PHÉNOMÈNES CARACTÉRISTIQUES DE LA PEUR
les désagréments dont il eut à souffrir au premier feu. Rien ne peut donner une idée, me dit-il, de la rage avec laquelle les balles passaient en sifflant près de nous. Nous étions près d*un cimetière ; la vue de quelques croix et de quelques cadavres le long du fossé de la route avait peut-être augmenté ma frayeur, mais les balles qui s'aplatissaient contre les murs et contre les arbres, les cris des blessés, le bruit étourdissant des coups de fusil, le ronflement du canon me déchiraient les entrailles. Je croyais que mon corps se fondait, tant le flux me tourmentait. J'étais toujours accroupi dans le fossé sans pouvoir me relever. J'avançais en trébuchant. J'étais honteux, jei me serais tué de ne pouvoir regarder courageusement la mort en face, mais, mon organisme ne pouvait supporter ce terrible spectacle.
Un des effets les plus caractéristiques de la peur, c'est la chair de poule. Voyons comment et pourquoi la peau se ride dans ce cas. On sait que, outre les glandes de la sueur, d'autres glandes versent à la surface de la peau une matière grasse particulière ou sébacée, qui adoucit la peau et lui donne le brillant qu'on observe en particulier sur le visage de beaucoup de personnes.
Si l'on opère une coupe de la peau perpendiculaire à la surface, on voit au microscope un réseau serré de fibres musculaires qui traversent la peau obliquement et embrassent les poils à peu près comme les baleines d'une ombrelle. C'est une chose curieuse que l'organisation de chaque •poil, comment chacun a ses glandes, ses muscles, ses nerfs, ises artères et ses veines. Quand ces muscles se contractent, ils resserrent los mailles de la peau, pressent les glandes et en expriment le contenu. On ne s'en aperçoit pas parce que le mouvement est très lent.
Quelquefois il existe dans l'épaisseur de la peau des muscles spéciaux, nommés peauciers, qui ont une grande
importance. Le hérisson pressentant un péril se roule en boule, grâce à un muscle qui recouvre tout le corps comme un manteau ou un sac qui peut être resserré en un point. Même chez la taupe, ces muscles sont assez forts. Les chiens et les chevaux chassent une mouche qui les tourmente en imprimant à la peau un froncement rapide dû à la contraction d'un de ces muscles. Les animaux qui, comme le chien, se couchent en cercle pour dormir, rapprochant leur museau de leur queue, peuvent facilement se mettre dans cette position grâce à ces muscles. En étudiant les fonctions variées auxquelles servent ces muscles, on s'explique pourquoi ils sont plus ou moins développés chez la plupart des animaux supérieurs.
Dire qu'ils servent à chasser les mouches ne me paraît pas exact, car ils sont très développés chez les reptiles, les poissons et beaucoup d'animaux dont la peau est à l'abri de la piqûre des insectes. Ils devraient eu outre être plus développés dans les parties que l'animal ne peut atteindre avec la tête, les jambes ou la queue. Or, c'est précisément le contraire qui a lieu.
Il est vrai qu'ils s'en servent dans ce but, mais c'est là un fait accidentel, comme le hérissement des poils lorsque l'animal est effrayé ou excité. Quand un chien passe près d'un autre chien avec une pensée hostile, il éprouve une telle surexcitation que tout son corps en frémit. Tous les muscles, ceux des vaisseaux, des intestins, de la vessie se contractent et aussi le muscle peaucier qui fait dresser les poils sur le dos.
Nous avons la chair de poule en entrant dans un bain froid, ou au saut du lit si la température de la chambre n'est pas assez élevée.
Toutes les fois que les vaisseaux sanguins sont contractés, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause, il se produit une contraction du muscle peaucier et les poils se hérissent. Si ces deux phénomènes sont concomitants, c'est sans doute parce que les poils ou les plumes étant soulevés, l'air qui se trouue entre ces appendices, ralentitle refroidissement de la peau. Ne serait-ce pas pour cette raison