SON INSTALLATION, SON ORGANISATION ET SON FONCTIONNEMENT
A l’ancien hôtel des ducs d’Aumont, rue de Jouy, à quelques pas de la rue de Rivoli, dans le quartier même des affaires pharmaceutiques, la Pharmacie Centrale de France occupe l’un des plus vastes immeubles qui existent au centre du vieux Paris. L’espace s’y prêtant, rien n’y fut négligé pour la complète organisation des services d’un établissement hors ligne et unique en son genre.
Sur l’emplacement des vastes jardins attenant à cette demeure seigneuriale et s’étendant sur une superficie d’environ 3.5oo mètres, la Pharmacie Centrale de France a fait élever, à l’usage de son commerce, d’énormes constructions qui sont un modèle de style et d’élégance; elles furent inaugurées en février 1861. La confection des plans et la direction des travaux en avaient été confiées à un architecte de talent, M. Louis- Auguste Boileau , réputé surtout pour l’adaptation du fer dans les constructions; à cet égard, les bâtiments nouveaux de la Pharmacie Centrale furent, du reste, une de ses plus heureuses conceptions.
Nous devons ajouter que, depuis vingt-cinq ans, tous les travaux d’agrandissement, de transformation et d’aménagements nouveaux qu’ont subis ces bâtiments, ont été exécutés par les soins d’un autre architecte, M. Lequeux, dont l’habile expérience et la science artistique sont aussi des plus estimées.
En entrant par le numéro 7 de la rue de Jouy, on traverse d’abord l’ancienne cour d’honneur, au fond de laquelle s’élève l’hôtel d’Aumont, où l’on accède ensuite par deux perrons d’angle de quelques marches, qui de chaque côté conduisent aux appartements occupés par le Directeur.
Au centre de l’hôtel, -s’ouvre un large vestibule qui conduit à la Maison de Commerce. Il est orné, de chaque côté, de hautes vitrines renfermant une collection de produits chimiques et de précieux échantillons de drogues et de produits rares.
A droite du vestibule, est la magnifique Salle du Conseil : c’est l’ancienne Salle à manger de l’hôtel d’Aumont qui donnait jadis sur l’Orangerie; le Directeur actuel l’a fait aménager suivant sa destination nouvelle. Elle renferme une Bibliothèque, où sont réunis un grand nombre d’ouvrages anciens et modernes touchant la Pharmacie, et un Musée d’Histoire naturelle, dus l’un et l’autre aux libéralités des Sociétaires et des Pharmaciens.
Cette salle, élégante et spacieuse, éclairée départ et d’autre par de hautes fenêtres décorées de vitraux d’art, est ornée de dessus de portes en grisailles, de portraits et de vases anciens. Sur un beau socle de marbre gris, agrémenté d’attributs artistiques, se dresse le buste en bronze du regretté Emile Genevoix, sculpté par H. Cordier. En face se trouve celui du savant Schaeuffèle, un des fondateurs de la Pharmacie Centrale de France qui, pendant vingt-cinq ans, présida, avons-nous dit plus haut, les travaux du Conseil de Surveillance; ce buste est du sculpteur E. Hiolle.
C’est dans cette salle, que chaque année, vers le mois de février, les actionnaires de la Pharmacie Centrale de France se réunissent en Assemblée générale, pour entendre le rapport du Gérant et l’exposé financier des affaires, toujours si remarquablement détaillé par le dévoué et infatigable Secrétaire du Conseil, M. Victor Fumouze, dans ce langage clair, précis,
méthodique, qui l’a révélé comme un maître de la Science Economique.
A gauche du vestibule, se trouvent les bureaux et le cabinet de Rédaction des journaux de la Pharmacie Centrale de France, ainsi que l’entrée des Laboratoires scientifiques, dont la création toute récente a apporté à l’Etablissement une force considérable au point de vue du développement de la préparation des produits nouveaux, des produits chimiques rares et aussi des produits aseptiques et antiseptiques. Ces laboratoires, qui comprennent les anciens laboratoires d’analyses, de photographie, de micrographie, viennent d’être totalement transformés (0. Considérablement agrandis et munis de tous les instruments que l'industrie moderne a perfectionnés, ces laboratoires permettent de fabriquer rapidement tous les produits rares et intéressants qui viennent de paraître, tels que : alcaloïdes, produits extractifs ou opothérapiques , etc. Toutes les machines et tous les appareils de ces laboratoires sont actionnés, de même que toutes les machines de la Maison, par l’électricité.
Un jardin toujours vert et décoré de plantes rares, précède l’entrée de la Maison de Commerce. A droite, entouré de fleurs, se dresse un piédestal en granit, orné à sa base de motifs allégoriques et surmonté du buste de Dorvault. Ce gracieux monument, élevé par souscription, a été inauguré, en 1 88 1 , en présence de la famille, du personnel et de nombreux amis; il est dû au ciseau de J. Sanson.
On pénètre dans le bâtiment principal par une grande galerie vitrée, sur laquelle s’ouvrent les principaux services de la Maison.
Au fond, à droite, prenant jour sur le jardin, se trouve le
(i) Le service des Laboratoires scientifiques est placé sous la direction de M. Auger, chef des travaux de Chimie pratique à la Faculté des Sciences de Paris, Président de la Société chimique de Paris, chimiste conseil de la Pharmacie Centrale de France.
Cabinet du Directeur , M. Charles Buchet , où d’ingénieux indicateurs électriques permettent à celui-ci de se rendre, à tout instant, un compte minutieux et mathématique de tout ce qui se passe d’important dans l’Etablissement, sans cesser ses occupations.
A côté, est le bureau de l’Acheteur , où se traitent, avec une compétence éprouvée, des affaires d’une importance parfois considérable. Ce service est toujours dirigé par un chef expérimenté, actif, d’une intelligence rare et possédant une connaissance approfondie de toutes les ressources du commerce de la droguerie (0.
A gauche, se trouvent les bureaux de la Correspondance commerciale et de la Vérification.
Tout auprès est installé Y Office pharmaceutique , comprenant le service du placement des élèves, des demandes d’emplois, des cessions d’officines, etc. Il est confié à un employé possédant les aptitudes et l’expérience que réclame ce poste délicat.
Puis, plus loin, les bureaux et guichets des Caissiers.
Le reste de la galerie a été transformé en Salle d’attente pour le public et les clients du Chaland. Là se délivrent les marchandises demandées par les droguistes, les commissionnaires et les pharmaciens de Paris.
Un système de contrôle, spécial à cet important service, assure la rapidité des livraisons et prévient les erreurs ou les fraudes. Toute commande est livrée, au plus tard, en dix minutes, et chaque facture porte l’empreinte d’un timbre horaire, inscrivant automatiquement l’heure et la minute de l’arrivée delà commande et celle de la livraison.
Au centre de la galerie s’ouvre une large baie, qui permet de voir tout l’ensemble de la Maison.
(i) Actuellement, le Bureau de l'Acheteur est dirigé par M. Emile Chardigny, ancien vice-président de l’ Association des Employés dro guistes de la Seine.
( Cliché J. David),
MAISON DE PARIS — ATELIER DE FABRICATION DES CAPSULES GELATINEUSES PAR PRESSION
( Cliché ./. David J.
MAISON DE PARIS — ATELIER DE FABRICATION DES CAPSULES GELATINEUSES AU TREMPE
D’un côté, sont les bureaux, spacieux, aérés, dans lesquels la lumière du jour pénètre partout et où sont installés les divers services des Factures de Paris et de Province, des Comptes courants, des Comptes fournisseurs , etc.
Là est également installé le Service du Contentieux. Ce service, placé aux mains d’un jurisconsulte des plus érudits, rend à la Société et au corps pharmaceutique les plus grands services; chaque jour il répond aux nombreuses demandes de conseils qui lui sont faites par les pharmaciens, qui trouvent ainsi le moyen rapide et simple de se renseigner utilement (0.
Plus loin se trouve une annexe, occupée par le Service des Titres , le cabinet du Chef de la Comptabilité et du Caissier principal, par les bureaux de la Comptabilité des Succursales et de l’Exploitation, et par ceux, enfin, de la Comptabilité générale.
A propos de la Comptabilité générale, nous ne saurions trop insister sur l’importance capitale de ce service; depuis de longues années, il est habilement dirigé par le même titulaire qui, grâce à son expérience et à sa longue collaboration avec M. Genevoix, donne la sécurité la plus grande aux nombreux actionnaires de ce grand établissement (1 2).
D’un autre côté, tenant tout le centre du grand bâtiment, est le Hall , conception grandiose, véritable ruche, où tous les services actifs et commerciaux sont réunis.
Il comprend trois étages, formant galeries, desservis par un escalier unique, d’un très bel effet et d’une grande hardiesse. Sa disposition permet d’embrasser d’un coup d’œil tout le
(1) Depuis de longues années, c’est M. Minot qui dirige le service du Contentieux de la Maison ; il est aidé, dans ses fonctions, d’un secrétaire, qui est actuellement M. Bocave, licencié en droit.
(2) Le titulaire en question est M. J. Walter, vice-président de la Caisse d'Epargne Mutuelle ; il a pour collaborateur direct le Caissier principal, qui est actuellement M. Ch. Bertin , président de la Société des Employés droguistes de la Seine et trésorier de la Société des Laboratoires Bourbou^e .
mouvement de la Maison, depuis le rez-de-chaussée jusqu’aux étages supérieurs.
Des ascenseurs, mus électriquement, desservent chaque galerie, avec arrêts automatiques à tous les étages, tandis qu’un très puissant monte-charge transporte les gros colis de la cave jusqu’au faîte.
La Maison est divisée en vingt Services, qui correspondent chacun à une nature spéciale de produits ou à une destination particulière.
Chaque Service est désigné par une appellation propre; il possède son outillage, ses réserves et son personnel spécial, placé sous l’autorité d’un chef responsable. Le travail, ainsi partagé, se poursuit partout avec une rapidité remarquable, puisque chaque section apporte son concours personnel à l’exécution d’une commande.
L’escalier continue jusqu’aux sous-sols, qui sont immenses et s’étendent sous tout l’édifice (fi . Eclairés par des lampes à arc et à incandescence, ils renferment les services de la grosse droguerie, celui des liquides exigeant une température constante (huiles, sirops, eaux distillées, alcoolats, vins, etc.), les eaux minérales et le service des spécialités liquides.
Par leur importance et l’ingéniosité de leur aménagement, les sous-sols constituent une des parties les plus intéressantes de la Maison. En passant sous les caves du vieil hôtel d’Aumont, les visiteurs admirent surtout de longs couloirs souterrains, dont l’aspect de profondeur ne laisse pas de frapper l’imagination (2) .
(1) Les piliers de ces sous-sols ont ceci de particulier qu’ils ont été construits avec les pierres cylindriques des colonnes du pavillon d’octroi de l’ex-barrière du Montparnasse, démoli en 1860. Ce qui fit dire à Dorvault, pour justifier la verve chansonnière d’un de ses collaborateurs, à l’occasion d’un banquet offert par la Maison, que la Pharmacie Centrale de France avait mis le Parnasse dans ses caves.
(2) C’est à tort qu’on a prétendu que ces longs couloirs souterrains s'étendaient autrefois jusqu’à la Bastille. Il n’en faut rien croire. Ces naïves et banales traditions de souterrains prolongés se retrouvent dans presque tous les anciens châteaux et les vieilles