premier qu'une irritation de la moelle produisait un arrêt, ou, comme il dit, une incantation du cœur. Les fonctions des nerfs cardiaques, qui peuvent être ainsi représentées comme des mécanismes très simples, sont, en réalité, beaucoup plua complexes.

Les poètes ont décrit les effets des passions sur les mouvements du cœur. On se souvient de l'anecdote rapportée par Plutarque sur la manière dont le médecin Erasistrate

avait reconnu dans les inégalités et les mouvements tumultueux du pouls qu'Antiochus était amoureux de Stratonice (1).

Nous touchons là à un des problèmes les plus importants que se proposera dans l'avenir la science criminelle, quand elle demandera au physiologiste ce qu'il pense de cet homme qui demeure impassible en présence des preuves de son crime, et si dans son corps rien ne palpite plus, d'humain ni de bestial ?

J*ai dans mon laboratoire un chien qui me sert pour quelques études sur la fatigue. C'est un animal assez doux que j*ai depuis des années avec deux autres chiens. Ils me sont attachés et finiront par rester toujours avec moi, comme de vieux aitiis, tant qu'ils ne trouveront pas un protecteur qui me les demande, comme il arrive souvent des chiens affectueux et doux qui ne trouvent que dans les laboratoires de physiologie le moyen d'échapper à la mort sûre et cruelle à laquelle les condamne la municipalité. Comme c'était un chien paisible, un beau jour, j'eus la pensée de voir quel effet produirait sur lui un grand bruit. Je me servis d'un petit appareil nommé cardiographe parce qu'il transmet les battements du cœur à un style qui les inscrit sur un cylindre de papier enfumé. J'appliquai cet appareil grand comme une pièce de monnaie sur le point où le cœur bat entre les côtes et je le fixai au moyen d'une bande élastique étroite autour de la poitrine. J'obtins d'abord le tracé fig. 3, reproduit par la phototypie : je regrette de présenter ces graphiques au lecteur, mais lorsqu'on peut voir ce qu'écrit le cœur lui-même, on serait impardonnable de vouloir traduire par la parole le langage propre et caractéristique de ses battements. Du reste, il n'y a aucune difficulté à se rendre compte de ces tracés. La ligne T représente le temps ; elle est écrite par une hor- .oge électrique, qui, à chaque seconde, soulève une plume et trace une dent. C'est pour ainsi dire une ligne de contrôle, indispensable dans l'étude graphique du pouls. La

(!) Plutarque, Vie de Démétrius, xxvii.

ligne T indique Ici 18 secûades, et le norabre des battements du cœur est pour ce mémo temps de 20, Si i*on avait appliqué le cardiogmplie sur la poitrine do riiomme» on aurait obtenu un tracé analogue avec des battements moins nombreux. A cbaque battement du CfRur^ la plume

FiG. 3- — Tracé des battumentEi da cœur d*un chien tranj^uiUe*

s'est élevée et abaissée rapidement, puis elle a écrit au bas une ligne trcmbliinte qui répond à Tabsence de battements. Comme la poitrine se soulève et se dilate pendant rinspiratian, la plume suit le mouvement et il en résulte les quatre ou cinq battements qui se produisent pendant que la poitrine se dilate, et qui viennent s'inscrire successivement plus haut, puis, au moment de Texpiration, la plume s*abaisse de nouveau, formant une sorte d'ondulation. Dans ce tracê^ obte[Ui pendant que l'animal était parfaitement tranquille, on voit^ comme cela a lieu du reste pour lUïomme, que le cœur bat plus fréquemment à l'inspiration qu'à l'expiration. En eiîct^ les battements du cœur sont plus voisins de la partie de la courbe qui va en s'élevant et plus éloignés de la partie inférieure qui correspond à la fiu de chaque expiration.

Pendant que Tan i mal était profondément tranquille, je fis signe à mon aide de tirer un coup de fusil ; le coup manqua. C'était un vieux fusil de chasse, on Tavait peut-être mal chargé, et la poudre n*avait pas pris^ mais l'animal chercha subitement 4 se soulever et, à ma grande sur prisa, se iDOUtra très agité, J^avais la main sur Tappareil et je aen-

^m SQ L.^ PEUR

H tais que les battoments étaient dêyenus beaucoup plus ^M rapides et plus forts. Eaviroii une minute après nous ob- H tînmes lo tracé B, fig. 4, où l'on voit combien les battements ^^ sont plus fréquenU. Uanimal était devenu si inquiet qne ^m je dus le laisser aller eu liberté. Quand il fut sur pieds, il ^m fit un tour dans lo laboratoire, flaira partout^ puis 3c re- ^» ; cueilîis le tracé C, ti^. 4, qui montre que rèmotion n'a pas encore cessé, si on le compare au tracé normal, ûg. 3.

1^ [G. 4. -- BùtttimËntâ ilu;;cœur du même chitin |yâad&nt une âmodcjD.

Nous étions là plusieurs personnes quand eut lieu cette expérience, les élevés, mes at^sistants et le professeur Corona et tous resteront frappés du fait. Un des assistants dit alors que ce devait être un chien de cbasse. Nous Favions toujours regardé comme un chien de garde, parce qu'il était trop gras et qu'il n'avait nullement l^aspect d'un chien de chasse. Je songeai donc à faire une expérience décisive le jour suivant.

Après avoir attendu que Tau i mal fût dans un état de

tranquillité complète, on lui montra le fusil, à la distance de quelques pas et sans le menacer en aucune façon. Aussitôt ranimai reconnut Parme et s*agita de nouveau, tandis qu'un changement notable se produisait dans le tracé de ses battements cardiaques.

Mais la preuve la plus évidente qu'il s'agissait bien d'un chien de chasse, ce fut son émotion profonde et sa vive agitation dès qu'il sentit monter et lâcher le ressort pour armer le fusil. Même quand il n'apercevait rien et que

FiG. 5. — D. Battements du cœur normal écrits par le cardiographe appliqué sur la poitrine de l'animal tranquille.

le bruit était produit à une certaine distance, les battements du cœur se modifiaient subitement et l'animal cherchait à se lever et à flairer dans l'air.

A un certain moment, j'ai fait signe de l'œil à une personne, que le chien ne pouvait voir, d'armer le fusil. A peine l'animal avait-il entendu la détente qu'il s'est agité immédiatement et, pendant plusieurs secondes, il n'a pas été possible de recueillir les battements. Une minute après environ, nous avons pu obtenir le tracé E, fig. 6, où l'on voit que la respination ainsi que la fréquence et la force de l'impulsion cardiaque sont modifiés.

Après, j'ai voulu m'assurer que cette modification du

pouls était moins forte pour des bruits différents de celui de la détente du fusil, et qu'elle ne résultait pas de la peur de l'arme. Le jour suivant, le chien fut ramené au laboratoire, et, pendant qu'il était couché sur la table, et que l'appareil

FiG. 6. — Modifications des battements du cœur par l'effet d'une émotion.

inscrivait les battements du cœur, une personne a passé devant lui avec le fusil sur l'épaule. Uanimal reconnaît aussitôt l'arme, s'agite, cherche à se lever, son cœur bat plus fort, il remue la queue et cherche à suivre d'un œil satisfait le chasseurqui passe.

Dans le cas d'émotions vives comme la peur, il faut prendre plus de précautions pour écrire le pouls parce que l'animal s'agite beaucoup et cherche à fuir. Ayant à traiter d'un sujet peu étudié en physiologie, je rappellerai quelques expériences que j'ai faites à cette intentioq. La figure 7 représente le pouls de l'artère carotide d'un chien. La ligne F se rapporte à l'animal calme, le pouls est quelque peu irrégulier, ce qui est un fait physiologique chez le chien. Dans la ligne G, on remarque cinq pulsations normales, puis, en A, on voit l'effet d'un coup de fusil tiré à deux pas du chien. L'explosion a fait trembler la plume, comme on le voit par le profil irrégulier des deux premières vibrations. L'effet de la peur sur le cœur est immédiat ; les

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g4 Ï-A PEUR

battements deviennent subitement trois fois plus nombreux qu'auparavant.

Nouià attendons que le chien soit de nouveau calme. Après un quart d'heure, nous obtenons le tracé H qui représente la ligne normale du pouls, puis, immédiatement après, vicnjient les six pulsations de la ligne I, puis en B se voit Teffet d'un autre coup, et aussitôt le pouls devient plus fréquoivt.

Mais pourquoi la peur fait-elle battre le cœur plus rapidement ? Pour avoir la raison de ce fait, je dois rappeler mes observations sur le pouls et sur la circulation du sang dans le eerveau de l'homme pendant le sommeil.

Rappelons qu'au moindre bruit, ai^ plus léger frôlement, le pouls d'une personne endormie devient subitement plus fréquent, sans qu'elle s'éveille. Ce changement est indispensable pour activer la circulation et tirer le plus grand profit de la force de l'organisme en le préparant à la résistance. Notre machine est ainsi faite qu'elle se modifie automatiquement, selon le besoin, sans que notre volonté ait à Inrervenir. Les battements du cœur pendant la peur sont Texa^éivatlon d'un fait que nous voyons se produire toutes les fois que l'organisme doit acquérir une plus grande éner*ne et renforcer la circulation vers les centres. Il ne itavaille pas pour lui, mais pour le cerveau et pour les muscles qui sont les organes de la lutte, de l'attaque, de la défense et de la fuite.

La fréquence plus ou moins grande du pouls pendant les émotionis dépend de l'excitabilité plus ou moins grande des centres nûvveux. Les femmes et les enfants, qui sont de leur nature plus sensibles, sont aussi celles qui éprouvent des palpitations plus vives. Quand nous disons que les fommcs ont le cœur plus tendre, nous voulons dire que leur cœur réagit contre des excitants auxquels le cœur de riiemmû veste insensible. De telle personne qui pâlit et ron^^it facilement, qui pleure et qui s'affecte vivement ou rit aux^éclats, nous disons qu'elle a un bon cœur et un caractère ouvert. Mais les hommes froids, sceptiques, égoïstes, impassibles, deviennent eux-mêmes sensibles et laissent

voir l'état de leur âme comme des enfants, lorsqu'ils sont affaiblis par la maladie, ou qu'une cause quelconque augmente chez eux Tirritabilité nerveuse.

Le médecin est à même de voir l'homme le plus courageux devenir pusillanime à la suite d'une simple hémorragie, ou un homme timide faire des prodiges de courage à la suite d'un afflux de sang au cerveau plus abondant qu'à l'ordinaire. La faiblesse rend les battements du cœur plus fréquents, même sans aucune cause d'émotion. Tout le monde sait qu'on se garde d'entretenir un convalesncut de choses qu'en toute autre circonstance on n'hésiterait pas à lui dire.

Un de mes collègues fut malade d'une angine pendant huit jours; quand il se leva et vint au laboratoire, j allai le voir, je le trouvai pâle et défait, assis dans un fiiuteuih Je lui demandai comment il allait, il me répondit qu'il allait très bien, mais que, pour une chose insignifiante, il avait grondé son garçon, et, en le grondant, il s'était senti pris d'une telle difficulté de respirer qu'il avait dû t^'asseoir. Alors je lui tâtai le pouls et je trouvai plus de cent pulsations. Lui-même en rit et ajouta: u Je ne me serais pas figuré que mon corps si robuste fût devenu une 3iui'u<|uô si faible pour quelques jours d'abstinence. »

Comme tous les muscles, le cœur a besoin de nourriture, mais chez lui le besoin est particulièrement impérieux, car il ne se repose jamais. Le travail continu auqutjl il est condamné explique comment tout changement dans la composition et la quantité de sang se manifeste ausi^itùt en altérant sa nutrition, et, par suite, sa force. On pourrait croire que le cœur, continuellement en contact avec le sang et le distribuant à toutes les parties du corps^ dût prendre pour lui la meilleure part et la plus abondante ou que la nature lui eût permis de ne mettre aucun froîn a son appétit. Loin de là, la ration de chaque organe est cû.lculéo selon ses besoins. Ainsi se trouve réalisée une irrande

économie dans ralimentation, car si quelque partie du corps travaille plus que les autres et consomme, par conséquent, davantage, la ration des autres se trouve diminuée. Les nerfs vaso-moteurs sont chargés de la distribution des vivres, si j'ose m'exprimer ainsi. Comme les autres muscles, le ca^ur prend la quantité de sang qui lui est nécessaire pour sa nourriture, hors de sa cavité, par les artères coronaires qui se détachent de Taorte. Il existe aussi par le cœur, un régulateur et les nerfs vaso-moteurs pourraient diminuer sa ration si c'était nécessaire, en lui laissant tout juste ûÈseiî de force pour accomplir ses fonctions.

Los physiologistes se sont évertués en vain dans ce dernier siècle à chercher le maximum et le minimum de nourriture du cœur, la cause de ses mouvements plus ou moins rapides. Une des doctrines les plus hardies fut celle de Giovanni Lancisi, le grand archiâtre romain, un des plus grands physiologistes de l'Italie.

Dana son livre des Moucements du cœur (1), imprimé à rimpriinerie de l'Université de Rome, en 1728, il expose une doctrine si franchement matérialiste sur la cause des battements du cœur pendant les émotions, qu'on a peine à croire que ce livre ait été dédié à la mémoire de Clément XI^ et imprimé avec le sceau pontifical et avec l'autorisation du. Sacré Collège. La curie romaine ne prévoyait pas quo ce premier pas pourrait conduire la physiologie assez loin de ses dogmes, et ne soupçonnait pas que des idées les plus simplles sur les fonctions de la machine humaine naîtrait le principe novateur de la philosophie moderne, puisque elle laissait parler librement son grand archiâtre, lui fournissait les moyens de poursuivre ses recherches piiys 10 logiques, le comblait d'honneurs et transmettait à la postérité, dans une splendide édition, son livre immortel.

Après avoir établi dans un premier postulatum, de la partie anatomico-mécanique du cœur, que les corps des animaux sont des machines soumises aux mêmes lois que celles construites par la main des hommes^ Lancisi se

(1) De motu cordis. ,

met à traiter, dans la proposition LV, de Tinfluencc extraordinaire des nerfs du cœur dans les émotions violentes.

D'après lui, les fonctions de Tâme sont en rapport et dans une étroite dépendance des nerfs, des ganglions et des vaisseaux du cœur. Ce sont les organes matériels qui influent sur les mouvements de Tàme. La fougue des passions et la vivacité des affections ont dans le cœur les engins mécaniques qui les modèrent et les régularisent. Les neris et les ganglions du cœur, en lançant avec plus ou moins de force le sang au cerveau, pourraient susciter les instincts ; le caractère et les dispositions de Tàme dépendraie[it do la structure et des modifications physiques du corps.

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