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HISTORIQUE

hez les Juifs, comme chez les Chrétiens des premiers siècles, chaque cinquantième année était regardée comme une année sainte; et la fête qui la célébrait s’appelait jubilé, du mot hébraïque iobel qui signifie trompette, parce qu’on en faisait la publication au son de cet instrument. Or, la Pharmacie Centrale de France vient d’atteindre son Cinquantenaire ; l’heure de ses noces d’or a sonné. Il n’est donc pas d’occasion mieux choisie pour rappeler son histoire et faire à la fois retentir, comme une fanfare jubilaire, les échos sonores de sa juste renommée.

Mais, après la monographie si complète et si intéressante que M. Georges Soenen, l’excellent et distingué directeur commercial de la succursale de Lyon, a publiée, il y a environ

dix ans, sur la Pharmacie Centrale de France O, il serait assurément téméraire de prétendre nous tenir aussi bien que lui à hauteur du sujet et le traiter avec la même compétence. Aussi nous paraît-il plus sage de rééditer le texte de cette monographie, en l’augmentant et le modifiant suivant les faits nouveaux et les changements apportés par ces dernières années.

Mais, à cet égard, nous ne saurions non plus passer sous silence le précieux concours que, sous l’éminente direction de M. Buchet, les Chefs de Service de la Pharmacie Centrale de France ont bien voulu nous prêter, en nous fournissant, chacun en ce qui le concerne, tous les renseignements techniques et documentaires dont nous avions besoin.

L’apologie de la Pharmacie Centrale de France n’est cependant plus à faire. Depuis longtemps cette institution est considérée par des économistes éminents comme une des manifestations les plus remarquables de l’esprit d’association ; sa création est restée une des œuvres les plus fécondes que l’on connaisse ; elle est, à présent, l’entreprise pharmaceutique la plus considérable de notre époque.

Le principe sur lequel la Pharmacie Centrale de France a été fondée en a fait une Société coopérative tout à la fois de production et de consommation. Les satisfactions qu’elle donne en même temps à ces deux intérêts habituellement opposés, en font le type parfait de cette forme d’association.

La démonstration de son utilité et des avantages qu’elle

(i) Georges Soenen : La Pharmacie Centrale de France, son histoire, son organisation, son fonctionnement. Paris, E. Alix, graveur, 1894; 48 pages in-8°.

procure n’est plus nécessaire aujourd’hui, en présence des preuves continuelles de vitalité, de ressources et de force d’expansion, qu’elle a fournies depuis qu’elle existe.

Son capital considérable, l’énorme production de son usine, l’importance de ses opérations commerciales et sa grande réputation, consacrée par les succès qu’elle a remportés dans toutes les Expositions universelles du monde entier, la placent au premier rang des institutions similaires.

La sévérité de sa Charte constitutionnelle garantit les actionnaires contre toutes les surprises et assure le fructueux emploi des capitaux qui lui sont confiés. Par son caractère, par le principe économique sur lequel elle repose et le but qu’elle poursuit, par l’honnêteté de ses moyens, elle appelle tous les concours et toutes les sympathies, parce qu’elle sert tous les intérêts.

La Pharmacie Centrale de France n’est pas seulement une Société Coopérative admirablement organisée et une Maison de Commerce de premier ordre, mais elle est aussi une grande Ecole, où Maîtres et Elèves peuvent se procurer tous les renseignements utiles à la profession de pharmacien.

Les concours annuels qu’elle a institués et les prix importants qui les consacrent, entretiennent l’émulation parmi tous les membres de la corporation.

Des journaux, une bibliothèque, un musée, un enseignement pratique, des reconnaissances de produits, des laboratoires constamment ouverts, voilà plus qu’il n’en faut pour élever le niveau moral et intellectuel de la jeunesse pharmaceutique, qui, trouvant ce dont elle peut avoir besoin dans cette grande maison hospitalière, apprend à l’aimer comme son foyer professionnel.

Depuis longtemps l’idée d’une Maison Centrale de Pharmacie, basée sur la mutualité, avait été émise. Fourcroy , Vauquelin. Chevallier, Soubeiran, Boudel, pour ne citer que des savants et des maîtres illustres, avaient rêvé de réunir en un seul faisceau toutes les pharmacies de France, pour en former une association, ayant pour but l’achat des drogues et la préparation en grand et en commun, de médicaments offrant toutes les garanties.

Il appartenait à un homme d’initiative comme Dorvault de réaliser cette grande idée et d’acquérir de justes droits à la reconnaissance des pharmaciens, en poursuivant et en menant à bonne fin cette entreprise confraternelle. Admirateur des doctrines phalanstériennes, guidé par les' sentiments les plus élevés et entraîné par une conviction profonde, il voulut contribuer à régénérer sa profession. Dans un manifeste, daté du i5 mars 1 852, qu’il adressa à tous les Pharmaciens de France, il les convia à l’aider à créer un établissement modèle, destiné à servir les intérêts de la corporation pharmaceutique.

Parmi les considérations qu’il faisait valoir pour justifier son projet, quelques-unes méritent d’être rappelées, car elles résument toute l’économie de cette œuvre considérable. En voici les propres termes :

« Le manque d’élèves et des obstacles matériels de toute -« nature ne permettent qu’à un petit nombre de pharmaciens « de faire toutes leurs préparations eux-mêmes. Sans doute, « il serait désirable de voir suivre les habitudes de l’ancienne « Pharmacie, savoir : que tous les médicaments composés, « sortant d’une officine, y eussent été préparés. Mais on voit « de plus en plus les pharmaciens demander les produits « pharmaceutiques d’une préparation pénible ou difficile à la « droguerie en gros. Les produits chimiques prennent de jour « en jour une plus grande place dans la matière médicale; « comme les préparations pharmaceutiques et bien plus géné-

(Cliché J. David).

MAISON DE PARIS

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