QuiNTiLiEN, Inst. or
seigiiements épars pour en faire la trame d'une véritable histoire.
Est-il besoin d'ajouter enfin que l'histoire des Grecs et des Romains est inséparable du reste de l'histoire ancienne, et spécialement de l'histoire des Égyptiens et des peuples de l'Orient? Au lieu d'histoire grecque et romaine, nous aurions pu dire aussi : l'histoire ancienne, avec la Grèce et Rome au centre.
La géographie est-elle une simple science auxiliaire de l'histoire? Est-elle une science à part? On tend de plus en plus à la développer dans ce dernier sens. En réunissant la géographie physique à la géographie politique, on obtient un ensemble bien plus disparate encore que la philologie, plus même que d'autres sciences de convention, comme l'anthropologie. En effet, presque toutes les sciences sont mises à contribution pour la géographie dans cette acception si étendue du mot : astronomie, géologie, physique, zoologie et botanique, ethnographie, linguistique, économie poUtique, histoire de tous les temps et de tous les peuples. 11 est permis de se demander si cette combinaison est très heureuse. Mais la question ne se pose pas pour nous. La géographie qui fait partie de la philologie ne touche que de très loin à l'astronomie, à la géologie, à la physique. Elle doit donner une vue d'ensemble du monde ancien, c'est-à-dire du théâtre de l'histoire ancienne. Elle ne peut passer sous silence, par conséquent, la forme des mers et des continents, qui est d'une si capitale importance
pour la civilisation, ni la nature du climat, des monts et des fleuves, ni la flore et la faune, qui ont une influence considérable sur l'imagination, et par conséquent sur les arts, y compris la poésie. Mais la principale tâche de la géographie dans la philologie concerne d'autres objets. Elle sera avant tout et essentiellement géographie politique et topographie. C'est par ce côté qu'elle se rattache directement à l'étude des textes.
La géographie devra être historique. Elle ne devra pas indiquer seulement pour un moment donné l'état des positions prises par chaque nation, les noms des lieux, la condition des villes. G3 travail sera à recommencer pour chaque époque. Il n'est même pas facile, pour cette raison, de distinguer absolument l'histoire de la géographie. L'histoire est, en partie du moins, la série des changements qui se sont produits en géographie.
De même que pour l'histoire, il va sans dire pour la géographie que les limites de la Grèce et de l'empire romain seraient beaucoup trop étroites. La géographie ancienne doit comprendre tout le monde connu des anciens. Elle sera seulement plus développée en ce qui concerne le domicile même des deux peuples classiques.
Nous disions que la géographie ancienne est en grande partie topographie. Gela est particulièrement vrai en ce qui concerne Athènes, et plus encore Rome. Athènes, à la vérité, n'est qu'une ville entre pUisieurs, et l'Attique un district entre plusieurs; le Péloponèse , la côte d'Asie , les îles , la La-
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conie, la Macédoine , ont été tour à tour et plus ou moins manifestement le centre de la Grèce. Athènes d'ailleurs n'était pas grande, et les événements de l'histoire qui se localisent pour ainsi dire sur certains points de la ville, si nombreux qu'ils soient, ne le sont pas autant qu'à Rome. Cependant Athènes occupe une place exceptionnelle dans l'histoire et dans la littérature. Il n'est pas possible , pour peu qu'on s'occupe des choses grecques, d'ignorer l'Agora, la Pnyx, le Céramique, l'Aréopage, le Lycabette, l'Ilissus, Sunium, le Pirée, et tant d'autres lieux à jamais illustres. Il est difficile, en étudiant les orateurs et les comiques, l'histoire, l'histoire littéraire, et surtout l'histoire de l'art, de ne pas chercher à s'orienter, d'après les monuments existants, au miUeu de tant de détails qui nous sont connus par les auteurs. Mais Rome n'est pas une ville, c'est la ville, et c'est pendant des siècles et incontestablement le centre du monde. Les autres cités d'Italie ne paraissent que pour être éclipsées par elle ou pour recevoir un reflet de sa grandeur. Rome est une très grande ville, avec une multitude de lieux auxquels se rattachent des traditions, que des événements importants ont illustrés. Enfin il n'est pas de grande ville antique sur laquelle nous possédions autant de renseignements et dont il reste autant de monuments; et cependant une série de controverses se sont élevées même sur des questions très importantes, comme par exemple la position respective de la citadelle et des temples sur le mont Capitolin. On comprend
donc qu'Athènes et Rome tiennent dans nos études une place exceptionnelle. La topographie de chacune de ces deux villes est devenue une véritable science spéciale.
De tontes les sciences philologiques, aucune peut-être ne porte plus clairement inscrite au front sa marque d'origine, que la science des institutions ou des antiquités grecques et romaines. Les antiquités ont été pendant longtemps, elles sont encore souvent, un simple recueil de notes, d'explications, mises dans un ordre plus ou moins systéma.tique, tout juste comme l'appendice composé par M. HomoUe pour le Tite-Live de M. Riemann, dont nous parlions l'autre jour.
Le titre d'antiquités paraît remonter à Varron, qui avait écrit un grand ouvrage, intitulé : Atitiquitatiim diuinajmm et liumanœ^um libri XLl. C'est là que l'ont pris sans doute les humanistes de la Renaissance, et depuis lors, il a été assez généralement usité jusque bien avant dans notre siècle. Ce n'est que depuis une vingtaine d'années qu'il est moins en faveur ; plusieurs, cependant, continuent à s'en servir; avec raison, à ce qu'il me semble, si c'est d'une des parties de la philologie qu'on veut parler.
Les matières comprises sous ce titre sont : la constitution politique et l'administration de l'État ;
l'organisation des finances, de la justice, de l'armée et de la marine ; l'industrie et le commerce ; la vie privée, habitation, vêtement, nourriture , édiiication, mariage, sépulture; enfin le culte des dieux. Les antiquités embrassent donc tout l'ensemble de l'existence des peuples anciens, à l'exception des lettres, des sciences, des beaux-arts, et de la langue.
L'intérêt dans lequel on s'est livré à l'étude des antiquités, et le point de vue auquel on s'est placé, n'ont pas été toujours les mêmes. Les anciens ont été guidés souvent par un intérêt pratique. Les collèges de magistrats et de prêtres avaient besoin de connaître les précédents pour se diriger euxmêmes dans leurs fonctions. D'autres sans doute étaient poussés par la curiosité, et chez des hommes tels que Varron, la curiosité à son tour était soutenue par le patriotisme. En Grèce, dès le temps des sophistes, le simple désir de connaître inspira des recherches qui sont appelées àpyaioXoyta déjà chez Platon. Depuis Aristote, cette étude fut mise au service de la philosophie ; les TroXixeTat de ce grand penseur étaient destinées à servir de base empirique à ses théories politiques. C'est dans un intérêt semblable que Dicéarque composa son fameux pioç 'EXXàooç, une véritable histoire de la civilisation. A l'époque alexandrine, et à Rome, dans les derniers siècles, les recherches de ce genre se rattachèrent plus spécialement à l'étude des auteurs. Il suffit de citer le commentaire de Scrvius sur Virgile, qui nous renseigne sur tant de
points de l'ancienne religion et des anciennes coutumes, et le dictionnaire d'Harpocration, Aéçeiç twv Béxa ^TiTÔpwv, qui est en grande partie destiné à expliquer les termes juridiques employés par les orateurs attiques.
Mais c'est surtout dans les temps modernes, au xvie et au xvu" siècle, que se multiplièrent les travaux sur les antiquités, entrepris dans l'intérêt philologique. C'est alors que furent composés ces doctes traités que Gronov a recueillis dans les treize in-folio de son Thésaurus antiquitatum graecaru7n, et Grsevius dans les douze de son Thésaurus antiquitatum romanarum. Les juristes tels que Gujas et Jacques Godefroy rendirent d'éminents services en ce qui concerne les institutions politiques et l'histoire du droit. Mais c'est aux philologues, aux Juste Lipse, aux Meursius, aux Scaliger, aux Saumaise, qu'incomba le plus gros de la tâche. Leurs travaux furent continués dans l'âge suivant, soit sous la forme érudite des investigations spéciales, aboutissant à des accumulations énormes de faits dans l'école hollandaise, soit sous une forme plus légère, critique et raisonneuse, dans les mémoires de notre Académie des inscriptions, populaire dans des ouvrages de vulgarisation tels que le voyage du jeune Anacharsis. Enfin, depuis Wolf, en Allemagne, les antiquités étant devenues l'un des départements de la philologie, on s'appliqua de plus en plus à y introduire un ordre systématique. Ainsi se dessinèrent plus nettement les différentes parties que nous avons
distinguées, les institutions politiques, la justice, les finances, l'armée, la marine, la vie privée, l'industrie et le commerce, le culte. C'est sur ce plan, plus ou moins apparent, que sont conçus les manuels les plus répandus, de G. F. Hermann, de Becker-Marquardt (aujourd'hui Mommsen-Marquardt), d'Iwan Millier, de M. Bouché-Leclercq. Bœckh, dans son encyclopédie, a cherché un ordre plus rationnel, sans raison suffisante, à ce qu'il me semble, et aussi sans grand profit.
Les institutions aussi bien que toutes choses humaines sont essentiellement vivantes, soumises à la loi du progrès et de la décadence. Quoiqu'elles paraissent représenter l'élément stable au milieu des événements de l'histoire et de la succession des individus, elles subissent des changements incessants. Les éphores de Sparte, à l'époque de la conquête romaine, ne sont pas ce qu'ils étaient après la guerre duPéloponèse; la questure est bien autre chose à la fin de la République qu'au commencement; Auguste n'est pas monarque comme le sera Dioctétien. Quant aux rapports qui existent entre les pouvoirs, sénat et peuple, par exemple, d'un même État, et à plus forte raison entre difTérentes catégories de citoyens, les changements sont si considérables, que l'histoire d'Athènes et de Rome consiste dans ces changements presque autant que dans l'extension de leur empire. De là naît une véritable difficulté, qui est de distinguer entre les institutions grecques et l'histoire grecque, entre les institutions romaines et l'histoire romaine.
Car en même temps que la science des institutions, dans notre siècle, devenait plus strictement historique, et accordait plus d'attention à l'évolution des institutions, l'histoire se contentait moins du récit des événements et attachait une plus grande importance aux institutions. C'est devenu une banalité aujourd'hui d'opposer à l'histoire des batailles l'histoire des institutions. On a compris que la vie d'un peuple n'est pas toute aux frontières, que la meilleure et la plus grosse part en est au contraire à l'intérieur ; que les progrès de l'administration, de l'industrie, du commerce, des sciences et des arts sont plus importants encore que les agrandissements du territoire et de l'influence internationale. Les historiens ont accordé en conséquence beaucoup plus d'attention qu'autrefois aux faits de cette espèce. Et c'est ainsi qu'histoire, histoire de la civilisation en particulier, et science des institutions, se sont tellement rapprochées, qu'on est embarrassé pour les discerner.
Pourtant, ce n'est pas impossible. D'abord, si vaste qu'on fasse le champ des institutions, celui de l'histoire le sera toujours davantage. L'histoire devra comprendre encore les sciences elles lettres, les beaux-arts, et toute l'histoire telle qu'on l'entendait autrefois, les guerres et les traités de paix, les atfaires diplomatiques, les vies des rois et des grands hommes, les pestes et les cataclysmes. Mais là aussi où la matière de l'une et de l'autre science est la même, il est possible d'établir une distinction suffisamment nette. Dans l'histoire, ce sont les
évéïiements qui occupent la première place. L'historien dira pourquoi, quand et comment une magistrature a été créée ou transformée, un rite nouveau introduit, une organisation militaire ou un système financier remplacé par un autre. A cette occasion, il expliquera en quoi consistent ces institutions nouvelles ou renouvelées. Mais ce ne sera pas son premier souci. C'est au contraire celui du philologue antiquaire. L'important, pour celui-ci, c'est la définition du tyran et de l'archonte, du flamine et du pontife; c'est de connaître les attributions et les fonctions, la compétence et les moyens d'action de chacun. Les événements qui ont produit ou modifié tout cela ne l'intéressent que par leurs effets. Il peut se passer à la rigueur de tout nom propre. C'est une abstraction qu'il cherche à saisir, tandis que l'historien va au concret de préférence. Enfin, pour l'antiquaire tout a son importance dans une institution. Il doit la connaître pour elle-même dans le dernier détail, car il n'est aucun trait si mince qui ne trouve son application dans l'étude des textes, et qui d'ailleurs ne serve à mieux faire comprendre le jeu d'une institution. Pour l'histoire, au contraire, chaque institution n'a d'intérêt que dans la mesure où elle agit sur la destinée même du peuple. Le mode de votation du sénat romain n'importe à l'histoire que si le résultat du vote a pu quelquefois en être affecté. Dans une étude sur le sénat faite au point de vue des antiquités, tout ce qu'on peut savoir sur le sujet doit être mis au jour, le mode de votation aussi bien que l'origine
du corps et sa compétence, parce que rintelligence d'un passage d'auteur peut dépendre de là, et parce que la science des antiquités est destinée à faire revivre à nos yeux tout dans l'existence des peuples antiques, non pas seulement les événements et leurs causes directes, mais aussi, et mèmepréférablement, les états durables. La différence est donc principalement dans la méthode, ou plus exactement dans le point de vue, et, par suite, dans les proportions, dans le plus ou moins de développement donné à telle ou telle face des mêmes sujets. Il y a entre les institutions grecques et celles de Rome une notable différence, qui tient à la diversité des deux peuples. En Grèce, pour bien faire, il faudrait parcourir le cycle de toutes les cités à propos de chaque catégorie d'institutions, politiques, judiciaires, religieuses. C'est le défaut de renseignements plus que toute autre considération qui fait qu'on se borne généralement aux deux grands États, Sparte et Athènes. Cependant on cherche autant qu'on peut à combler les immenses lacunes qui régnent dans notre connaissance des autres cités, et Ton commence à y réussir en quelque mesure, grâce surtout aux inscriptions. C'est fort heureux, car la Grèce étant ce qu'elle est, l'image qu'on en conçoit ne saurait être fidèle qu'à condition d'être multiple. Rome, au contraire, est une, ses institutions sont presque les seules de l'Ralie qu'il soit indispensable de connaître. Ses colonies mêmes et ses municipes ont reçu d'elle des constitutions relativement uniformes et modelées à son
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image. Ce n'est guère que racquisition des provinces qui fait naître une certaine variété. Mais cela est atlaire d'administration plutôt que d'institutions politiques ; et là encore l'uniformité finit par triompher. Dans le temps également, la diversité est peut-être plus grande du côté de la Grèce. A Rome, de la royauté à la république, de la république à la dyarchie et à la monarchie, la transformation ne me paraît pas être aussi profonde que celle de la Grèce des temps héroïques au grand siècle, et de là à l'époque alexandrine. Le monde homérique en particulier est un inonde à part. Il est vrai que nous connaissons assez bien l'âge héroïque grec, grâce à Homère, tandis que nous ne voyons la Rome du viii*= siècle avant Jésus-Christ que dans le miroir d'écrits bien postérieurs.
Parmi les institutions, celles qui tiennent le plus de place dans l'histoire, telle qu'on l'entend ordinairement, c'est-à-dire dans l'histoire essentiellement politique, ce sont les institutions politiques, auxquelles sont étroitement liées les institutions administratives et judiciaires. Dans l'histoire romaine en particulier on a senti de bonne heure l'immense importance des révolutions intérieures, puis aussi, quoique moins anciennement, celle des évolutions pacifiques. En outre, les institutions politiques de Rome ont bénéficié des travaux des juristes ; le droit romain, qui pendant des siècles a formé le centre de leurs études, est étroitement lié aux institutions politiques. Ce n'était pas trop, pour l'étude de ces dernières, des efforts combinés
des historiens, des philologues et des juristes. Malgré tant de science et tant de labeurs, on resta jusqu'à notre siècle sans se rendre compte de certaines vérités pour ainsi dire élémentaires, comme ce fait, par exemple, qui a échappé « à des publicistes tels que Montesquieu, à des économistes tels que Adam Smith, à des historiens tels que Gibbon », enfin au critique le plus clairvoyant avant Niebuhr, Louis de Beaufort, c'est que les lois agraires, présentées à différentes époques au peuple romain, n'avaient pas pour objet le partage des terres dans un esprit de communisme, mais la répression des empiétements des grands sur les domaines de l'État*. On a pourtant fini par ouvrir les yeux. On a fait de grands progrès dans l'intelligence des choses grecques et romaines, et l'on y est arrivé justement par la combinaison des méthodes juridique et philologique. Tirez-en cette leçon, Messieurs, qu'il n'est pas de meilleur complément à nos études que la connaissance du droit romain ; profitez de l'occasion qui vous est offerte ici, tout à côté de nous, de vous assurer ce précieux secours. Ce qui ne veut pas dire qu'on n'ait pas été bien inspiré en attribuant cet enseignement dans la Faculté des lettres à la chaire d'histoire. On ne pouvait mieux faire, indépendamment même de la science et du talent du professeur. Quand le philologue et le juriste auront donné tout
1. J. Bernays, Gesammelte Abhandhmgen, Berlin, 1885, II, p. 2i»3.
ce qu'ils peuvent donner, et se seront élevés à la plus grande hauteur de leur science, leur plus grande ambition et leur plus grand mérite sera d'avoir fait œuvre d'historien.
Est-il nécessaire de montrer séparément à propos de chacun de ces chapitres, institutions politiques, administratives, judiciaires, l'importance qu'il y a à les bien connaître, soit pour lire les auteurs avec une entière intelligence, soit pour se faire de l'antiquité une idée exacte et complète? N'est-il pas clair que ni les harangues d'Agamemnon devant les Grecs assemblés, ni celles que Déraosthène adresse au peuple athénien, ni celles que Gicéron prononce dans le sein du Sénat, ne se comprennent pleinement, si l'on ne sait quelle est la position de ces orateurs vis-à-vis de leurs auditoires, quelle est la dignité du pacriXsuç chez Homère, "quel est le pouvoir du Q7^ao^ à Athènes, quelle est la compétence du sénat à Rome? Gomment suivre dans les historiens le récit des querelles entre les États grecs, de l'établissement de l'hégémonie athénienne, comment se rendre compte à Rome de ce que fut l'œuvre de Gésar ou celle d'Auguste, que nous rencontrons partout chez les écrivains de tout genre ; comment saisir le trait dans mille passages d'Aristophane, si l'on n'est au courant de toute la vie publique, droit international et droit public, droits et devoirs de chaque citoyen? Gomment comprendre enfin les discours contre Verres, et pour Fonteius ou Flaccus, sans connaître l'administration des provinces, et n'importe quel plaidoyer des grands orateurs grecs
et latins sans être informé de l'organisation judiciaire? En expliquant à vos élèves lepro Milone ou le p7^o Archia, à propos des termes juridiques dont se servent Plante et Horace, vous aurez à leur donner bien des notions sur le jury à Rome, sur le rôle que joue le préteur dans les procès, sur les avocats, sur la procédure. Ces notions ne seront exactes et intéressantes que si vous avez une certaine connaissance de l'ensemble de l'organisation judiciaire. Eûfin on ne voit pas vivre vraiment ces hommes toujours occupés des affaires publiques, on ne se représente pas leur existence dans sa réalité précise, si l'on ne sait quelle part chacun avait au gouvernement de la cité et comment celuici s'exerçait ; quels étaient les services à rendre à l'État et quels services on en recevait; enfin quel était le rôle que les citoyens étaient appelés de temps en temps à jouer dans les tribunaux, et comment la foule des auditeurs qui s'y pressait y passait son temps. Car il y a loin de l'attention que nous prêtons aux affaires judiciaires, même en tenant compte de la curiosité morbide que la presse sait éveiller pour certaines causes, à l'assiduité avec laquelle le public athénien et romain suivait les audiences. La raison en est, pour telles périodes, la fréquence des grands procès politiques ; pour telles autres, comme le premier siècle de l'Empire, à Rome, Tabsence d'autres débats publics; pour toutes, l'amour passionné de l'éloquence.
L'intérêt que présentent les questions financières est peut-être moins apparent ; il n'est pas moins
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réel. Saus doute, ou peut lire uu très grand nombre des ouvrages écrits en grec ou en latin sans rencontrer ces questions sur son chemin. Gela est si vrai, qu'une grande partie de ce qu'on sait de l'administration tînancière, chez les Grecs surtout, n'est connu que par des inscriptions; c'est des inscriptions principalement que sont tirées les données du grand ouvrage de Bœckh sur l'administration financière des Athéniens. Pourtant, bien des passages d'auteurs, un fait aussi capital pour l'histoire littéraire que la chorégie, le rôle que jouent à Rome les grandes compagnies de publicains, ne se comprennent que si l'on sait comment se levaient les impôts, comment les charges de l'État étaient réparties, et quel emploi on faisait des deniers publics. Enfin, ces questions sont si intimement liées à celles de l'administration, qu'on se ferait de celleci une idée très incomplète tant qu'on ignorerait celles-là. L'administration des provinces romaines sous la République, qui n'a été souvent qu'une exploitation, qu'y verrait-on, en laissant de côté les questions d'argent? Et la confédération des États grecs sous l'hégémonie athénienne, la conçoit-on sans les tributs qui en forment le ciment, en même temps qu'ils donnent à Athènes l'opulence et la puissance, au détriment de ses alliés? Une fois d'ailleurs qu'on veut se faire une idée vraie de la vie antique, il faut se rendre compte que, si artistes, si poètes, si philosophes que fussent les Grecs, ils ne vivaient pas dans les nuages, loin de là ; il faut voir les Romains appliquer leurs aptitudes pratiques,
leur habileté mercantile à l'administration des revenus de l'État.
Quant à l'organisation militaire, chacun voit tout de suite qu'il faut la connaître pour lire avec fruit les auteurs les plus véritablement classiques. Sans parler des traces que portent la langue même et la littérature, dans les métaphores et les allusions de toute sorte, des préoccupations militaires chez les Romains, maritimes chez les Grecs, les principaux historiens, Xénophon et César, Thucydide et Tite- Live, avec leurs récits de guerres presque continuels, emploient tant de termes relatifs aux armes et aux armées, que l'on est obligé, à tout moment, en les étudiant, d'entrer dans quelques explications sur ces sujets. Aussi, c'est en cette matière d'abord que certaines éditions classiques, pour éviter la répétition trop fréquente des mêmes notes, ont réuni en de petits traités les renseignements nécessaires. Il faut, cela va sans dire, des ouvrages plus généraux et plus développés. Xénophon et César ne représentent chacun qu'une seule époque de l'art de la guerre, et une seule sorte de guerre. Il y a eu des variations con>idérables, soit en Grèce, où il faut compter, à ce propos aussi, avec la multiplicité des États, soit à Rome, où nous voyons se produire une transformation profonde, celle d'une milice, formée de la bourgeoisie d'une ville, en une grande armée permanente, qui finit par se recruter entièrement en dehors non seulement de Rome, mais même de l'Italie.
Avec l'armée de terre, on étudiera la marine,
très importante surtout à Athènes, mais qui tient une certaine place aussi dans l'État romain, pendant les derniers temps de la République et sous l'Empire. Le domaine des antiquités militaires s'étend ainsi considérablement et comprend certaines questions techniques très difficiles, comme la construction des navires de guerre, sur laquelle les antiquaires n'ont encore réussi à se mettre d'accord ni entre eux, ni avec les marins, qui euxmêmes se contredisent.
Toutes les institutions dont nous avons parlé jusqu'ici sont des institutions de l'État. Gomme telles, on peut les réunir et on les a réunies souvent, en un groupe spécial, sous le titre d'institutions politiques, ou d'antiquités de la vie publique. Restent la vie privée des anciens et le culte, qui est à la fois affaire d'État et affaire des particuliers, que nous ferons bien d'ailleurs de mettre à part, parce qu'il est intimement lié à la religion, à la mythologie, aux beaux-arts, en sorte qu'il servira de transition à l'archéologie.
La vie privée des anciens, au point de vue où nous nous plaçons, n'est guère moins importante à connaître que la vie publique. Pour l'histoire générale même, il n'est pas beaucoup plus essentiel de savoir comment s'exerçait le pouvoir d'un magistrat, ou quels étaient les impôts d'une province, que d'apprendre quelle éducation recevait le futur archonte ou préteur, par quels moyens le provincial gagnait l'argent que venait lui réclamer le publicain. Pour nous, bien des faits moindres que
ceux-là ont encore leur importance. Gomment se vêtaient, comment se coitTaient les femmes? Quels étaient les meubles d'un appartement bourgeois ? Comment indiquait-on l'heure ? Quels vins étaient recherchés '? Que] aspect avait un exemplaire de riliade ou de TÉnéide'? A quoi s'amusaient les enfants ?
De toutes les parties de la philologie, c'est peut-être celle-ci dont on s'est le moins occupé dans l'antiquité même, par cette simple raison qu'on n'avait pas besoin de faire revivre ce qui vivait encore. Pourtant, bon nombre de ces antiquités étaient déjà des antiquités pour les Grecs et les Romains des derniers siècles et ont donné lieu à des collections d'observations fort utiles pour nous. L'Onomasticon de PoUux et le De compendiosa doctrlna de Nonius, pour expliquer des noms de vêtements qui n'étaient plus usités à leur époque, définissent les objets avec plus ou moins d'exactitude. Mais il restait beaucoup à faire. Dès l'époque de la Renaissance, et surtout depuis le xvi"^ siècle, on chercha à combler une si grande lacune. Le vêtement, le mobilier, les habitations des anciens, leurs usages domestiques, formèrent l'objet de recherches dont les résultats furent consignés, soit dans de savants traités, souvent un peu secs, soit aussi, depuis le fameux Voyage du jeune Anacha7^sis, dans des livres écrits avec agrément, et où les descriptions des objets et des usages sont amenées par un récit plus ou moins romanesque.
Ces artifices d'exposition, malgré certains incon-
vénients inhérents au genre, peuvent se justifier, et ont été employés dans des ouvrages d'une vraie valeur, comme celui que je viens de nommer, comme le ChariMes et le GaUus, de Becker. Mais il est une manière de traiter ces questions, en s'attachant de préférence aux détails curieux, piquants ou pittoresques, aux usages qui contrastent avec les nôtres, aux traits anecdotiques, qui doit être considérée comme bonne tout au plus pour des ouvrages de vulgarisation. La science sérieuse se place à un autre point de vue. Il s'agit pour elle, nous l'avons dit, d'une reconstitution de la vie antique tout entière, sous toutes ses faces, attrayantes par elles-mêmes ou non, peu importe, pourvu qu'elles contribuent à rendre plus exacte l'image totale. On accordera donc l'attention qu'ils méritent au commerce et à l'industrie, aux arts et métiers, à l'agriculture ; en un mot, à toute cette activité livrée à l'initiative privée, qui ne fait pas beaucoup parler d'elle, mais qui forme le fond de l'existence de toute nation. Laisser dans l'ombre ce côté de la vie antique, ce serait en ignorer volontairement une part importante ; ce serait s'en faire une idée incomplète, et par conséquent inexacte. Figurez-vous qu'on ne nous connût, dans deux mille ans, que par des drames, des poésies, des livres d'histoire et de sciences, des recueils de discours, sans les journaux, sans les publications officielles sur les douanes et le mouvement du commerce, sans la plupart des ouvrages purement techniques, et sans des restes appréciables de nos
instruments, de nos machines, de nos usines ; car tout cela disparaît bien plus complètement, avec le temps, que les créations des beaux-arts ; supposez en un mot qu'on ne nous connût que par la littérature, dans le sens restreint qu'on donne ordinairement à ce mot et par des œuvres d'art : quelle idée'se ferait-on de notre vie? Quelle place y tiendraient les affaires, la bourse, les chemins de fer, les grèves, l'émigration, les blés et les vins, en un mot, tout ce qui intéresse et occupe la majorité des hommes ?
Cette comparaison peut nous faire comprendre aussi une des grandes difficultés que l'étude de l'antiquité rencontre dans ce domaine : le manque, ou du moins l'insuffisance d'informations authentiques. Les objets qui nous donneraient une idée des procédés industriels, je veux dire les instruments de fabrication et les écrits qui s'y rapportaient, ont disparu. Il faut juger l'industrie d'après les rares produits qui s'en sont conservés, et par ceux dont nous parlent les auteurs anciens ; le commerce, d'après le peu qui nous en est rapporté directement, et par certaines inférences, parfois très indirectes, comme celles que le Monte Testaccio, cette accumulation énorme de fragments d'urnes et de cruches près de Rome, nous permet de former sur le commerce des vins et des huiles dans cette ville.
Outre l'agriculture, l'industrie, le commerce, voici les sujets très variés qui seront compris sous ce titre d'antiquités privées. C'est d'abord l'habita-
tion, non pas tant an point de vue architectural, ce sera l'affaire de l'archéologie, qu'au point de vue de raménagement et des arrangements domestiques, et de l'inllucnce qu'ils ont sur la façon de vivre. Rien qu'à parcourir les ruines d'une maison de Pompéi, on voit aussitôt qu'il n'était pas possible d'y vivre à notre manière, de même qu'il n'eût pas été possible aux Pompéiens de mener leur genre de vie dans des appartements tels que les nôtres. Puis le vêtoment, la nourriture, qui diffèrent beaucoup des nôtres ; les bains, les exercices du corps, qui tenaient une si grande place dans la vie de chacun ; songez aux milliers de baigneurs que pouvaient recevoir en une journée les thermes de la ville de Rome ! Le mariage, non pas au point de vue de ses conséquences légales, c'est affaire des institutions publiques, mais au point de vue des solennités qui en entourent la célébration ; car, contrairement au préjugé si répandu d'après lequel l'État ancien aurait empiété sur la vie privée plus que l'État moderne, aucun officier de l'état civil n'avait à intervenir dans la conclusion du mariage, ni, en ce qui concerne l'immense majorité des cas, aucun prêtre. La vie de famille, c'est-à-dire les rapports entre époux, parents et enfants, maîtres et esclaves, entre la famille et les amis, les clients et les hôtes. L'éducation des enfants, y compris la reconnaissance du nouveau-né et son appellation. Les jeux enfantins et l'instruction de la jeunesse, elle, aussi abandonnée, sauf quelques exceptions, à la famille, sans intervention de l'Etat. La maladie, avec l'exer-
cice de la médecine, affaire privée également, car presque jamais l'État ancien, ce prétendu despote absorbant toutes les fonctions et s'ingérant dans toutes les affaires, n'a limité, ni fait dépendre de diplômes ou de patentes, la puissancia medicandi, purgandi, saignandi, coupandi et occidendi impune per totam terram. Enfin, la mort, et Tensevelissement, avec ses usages et ses cérémonies si différents des nôtres.
Il n'est pas besoin de démontrer longuement combien il importe de connaître les institutions religieuses et les croyances religieuses sur lesquelles elles reposent, soit pour bien comprendre les textes où la religion revient si souvent sous ditTérentes formes, soit pour se faire une idée juste et complète de la vie des anciens. On sait quelle place la religion y tient, et aussi combien leurs religions sont différentes de celles que nous voyons autour de nous. La vie des Grecs, et plus encore celle des Romains, était envahie par les pratiques religieuses, dont toute autre action, pour ainsi dire, était accompagnée. Toute association , grâce au patronage d'une divinité sous lequel on la mettait, prenait un caractère religieux ; si bien qu'un écrivain contemporain de grand talent, mais malheureusement dominé par l'esprit de système, a pu soutenir ce paradoxe étrange que la religion aurait donné naissance aux associations même les plus naturelles, telles que le mariage. L'individu avait ses dieux, la famille les siens, l'État d'autres encore. Mais cette religion était toute en pratiques; elle n'a pas de
dogmes; elle n'implique que des croyances très peu développées. Chez les Grecs* seulement, elle a produit, dans une mythologie exubérante, des idées, mais des idées qui ne s'adressaient primitivement qu'à l'imagination, et non à l'intelligence, ni à la conscience. L'alliance entre la morale et la religion est postérieure. Les rites même qui ont une valeur morale n'apparaissent qu'avec le temps, et sont, en grande partie, d'importation étrangère, à Rome plus encore que chez les Grecs.
Si les institutions et les croyances religieuses, le culte et la mythologie sont étroitement liés, puisque tout culte est rendu à un dieu, et que la croyance religieuse, c'est justement l'idée qu'on se fait de ce dieu et de son action, il est pourtant fort possible de traiter séparément chacune de ces matières, et, dans une certaine mesure, c'est préférable.
Les institutions religieuses ont été très anciennement l'objet, sinon d'une science, du moins d'une tradition, et plus tard, quand la curiosité des antiquaires fut éveillée, de recherches relatives à leur origine et à leur signification. Varron avait composé un vaste ouvrage sur les antiquités divines, comme il les appelait. Dans les temps modernes aussi on s'est beaucoup appliqué à recueillir ce que nous pouvons savoir sur les cultes anciens. Mais ce n'est que dans ce siècle que le sens historique s'est assez développé, et que les préjugés religieux ou antireligieux ont assez fait place à une vue plus haute des choses, pour qu'on ait pu vraiment com-
prendre les religions anciennes. En même temps la connaissance s'en est fort étendue, grâce surtout à la découverte et au décliilTrement de nombreuses inscriptions.
La division du sujet la plus naturelle, peut-être, est encore celle de Varron, les lieux, les temps, les personnes et les actes. Les lieux, c'est-à-dire les temples, les sanctuaires de toute sorte, les autels. Les temps, c'est-à-dire les fêtes et, en général, toutes les circonstances où quelque acte du culte doit s'accomplir. Ce sera l'occasion, pour la Grèce, de parler des grandes fêtes nationales, à Olympie, à Némée, à l'Isthme, et des fêtes particulières à chaque État, Panathénées, Dionysies; pour Rome, de reconstituer tout ce calendrier sacré qu'on appelait les fastes, et dont presque tous les jours sont marqués par quelque solennité, plusieurs par de grands jeux publics, comme les liidi Romani, Apollinares, etc. Les personnes, c'est-à-dire les prêtres et les prêtrises, les collèges sacerdotaux avec leurs privilèges et leurs insignes, leur caractère pour ainsi dire laïque, qui les distingue si profondément de ce que nous voyons presque partout ailleurs et autour de nous-mêmes ; ministres du culte de tout ordre, devins, sibylles, pythies. Les actes enfin, c'est-à-dire la prière, l'offrande, le sacrifice, les purifications et lustrations, la divination, les mystères.
On distinguera, en outre, les cultes privés et les cu'tes publics ; les cultes obligatoires et les cultes facultatifs; les cultes nationaux enfin et les cultes
étrangers, dont quelques-uns sont devenus officiels, d'autres ont été reconnus ou du moins tolérés, d'autres enfin proscrits et persécutés. Ce sera le lieu aussi de traiter les antiquités scéniques, puisque les jeux scéniques font partie du culte. Les antiquités scéniques touchent de près à Thistoire de la littérature et à celle de l'architecture. Mais il y aura assez à faire, en dehors de ces deux sciences, et avec leur secours, pour connaître l'organisation des jeux et l'exécution dramatique; les fêtes où ils avaient lieu, les fonctions du chorège, du poète, des acteurs et du chœur ; la représentation, les costumes, les machines, les décors, la musique; enfin les spectateurs.
La mythologie a été peut-être plus tôt que la science des institutions religieuses une science philologique, c'est-à-dire rattachée à l'étude des monuments littéraires. Déjà à Alexandrie, elle fut fort cultivée, à propos justement de cette explication des poètes, qui était une des fonctions essentielles des grammatici. Les dieux des Grecs étaient si nombreux, leurs noms et leurs attributs si variés, leurs aventures si compliquées, que l'on en rencontrait souvent, chez les poètes anciens surtout, de plus ou moins inconnus, et il fallait alors aller aux informations. Les notices ainsi recueillies sur chacun furent réunies et formèrent de véritables traités de mythologie, dont nous avons encore quelques spécimens, comme la Bibliothèque d'Apollodore. Une autre circonstance qui encourageait les travaux de cette nature, c'est qu'ils trou-
valent une application pratique dans la composition poétique du temps, à qui la mythologie fournissait des ornements. C'est ce besoin que le petit recueil mythologique de Parthénius était destiné à satisfaire chez le poète Cornélius Gallus.
Dans les temps modernes, on ne fit guère d'abord qu'assembler les mythes relatifs à chaque divinité et les mettre dans un ordre systématique, généalogique ou autre. Puis, imitant l'exemple donné par l'antiquité elle-même, on y chercha une signification allégorique. Enfin, depuis la fin du siècle dernier, la mythologie est devenue un vrai champ de bataille des opinions les plus diverses; les uns, comme Creuzer, croyant y trouver l'expression symbolique d'une antique et profonde sagesse ; d'autres, au contraire, comme J. H. Voss, n'y voyant qu'un jeu de l'imagination poétique des temps primitifs, auquel les anciens eux-mêmes auraient prêté dans la suite seulement un sens plus profond; d'autres encore, comme Otfried MùUer et Welcker, appliquant à l'étude de la mythologie une plus stricte méthode historique, Eugène Burnouf et Adalbert Kuhn la méthode comparative ; Max Millier, partant de là pour faire de toute la mythologie une sorte de maladie du langage; les derniers venus au contraire des mythologistes, qui sont en général aussi des folk-loristes, repoussant la méthode comparative, niant la plupart des ressemblances entre les religions indo-européennes ou les expliquant soit par des emprunts, soit par la similitude des conditions dans lesquelles ces religions sont nées.
Quelque position qu'on prenne dans ces questions méthodologiques, dont on ne saurait exagérer l'intérêt, il y a, pour le philologue, une étude qui s'impose, c'est celle des faits; et par les faits, j'entends les croyances, les traditions, les récits mythologiques, tels qu'ils circulaient dans le peuple, et aussi tels que les présentent, souvent modifiés à leur gré et même très librement transformés, les écrivains et parliculièrement les poètes. Cette connaissance est nécessaire pour l'intelligence des textes, qui renferment tant de noms et d'allusions mythologiques. Elle n'est pas moins indispensable pour nous donner une idée exacte de la vie morale, intellectuelle et religieuse des peuples anciens.
Le culte et la mythologie ne sont que deux des éléments de la religion ; ce ne sont que des manifestations de ce qui, au fond, en est l'essentiel, le sentiment religieux. L'histoire du sentiment religieux chez les anciens, voilà dans ce domaine le but peut-être le plus important, mais aussi le plus difficile à atteindre. Le sentiment religieux tient une si grande et si haute place dans la vie des hommes, il exerce une telle influence sur tout le reste, qu'on ne connaît vraiment une nation, une époque, que si on sait de quelle nature y est et quelle force y aie sentiment religieux. D'autre part, rien n'est plus difficile à saisir, parce que c'est un sentiment intime, dont on ne perçoit directement que les manifestations, et dont les manifestations sont si diverses, que souvent elles déroutent l'observateur plus qu'elles ne l'éclairent. Il faut une
finesse de perception et d'analyse, une aptitude à se dépouiller de soi-même et à pénétrer dans l'esprit des autres, une sensibilité et une fermeté de jugement bien rares, pour découvrir ce sentiment partout où il est, et le reconnaître pour ce qu'il est. Mais si grande que soit la difficulté de la tâche, nous ne pouvons nous y soustraire.
En même temps, nous aurons à examiner dans quelle mesure la religion a agi sur les autres sentiments et sur les mœurs, sur l'art, sur les lettres; dans quel rapport elle se trouve avec la philosophie, avec les sciences ; enfin quels furent les conflits entre différentes religions, et particulièrement comment se prépara et comment s'accomplit le plus grand sans nulle comparaison de ces conflits, celui qui se termina par la défaite des religions classiques et l'avènement de la religion nouvelle, de cette religion barbare, comme l'aurait appelée un contemporain de Périclès, exitiaMlis supe)^stitio, comme la nomme Tacite.
Il nous reste à voir ce que nous ferons de quelques sciences particulières, dont deux sont généralemeût considérées comme sciences auxiliaires de l'histoire, et que les philologues placent en différents lieux, les traitant, soit comme parties, soit comme appendices d'une des sciences que nous avons passées en revue. Je veux parler de la chro-
noloo^ie, de la numismatique et de la métrologie. 11 ne me semble pas nécessaire, en philologie, qu'aucune de ces trois sciences subsiste comme telle. Chacune peut former un chapitre d'une ou de plusieurs autres.
La chronologie est une des sciences les plus ardues, parce qu'elle exige la réunion très rare de connaissances fort diverses, mathématiques, astronomie, histoire, antiquités civiles et sacrées, et que les faits sur lesquels s'appuie la chronologie grecque et romaine sont très compliqués, les témoignages en grande partie fragmentaires. Aussi elle est pleine d'incertitudes de toute sorte, quoique les plus savants et les plus habiles parmi les philologues s'y soient appliqués. L'objet de la chronologie, c'est la manière de mesurer et de compter le temps, les heures, les jours, les semaines et les nondines, puis les saisons, là n'est pas la difficulté, ni surtout l'importance ; mais les mois, les années, les cycles et les ères, voilà les problèmes épineux. Quand et comment a-t-on essayé de mettre d'accord le mois, période lunaire, avec l'année, période solaire ? Quels cycles, c'est-à-dire quelles périodes au bout desquelles la fin d'année solaire était censée coïncider avec la fin d'année lunaire, a-t-on employés pour cela, successivement ou simultanément? Gomment opérait-on les intercalations de jours ou de mois ? De quelle durée était l'année ? A quelle date commençait l'année civile, à quelle date Tannée religieuse? Quels sont les points de départ des différentes ères, où et pendant combien de
temps ont-elles été en usage? A quelles époques le calendrier a-t-il été réformé ? En quoi ont consisté ces réformes? Enfin comment faut-il rapporter les événements à ces différents moyens de les dater? Vous voyez qu'il y a là, en l'absence de beaucoup de renseignements positifs, ample occasion à hypothèses.
Mais il faut bien le dire, la plupart de ces problèmes ne sont pas de ceux que tout philologue soit obligé d'aborder. Sans doute, si l'on s'occupe d'un problème historique, et que celui-ci se complique d'un problème chronologique, il est désirable qu'on sache se tirer de difficulté. Mais il n'arrivera pas bien souvent que la solution de ces problèmes exige des connaissances très spéciales, et comme dans ce cas beaucoup de philologues ne sauront pas assez de mathématiques et d'astronomie pour aller jusqu'au dernier fond des questions, ils seront obligés de recourir quand même aux bons offices d'un confrère. Mais ce que tout philologue doit apprendre dans la chronologie, c'est le calendrier ancien, et en général la manière de dater des anciens. En lisant les historiens, il faut savoir traduire les dates qu'ils donnent en dates à notre façon. En s'occupant d'histoire, ou d'histoire littéraire, il faut savoir déterminer la date des événements d'après les indications des textes anciens. En somme jdonc, il faut connaître les calendriers anciens et les différentes manières de compter les années. Or, chez les anciens ces deux choses tiennent aux institutions religieuses ; c'est à propos
de celles-ci que le philologue pourra acquérir les notions de chronologie qui lui sont indispensables. La numismatique est la science des monnaies et médailles. Science très intéressante, très utile, mais qui manque d'unité. En effet, le simple fait que son objet est la monnaie, n'est pas un principe d'unité suffisant. Ce n'est qu'une unité fortuite ; la numismatique est une science de convention. La monnaie peut être considérée à trois ou quatre points de vue différents (il faut retrancher le troisième pour les médailles), et à chacun de ces points de vue elle forme Tobjet d'une science différente. La monnaie est une œuvre d'art, une sorte de sculpture, et à ce point de vue l'archéologie la réclame. L'histoire du bas-relief serait incomplète si l'on passait sous silence les empreintes, et spécialement les innombrables portraits, qui se trouvent sur les monnaies. En second lieu, la monnaie, par sa légende, qui est une inscription, ressortit de l'épigraphie. En troisième lieu, la monnaie est un moyen d'échange garanti par l'État ; le monnayage est donc une institution pubUque ; c'est dans les institutions qu'il y a lieu de traiter de la monnaie en tant que monnaie. Enfin, les monnaies et médailles sont des documents historiques de haute importance, puisqu'elles attestent de la façon la plus authentique certains faits historiques, comme le règne du prince dont elles portent l'effigie, et son nom ; ou encore les relations qui ont existé entre leur pays d'origine et le pays où on les trouve. C'est pour cette raison surtout que la numisma-
tique est classée parmi les sciences auxiliaires de l'histoire. Mais si Ton en distrait tout ce que nous venons d'attribuer à l'archéologie, à l'épigraphie et aux institutions, il n'en reste pas de quoi faire une science à part. Les informations fournies par les monnaies seront simplement accueillies par l'histoire comme le seraient celles de n'importe quels autres monuments.
Enfin la métrologie, c'est la science des poids et mesures. Il me semble que la métrologie, comme la connaissance des monnaies en tant que moyen d'échange, devrait former simplement un chapitre des institutions. On l'en sépare souvent, parce que cette science aussi présente des difficultés spéciales et exige, pour être étudiée à fond, des connaissances techniques. Mais on peut en dire autant de plusieurs autres objets de la science des institutions, comme les finances, l'industrie, ou encore de certaines parties de l'archéologie, comme l'histoire de l'architecture, que l'on ne sépare pourtant pas du reste pour cela. La métrologie, y compris la science de la monnaie considérée comme moyen d'échange, formera un chapitre, ou, si l'on veut, l'introduction de la science des institutions financières ; c'est là que déjà certains auteurs la placent.
L'objet de la métrologie, c'est donc la monnaie grecque et romaine, soit réelle, c'est-à-dire en espèces, soit idéale, c'est-à-dire ne servant qu'à compter, sans être représentée par des pièces; puis les poids, et les mesures de longueur, de surface et de capacité. Mais pour aborder cette étude on ne de-
vra pas suivre l'ordre que je viens d'indiquer. Dans notre système métrique, créé d'un seul coup, tout repose sur la mesure de longueur et s'en déduit. Chez les anciens, les poids et les mesures sont en général indépendants les uns des autres, mais la monnaie est en rapport avec le poids, parce qu'on a commencé par peser les métaux qui servent à l'échange. C'est donc ou par les poids ou par les mesures qu'il faut aborder la métrologie; la monnaie suivra les poids. Les mesures des anciens sont loin d'être aussi faciles à saisir que notre système métrique. Elles sont d'abord très multiples, pas toujours réductibles entre elles sans fractions, et assez variées, surtout en Grèce, où l'on s'est servi tour à tour de mesures de provenance diverse, et en même temps, dans différents états, de mesures de nature diverse. Ceci est plus vrai encore des poids, et à plus forte raison de la monnaie, laquelle offre le plus de difficultés. On a eu dans la plupart des États anciens, successivement et même simultanément, des systèmes monétaires très différents, par suite tantôt de l'adoption de métaux nouveaux pour le monnayage, tantôt de l'abaissement du titre, tantôt d'influences étrangères. Aussi, en lisant les auteurs, nous trouvons-nous en présence d'un état de choses assez compliqué, et de nomenclatures qui ne sont pas toujours claires. On nous parle d'une somme en talents. Quel talent veut-on dire? Le talent attique? Le talent d'Egine? d'Eubée? de Sicile ? d'Antioche ? de Rhodes ? A Rome, on indique une somme en deniers. De quel denier s'agit-il ? De
l'ancien denier ? Du denier réduit? De quelle réduction? La valeur même des pièces est souvent difficile à déterminer. Le moyen le plus sûr qu'on y emploie aujourd'hui, c'est de peser et d'analyser le métal. C'est là que la numismatique devient tout à fait technique. Pour nous, et en vue de l'intelligence des textes, le plus important est l'identification des monnaies et leur réduction à des valeurs modernes^ Voilà comment on peut fort bien simplifier l'ordonnance générale de la science de l'antiquité, éviter dans les livres ces appendices qui font toujours mauvaise figure, et dans l'étude garder la vue d'ensemble. Il va sans dire cependant que, si l'on veut approfondir un sujet, et surtout un sujet aussi ardu que ceux dont nous venons de parler, on en viendra bien vite à faire une spécialité de chacune de ces études. Aussi, à qui aimera mieux maintenir une chronologie, une numismatique et une métrologie à part, nous ne ferons pas une bien vive opposition. En philologie, l'ordonnance n'est pas d'une si grande importance, pourvu qu'on n'oublie jamais la place qui revient à chaque objet dans la science générale; car c'est là la condition d'une étude vraiment scientifique.
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Histoire de l'art et Histoire littéraire.
Nous avons examiné deux des groupes de ces sciences qui se rangent autour de l'étude des auteurs anciens et dont le cercle entier forme la science de l'antiquité classique : la grammaire, la rhétorique et la poétique avec la métrique, d'une part, l'histoire et les antiquités de l'autre. Il en reste un troisième, avant les quelques réflexions que nous aurons à faire sur Tétude même des textes, c'est l'histoire des beaux-arts et l'histoire de la littérature et des sciences chez les deux peuples anciens. On pourrait dire simplement l'histoire des beaux-arts et des sciences, puisque la poésie et l'éloquence sont aussi des beaux-arts. Mais sans parler de la distribution consacrée par l'usage, nous allons voir que ce terme de littérature peut désigner un ensemble de choses qui n'est pas identique à poésie et éloquence.
Les beaux-arts, en dehors de la poésie et de l'éloquence, sont la musique, la danse, l'art dramatique, l'architecture^ la sculpture et la peinture.
La musique est rythmée, comme la poésie. C'est pourquoi quelques-uns enjoignent l'étude à celle de la métrique. Rien de mieux, si nous possédions des œuvres musicales grecques ou romaines desquelles nous pourrions nous-mêmes déduire la théorie de cet art, comme nous pouvons le faire et le faisons pour la métrique; si, de plus, ces morceaux de musique formaient un objet d'étude, comme les textes d'auteurs anciens, en sorte qu'on dut faire usage de la théorie pour mieux comprendre les œuvres. Mais il n'en est rien. A part certains airs de cantiques sacrés qui peuvent remonter au m*' ou au iv° siècle après Jésus-Christ, on ne possède que quelques rares fragments de musique dont l'authenticité même n'est pas à l'abri de tout soupçon, et dont la lecture est plus ou moins incertaine. Il n'existe pour nous de la musique ancienne que son histoire ; et une histoire faite non pas sur les monuments, mais d'après les témoignages des anciens et d'après des inductions tirées soit de considérations générales, soit de ce que nous pouvons observer sur les textes en fait de métrique et de rythmique.
C'est par des considérations générales que nous sommes amenés à penser que la musique grecque devait être très belle. Un peuple aussi incomparable dans les autres arts ne pouvait guère être inférieur dans celui-là. Les Grecs étaient très sensibles en tout cas aux effets de la musique. Nous en avons la preuve dans le rôle capital qu'on faisait jouer à cet art dans l'éducation. On croyait si bien que la musique agit sur les âmes et sur les mœurs,
HISTOIRE DE l'aRT ET HISTOIRE LITTÉRAIRE. 151
que la loi même interdisait certains genres de musique et en prescrivait d'autres. Mais s'il est permis de croire que la musique ancienne n'était pas inférieure à la nôtre, elle en était fort différente. La musique instrumentale des anciens ne s'est guère développée, indépendamment du chant, qu'à une époque où déjà la décadence commençait. En général, la musique vocale et la musique instrumentale allaient ensemble. La musique chorale était, de plus, intimement liée à la danse. L'harmonie dans le sens moderne était à peu près inconnue, au moins pour la musique vocale ; on ne chantait qu'à l'unisson. En revanche, les modes étaient de nature différente et plus nombreux. L'histoire de la musique devra éclaircir toutes ces questions et celles qui s'y rattachent. Elle traitera des instruments, de la notation musicale. Elle suivra les progrès de l'art depuis ses origines, dont quelques souvenirs sont conservés dans la légende , jusqu'à Terpandre de Lesbos, Olympus le jeune, Aristoxène, . le fameux théoricien, et enfin la décadence et la transmission de certaines traditions musicales à l'Église chrétienne. Elle montrera les caractères différents que la musique a pris chez les différentes races grecques, puis à Rome, où la musique nationale fut tout à fait rudimentaire, et où celle des Grecs, très répandue et très appréciée dès la fin de la République, était arrivée déjà en état de décadence.
La danse des anciens a peu de rapports avec la danse moderne. Il n'y a guère aujourd'hui que la
danse à l'opéra, le ballet, qu'on puisse comparer à la danse antique ; car celle-ci est bien plutôt un spectacle qu'un exercice auquel on se livre pour son propre plaisir. Des éléments de cet art, l'un, le rythme, est commun à la danse, à la musique et à la poésie ; l'autre lui est particulier : ce sont les figures chorégraphiques et les attitudes. L'histoire de la danse montrera chez les Grecs l'union intime qui a existé dans les premiers temps entre la danse et le culte ; puis, à mesure que le théâtre prend sa place à soi dans la vie publique, entre la danse et le théâtre. Elle fera comprendre comment peu à peu la danse devient une véritable action dramatique, parce que la pantomime s'y mêle, ou parce qu'elle-même s'associe à la poésie dramatique. On verra quelles sont les différentes sortes de danse, suivant les temps et les lieux, car sur ce point aussi il y a une grande variété parmi les races grecques ; quels caractères revêtent ces danses, quels sentiments elles expriment, quels effets elles produisent sur les mœurs. Enfin, comme pour la musique, on reconnaîtra que l'art indigène des Romains est à peine un art, et que la danse grecque ne leur fut apportée que déjà corrompue, esthétiquement et moralement.
A la musique et à la danse on a voulu joindre la gymnastique gre.cque.ll me semble qu'il y a là une erreur. Si intéressant que fût le spectacle de ces exercices, si belles même que pussent être certaines attitudes prises par les lutteurs, la gymnastique n'est pas un des beaux-arts, parce qu'elle
HISTOIRE DE l'aRT ET HISTOIRE LITTÉRAIRE. 153
n'a pas le caractère essentiel de tout ce qui mérite ce nom; elle ne sert pas à l'expression des sentiments, des émotions de l'artiste. Elle est née de l'hygiène et des exercices guerriers ; elle n'est devenue un spectacle que par son introduction dans les jeux publics. L'hygiène a sa place daas la description de la vie privée des Grecs; les exercices guerriers dans les institutions militaires; les jeux publics dans les institutions religieuses. Quant aux spectacles romains qui répondent aux jeux gymniques des Grecs, combats de gladiateurs et de bêtes féroces, courses de chars, naumachies, ils font partie des institutions religieuses, puisque les combats de gladiateurs ont remplacé, à l'origine, des sacrifices humains et sont restés longtemps attachés, comme cérémonie religieuse, aux ensevelissements, et que les jeux publics, à Rome aussi, sont célébrés en l'honneur des dieux.
Au contraire, l'art dramatique, quoique non moins étroitement lié au cuite par ses origines, a tous les caractères de l'art ; jamais d'ailleurs on n'a songé à lui en contester le titre. L'artiste dramatique, comédien ou tragédien, est au poète dramatique ce que le musicien exécutant est au compositeur. Il semble donc qu'on devrait traiter de l'art dramatique en même temps que de la poésie dramatique, puisqu'on parle de l'exécution musicale en même temps que de la composition. Il y aurait sans doute avantage à le faire. Mais il y aurait aussi de l'inconvénient soit à distraire la poésie dramatique du reste de la littérature, soit à
séparer l'art dramatique de la musique et de la danse, soit à les introduire tous trois dans l'histoire littéraire. A cause de la nature complexe du théâtre, tout ce qui le concerne est réclamé par différentes sciences particulières. L'histoire de Tarchitecture y est intéressée pour l'édifice ; l'histoire du culte pour les origines.
L'art dramatique des anciens, comme la musique, comme la danse, nous est peu connu. C'est la destinée des artistes exécutants de ne laisser qu'un nom ; leur œuvre ne leur survit pas. Gomme en outre les antiquités scéniques doivent traiter de la mise en scène, des décors, des costumes, des masques; il ne reste à l'histoire de l'art dramatique que de rapporter le peu qu'on sait sur les traditions du théâtre et sur le talent personnel des acteurs dont les noms nous sont parvenus, comme Roscius et Aesopus, Pylades et Bathyllus. On devra distinguer naturellement les genres, qui sont plus différents et plus fixes dans l'antiquité que dans les temps modernes, les époques et les contrées.
Si la musique, la danse et Part dramatique des anciens sont peu connus , il en est tout autrement des arts du dessin, architecture, sculpture et peinture. Ces arts ont laissé un grand nombre de monuments importants, qui, par une faveur du sort presque paradoxale, vont se multipliant d'année en