‹ La peur; étude psycho-physiologiqueChapitre 13 sur 21 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L'œil examine avec une telle rapidité et une telle précision la face humaine, qu'on ne saurait donner à Taide de la parole une idée des particularités minutieuses et des signes fugitifs que nous voyons paraître et disparaître sur le visage pendant les émotions. Les plus grands maîtres mêmes ont été peu exacts dans ces descriptions et ont dû recourir à des comparaisons en langage figuré et imagé. Quand nous disons, par exemple, qu^une personne nous regarda avec surprise ou avec crainte, nous indiquons toute une série de degrés du même sentiment différant par leur intensité et leur effet, et nous nous en fions au lecteur pour choisir celle qui lui paraît le mieux s'adapter au cas qui nous occupe, et que nous ne saurions déterminer plus nettement. Quand nous disons à un ami : « Je dois te faire part d'une mauvaise nouvelle, » aussitôt il s'opère un changement dans son visage, son regard, ses gestes^ qui nous émeut ; mais il n'y a pas de description qui vaille un portrait. Nous sommes incapables d'apprécier certains changements imperceptibles qui accompagnent le mouvement des yeux, la dilatation de la pupille, la coloration des joues, le plissement des lèvres, la dilatation des narines, la difficulté de respirer, le geste de la main, l'attitude de la tète et du corps.

Certains détails caractéristiques de la physionomie échappent à l'analyse. Uair du visage est insaisissable, ses beautés sont couvertes d'un voile si délicat et si léger qu'on n'y saurait toucher sans le déchirer et sans en détruire le charme. Aussi j'hésite à porter le bistouri sur la tète d'ua cadavre pour en détacher la 'peau et en disséquer les chairs. Quand les muscles de la face sont détachés du crâna il ne me reste dans les mains qu'un masque sembla !>le à un entonnoir de chair. La face humaine à l'envers est chose affreuse à voir; on n'y reconnaît plus rien; on xiù ne fait pas à l'idée que cet entrecroisement de fibres, cet entrelacement de muscles représente la partie la plus belle et la plus expressive du corps humain, que ce soit là ce visage si varié dans ses jeux de physionomie et dans ses expressions, si digne dans ses manifestations de bienveillance et de douceur. Quelle désillusion profonde et quel triste spectacle que de voir en plein jour la charpente et les rayons éteints d'un feu d'artifice, ou, après le spectaclo, les souillures et les loques de la décoration d'une féerie I On ne saurait croire que sur cette chair filandre uï^e s'est réfléchi notre moi, que sur ce. mince feuillet musculaire se trouve imprimée en quelque sorte l'histoire de liL vie, que ses dispositions diverses ont imprimé la sympathie ou l'indifférence ou l'aversion, que sur lui sont écrits les secrets impénétrables qui déterminent entre le» liommes des attractions ou des répulsions semblables à celles qui ont lieu entre les atomes.

Léonard de Vinci , qui fut certes un des plus habiles interprètes de la face humaine, avait étudié l'anatomie avetï un tel amour que les dessins de ses préparations excitent encore aujourd'hui notre admiration par l'exactitude des plus minutieux détails.

« Etudiez d'abord la science, puis après, l'art né de cette Bcicjice I», disait-il à ses disciples. Ces paroles sont dignes do celui qui fut non seulement un grand artiste, mais un

mathématicien et un philosophe, et qui a eu le rare mérite d'être un inventeur dans la scienoe et un des fondateurs de la méthode expérimentale.

Il ne suffît pourtant pas de commencer Tétude de la face humaine par Fanatomie. Le tissu des muscles est «i touffu, les fibrec si embrouillées, qu'on n'arrive à rien si l'on ne connaît l'origine de ces mêmes muscles chez les animaux inférieurs et si l'on ne cherche d'abord leurs fonctions chez les êtres les plus simples, ainsi que les modifications qu'ils subissent dans l'échelle zoologique.

Les parties essentielles de la face sont les ouvertures de la bouche et des narines. Celles-là seules persistent, malgré les modifications diverses de la tête dans la série animale. Les lèvres, le nez, le menton peuvent devenir méconnais-^ sables cpmme il arrive pour les oiseaux ; l'œil peut être extrêmement petit, comme chez la taupe, ou même dispa-» raître tout à fait, comme cela se voit chez quelques animaux qui vivent dans les cavernes, mais la bouche persiste toujours, parce que le tube digestif est l'organe le plus utile. Ce tube existe déjà chez les animaux qui n'ont ni cœur ni poumons ; il forme à son ouverture antérieure une sorte d'entonnoir que nous appelons encore face, quelque étrange que soit en ce cas une semblable expression.

Le développement des muscles de la face est proportionné au besoin de saisir la proie et de triturer les aliments. Chez les grenouilles, les poissons, les reptiles et les oiseaux qui avalent leur nourriture, on peut dire que la face manque ; aussi n'ont-ils aucune expression, si ce n'est celle des yeux. Chez les oiseaux, le nerf facial est réduit à un petit filament qui se distribue au muscle cutané du cou ; et produit le hérissement des plumes et le redressement de la huppe qui constituent l'expression la plus caractéristi que de leurs passions.

Plus le mode de préhension est complexe, plus la bouche est elle-même compliquée. Les lèvres doivent être mobiles pour aspirer comme une ventouse le mamelon et plus tard servir à maintenir et à ramener sous les mâchoires les morceaux à mâcher; elles doivent pouvoir être relevées

comme il arrive chez le chien lorsqu'il s'apprête à mordre (1). Puis, viennent les mouvements de la mâchoire armée de dents pour couper, déchirer et broyer. Ensuite les mouvements compliqués de la langue pour boire, lécher, nettoyer la bouche, pour faire la bouchée, la ramasser et ravaler.

Parmi les animaux, on remarque chez les singes un grand développement des muscles de la face. Cela vient surtout de ce qu'ils se nourrissent de toutes sortes d'aliments, animaux ou végétaux, et qu'ils se servent de leur bouche comme d'un organe de préhension qui aide les mains à éplucher et préparer leur nourriture.

La figure du singe est d'une mobilité sans exemple. En une minute, on y voit passer toutes les expressions du désir ou de la répugnance, de la fourberie ou de l'innocence, de l'attention ou de la légèreté, etc.

Une des raisons pour lesquelles les muscles de la face se meuvent très facilement, c'est leur petitesse. Spencer a pour la première fois émis cette idée, et je ne saurais rien trouver de plus fondamental dans le langage des émotions (2). « Supposons, dit-il, qu'une onde faible d'excitation nerveuse se propage uniformément dans le système nerveux, la part de cette onde qui se déchargera sur les muscles signalera davantage son effet, là où la somme d'inertie à vaincre sera la moins considérable. Les muscles qui sont gros et qui ne peuvent manifester les états d'excitation où ils sont amenés qu'en faisant mouvoir les jambes ou d'autres masses pesantes ne fourniront point de signes,

(1) Darwin pensait que les animaux montrent leurs dents pour faire voir leurs armes et inspirer de la crainte. Une semblable explication ne me semble pas du tout exacte, attendu que les animaux sont obligés de relever les lèvres pour saisir quelque chose avec les dents, afin de ne pas blesser cette partie molle de la bouche qui recouvre les mâchoires. Il suffit d'observer un chien pour se convaincre que l'action de montrer «es dents est un acte préparatoire à l'action de mordre.

{2) Principes de psychologiCy t. II, page 560.

LEg EXPRESSIONS DE LA FACE 117

tandis que les petits muscles et ceux qui peuvent se mouvoir sans avoir à surmonter de résistances considérables, répondront visiblement à cette onde faible... Comme les muscles de la face sont relativement petits et sont fixés à des parties plus faciles à mouvoir, il s'ensuit que c'est sur la face que doit se manifester la plus grande somme de sentiments. »

Selon moi, cette loi n*est pas suffisante pour expliquer les expressions de la face. Nous avons en effet des muscles extrêmement petits et déliés dans Toreille, dans la peau et ailleurs et qui pourtant ne prennent aucune part à Texpression, quoique la résistance à vaincre soit minime.

Il me semble qu'il faut accorder une plus grande importance à Pusage fréquent de certains muscles et à la différence d'excitabilité de leurs nerfs. Les muscles que nous mettons le plus souvent en mouvement sont précisément ceux qui sont le plus sensibles à l'excitation des centres nerveux. Il en est ainsi des muscles de l'oreille chez le cheval et le chien. On sait combien ces animaux traduisent fidèlement leurs impressions par le mouvement des oreilles, tandis que chez l'homme, qui possède pourtant les. mêmes muscles, les oreilles restent immobiles, même pendant les plus fortes émotions, parce que nous les mettons rarement en mouvement.

' Les muscles de la face, au contraire, s'agitent chez nous pour toute action, quelque faible qu'elle soit, du système nerveux, précisément parce qu'ils sont déjà continuellement en mouvement, dans les fonctions de la digestion, de la respiration, de la parole et dans l'usage des organes des sens. Nous rencontrons très souvent des personnes qui, pour avoir développé outre mesure l'excitation des centres nerveux, ont des tics de la face, des mouvements rapides et involontaires des paupières, des angles de la bouche, des muscles du front; en même temps, et sans s'en apercevoir, elles en éprouvent d'analogues aux mains, aux pieds et dans d'autres parties du corps.

La différence de résistance que présentent les nerfs au passage du courant nerveux est un facteur important de

l'expression . Païmi les muscles de la face, ceux de Toeil, qui se trouvent plus voisins du cerveau, rendent plus facile la décharge nerveuse. La mort débute toujours par les régions les plus éloignées du centre, par les jambes et les bras, les yeux en dernier lieu.

Le sujet que nous traitons maintenant Ta été par de nombreux physiologistes. Jfean Mûller (1), le père de la physiologie moderne, parlant de$ mouvements qui dépendent de Vétat de l'âme^ s'exprime ainsi : « Les expressions variées que prennent les linéaments du visage dans les passions diverses démontrent que, selon Tétat de Tàme, des groupes très divers de fibres du nerf facial sont mises en mouvement. Les causes de ces relations entre les muscles de la face et les diverses passions nous sont tout à fait inconnues. »

J'ai voulu faire quelques expériences sur la physiologie du nerf facial dans le but de découvrir quelque fait dans ce champ encore peu connu. J'ai mis à découvert, sur un chien rendu insensible par le chloral, le nerf facial à sa sortie du crâne, et j'ai fait agir un courant de manière à exciter la totalité du nerf. En me servant d'abord d'un courant très faible, j'ai constaté qu'on pouvait déterminer la contraction des muscles du front et des oreilles pendant que le museau restait immobile, comme on le voit lorsque l'animal est attentif. Avec un courant plus énergique, les muscles du nez, des paupières et de la joue entraient en mouvement; avec un courant plus énergique encore, les muscles de la lèvre inférieure, à leur tour, se sont mis en mouvement et la bouche s'est ouverte, enfin, si le courant était des plus énergiques, j'obtenais l'expression féroce d'un chien agressif.

Il y a quelque chose de fantastique et de grotesque à la fois, lorsqu'on tient en mains le masque de chair détaché de la tête d'un chien décapité, à faire renaître, à l'aide d'un courant agissant sur les nerfs moteurs, les expressions diverses de l'attention, de la joie, de la fureur, en

(1) I. MûUer, Manuel de physiologie humaine^ 1840, vol. II, page 92.

Tabsence des phénomènes psychiques dont ils sont la ma^ nifestation.

La partie mécanique des expressions est donc plus simple qu*on ne croirait. Lorsque les centres nerveux sont mis en éveil par un travail psychique, le courant se diffuse immô^diatement par les voies de moindre résistance. Plus l'excitabilité est vive, plus est facile, gracieux, expressif et charmant le pli de la lèvre qui produit le sourire. Les paysans et les personnes peu cultivées et peu sensibles ne. sourient pas ; chez elles, l'excitation croît jusqu'à ce qu'elle éclate en un rire bruyant.

Les voies nerveuses sont ainsi faites» que le cerveau ne doit pas Avoir à s'occuper des mouvements des muscles. C'est l'intensité de l'excitation qui produit l'expression ; plus elle est forte, plus sont nombreux les nerfs par lesquels se diffuse la tension nerveuse. A mesure que la tension nerveuse croît, elle peut vaincre les obstacles et les résistances qu'auparavant elle rencontrait dans d'autres voies, et, dès lors, elle f^ii contracter de nouveaux rnusclesi, qui d'abord étaient impassibles.

Les effets des passions se manifestent particulièrement à l'aide des muscles de la face et de c.eux de la respiration, car aucune fonction autant que la respiration n'est plus souvent modifiée pour les besoins de Torganisme. Cela tient à ce qu'elle se trouve intimement liée à toutes les modifications des centres nerveux. Les muscles qui servent à exprimer les passions avec le plus d'énergie sont presque tous des muscles respiratoires.

Lorsque nous éprouvons une émotion violente, le système nerveux répand son activité par toutes les voies ; ainsi s'explique la ressemblance entre les conditions de phénomènes aussi contraires que le ris et les pleurs, la douleur et le plaisir.

C'est la quantité et non la qualité de l'excitation qui pèse sur la balance des expressions. Cette pensée que

-S'JS^n--

j*émets deviendra évidente, lorsque nous aurons étudié les phénomènes produits par le chatouillement. Un singe qu'on chatouille sous les aisselles se tord, se contorsionne, rit et pousse des cris qu'on dirait humains. Les centres nerveux sont très impressionnables, sous Finfluence d'une action mécanique exercée sur certains nerfs, par un toucher léger qui produit la sensation la .plus délicate, ou éclate comme une tempête qui secoue violemment l'organisme.

On raconte que des personnes sont mortes des suites du chatouillement, et il en est d'une nature si sensible, qu'elles ne résistent pas au plaisir le plus ardent de la vie. Les jouissances les plus vives et les douleurs font vibrer es nerfs de la même manière et arrachent de notre corps .es mêmes gémissements. On est profondément surpris qu'un léger chatouillement des nerfs puisse produire un ébranlement aussi profond dans les organes.

Les centres de la vie sont accablés par la surprise d'une émotion mystérieuse, d'un charme dans lequel les freins se relâchent et les sens se troublent. Dès que l'action modératrice du cerveau est suspendue, l'harmonie de l'ensemble est rompue, l'oppression se produit, et les paroles inconscientes, à moitié tronquées, répétées, affolées, entrecoupées, s'éteignent dans la langueur et l'évanouissement. Les yeux se relèvent languissamment ou se dérobent éteints sous les paupières ou tournent hagards dans leurs orbites, se remplissent de larmes de joie, et se ferment à demi comme le regard d'un mourant. Les bras s'agitent convulsivement, attirent, étreignent violemment, serrent et se tordent. Les dents mordent et grincent, des hurlements se font entendre comme si une bête féroce se trouvait enfermée dans l'homme.

Finalement, l'ouragan passe, la secousse et les frémissements disparaissent graduellement comme les éclairs qui suivent les grondements du tonnerre dans Téloignement. Mais le regard languissant, la face molle, la peau moite, les membres résolus, les sursauts des muscles, les tremblements de la voix, la soif, les palpitations, la faiblesseï

la défaillance des sens, restent comme la suite d*un accès maladif ou la prostration causée par un grand malheur.

Ceux qui ne suivent pas de près le mouvement scientifique croient que toute Fœuvre de Darwin consiste dans la doctrine de révolution. Il en est dans ce cas comme après une bataille gagnée, le nom d'un seul général surnage dans Topinion, quoique Tactioa des autres ait été efficace pour décider delà victoire. Ce serait dans notre cas une injustice de ne pas attribuer le plus grand mérite à Herbert Spencer que Darwin lui-même appelle le grand interprète du principe de révolution. Déjà à la fin de 1855, dans la première édition de ses Principes do psychologie^ Spencer soutenait la doctrine de révolution « quand elle était encore, dit-il, couverte de ridicule dans le monde entier et vue d*un mauvais œil même par le monde scientifique ».

Dans la seconde édition de son ouvrage, Spencer ajoute un chapitre intitulé le Langage des émotions, qui a une très grande valeur pour nous, parce qu'il fut imprimé quelques mois avant que Darwin publiât son livre : l'Expression des émotions.

Une des idées les plus importantes qu*il ait formulées en physiologie est la suivante : « Le mouvement moléculaire développé par un stimulant dans un centre nerveux quelconque tend toujours à se propager suivant la ligne de moindre résistance dans toute Tétendue du système nerveux. Les sentiments d'un ordre quelconque, modérés ou violents, qui, de temps à autre, surgissent dans la conscience, sont les corrélatifs des ondes nerveuses qui sont engendrées sans interruption et sans interruption se répercutent dans l'étendue du système nerveux. Le courant nerveux permanent constitué par cette onde engendrée d'une manière permanente agit simultanément sur les viscères et les muscles volontaires ou involontaires. »

Les idées développées par Darwin sur l'origine des expressions ont une ressemblance si exacte avec la doctrine

de Spencer que Darwin se crut obligé de faire, dans une note, la déclaration suivante : « Pour ne pas être accusé d'empiéter sur le domaine de M. Spencer, je dois dire que j'avais déjà annoncé dans mon ouvrage la Descendance de l'homme^ qu'à cette date, le présent volume était écrit en partie (1). »

L'origine des mouvements de l'expression, telle que l'a conçue Spencer et telle que l'a développée plus amplement Darwin dans son livre, ne me persuade pas. La vive admiration que j'ai pour ces deux maîtres éminents ne laisse pas que de m'embarrasser quand je m'écarte de leur opinion. Mais lorsque les faits que j'ai eu occasion d'observer dans mes études m'ont convaincu qu'on peut arriver au même résultat par une autre voie, je dois exposer les observations et les expériences qui semblent fournir une autre solution de la question.

Si l'interprétation que donne Spencer dans le chapitre sur le Langage des émotions^ et que Darwin développe plus amplement dans son livre, était vraie, on en tirerait cette conséquence que les animaux auraient dû se défaire peu à peu, dans la longue suite des générations, de ce qui pouvait leur être funeste et fatal. Mais cette loi ne se vérifie pas ; en étudiant les fortes émotions, nous avons vu que plus le danger est sérieux, plus les phénomènes nuisibles prévalent en nombre et en efficacité. Nous avons déjà vu que le tremblement et la cataplexie rendent l'animal incapable de fuir et de se défendre. Nous sommes maintenant en mesure de nous convaincre que dans les situations les plus graves nous voyons moins clair que si nous étions calmes.

En présence de ces faits, nous devons admettre que les phénomènes de la peur ne peuvent s'expliquer tous par la doctrine de la sélection. A leur plus haut degré d'intensité, ce sont des phénomènes maladifs qui prouvent une imperfection de l'organisme. On dirait presque que la nature n'a pu élaborer une substance pour faire le cerveau et la moelle

(1) Ch. Darwin, VExpresaion de» émotions^ 1877, page 10.

épînière qui fût très excitable et qui, sous Taction de stimulants très énergiques, ne dépassât pas dans ses réactions les limites physiologiques utiles à la conservation de Tanimal. Mais voyons, avant de passer outre, quels sont ces faits qui semblent en désaccord avec l'hypothèse de Darwin et de Spencer.

La pupille, on le sait, se dilate et se contracte ^tvec une grande facilité. Sa forme est très variable chez le chat : le plus souvent elliptique, elle devient extrêmement étroite et presque fermée si la lumière est trop vive. Elle a alors Tapparence d\ine fente de la largeur d'un cheveu. Vers le soir, ou même dans le jour mais à Tobscurité, elle se dilate tellement que Tiris disparait presque en entier et qu'on voit alors le fond de l'œil verdâtre et phosphorescent.

L'iris est comme un rideau circulaire qui se ferme lorsque la lumière est vive et s'ouvre dans l'obscurité, réglant ainsi automatiquement la quantité de lumière nécessaire à l'œil pour voir sans être blessé.

La perfection de notre machine est si grande que quelques rouages indispensables agissent non seulement automatiquement, sans aucune intervention de la volonté et de la conscience, mais souvent même sans avoir besoin du cerveau et de la moelle. Il leur suffit des petits mouvements réflexes des cellules nerveuses qui se trouvent dans les organes, sous la forme de ganglions microscopiques. C'est un sujet digne d'être médité que cette harmonie qui assure l'exécution des fonctions les plus importantes, au moyen de divers organes qui agissent simultanément et endent au même but.

Le mécanisme du mouvement de l'iris est assez compliqué. J'ai observé (i) que, toutes les fois que les vaisseaux se dilatent, la pupille se contracte et réciproquement. Ce rapport entre les vaisseaux sanguins de l'iris et ses mou- Ci) M0860, Mouvementé de Vins, Académie de médecine de Turin, 1875.

vements offre de nombreux et grands avantages. En effet, pendant le sommeil, les vaisseaux se dilatent et la pupille se rétrécit et empêche la lumière d*agir trop vivement. Dans les inflammations de l'œil, la lumière exerce une action irritante et nuisible, mais, dans ce cas, les vaisseaux sont toujours dilatés, et par suite la pupille se trouve diminuée, la lumière qui pénètre au fond de l'œil a moins d*intensitô et la guérison est plus rapide.

A la suite d'hémorragies graves, suivies d'un abattement profond, les vaisseaux se contractent, et la pupille se dilate, ce qui permet de mieux voir.

Tout ceci semble parfait comme mécanisme, malheureusement cela présente des inconvénients sérieux : notre œil est comme un appareil photographique, et la pupille fonctionne comme les diaphragmes des appareils qui laissent pénétrer plus ou moins de lumière sur la lentille, car il y a derrière l'iris une lentille analogue à celle de l'appareil photographique. Si la lumière est faible, le photographe met un diaphragme plus grand, mais alors l'image est confuse parce que les rayons lumineux éloignés du centre de la lentille contribuent à donner une image à contours moins nets. Aussi les photographes emploient-ils une lumière vive avec un diaphragme étroit afin d'obtenir une image très nette. Ce sont aussi pour notre œil les meilleures conditions pour voir distinctement. Il suffit pour s'en assurer d'observer l'œil d'une personne pendant qu'elle regarde au loin ou qu'elle est distraite, puis de lui donner à fixer un petit objet placé tout près de l'œil, pour voir immédiatement sa pupille se resserrer.

Cet admirable fonctionnement de l'œil cesse dès que l'homme ou l'animal éprouvent une vive émotion. Alors, en effet, les vaisseaux se contractent, la pupille se dilate, et les images sont moins nettes. Si l'on regarde un chien ou un chat, ou un homme sous le coup de la peur ou faisant un effort, on voit la pupille dilatée jusqu'au maximum et l'œil plus noir.

Comment expliquer avec l'hypothèse de Darwin et de Spencer que même les animaux nocturnes présentent avec

une égale intensité les raèmes mouvements dans l'expression du front et des yeux? Pourquoi, pour un aussi mince avantage que celui de voir un peu mieux quand on a le soleil en face, y a-t-ii un appareil musculaire si compliqué et qui fonctionne constamment, tandis que la nature n*a pas prévu un défaut bien plus grave, le défaut de netteté des images par suite de Touverture exagérée de Firis ?

Pour apprécier l'importance de la défectuosité de la vue pendant les émotions, j'ai fait avec le docteur Falchi l'expérience suivante : nous avons choisi de petits caractères dans le tableau de Snellen et nous avons fixé, pour une certaine personne, la distance la plus grande à laquelle cette personne pouvait les lire distinctement; puis, sous un prétexte quelconque, de manière à lai causer une vive émotion. Alors j'ai prié la personne de lire, mais elle n'a pu le faire, si ce n'est en s'approchant notablement, afin de voir aussi bien qu'auparavant. Un effort musculaire violent, un tour de trapèze, une course, l'ascension rapide sur une échelle diminuent l'acuité de la vision.

Quand on pense à l'ensemble des symptômes par lesquels se révèle la peur, on pourrait croire qu'elle est transmise héréditairement ou par voie de sélection. Les animaux les plus peureux, dirait un disciple de Darwin, sont ceux qui peuvent le plus facilement échapper au péril et se sauver, ils engendreront des petits dans lesquels ils perpétueront leur timidité. Mais nous savons que les phénomènes de la peur sont l'exagération maladive de faits physiologiques. Les animaux ne sauraient par transmission héréditaire devenir de plus en plus timides. La nécessité de la lutte fait entrer en fonction d'autres attitudes que celles de la fuite et de la peur, et qui tendent à conserver l'espèce par un autre moyen. Notre organisme n'est pas une machine si parfaite qu'elle puisse résister ou s'adapter à toutes les conditions du milieu. Ce sont des nécessités fatales contre lesquelles la sélection ne peut rien.

136 LA PBUR

A mon avis, tout en acceptant le principe de Darwin et de Spencer, qui facilite Texplication de bien deg faits, nous ne pouvons cependant retendre à tous les phénomènes. Spencer et Darwin ne sont pas assez physiologistes. Dans cette étude des émotions, ils n*ont pas cherché suffisamment dans les fonctions de l'organisme la cause des phénomènes qu'ils ont observés. Il y a, pour ainsi dire, une hiérarchie dans les parties qui composent notre machine, car toutes les fonctions ne sont pas également importantes. Aussi, dans Téconomie de la vie, on remarquera toujours la prépondémnce des vaisseaux sanguins. Il était indispen* sable, en effet, que l'organisme pût tirer parti de tous les matériaux disponibles pour la nutrition des centres nerveux, que la circulation du sang dans toutes les parties et même dans les yeux fût subordonnée à ce but essentiel.

Il me semble qu'on peut expliquer de cette manière le fait de la contraction des vaisseaux de l'iris pendant les émotions. Il se produit une grande dilatation de la pupille, et le fond de l'œil devient anémique, bien que cette contraction des vaisseaux de la rétine soit nuisible à la vision distincte.

Souvent nous voyons des personnes qui, en racontant qu'elles ont eu une grande peur, disent : Je n'y voyais plus. Quelques voyageurs racontent que des serpents, aveuglés par la peur, mordaient l'ombre et les rameaux des arbres, émoussant leurs dents et répandant inutilement leur venin.

Darwin admet deux causes distinctes qui ont donné l'habitude de froncer les sourcils à chaque petite difficulté qui survenait dans le cours de nos idées ; l'une est à peu près celle que Spencer a énoncée et dont nous avons parlé plus haut, l'autre est ainsi formulée : « La première et pour ainsi dire la seule expression que nous ayons dans l'enfance est celle qui se manifeste pendant les cris ; or, les pleurs sont provoqués d'abord par toute sensation et toute émotion, déplaisante ou douloureuse, comme la faim, la soif, la souffrance, la jalousie, la peur, etc. Dans ces cas, les muscles de l'œil sont fortement contractés, et cela suffît, je

pense, pour expliquer la grande facilité avec laquelle les cils se froncent'dans le reste de la vie (1). »

Cette explication ne me paraît pas satisfaisante, elle ne fait que déplacer la question, car on peut se demander pourquoi Penfant fronce le sourcil quand il crie. Du reste, pour rejeter Phypothèse de Darwin, il suffit d'observer que les enfants,dès la naissance, froncent le front sans pleurer.

Voici ma pensée sur la cause de ce phénomène : quand nous fixons quelque objet, il nous faut contracter tous les muscles de Pœil. C'est indispensable pour Paccommodation de cet organe. Or, nous avons déjà vu que la pupille doit se contracter lorsqu'on regarde des objets voisins de Pœil, nous ne pouvons donc pas diriger Pœil vers le nez sans que la pupille se resserre.

Le plus important des mouvements des muscles externes de Pœil est celui que nous faisons constamment pour faire converger les rayons visuels de chaque œil sur Pobjet. Tandis que les rayons visuels sont parallèles, quand nous gommes distraits ou que nous regardons au loin, par contre, si nous regardons un objet voisin, ils convergent comme feraient les mains qui voudraient saisir Pobjet. Tous ces mouvements sont produits par un seul nerf nommé oculomoteur commun. Or, il y a une sympathie entre ce nerf et le facial, de sorte que si nous faisons un effort avec Pœil nous mouvons inconsciemment les paupières et le front. Et réciproquement quand nous fermons les paupières, nous mouvons sans le vouloir le globe de Pœil. Si Pon veut s'en assurer, il n'y a qu'à fermer un œil avec le bout du doigt, puis à abaisser la paupière de Pautre pour sentir Pœil tourner sous le doigt.

Il est si vrai que tout effort fait contracter les muscles de Pœil que si nous regardons de nuit une lumière éloignée pendant que nous soulevons un corps lourd, nous voyons la lumière double par suite de la convergence involontaire des yeux. J'ai photographié un grand nombre de personnes pendant qu'elles faisaient un effort, et, pour beaucoup, il

(1) Ch. Darwin, VExpreêsion des émotiona, page 1877, 243.

semble que ce sont des personnes souffrantes, tant la con traction des muscles du front est grande sans nécessité. Le3 rouages de notre organisme sont ainsi faits que l'énergie et la tension du système nerveux débordent pour ainsi dire, se répandent dans de nombreuses ramifications, de telle sorte que, en aucun cas, l'action ne s'étend à un groupe limité de muscles. Si, par exemple, nous voulons mouvoir l'oreille, les muscles qui relèvent l'angle des lèvres se contractent. C'est assez de dire à quelqu'un de fermer les paupières pour qu'on voie les autres muscles de sa face se mouvoir également, et la personne faire des grimaces involontaires. Aussi ne pouvons-nous pas diriger en même temps un œil à droite et l'autre à gauche. Un très petit nombre savent tourner la pupille en dedans sans relever les paupières avec accompagnement du mouvement des sourcils. Il en est ainsi, parce qu'il est difficile de localiser l'action de Ja volonté uniquement dans les fibres qui desservent certains muscles. Il semble que la sphère d'action embrasse des groupes variés de fibres, à moins que, par de fréquents exercices ou. un effort intense qui impose une grande fatigue, on ne s'applique à discerner et à choisir les fibres qui doivent faire un mouvement isolé.

Les animaux qui fixent attentivement un objet dirigent en même temps les oreilles vers l'objet. Ce mouvement qu'ils font pour mieux recueillir les sons doit être précédé d'une contraction des muscles du front et de ceux qui servent à projeter en avant le pavillon de l'oreille. Il est assez probable que ces mouvements, qui existent même chez les singes, se sont conservés chez l'homme, et, quoique ce dernier ait cessé de mouvoir les muscles des oreilles, il meut encore ceux du front, pendant l'attention.

Les f^its psychiques et leurs manifestations sensibles et externes sont si étroitement liés en nous qu'il est impossible d'entretenir les manifestations de l'activité nerveuse dans les muscles, toutes les fois que surgissent les idées avec lesquelles ces mouvements externes ont des rapports continuels, même quand cette communication externe est tout à fait inutile. Ainsi nous voyons un homme qui

pense, parler quelquefois bien qu'il n*ait personne à qui communiquer ses idées ; faire des gestes même, et diverses actions sans le vouloir; De même, il arrive que nous répétons les mouvements caractéristiques de Tattention avec le front et les yeux, quand, dans le développement des idées ou dans les hasards variés de la vie, survient un obstacle au libre cours de la pensée. Dès que nous sommes appliqués à quelque travail qui réclame un grand effort d'attention, qui arrête et tient suspendu notre jugement, nous mettons tout à coup et involontairement en jeu les parties du front et de Tœil que nous avons employés quand nous voulions observer attentivement une chose.

Chacun a pu remarquer que, si Ton fixe un objet, les objets environnants sont moins distincts, et d'autant moins qu'ils sont plus éloignés de l'objet fixé. Cela tient à ce qu'il y a un seul point de l'œil où la vision a son maximum de sensibilité. Ce point se nomme fovea centralis parce qu'il est fait comme une fossette ou un petit entonnoir qui a deux dixièmes de millimètre de diamètre. Il suffit que l'image d'un objet tombe à deux ou trois millimètres de ce point pour que nous ne puissions plus en distinguer nettement la couleur. Le rouge et le vert ne donnent plus qu'une sensation de jaune plus ou moins pâle ; le violet est azuré. Un peu plus loin le jaune et le bleu se confondent et on ne voit que le clair et l'obscur. Cette disposition anatomique des éléments destinés à percevoir l'image et la couleur des objets nous oblige à mouvoir l'œil et à lui faire parcourir tous les points des objets quand nous voulons les voir nettement. Aucun organe n'a pour cela des mouvements aussi précis et aussi exacts que l'œil. Si nous regardons notre œil dans un miroir en relevant ou abaissant la tête ou en la remuant à droite ou à gauche, nous restons surpris de voir qu'il reste fixe et immobile. Le lecteur fera bien de répéter cette expérience pour avoir une idée de la constance et de la facilité avec laquelle l'œil s'attache

à un point quand il veut le fixer avec attention. Les mouvements inquiets de Fœil de celui qui regarde un inconnu, l'agitation qu'on voit dans le regard de celui qui a peur d'une autre personne et l'examine sur tous ses points comme pour se tenir prêt à la défense et se garer du danger qui le menace, sont rendus nécessaires par suite de la struc-* ture de l'œil qui ne peut embrasser un vaste champ sans se mouvoir.

Quand l'objet n'est pas assez petit pour l'embrasser en entier avec un simple mouvement de l'œil, dans la cavité de l'orbite, nous tournons la tête et l'inclinons, nous déplaçons le tronc à droite ou à gauche et, si cela ne suffit pas, nous tournons le corps tout entier. Quand les acteurs sur la scène veulent représenter quelqu'un pris de peur, ils exagèrent les gestes propres à celui qui observe un objet avec attention.

Ces mouvements sont si spontanés et si naturels qu'il faut faire effort pour tenir la tête et le corps fermes pendant qu'on regarde un objet placé de côté.

Si l'on veut exprimer un sentiment profond de mépris ou de haine ou de dédain, il faut passer auprès d'un homme et le regarder avec la tête haute.

Poursuivons notre examen de l'œil.

Celui qui observe les rouages d'une machine peut portei* un jugement sur la régularité de ses mouvements, car la structure d'un mécanisme doit en faire présumer les fonctions. L'organisme mort est pour le physiologiste un champ de méditation et d'étude non moins important que l'organisme vivant. C'est là que nous allons étudier l'œil.

Dans le crâne ouvert d'un homme, on distingue trois nerfs moteurs de l'œil qui partent du cerveau, et, sur une petite sphère comme l'œil, qui pèse en moyenne sept gram« mes, se fixent six muscles. On peut conclure qu'aucun organe ne jouit d'autant de variété, d'indépendance et de rapidité dans les mouvements.

L'œil ne reconnaît en effet d'autre rival que la langue pour la complexité des muscles et Tabondance et la variété des nerfs. Cela explique pourquoi tous deux ont leur langage et pourquoi nous pouvons suivre toutes les manifestations de Tâme dans Tinfinie variété de leurs mouvements. Uhomme a donné aux sons de la langue la valeur de la parole et de même il a fait des mouvements de ses yeux le langage destiné à exprimer ses sentiments.

La vie de l'œil est tout entière dans ses mouvements. On ne distingue pas facilement d'un œil vrai un œil de verre bien fait» mis dans l'orbite et qui est mu comme un œil vraif tandis que, s'il reste immobile, il donne au visage l'expression de l'épouvante*

J'ai étudié chez les aveugles^nés l'expression du regard. C'étaient des malheureux qui ne voyaient pas mon ombre et qui n avaient jamais distingué le jour de la nuit, absolument comme s'ils avaient eu les yeux bandés. Ils causaient et s'amusaient ensemble, et personne n'aurait supposé que leurs yeux étaient morts pour toujours à la lumière. Les mouvements seuls donnaient une expression de joie, une bonté qui inspirait de la confiance et de l'intérêt.

Que de choses ne lisons-nous pas dans l'œil d'un ami mourant qui dit adieu au moment suprême et où semble se refléter toute la douleur d'une existence pleine d'espérance et de tendresse qui s'éteint. L'œil ne change pas en peu de temps, et cependant quand vous retournez pour contempler ce visage froid et lui dire le dernier adieu, vous vous arrêtez sur le seuil saisi par l'expression de terreur et d'angoisse qui se peint dans ce regard fixe et cet céil ouvert par la rigidité cadavérique.

L'œil a dans la pupille des expressions d'une grande finesse qui sont à peine connues. C'est un spectacle curieux de regarder l'œil d'un chien tranquille et de voir comme sa pupille se dilate et se resserre à chaque émotion. On ne saurait dire que cela tient à ce qu'il regarde tantôt des objets voisins, tantôt des objets éloignés. Cela tient à ce que l'iris et les vaisseaux sanguins réfléchissent comme un miroir les plus faibles émotions. On ne connaît pas

ces nuances excessivement délicates dans le langage des émotions parce que l'analyse des faits physiques qui accompagnent les expressions des sentiments n*est pas encore assez délicate et subtile. Mais entre la plus grande dilatation de la pupille qui est si caractéristique de la peur et la plus grande contraction qu'on observe pendant le sommeil, ou lorsqu'on est profondément calme et ennuyé, il y a toute une série de mouvements par lesquels les passions se révèlent. Ce sont de légèi^es différences dans le diamètre de la pupille qui passent inaperçues, quand on ne peut fixer l'œil de très près ; mais eh observant attentivement un grand nombre de personnes, j'ai pu m'assurer qu'on peut lire dans les mouvements de la pupille tous les états de l'âme. Quand le bord céleste de Tiris s'amincit et que la pupille apparaît plus grande et plus noire, c'est un signe que nous sommes troublés par une émotion profonde que nous chercherions en vain à dissimuler, car la pupille, comme disent les poètes, est Pouverturé par laquelle Je regard plonge au fond du cœur.

Page 1