‹ La philologie classiqueChapitre 14 sur 26 · HISTOIRE DE LART ET HISTOIRE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LART ET HISTOIRE LITTÉRAIRE

année. Nous disposons bien certainement du double des monuments qu'on possédait il y a deux cents ans; et au contraire de ce qui est vrai des œuvres littéraires, rien n'empêche, et même tout permet d'espérer que l'avenir nous réserve encore des découvertes considérables. Aussi, tandis que la musique ancienne n'a trouvé que quelques historiens, la danse et Tart dramatique moins encore, l'histoire des arts du dessin, l'archéologie, comme on l'appelle aujourd'hui , est très cultivée et très prospère. De toutes les sciences philologiques, c'est celle qui a pris le plus grand essor dans ce siècle, si bien que plusieurs de ses représentants se refusent à y voir une science partielle, un simple département de la philologie. On leur oppose la nécessité de compléter sans cesse la connaissance et l'intelligence des monuments par les informations que nous fournissent les textes. Cette objection ne porte pas : l'histoire de l'art moderne aussi a besoin de documents écrits. Et d'ailleurs , il est vrai que l'histoire de l'art a sa raison d'être et son existence effective indépendamment de la littérature. Nous avons dit et répété qu'il en est ainsi de toutes les sciences philologiques. Seulement, le fait est plus manifeste peut-être en ce qui concerne l'histoire de l'art. On n'en doit conclure qu'une chose, c'est qu'il convient de lui donner une importance plus grande aussi dans les études philologiques. Et c'est à quoi l'on paraît tendre. Preuve en soit, au milieu de nous , la conférence d'archéologie si heureusement rétablie dans notre Faculté cette année même.

. Les monuments de l'art antique, encore plus que les monuments littéraires, furent recherchés à l'époque de la Renaissance, pour le plaisir d'en jouir, comme on aurait fait d'œuvres contemporaines ; si ce n'est qu'on trouvait, de plus, à les posséder, la satisfaction de tenir en main des parcelles de cette antiquité qu'on eût tant voulu ressusciter tout entière ^ On les faisait servir d'ornements aux palais des princes et on en tirait des motifs et des modèles pour des œuvres d'art nouvelles. Le style de la Renaissance n'aurait pu sortir des styles du moyen âge, sans l'étude passionnée des œuvres antiques à laquelle se livrèrent les artistes de l'époque. Les hommes de lettres aussi se prirent d'une ardente passion pour ces beauxmarbres qu'on tira alors en grand nombre de leurs tombeaux séculaires. Mais ils s'en servaient principalement pour nourrir leur admiration enthousiaste de l'antiquité en général, pour se mettre en rapport personnel avec les anciens au moyen de leurs portraits, et pour s'entourer d'objets qui avaient à la fois le charme et le caractère sacré de reliques de ce monde enchanté. Au xvi^et au XVII'' siècle, dans les pays du Nord, on alla pour ainsi dire à l'autre extrême. On ne vit plus guère dans les plus belles œuvres de l'architecture et de la sculpture qu'une source de renseignements, un trésor d'explication des textes, une matière à doctes monographies sur toute sorte d'antiquités, telles

1. Ici j'ai beaucoup emprunté à K. Dilthey, Festrede, gehalten am 14 Juni 1882, Uœttingue, 1882.

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