III
Il naquit à Hieropolis (sous Néron, Domitien, Adrien et Mac-Aurèle). — Ce philosophe de morale éminemment pratique, comme Socrate, n'a rien écrit par lui-même. Son enseignement a été transmis sous le nom d'Eyy£ipiowv par son disciple Flavius Arrien', historien grec de Nicomédie au II* siècle. Le Manuel, qui se complète par les Entretiens, se résume en trois points :
' Né vers l'an 105 de J.-C. en Bythinie, il reçut le droit de cité par faveur impériale et prit à ce nioinent le nom de Flavius. Ses Entretiens d'Epictète reproduisent lidèlement la doctrine de son maître;
i" Théorie de la liberté ou devoirs de l'homme envers lui-même (i'idéal stoïcien d'Epictète consiste dans la possession de la liberté par la vertu, et c'est moins une volonté active que la faculté de juger) ; être libre, c'est comprendre, c'est-à-dire ne pas trouver d'obstacle devant son intelligence. Autrement dit, c'est « se confondre avec la volonté qui dirige tout, s'identifier avec la nécessité » . Comprends^ supporte et abstiens-toi^ tel est le pur idéal du sage dont rien ne viendra troubler V ataraxie\ Il est difficile d'arriver à cet idéal, mais il est possible d'y tendre : pour cela, il faut distinguer les choses de notre dépendance de celles qui n'en dépendent point, il faut apprendre à nous abstenir des biens que ne donne pas la fortune, et à supporter les maux qu'elle envoie. Parla, affranchissement des passions, des mouvements de la sensibilité et alors libre accès à la volonté raisonnable qui constitue notre vraie nature. Par conséquent chacun est maître de son bonheur.
2° Théorie de Vaniitié ou devoirs de l'homme envers autrui. Dans ses rapports avec les autres hommes, un des premiers devoirs du sage sera de conserver sa dignité. Tenir la tête haute, même en face des puissants. Cependant ce sentiment de la dignité doit être tempéré par V'amour de nos semblables, non pas comme union des volontés et des cœurs, mais des intelligences. Selon les Stoïciens, s'aimer c'est être en conformité d'idées (amour rationnel et presque impersonnel). Delà, les conséquences tant reprochées au stoïcisme.
3" Théorie du mal^ optimisme^ devoirs envers Dieu. En visant seulement à ce qui dépend de sa liberté, le sage stoïcien est aussi l'ami des dieux.
' Tranquillité de l'âme.
Il sait que la nécessité, expression de la volonté divine, est au fond de toutes choses : conséquemment il accueille tous les événements humains ou naturels avec pleine confiance. Il va même au devant du destin : agir autrement serait de l'impiété. Aucun mal en dehors de nous-mêmes ; c'est nous qui transformons les choses de la vie en bien ou en mal. Epictète disait textuellement : « Apporte ce que tu veux et j'en ferai un bien ; apporte la maladie, apporte la mort, apporte l'indigence : grâce à la baguette de Mercure, tout cela tournera à notre profit. » Aussi, d'après le philosophe, doit-on choisir entre un pessimisme impie et le stocïsme ; seule, la vertu peut fonder la religion ; la sagesse est piété par essence.
Critique. — Les maximes de ce curieux philosophe sont pleines de profondeur, souvent de vérité. Néanmoins sa morale stoïcienne, très élevée à certains égards, manque de base solide. En effet Epictète, et les stoïciens en général, n'ont pas saisi la véritable nature de la volonté et de la i>ei^tu ; la première n'est point une simple puissance contenijîlative, isolée, indifférente au résultat, elle s'accroît de l'exercice de ses propres forces, elle est essentiellement puissance active visant au mieux ; par déduction logique, la seconde n'est pas négative, elle ne saurait consister dans l'impassibilité stoïque. S' abstenir et supporter sont évidemment des vertus, mais ce ne sont pas la vertu dans son sens synthétique, dans son essence.
Ils n'ont pas compris davantage le véritable rôle de l'homme dans la nature ; ils prétendent qu'on doit s'incliner fatalement devant tout ce qui arrive ; autrement dit, ni désirer ni aspirer à mieux. Or, l'homme, supérieur à la nature, doit dompter la nature, en surprendre les secrets, tendre de
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tous ses efforts et travailler au progrès. — Ils n'ont point compris non plus le rôle de Vhomme dans lliumanité : le genre d'amour pour autrui, dont ils ont tracé les caractères, n'est qu'une forme de l'égoïsme ; et, pour les maux de l'humanité, les stoïciens n'ont qu'un remède, la patience. La divine charité n'existe pas encore.
Au-dessus de tout, il leur manque radicalement ce qui est incompatible avec l'ensemble de leur doctrine, et, sans cet élément suprême de vie, toute morale est sans fondement : l'immortalité de l'âme et la personnalité divine du Créateur des mondes. Ils sont sceptiques.
Section II Ecole néo-platonicienne d'Alexandrie.
Le stoïcisme avaitbrillé d'un certain éclat chez les Grecs et les Romains, avait même inspiré quelques âmes d'élite, mais ses lacunes et ses défauts avaient entraîné sa perte.
On arrive alors à une époque de transition où toutes les anciennes doctrines finissent par aboutir au septicisme d'.Enésidème, de Sextus Empiricus', et d'Agrippa'.
Dans les temps postérieurs à la réduction de la Grèce en province romaine, on retrouve la philosophie grecque réfugiée à Alexandrie, où elle tenta
' Médecin et philosophe grec de Mytilène, sur la fin du ii^ siècle de notre ère. il appartenait à la secte des médecins dits Empiriques. — .Enésidème. philosophe sceptique de Gnosse en Crète, vivait à Alexandrie à la fin du premier siècle avant J.-C. ; il renouvela le Syrrhénisme, reproduisit sous des formes plus rigoureuses les tropes (ou motifs de doute) des sceptiques et attaqua l'idée de cause.
- Cet Agrippa vivait au début du ii* siècle après J.-C. Il réduisit à cinq les raisons de doutes admises par .Enésidème.
un suprême effort qui ne put en amener une renaissance, en présence de Tapparition d'une philosophie nouvelle due au contact du christianisme. Ammonius Saccas\ au m" siècle, fut le fondateur de cette école d'Alexandrie et devint le maître de Plotin, d'Origène et de Longin. Son plus illustre représentant, Plotin (de Lycopolis dans la Haute Eo-ypte, 205-270) ouvrit à Rome sa fameuse école sous l'empereur Philippe. 11 considéra comme but de la philosophie l'union immédiate de l'ame humaine avec l'Être Divin, union à laquelle l'esprit parvient tant par l'extase que par la contemplation. Il eut pour successeurs ce Porphyre (nomme d'abord Malchus^ c'est-à-dire Roi en syriaque, 233-304), — lamblique (syrien, au iv" siècle), — Proclus\ dit Diadochus, c'est-à-dire successeur, poète et néoplatonicien mystique, né à Byzance (4!2-'i85), qui étudia sous Plutarque, fils de Nestorius, et sous Syrianus auquel il succéda dans la direction de l'école d'Athènes en 450, aussi verse dans les sciences que dans la théologie.
Des chaires avaient été fondées non-seulement
i Ammonus Saccas mourut vers 241 après J.-C Quoique né dans la pauvreté et qu'il eût été forcé de faire le métier de portefaix pour vivro (de là son surnom de Saccas ou Saccophore), il se livra avec ardeur et intelligence à la philosophie, il chercha à concilier les doctrines de Platon et d'Aristote. en y mêlant la science orientale ; il fut ainsi le fondateur de l'éclectisme néoplatonicien. Il n'a laissé aucun écrit, mais il eut pour disciples Longin, Origène et Plotin.
^ Ce nom de Malchus a été grécisé en Porphyrios. Ce philosophe étudia l'éloquence à Athènes sous Longin, et la philosophie a Rome sous Plotin dont il devint le disciple à partir de 1 an 2b.i.
^ Il exposait la doctrine de Platon d'après Plotin, Jamblique et Syrianus. mais en y associant des idées empruntées aux traditions orphvques et pythagoriciennes ; il chercha à relever le paganisme en l'interprétant par des explications allégoriques ou mythiques, et disait que le philosophe est le prêtre de la nature entière. Initie aux pratiques de la théurgie, il donnait, comme ses prédécesseurs, dans le mysticisme et plaçait l'extase au-dessus de la raison.
à Alexandrie, ville formant un centre intellectuel cosmopolite entre l'Europe, l'Asie et l'Egypte, mais encore à Athènes, à Rome, à Ephèse, à Pergame.
Gette école d'Alexandrie est essentiellement éclectique. Elle se propose en effet de concilier en une immense synthèse à la fois les théories péripatéticiennes, stoïciennes et principalement platoniciennes (de là le nom de néo-platonicienne) , avec les religions grecques et orientales, afin d'opposer ce bloc intellectuel et religieux au christianisme naissant, auquel elle n'hésite point à faire de multiples emprunts.
La métaphysique Plotinienne se réduit aux données suivantes :
Les Ennéades enseignent un panthéisme émanatiste envisageant le monde comme Vépanouissement de la vie divine, et sa résorption en Dieu comme le but final de l'existence humaine. Comme émanation, Plotin indique ainsi les phases successives de l'évolution divine qui constituent la hiérarchie des êtres ; 1° au sommet de l'être, se trouve VUn [xh £v), l'hypostase' supérieure renfermant en elle tout ce qui est, donnant naissance à tous les êtres par une nécessité de sa nature ; 2° il engendre d'abord V esprit ou verbe, siège des idées, types éternels des choses ; de V esprit émane à son tour VAnie universelle ; « 1'^/^, V Esprit, VAme forment les trois hypostases de la trinité alexandrine ; l'âme est le verbe et l'acte de l'esprit, comme celui-ci est le verbe et l'acte de VUn. » — 3" Enfin, dernière phase de l'évolution divine, VAnie devient le principe organisateur et vivifiant du monde visible ; d'elle émanent les esprits et les corps, qui en sont l'épanouissement temporel.
' Substance, personne.
Gomme résorption, Plotin enseigne que nul être, créé par Dieu, ne se sépare" de son principe. Bien au contraire, il tend à s'identifier avec lui en suivant les mêmes étapes dans une voie ascendante. La perception sensible, le raisonnement, les sciences, Y intuition mystique sont les divers degrés de cette résorption. Bref, cet éternel mouvement d'émanation et de résorption constitue la vie de l'être.
Trois caractères distinguent la philosophie Plotinienne : — Véclectisme, — le panthéisme, sous sa forme émanatiste tirée de l'Inde, — le mysticisme.
Sur le premier point, il faut observer qu'elle a pris sa trinité dans la Trinité chrétienne, dont elle diffère essentiellement parce que les trois hypostases de Plotin constituent trois essences distinctes et inégales, et qu'en somme cette trinité alexandrine n'est qu'une synthèse conçue des trois grandes philosophies grecques : VUn répond à V acte pur d'Aristote ; V Esprit, aux Idées de Platon ; VAnie, au 7tv3C!|j.a des Stoïciens.
Sur le deuxième point, doctrine indienne.
Sur le troisième, par suite de la dyade (dualité) du sujet et de l'objet, le terme de la dialectique plotinienne n'est pas encore la connaissance parfaite absolue : celle-ci est produite par Vextase, état surnaturel, mystique, de l'âme, oùçlle s'identifie avec l'objet connu. Plotin prétend y être parvenu deux ou trois fois en sa vie.
Cette philosophie est profonde et religieuse, mais il faut avouer son extrême subtilité et sa valeur peu scientifique. Son défaut majeur, c'est d'être trop abstraite, de confondre des entités avec les réalités, d'abuser d'hypothèses aventureuses sur l'infini, le parfait, l'absolu, et de les entrevoir comme des certitudes* Notre judicieux maître
Fouillée a dit justement : « Plotin décrit son Dieu et sa Trinité comme s'il avait habité le ciel... Ce nest plus de la science ou des hypothèses raisonnées, ce sont des rêveries mystiques, un poème de théologie orientale. Pour la nature de Chomme., Plotin n a pas une conscience assez claire de la volonté et de son autonomie. Par cela même Vidéal de l'amour vraiment libre demeure obscur. .. »
Telles sont les élucubrations de la philosophie alexandrine, étrange mélange mystique et platonicien. Sans entrer directement dans la lutte des écoles philosophiques, le christianisme ne met pas moins de vio-ueur à résister aux menées et aux attaques de ses détracteurs.
A la philosophie Alexandrine se rattache étroitement le Gnosticisme\
Les gnostiques sont des philosophes des trois premiers siècles, souvent juifs plutôt que gentils, parfois sortis du sein de l'Eglise chrétienne, hérésiarques ou hérétiques, qui tentèrent de fonder une doctrine religieuse et philosophique nouvelle en alliant les idées qu'ils tiraient des livres saints aux théories helléniques et orientales. Comme fond, la Gnose (que ses adeptes présentaient à l'égal d'une science plus ou moins mystérieuse et supérieure à la foi révélée) était la doctrine de l'Emanation et du retour au premier principe par la voie de la rédemption. Voici cette doctrine, en substance : Dieu., principe du bien, — la matière, principe du mal, existant en dehors de Dieu et sans procéder de lui ; — théorie des Éons ou esprits émanés de l'intelligence éternelle, puissances intermédiaires, dont le Verbe est la plus haute ; — les Ames humaines ne sont que des éons
' Du mot grec IvwdiÇTrz connaissance, notion, doctrine.
déchus, engagés dans des corps matériels. Sur ce fond philosophique, qui est composé de réminiscences de Philon-le-Juif (d'Alexandrie) et de Plotin, venaient se greffer des variations plus ou moins subtiles et notoirement arbitraires du dogme delà Rédemption.
Ces doctrines furent surtout répandues en Asie et en Egypte dans le premier siècle. On en trouve le germe dans Simon-le-Magicien, l'ancien disciple du thaumaturge Dosithée, dans Ménandrele-Samaritain , Pliilon-le-Jiiif . Cérinthe d'Antioche et autres extravagants sectaires. Elles furent successivement développées, au ii'= et au iii« siècles, par l'hérétique Marcion. de Sinope dans le Pont, chef des Marcionistes (dont la doctrine se rapproche du Manichéisme), par Cerdon de TAsie-Mineure, par Saturnin d'Antioche, par Carpocrate d'Alexandrie, qui niait la divinité du Sauveur et pratiquait la magie, par Valentin d'Alexandrie, par Bard3sane d'.Edesse, qui fut longtemps une gloire du christianisme mais devint Valentinien, par l'hérésiarque Basilide d'Alexandrie, le maître des Basilidiens, par Taiien syvwn, qui se convertit au christianisme.
Combattus à la fois par les Pères de l'Eglise snint Clément, Origène, Irénce. Théodoret, Epiphane. TertulUen. saint Augustin, — aussi bien que par des philosophes tels que Plotin, les gnostiques finirent par disparaître.
1 Ne l'an 30 avant J.-C, il Olail de la race sacerdotale des Juifs. Grand savant, il tut de son vivant surnommé le Platon juif. UépnW à Rome auprès de Caligula par les juifs pour demander en leur faveur le droit de cité romaine, il ne put l'obtenir. 11 a laisse do nombreux écrits.
Section III Pères de l'Eglise grecs et latins.
En face de l'école païenne, apparaît la Dîdascalée, école chrétienne illustrée par Origène, père de l'Eglise grecque (185-253), et S. Clément d'Alexandrie (docteur de l'Eglise au ii" siècle mort en 217). Ce berceau de la philosophie chrétienne devint pendant cinq siècles une influence considérable due aux plus hautes sommités parmi les Pères, et l'on ne peut méconnaître son importance dans l'orientation nouvelle de la pensée humaine. Grâce à la foi, elle assura le triomphe définitif de vérités fondamentales jusque-là confuses ou controversées : personnalité divine, création, acte libre de la puissance et bonté de Dieu, liberté de l'homme, sphitualité et immortalité de l'àme, origine du mal.
1° Au nombre des Pères Grecs, on trouve -S'. Athanase patriarche d'Alexandrie (296-376), S. Cyrille d'Alexandrie (mort en 454), S. Cyinlle de Jérusalem (315-389), S. Basile-le-Grand (329- 379), qui étudia les belles-lettres à Athènes avec Julien l'Apostat, S. Gréf^jire de Nazianze^ orateur et poète (328-389), *S. Grégoire d.eXijsse 1 330-41)0/ , S. Jean Chrysostome \-j en 407 1.
Il" Parmi les Pères Latins : TertuWen (160-245), docteur de l'Eglise né à Garthage, S. Hilaire (301- 367), évêque de Poitiers, S. Ambroise (340-397), S. Jérôme (331-420), et S. Augustin.
La philosophie de S. Augustin ' mérite une attention particulicie. Epris de bonne heure des théo-
^ AvBJXius AuGUST^^us, né à Tagaste en 354, avait un père païen et une mère chrétienne, sainte Monique. Il fut pendant neuf années
ries platoniciennes, Augustin fut entraîné par elles à se détacher du manichéisme, et sut plus tard les corriger et les applicjuer à Tinterprétation de la vérité. — En psychologie, il part de la conscience du moi qui pense et veut pour établir la certitude des connaissances : « Si non esses, falli omnino non posses. » Il est donc un précurseur du Co^^ito ergo sum de Descartes.
Pour Augustin, Yâme réunit trois facultés en une même substance, où il entrevoit comme une image de la Trinité ; tout en affirmant la spiritualité et Timmortalité de l'àme, il en rejette la préexistence. Mieux que Platon, il reconnaît Tintimité d'union de l'àme et du corps : « l'àme est tout entière dans chacun des molécules du corps. » Sur l'origine de l'àme, on le voit hésitant : il semble pencher vers l'erreur du tradiicianisme.
Quant à l origine des Idées, sans doute il écarte la réminiscence ; mais, séduit par la beauté du monde intelligible, il se montre cependant favorable à la conception platonicienne et paraît même incliner vers la théorie de la vue de la vérité en Dieu [ontologisme). Malgré ces apparences, sa conception comporte un sens strictement juste. On ne peut avoir ici-bas l'intuition directe de Dieu, mais il nous éclaire par l'intelligence qu'il nous a donnée, pur rayon de sa lumière divine, de même (pie p;ir les spectacles de la nature dont il nous a gratifié clans sa création.
Augustin est aussi un défenseur du libre arbitre : sur les rapports de l'intelligence et de la
Manichéen, fut conveili à Milan par saint Ambroisc en 386, élevé à l'épiscopat d'Hippone en 39'^ -}- 'iSO. — Il combattit vigoureusement les Donatistes, Manichéens, Pélagiens, Priscillianister, Arriens et les disciples d'Origène. — Ecrivain brillant par 1 imagination et la verve, ii n'est pourtant pas exempt des défauts de son époque et de sa nation Numide : aHectatiou, abus des antithèse», subtilité, certaine rudesse dans le style.
Volonté dans le domaine de la crdyaiice ; il propose une solution conciliante en repoussant un intellectualisme excessif et en accordant à la volonté un certain primat qu'il ne fait cependant ni exclusif ni universel.
Avec. son àmo de poète et de mystique, il se complaît dans la Théodicée, et c'est là qu'il brille d'un incomparable éclat. 11 n'est pas un philosophe avant lui qui n'ait mieux parlé de Dieu et de ses attributs qu'il résume par cette parole profonde : « Dieu est tout ce quil a », c'est-à-dire Vérité, Beauté et Bien. Le concept de la création, qui avait échappé tant au platonisme qu'au stoïcisme, est élucidé par Augustin non moins que le mal : il se garde d'expliquer le mal comme les manichéens Font fait illogiquement, car le mal n'est pas une propriété positive essentielle de la matière; c'est une chose négative, une i^rivation d'être, de beauté, de perfection, un manque d'ordre.
La Morale d'Augustin est élevée comme sa théodicée ; on peut la synthétiser dans sa propre pensée : « Seigneur, vous nous avez faits pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il se repose en vous'. »
Sa Cité de Dieu est une philosophie de l'histoire écrite à l'aurore du v" siècle : elle ins[)irera Bossuet, et même des écrivains tels que Vico et Herder qui ne reconnaîtront qu'à moitié le merveilleux livre de révê([ue d'IIippone, mort glorieusement dans le siège de cette ville par les Vandales.
L'œuvre d'Aui,''ustin |)repai'e ''elle de saint Anselme, de saint Thomaà et des hcolastiques.
' PJiilippc! <J(! Nesscjn, poèLu ilu iiioyeu-Agi; (dont on trouve l'œuvre manuscrite au musée de Cliaulilly), a magnifiquement exprimé en vers la même idée. Voir Revue de Savoie, tome i, Paris,
Section I\^ Précurseurs de la scolastique.
Du vi'" au ix" siècle, la philosophie est dans une époque de transition. L'invasion des liarbares est venue troubler l'Orcidcnt et les discussions théologiques agitent le inonde gréco-romain. Ou rencontre cependant c|uel(|ues philosophes méritant d'être cités comme les précurseurs de In scolastique.
BoECE (Amicius M. T. S.), philosophe, mathématicien, homme d'Etat, né à Home vers470-|- 52.'). Ce ministre de Théodoric-le-Grand traduisit plusieurs traités d'Aristote et se distingua par sa Consolatio philoaophica cjui sera plus tard commentée par saint Thomas.
Cassiodore (Aurèle), né en Italie (468-562). ministre également de Théodoric, lut philosophe, théologien et encyclopédiste. Il laissa un traité sur l'a me.
Isidore de Séville (570-636), évèque de cette ville. Chroniqueur érudit, philosoplie.
Bédé (le Vénérable), moine anglais (673-735), d'une immense érudition dont font loi ses œuvres publiées à Paris en 1544 et à Londres en 1845. Outre une Hi^t. Eccl. de l' Angleterre \u?,Q\n ^\\ 734, on a de lui un Manuel de dialectique qui devint une des bases de la scolastique.
Section V Philosophie du Moyen-Age.
Comme cette philosophie s'est développée dans les SchoUr fondées près des sièges épiscopaux et dans les monastères, elle a été surnommée Scq-
LASTiQUE. Elle se distingue par trois caractères : — soumission au dogme catholique (surtout à l'origine), — respect, même exagéré, de l'autorité des anciens, particulièrement d'Aristote, sur toutes matières non résolues par la foi religieuse, — usage de la méthode syllogistique qui, sur la fin de lascolastique,dégénéraenvérital)leformalisme. En général on a coutume de ramener l'histoire philosophique du moyen-âge à deux époques principales : 1° Philosophie scolastique proprement dite, — W' Philosophie de la Renaissance.
§ I Philosophie scolastique.
Elle se développe en trois périodes très distinctes : 1'* Période de formation, de l'an 800 à 1200, où la philosophie est Fides quœrens intellectum c'est-à-dire complètement subordonnée à la théologie, — 2'^ Période de son apogée, de l'an 1200 à 1300, c'est-à-dire alliance de la philosophie et de la théologie, — 3" Période de dissolution, de l'an 1300 à 1425, où la philosophie et la théologie non seulement se séparent, mais se combattent, lutte qui finit par aboutir au désarroi philosophique delà Pienaissance.