‹ La Pharmacie centrale de FranceChapitre 10 sur 73 · MAISON DE PARIS LE HALL MAISON DE PARIS BUSTE DE DORVAULT · texte numérisé non relu

MAISON DE PARIS LE HALL MAISON DE PARIS BUSTE DE DORVAULT

Le 21 avril 1 88 1 , son fonds social, de cinq millions qu’il était, fut porté à dix millions de francs.

Mais les exigences et le labeur écrasant de la Direction, ajoutés aux fatigues intellectuelles qu’il s’était imposées, eurent, hélas ! bientôt raison de sa robuste constitution. Sa santé s’altéra et l’obligea à prendre un repos suivi, quelques mois après, d’une retraite définitive. Le 3i décembre 1889 il résigna ses fonctions et se retira à Sens où il mourut le 19 avril 1890.

Après avoir évoqué le souvenir de l’administrateur si plein de dévouement et d’initiative que fut Genevoix, après avoir rappelé les brillantes éclosions de son esprit si fin et si cultivé, il nous reste à saluer en lui les vertus civiques les plus désintéressées. Romainville, cette coquette commune dont il avait fait sa résidence, a tenu une grande place dans sa vie, et il l’aimait comme on aime un enfant qu’on a vu grandir en lui donnant des soins. La population le lui rendait bien et elle l’a prouvé en le nommant Maire et en le maintenant dans ces fonctions délicates, dont l’exercice devient de plus en plus difficile.

Il avait accepté la mission de Maire dans une commune qui subissait alors une crise grave : une partie de son territoire venait en effet d’en être détachée pour former une commune séparée ; il eut le courage d’assumer la tâche de réorganiser ce qui restait du vieux Romainville.

A peine les premiers obstacles surmontés, il était aux prises avec des difficultés bien plus grandes encore : la guerre! La guerre de 1870 éclatait. Il fallut alors faire rentrer dans Paris cette population qui avait mis en lui toute sa confiance; il fallut lui assurer les subsistances, car on manquait de tout. Genevoix fut à la hauteur de la mission qu’il avait à remplir ; par ses soins, les habitants de Romainville furent de ceux qui souffrirent le moins pendant ces temps douloureux.

Pour relever le moral de ses administrés, pour leur montrer que, dans ces circonstances pénibles, après la paix

imposée par nos vainqueurs, il fallait quand même élever les cœurs et regarder l’avenir avec confiance, il entreprit des travaux considérables dans Romainville et édifia une mairie digne d’une ville importante.

La mort de cet homme de bien fut un deuil pour la Pharmacie française, qu’il a si grandement honorée par son caractère et les services qu’il lui a rendus. La Pharmacie Centrale de France, à laquelle son nom restera attaché d’une manière impérissable, lui gardera également un reconnaissant souvenir.

En remettant ses pouvoirs entre les mains du Conseil de Surveillance, Genevoix avait désigné au choix des actionnaires l’homme qu’il avait jugé capable de lui succéder, et que sa longue collaboration avait familiarisé avec toutes les difficultés inhérentes à la Direction. Ce choix fut ratifié et, le ier janvier 1890, M. Charles Buchet devint Directeur de la Pharmacie Centrale de France.

M. Buchet ( Charles ) est né à Paris, le 5 juillet 1848. Comme nous avons eu l’occasion de le rapporter dans notre monographie de l’Hôtel d’Aumont, il commença ses classes à l’Institution Petit, qui occupait alors l’immeuble où lui a succédé, depuis plus de quarante ans, l’établissement de la Pharmacie Centrale de France. Se doutait-il, en ce temps-là, qu’il lui serait réservé de vivre, plus tard, sous les beaux lambris de l’hôtel d’Aumont, qui émerveillaient sans doute ses yeux d’enfant ? Il est parfois dans la destinée des coïncidences mystérieuses et des retours extraordinaires. Mais M. Buchet ne passa que peu de temps à l’Institution Petit ; il acheva ses classes à l’Institution Favard. Reçu bachelier ès-sciences à seize ans, il resta pendant sept ans attaché au Muséum, dans le laboratoire de l’illustre Chevreul, sous les ordres de M. Cloëz, dont il préparait en même temps le cours de chimie et de physique

à l’Ecole des Beaux-Arts, tout en prenant ses inscriptions à l’Ecole de Médecine, à l’Ecole de Pharmacie et à la Sorbonne.

Pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871, il servit d’abord comme soldat au 14e bataillon de marche, puis en qualité d’Aîde-Major au Val-de-Grâce, délégué à la caserne de Lourcine.

La fortune de sa famille ayant, comme tant d’autres, subi de graves atteintes dans les désastres de la Guerre et de la Commune, il quitta momentanément la carrière scientifique pour entrer dans le haut commerce. Il acquit ainsi des notions pratiques, qui devaient lui servir utilement dans le rôle d’administrateur qu’il était appelé à remplir plus tard.

Genevoix venait de prendre la Direction de la Pharmacie Centrale de France, lorsqu’il s’adjoignit M. Buchet, qui venait de conquérir son diplôme de Pharmacien de ir0 classe. Successivement Econome, Chef du personnel, Sous-Directeur en 1888, puis Co-gérant, pour une période de cinq années, du 25 avril 1889 au 3o avril 1894, il remplit ces multiples et délicates fonctions avec ardeur et intelligence. Pendant les longs mois qui précédèrent la retraite de Genevoix et le tinrent éloigné des affaires, il supporta la lourde charge de la Direction et contribua tout particulièrement à assurer le triomphe de la Pharmacie Centrale à l’Exposition universelle de 1889.

Collaborateur intime de Genevoix, dont il avait toute la confiance, il fut initié par lui aux redoutables fonctions qui devaient lui être si soudainement confiées.

Connaissant à fond la Pharmacie Centrale de France et ses multiples rouages, nul mieux que lui n’était à même d’assurer l’exécution du programme de réformes conçu par son prédécesseur.

Homme de progrès et d’initiative, il n’a cessé de consacrer une grande énergie et de précieuses qualités d’assimilation

à diriger la Maison avec un esprit d’équité, une droiture et une probité commerciale incontestés.

Enfin dans l’Assemblée générale des Actionnaires du 22 avril 1893, M. Buchet fut élu Directeur de la Pharmacie Centrale de France pour une période décennale, du icrmai 1894 au 1" octobre 1903. Quatre années s’étaient écoulées depuis qu'il avait recueilli la succession de Genevoix; pendant ce laps de temps, il avait porté à près de douze millions le chiffre d’affaires de la Pharmacie Centrale. Par ses soins, des améliorations matérielles nombreuses ont été apportées sans cesse dans tous les services, et le régime des succursales a été réformé, conformément au programme tracé, en 1 880, par Genevoix, et qui consistait à rattacher d’une façon absolue, à la maisonmère, tous les établissements annexes.

Sous sa vigoureuse impulsion, l’Usine de Saint-Denis a puissamment développé ses moyens de production, qui feront de cet établissement la source vive de la fortune de l’entreprise.

Depuis dix ans, grâce à la parfaite direction de M. Buchet, la Pharmacie Centrale de France n’a fait que prospérer. Aussi, le 29 septembre 1895, fêtait-elle par un lunch offert à tout son personnel, le chiffre de dou\e millions d’affaires annoncé pour la première fois par l’inventaire.

Entre temps, M. Buchet avait été nommé Président du Jury de section à l’Exposition Universelle de Lyon, en 1894, et proposé la même année pour la croix; puis Président du Jury des classes 80 et 81 à l’Exposition de Bordeaux, en 1895. Fait Chevalier de la Légion d’Honneur le 10 juin 1896, il vit enfin ses efforts incessants couronnés, à l’Exposition Universelle de Paris de 1900, par l’obtention de trois Grands Prix dans les trois classes d’importation, Fabrication et Exportation. Tout récemment encore, à V Exposition d'Hanoï, où il était président de la Classe 21 (Groupe II), il remportait de nouveau un autre Grand Prix pour les Produits chimiques et pharmaceu-

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