IDEE GENERALE ET DIVISIONS
L'histoire de la philosophie a pour objet l'exposition des systèmes' et des écoles philosophiques à travers les siècles. On en a contesté l'utilité et l'on rencontre à cet égard deux opinions exagérées : l'une de Descartes ^ l'autre de Cousin. Dans le premier les arguments se résument en ceci : retour sans profit à des rêveries surannées, par
' Les systèmes abondent en philosophie. On peut logiquement les classer ainsi :
I" Au point de vue de la connaissance, on distingue les Empiristes qui ne veulent expliquer nos connaissances que par 1 expérience, — les Rationalistes purs, qui les expliquent par la raison seule, — les lùnpirico-Rationalistes, qui emploient le secours des deux méthodes précédentes.
Il"* Au point de vue métaphysique (problème de l'être et de la $uhstance), on trouve :
1° le septicisme, qui comprend dans ses variétés le criticisme, le positivisme, le phénoménisme ; 2° le matérialisme, qui ramène tout à la matière ; l'idéalisme, niant l'objectivité du monde extérieur ; ;>" le panthéisme, identillant tous les êtres de la création dans une substance unique dont ils sont de simples modifications ; 4" le spiritualisme, ii réductible dualisme de la substance inaléiieKr il de la substance spirituelle.
conséquent satisfaction de vaine curiosité, — cette étude peut même entraîner une perpétuelle tentation de scepticisme. Pour le second, il suffirait de substituer à la philosophie elle-même sa simple histoire, parce que toute vérité, ayant été déjà méditée, élaborée, transformé^, iriipose seulement la tâche d'en rassembler les éléments épars.
Or, on ne peut admettre cet éclectisme érigé en parti pris : — 1" ce serait supprimer la réjlexiqn individuelle, en faisant de la philosophie une science de pure érudition, — 2" la vérité étant infinie comme Dieu, il lui reste toujours humainement des progrès à réaliser, — 3° sans la connaissance approfondie de la philosophie elle-même qu'elle présuppose, où seraient le sens et Tintérèt de la critique de l'histoire de la philosophie?
Celle-ci est donc éminemment utile à celle-là puisqu'elle synthétise l'acquis du passé, met en évidence le vrai et le faux, frappe sans pitié les hypothèses, même celles du génie. Elle donne aussi naissance à des problèmes encore incertains ou inconnus, comme aux moyens de les résoudre ; elle est l'âme de l'histoire générale des peuples, car les idées mènent le monde ; enfin, en démontrant les erreurs qui résultent des mauvaises méthodes, elle tempère l'esprit systématique et les présomptions de la pensée'.
Oi^ ne traite pas, en philosophie classique, des doctrines de l'Egypte, de la Perse, de Tlnde, ni de celles de la Chine. Son domaine constitue, à lui seul, la plus vaste époque en savoirhumain comme
' On peut distinf^uer trois époques dans l'histoire générale de la philosophie : 1° I'antiquité (des origines à la Novelle de Justinien de l'an 529) ; — 2° le moten-ace (du IX* au XYI*) ; — 3° de la Renaissance jusqu'à nos jours, La première période revêt un caractère métaphysique et moral ; la deuxième, logicjue et théologi((uo : la dernière présente surtout un caractère scientifique cl social.
importance intelJectuelle et, clans le temps, il occupa un espace de plus de douze siècles, ainsi réparti :
I" Philosophie anté-socratiquc, tle Tan 650 à 420 avant J.-C, dont le caractère est d'être cosmoloi^ique, c'est-à-dire une philosophie de la nature ;
II" Philosophie socratique, soit de Socrpte à la mort d'Aristote ^420 à 322 avant J.-C), qui est métaphysique et morale ;
UI- Période post-aristotçliqu? se prolongeant jusqu'à U suppression des époles philoiophicfue^ et à la fermeture de l'école d'Athènes par Jtjgtinien en 529, période caractérisée par une tendance neilemeiit morale ayant pour but la recherche dv* sQ\iverain bien. — l^xaminuns sonimairemcnt ces tiois points.