‹ La Pharmacie centrale de FranceChapitre 16 sur 73 · SALLE DES MACHINES · texte numérisé non relu

SALLE DES MACHINES

( Cliché J. David j.

Au rez-de-chaussée, sont installés les services de la Droguerie exotique et des Produits rares, les Postes et le Chaland.

Le centre du Hall est tout entier affecté à la Reconnaissance et au Rappel des commandes. L’animation qui règne à certaines heures autour des comptoirs, le va-et-vient des employés, le mouvement des monte-charges et des ascenseurs qui déversent continuellement des marchandises, qu’on voit s’amonceler pour disparaître aussitôt et se remplacer sans cesse, toute cette vie, en un mot, qui circule intense, laborieuse, affairée, donne au visiteur l’illusion de se voir transporté dans un de nos grands ports au moment du chargement d’un paquebot transatlantique.

Au premier étage, sont installés, d’un côté, l’importante section des Produits Chimiques et celle des Essences. Au centre de la Galerie, isolé de tous les autres postes et fermant à clef, se trouve le service des Toxiques , dont l’accès reste limité à son propre personnel. L’autre côté de la Galerie est affecté au service de la Pharmacie Galénique et aux réserves.

Le second étage est occupé, à droite, par le Service des Spécialités solides , celui des Tissus et des Produits emplastiques, les Produits hygiéniques et les Produits conditionnés ; à gauche par l’importante section de la Confiserie médicinale.

Dans les Magasins de réserpe qui sont vastes et bien aérés, une section spéciale a été aménagée pour les Produits et Tissus antiseptiques, dont la consommation prend un développement chaque jour plus considérable.

Le troisième étage est partagé entre V Herboristerie, qui occupe toute l’aile gauche de l’édifice, et le service des Poudres , qui s’étend sur toute la partie droite.

maisons. Partout aussi ces galeries mystérieuses se trouvent obstruées lorsqu’on veut les vérifier. Ce qu’on peut constater sûrement ici, c’est que les caves de l’ancien hôtel d’Aumont comportent deux étages sous chacun de ses bâtiments. Le fait en est d’ailleurs mentionné dans un Titre de propriété de la Pharmacie Centrale de France, daté du 5 prairial an XI, où l’hôtel d’Aumont est minutieusement décrit de fond en comble.

Chacune de ces sections est pourvue de ses Magasins de réserve, remarquables par la bonne tenue, la propreté et l’ordre qui y régnent.

Dans chaque service, les produits sont classés par nature spéciale, étiquetés par ordre alphabétique, et les précautions les plus minutieuses sont prises pour éviter les causes d’erreurs.

Une large voûte, livrant passage aux voitures, sépare le Magasin de Y Entrée des marchandises , qui s’ouvre sur une cour spéciale. Là, sont installés le Service de la Réception et, au-dessus, Y Economat.

Isolée des autres services, en raison de son caractère et de son fonctionnement, la Réception communique néanmoins avec tous les étages de la Maison, au moyen de monte-charges et de treuils qui distribuent les marchandises dès leur arrivée.

Pourvue de tout son outillage de contrôle et de sécurité, la Réception est en rapport avec un Laboratoire d’essais , dirigé par un pharmacien expert, qui a pour mission de vérifier toutes les entrées et de ne laisser distribuer dans les services aucun produit, venant des Laboratoires, de l’Usine ou du dehors, sans s’assurer de sa pureté, par un contrôle minutieux et une analyse sévère!1).

Ce sont là des garanties qui ne se trouvent dans aucune autre maison et qui donnent au cachet de la Pharmacie Centrale de France une autorité et une valeur si appréciées.

Au-dessus de la Réception se trouve Y Economat, dont les magasins renferment tous les objets qui sont nécessaires dans les services : articles de bureau, imprimés, outils, instruments de travail, etc.; le préposé est en outre chargé de l’entretien des bâtiments (2).

(1) Ce laboratoire d’essais est actuellement placé sous la direction de M. Le Ray , pharmacien.

(2) L’économe est actuellement M. Fortin.

La grande cour est occupée par Y Emballoir , construit et aménagé sur un plan spécial et muni d’un vaste quai, d’où les colis sont chargés directement sur les voitures qui doivent les emporter. Comme tous les autres services, l’Emballoir possède un outillage complet, et un personnel nombreux y est attaché, placé sous l’autorité des contrôleurs et du chef des Expéditions. Il n’est pas inutile de dire que la surveillance y est incessante et que l’entrée en est interdite aux autres employés.

L’Emballoir comprend aussi les magasins de Y Exportation, qui y ont leur emballeur spécial pour le conditionnement des produits expédiés hors de France, aux Colonies et aux Pays d’outre-mer.

Autour de cette cour, s’élèvent de grandes constructions dont le style, en harmonie avec le bâtiment central, complète ce gracieux ensemble. Ces constructions sont affectées à d’importants services annexes que nous allons énumérer.

Au centre du bâtiment, et en avant, protégées par une véranda de grande allure, se trouvent la Chaufferie et la Machinerie.

La production de la vapeur, nécessaire aux besoins de la Machine motrice et aux différents laboratoires, est assurée par quatre chaudières de système perfectionné, d’une force totale de e5o chevaux. La force motrice est donnée par une Machine Weyher et Richemond, d’un type récent, qui produit journellement un travail de i5o chevaux. Cette machine actionne deux Dynamos de 38o ampères iio volts, un survolteur, la Chocolaterie et les pompes.

Les Machines électriques servent à produire la lumière et la force motrice dans tout Y Établissement. En effet, à part la Chocolaterie qui, par sa situation, est directement actionnée par la machine motrice, tous les appareils, monte-charges ou machines-outils de la Pharmacie Centrale de France sont mus électriquement.

Pour éviter les inconvénients dus à un arrêt imprévu du moteur, on a installé dans une cave, située sous la salle des dynamos, une batterie d’accumulateurs pouvant donner 55o ampères-heures, ce qui permet d’assurer pendant deux heures le service de toute l’exploitation.

Toute la maison est éclairée à l’électricité, qui est fournie par 1.200 lampes de 16 bougies et 12 lampes à arc (0.

Dans le même emplacement, se trouve une Pompe qui aspire, dans un puits foré de 57 mètres de profondeur, l’eau nécessaire à tous les besoins. Le débit de cette pompe est de 35 mètres cubes à l’heure.

Le corps de bâtiment est occupé, au rez-de-chaussée, par le Laboratoire de Pharmacie , dans lequel on confectionne une grande quantité de petits produits galéniques ou de préparation délicate. On remarque dans ce laboratoire : des appareils à fabriquer les extraits dans le vide; des machines à onguents et à pommades; des machines à pastilles comprimées, d’un modèle très ingénieux; des bassines à granuler. Annexés au laboratoire, on trouve des ateliers spéciaux, destinés à \o. fabrication des Cachets et des Biscuits médicamenteux, ainsi qu’une pilerie mécanique. Dans ce local, se trouvent des appareils, produisant le vide ou la compression de l’air, affectés aux différents services de la fabrication.

Le rez-de-chaussée communique, par un escalier de fer d’une belle exécution, avec l’étage supérieur où se trouvent les ateliers de fabrication de la Confiserie pharmaceutique , bonbons, pâtes en plaques et candies, et la Pastillerie, dont les ingénieuses machines excitent toujours la curiosité des visiteurs.

L’ Atelier des Pilules , des Granules et des Dragées fait suite, avec sa remarquable batterie de bassines et de piluliers mécani-

(1) Le service des Machines et de Y Électricité est actuellement dirigé par M. Duportal, Ingénieur civil des Mines.

ques. Au-dessus se trouvent les ateliers dans lesquels on fabrique, à l’aide de procédés spéciaux, les Capsules gélatineuses au trempé et par pression (fl.

Les ailes du bâtiment sont occupés, à gauche, par les Écuries , qui contiennent 1 5 chevaux, la Sellerie, et la Maréchalerie; à droite, par la Chocolaterie , qui dépend du Service des laboratoires de fabrication, et dont l’outillage complet représente les derniers perfectionnements apportés dans cette industrie. Sa production, quoique considérable, ne suffit déjà plus à la consommation qui augmente sans cesse. Au-dessus de la Chocolaterie se trouve l’atelier de conditionnement et d’empaquetage du chocolat.

Dans un des angles de la cour, s’élève la Cheminée monumentale, haute de 38 mètres, qu’on peut voir de tous les points de Paris ; son élégante construction et l’harmonie de ses proportions ont toujours été très remarquées.

Au pied de cette Cheminée, se trouve un bâtiment spécial, appelé Chambre infernale , qui renferme les éthers, benzine, etc., en un mot tous les produits inflammables. Ce local est contigu à la Laverie.

Les locaux faisant suite aux ateliers, dans l’aile droite, sont occupés par de vastes bureaux où se font le collationnement des bulletins, le pointage des factures, les relevés, les contrôles de Paris et des Succursales, la statistique générale et la correspondance dactylographique.

Tous ces emplois sont tenus par des dames et des jeunes filles, qui apportent dans leur travail une attention, une minutie et une habileté remarquables. Nous devons encore mentionner, installés dans une dépendance de l’hôtel d’Aumont, une salle affectée au Service des accessoires , dont l’importance croît

(i) Tous les laboratoires de fabrication sont actuellement dirigés par M. Vuateau, pharmacien.

chaque jour, et auquel se trouve annexé l’atelier de Fabrication de bandages et des appareils d’orthopédie et de prothèse.

L’Entrée générale de la Maison de Commerce est située au numéro 21 de la rue des Nonnains d’Hyères. Un vaste porche conduit à la cour de la Réception des marchandises, d’où l’on pénètre dans le Magasin, par la salle d’attente de la galerie vitrée, dont il a été parlé au commencement de cette description.

Les étages situés au-dessus de ce porche comprennent de vastes salles, dans lesquelles s’effectuent Indivision des produits et la préparation des Produits conditionnés.

Ces services fort importants, qui n’emploient que des dames ou des jeunes filles, possèdent leur laboratoire d’essais , dans lequel les produits à manutentionner sont essayés. Ils sont dirigés par une dame ayant son diplôme de pharmacien (0.

Dans les parties importantes de l’édifice, une tuyauterie et des appareils spéciaux de secours sont installés pour inonder en cas d’incendie. En hiver, les bureaux et les magasins sont chauffés par des calorifères spéciaux. En été, des ventilateurs et d’ingénieux systèmes réfrigérants vivifient l’atmosphère et entretiennent dans les bureaux une température moyenne constante.

Pour obéir aux prescriptions de l’hygiène, l’établissement est balayé et nettoyé deux fois par jour.

La Pharmacie Centrale de France vient d’augmenter d’environ 3oo mètres carrés la superficie de sa Maison de Paris, en achetant récemment les nos 19 et 23-25 de la rue des Nonnains d’Hyères, moyennant la somme totale et ronde de 25o.ooo francs, compris les frais (2). Ces deux acquisitions, qui

(1) Le chef titulaire de ces services est actuellement Mllc Ma^ot, pharmacien, licencié ès-sciences.

(2) Les contrats de ces deux acquisitions ont été passés devant M" Ch. Amédée Lefebvre, notaire à Paris, l'un, le 14 mars 1903, pour les n"9 23-25; l’autre, le 3o mars igo3, pour le n" 19.

ajoutent à la Maison de Paris 20 mètres de façade, lui donnent par suite plus de valeur comme immeuble.

Dans l’état actuel, il ne saurait être question d’utiliser ces deux immeubles pour les besoins de l’Etablissement. On continuera à en tirer le meilleur parti possible en les louant comme l’ont fait jusqu’ici leurs anciens propriétaires, jusqu’au moment, plus ou moins éloigné, où le développement des affaires en nécessitera l’utilisation. La seule modification qui pourrait y être apportée pour le moment, consisterait à ouvrir un passage pour les piétons à côté du passage servant aux voitures.

Tels sont en résumé l’organisation matérielle et l’ensemble des installations de la Pharmacie Centrale de France à Paris. Il nous reste à faire connaître le fonctionnement de cet Etablissement, en décrivant les diverses phases de l’exécution d’une commande.

On se fera une idée de l’importance du travail à la Pharmacie Centrale de France, quand on saura que chaque jour, le Directeur reçoit en moyenne 5oo à 600 lettres, venant de tous les pays. Ces lettres aussitôt ouvertes, lues et classées, sont, par ses soins, distribuées aux principaux chefs, ses collaborateurs directs.

Les commandes, transcrites au préalable sur des bulletins de couleur particulière à chaque mode d’envoi, poste, grande vitesse ou petite vitesse, exportation, sont d’abord enregistrées et pourvues d’un numéro d’inscription, puis d’un numéro de Série, qui servira seul à les désigner jusqu’à la sortie.

Par ce moyen, les employés ne savent pas pour qui ils travaillent et il en résulte pour le client modeste, comme pour celui qui donne des ordres plus importants, l’assurance d’une identité absolue dans les produits et de soins impartiaux apportés à l’exécution des commandes.

Aussitôt enregistrés, les bulletins sont remis au Commis de ville chargé de relever les articles divers à faire prendre sur

place. Ce travail exige, de la part de cet employé, une mémoire très vaste et une connaissance approfondie du commerce parisien et des ressources de sa production.

De là les bulletins passent au Magasin où ils sont d’abord inscrits sur le registre de Sortie, reçoivent leur numéro d’expédition et arrivent au service des Tickets, où des employées relèvent au moyen de la plume bigraphe les articles de leurs services respectifs.

Des deux parties du ticket, sur lesquelles l’article à manufacturer, diviser ou empaqueter est désigné clairement, l’une, la souche, reste au service des Tickets; l’autre, qui sert à préparer le produit, va dans le service compétent et en revient fixée à son article par un point de colle.

Le numérotage, par série, des commissions, joint au sectionnement des services, permet alors de classer les articles afférents à chaque commande, sur des tables de rappel divisées en compartiments, portant également des numéros de série correspondants.

Des employés n’ayant pas la moindre connaissance en droguerie, peuvent opérer ce classement et alimenter de travail les Rappeleurs, sans interruption.

Après avoir servi de ralliement pour la concentration de la commande, chaque ticket est détaché par le Rappeleur, au fur et à mesure que l’article est reconnu, et inséré aussitôt dans une enveloppe, portant le même numéro de série que la commande. Par ce moyen, un bulletin peut être reconstitué en entier sur-le-champ, simplement à l’aide des tickets de sa série.

Ce contrôle est des plus précieux, car il est un moyen de prévenir les confusions et, le cas échéant, de reconnaître une erreur.

La commande, ainsi rappelée, passe à YEmballoir, où se fait encore un dernier et rigoureux contrôle de chaque article au moment précis de la mise en panier ou en caisse. Ces deux

Page 1