CHAPITRE I""^ PHILOSOPHIE ANTE-SOCRATIQUE
Dès l'origine les philosophes cherchent à découvrir la nature du monde : c'est l'étude de la cosmogonie. Dans leurs diverses propositions, on trouve nombre de doctrines qui, plus tard, se transforment en systèmes organisés. Avant Socrate se manifestent deux tendances auxquelles aboutissent deux genres d'écoles : 1° les écoles matérialistes ou atomistjques ou naturalistes ; 2° les écoles idéalistes ; )>•' la Sophistique.
Section l''^ Ecoles matérialistes ou naturalistes.
Parmi elles on compte V Ecole dynamique d'ionie et ['Ecole atomistique d'Abdère.
r Dans X Ecole dynaniique\2i source des choses remonte à un principe matériel unique, force élémentaire dont le développement et les transformations ont produit tous les êtres. Elle a eu pour interprètes Tha.les (639 ans avant J.-C.) dont les connaissances géométriques et astronomiques ont laissé des traces, — son disciple Anaximandre qui pose comme principe supérieur l'atmosphère infinie,— Anaximène qui indique l'air comme élément primordial de la connaissance et de l'activité de
Tâme. — Héraci.iti:, le plii^ leniarquable des philosophes Ioniens, pour qui le feu est le principe de tout, apothéose du devenir : « tout change, rien n'est, tout devient. »
2" Quant à Y Ecole atomistique dAhdère^ son caractère est le matéralisme mécanique : tout n'est qu'atomes matériels se combinant entre eux d'après les lois du mouvement, mais cependant elle admet que Tàme est composée d'atomes plus subtils. Leucippe et Démocrite en sont les principaux adeptes, auxquels on peut, par certains côtés, rattacher Anaxagore (500-428 avant J.-C), fondateur en 475 d'une école à Athènes, et qui l'emporte sur ses devanciers en proclamant l'existence d'une intelligence ordonnatrice du monde : par là, il ouvre la voie à Socrate. Il y a deux points à retenir dans la philosophie d'Anaxagore : explication mécanique du monde (chaque chose se compose d'une infinité de parties similaires, ou homœoméries, qui s'agrègent les unes aux autres par suite de leur similarité), — mais, si une intelligence supérieure et indépendante n'avait apporté un mouvement raisonné dans le chaos des éléments, tout resterait confondu dans un immobile chaos. Ce maître de Périclès et d'Euripide cultivait aussi avec succès l'astronomie et sut prédire les éclipses.
Section II Ecoles idéalistes.
A l'inverse des matérialistes, le caractère général des écoles idéalistes est de chercher au-dessus du monde sensible un principe qui l'explique.
1° C'est le nombre pour l'école idéaliste ou italique de Pythagore : les choses ne sont que des
nombres devenus sensibles et tout s'explique matbématiquement. La doctrine pythagoricienne, se rapproche de la cosmologie de Descartes. — Les principaux philosophes de cette école sont, avec Pythagore (Ô90 avant J.-C), Timée de Locres \\^ siècle avant J.-C), Archytas de Tarente i4'i0-360 avant J.-C), PHiLOLAds de Grotone i 450 avant J.-C.) et Lysis (vers 400 avant J.-C).
2" Pour Y école métaphysique ou idéaliste d' Klée . c'est une conception à priori d'une réalité une (tô h) et immuable, plénitude et perfection de l'être qui enferme en soi tout ce qui est. Ce cja'on nomme mouvement, changement, transformation n'est donc que pure apparence : en réalité, il n'y a ni devenir ni mourir, et seul existe Vétre immuable, in/ini^ éternel. Si opposée au naturalisme et ail matérialisme des écoles d'Abdcre et d'Ionie, cette doctrine n'est ni plus ni moins qu'un panthéisme idéaliste, dont on devra rapprocher le panthéisme de Spinoza. Les principaux fUéates sont Xénophane> philosophe et poète, fondateur de ce |;)anthéi9me (VP siècle avant J.=C), Parmé^ide (flolissait vers 504 avant J.-C)» Melinœ, moins connu. Zenon d'Elée (né vet'S l'an 503 avant J.-C), ardent partisan de Lunité absolue et resté célèbre par ses arguments contie la réalité du mouvement.
En résumé, deux grands groupes : Ecole des Naturalistes, Ecole des Idéalistes. La doctrine des f]léates était l'antithèse de celle d'Heraclite dont l'essence est que tout change, tout devient -avTa pH','); l'être, la permanence n'est qu'illusion. Le philosophe poète d'Agrigente, EMPÉnocLÈ (milieu du V* siècle avant J.-C), essaya de concilier Heraclite avec Parménide : il reconnaît quatre élé-
1 Coiif, la doctrine (l'TIéraclite avec celle de Hegel,
ments et deux causes ; un principe supérieur d^attraction et de répulsion (i'.A'ia xal v^Txo;) agrège ou désagrège ces éléments qui sont Teau, Tair, le feu, la terre. — Les philosophes d'Ionie avaient tenté de tout expliquer par un principe matériel unique ; les Atomistes, par une multitude tVéléments matériels ; les Eléates. par la pensée ,• les Pythagoriciens, j^ar le nombre. Mais, au-dessus de tous ces philosophes, plane Anaxagoue, auteur d'une véritable révolution quand il vint affirmer qu'une Intelligence a tout ordonné.
3*^ Du conflit do ces doctrines naquit un mélange subtil de faux principes et d'apparences de vérités : la Sophistique. Au début, les sophistes étaient des professeurs de sagesse recommandables par leur dignité et leur savoir; plus tard, la probité littéraire leur ht défaut : leur peu de souci du vrai et leur àprété ail gain amenèrent leur déconsidération. xVthéhes était principalement leur théâtre de combat mutuel. Les plus en vuedecé§ champions du vrai comme du faux sont à cette époque Gou- GiAS, orateur sophiste de Leontium qui tlorissait vel's 440 avant J.-C, et Photagohvs^ sophiste tlisciple de Démocrite, né à Abdère en 488 et mort en 420 avant J.-G.