PHÉNOMÈNES CARACTÉRISTIQUES DE LA PEUR
Sur un autre point du corps se trouvent des ouvertures par lesquelles s*opère périodiquement la sortie des immondices Qt des eaux sales de la fabrique ; elles aboutissent à un égout et à un réservoir contenant un liquide jaune. C'est la partie la moins belle de notre corps. Dans les fortes émotions, il s'y produit des mouvements irrésistibles, si caractéristiques dans le cas de la peur que nous ne saurions les passer sous silence. Les médecins pensaient que ces désordres bien connus avaient pour cause une paralysie du sphincter ; ce n'est pas exact. Les recherches que j'ai faites avec le professeur Pellacani (1) ont, démontré que, chez l'homme comme chez les animaux, de fortes contractions de la vessie correspondent à certains phénomènes psychiques. Dès que nous avons une pensée capable de provoquer une légère émotion, il s'opère un changement immédiat dans l'état des muscles de cet organe. Je regrette que la nature de cet ouvrage ne me permette pas de reproduire les graphiques obtenus à l'aide du plétismographe et qui démontrent le fait énoncé.
Maintes fois, sous le coup d'une émotion, nous prouvons une envie pressante d'uriner qui se répète sans qu'on puisse l'expliquer par la quantité de liquide accumulé. J'ai été à même de le constater dans quelques circonstances graves de ma vie, lorsque, par exemple, j'ai dû prononcer un discours, ou passer un examen, ou attendre l'issue de quelque événement inquiétant.
La sensation de constriction et de lourdeur que nous sentons dans le bas-ventre quand nous sommes au bord d'un précipice ou que nous éprouvons une vive appréhension doit être attribuée à la contraction involontaire de la vessie. Tout ce qui fait contracter les vaisseaux sanguins produit le même effet sur les muscles de la vessie. L'expression vul-
(1) Mosso et Pellacani, bur les fonctions de la veMie, Archives ttaliennes de biologie^ tome 1, 1882.
gaire crecer de rire est Ténoncé d'un fait physiologique. Il y a des chiens si sensibles et si doux qu'une caresse ou la vue de leur nourriture suffit pour produire la contraction de la vessie telle qu'ils laissent échapper leur urine. Observons en passant que les mêmes phénomènes peuvent être produits par des causes opposées.
Dans les émotions qui ébranlent fortement le système nerveux, et particulièrement dans le cas de la peur, la contraction de la vessie devient si énergique qu'il est impossible d'en empêcher l'effet. Il ne s'agit donc pas d'une paralysie.
Jetons en passant un regard sur ce qui se passe dans la cloaca maçcima. Les parois de l'intestin possèdent la même irritabilité que celles de la vessie, et il n'y a rien là qui doive nous surprendre puisqu'ils sont revêtus l'un et l'autre de muscles lisses et que leurs nerfs et leurs vaisseaux sanguins ont la même origine. Chacun sait que l'égout dç notre fabrique a des mouvements assez brusques et connaît les borborygmes qui se produisent malgré nous dans nos intestins. Si les parois abdominales étaient transparentes, on verrait, quand les intestins font leurs bruits, qu'il s'y produit en un point de la paroi intestinale un resserrement, une contraction, qui se propage lentement dQ ce point vers l^ouverture de sortie. Ces mouvements nommés péristaltiques existent lors même qu'ils ne sont pas accompagnés de bruits ; ils servent à promener dans les intestins les matières qui sortent de l'estomac, afin de favoriser la digestion et de transporter au dehors les résidus inutiles.
Dans les accès de peur, ces mouvements deviennent si vifs et si rapides, qu'en un temps très court les aliments sont transportés d'une extrémité à l'autre du tube intestipal sans avoir été digérés . Ce n'est donc pas une paralysie qui, dans des circonstances données, peut jeter quelque ridicule sur les hommes les plus courageux. C'est le courant qui fait irruption et déborde ; ce sont les intestins qui se contractent violemment et rejettent vivement leur contenu.
Un de mes amis, qui fut volontaire en 1866, m'a raconté