Suétone, De grammaticis
qui l'ameua, lui et d'autres, à sortir des limites strictes de la ypai^ixanx-zj, à se munir de cette érudition étendue et variée dont parle Suétone, et finalement à parcourir tous les domaines du savoir ouverts à son époque, ce fut bien, dans le principe, ce fait que la critique et l'explication approfondie des textes exigeaient une telle variété de connaissances. Et c'est aussi l'étude des textes qui bénéficia de cette immense érudition.
A Rome, c'est Gratès de Mallos qui importa, en l'an 167, cette science qu'on appelait alors yp^tatAa- TixT), et qui avait pour objet tout ce qui concerne la connaissance des textes sur lesquels reposait l'instruction de la jeunesse. Déjà l'étude de la langue, qui est la première condition de l'intelligence des textes, s'était développée au point de former une science à part, la grammaire, dans le sens moderne du mot. De même, la mythologie, les antiquités , l'histoire de la littérature et d'autres disciplines étaient devenues en Grèce des sciences spéciales, que traitèrent aussi les premiers //rammatici latins. Et cependant, toutes ces études si diverses continuaient à avoir leur centre commun dans l'étude exégétique et critique des textes. Grammaticae officia, dit Varron, constant in partibus quattuor, lectione, enarratione, emendatione, ludicio ; ou encore : gram7natica scientia est eorum quae a poetis historicis oratoribusque dicuntnr\
l. WiLMANXS, D". M. Tercnti Varronis libris grammaticif:, Berlin, 1864, p. 210 et 208.
Et pourquoi apprenait-on cette science? Par goût quelquefois, le plus souvent par profession, afin d'être à même d'enseigner la jeunesse. Lisez, pour vous en convaincre, le de gy^ammaticis, de Suétone; lisez surtout le premier livre de Quintilien, qui nous fait connaître avec tant de détail l'enseignement secondaire classique des Romains.
Que l'anachronisme de ce mot de secondaire ne vous choque pas trop. Depuis longtemps, une certaine distinction des degrés de l'enseignement s'était ébauchée. On faisait une différence, nous dit Suétone , entre le litteratus et le litterator, comme en grec entre le grammaticus et le gram^natista, l'un étant, d'après lui, absolute, l'autre, mediocriter doctus\ Primitivement litteratus, comme ypaj^t-fi-arixoç, marque une qualité, litterator, comme ypaixi^-aTtcT-i^ç, un métier ; et dans la suite ce dernier titre étant laissé à l'instituteur primaire, qui n'enseignait qu'à lire, écrire et chiffrer, c'est au-dessus de lui que s'éleva \egra7n7naticus, le professeur de l'enseignement secondaire, qui était chargé de l'étude de la langue et de l'explication des auteurs. Mais ce même mot de grammaticus s'appliquait en outre à un troisième personnage, qui, dans la pratique, pouvait se confondre avec le second, mais qui sans doute aussi quelquefois se consacrait entièrement à cette fonction attribuée chez nous à un troisième degré de l'enseignement, appelé supérieur; je veux dire le savant qui se livrait aux recherches et écrivait des
l. SuÉTOiNE, De graûDiiaticis, i.
livres, qui produisait la science nécessaire au professeur du degré secondaire et l'instruisait. Tous les jeunes gens d'une certaine position sociale passaient par les mains d'un grammaticus , jusqu'au moment où ils entraient chez le 7'hetor ; quelquesuns, plus tard, après avoir terminé leurs études générales, venaient trouver le même homme, ou un autre plus savant, et se faisaient introduire par lui dans toutes les profondeurs et, s'il est permis de dire, les spécialités de sa science. C'est ce dont nous avons un exemple très instructif dans le cas d'Aulu-Gelle. Lui-même nous apprend le nom et les mérites des savants avec qui il noua des relations de ce genre. Il fut, autant que nous pouvons en juger, un étudiant amateur. Mais il avait certainement des camarades grammairiens ou philologues de profession. C'est parmi eux que devait se recruter le personnel des maîtres de la jeunesse.
Quant au nom, qui ne fait rien à l'atTaire, ou qui fait peu, quelques-uns distinguaient le philologue du grammairien. Le premier, dit Sénèque, en commentant le de re puUica de Gicéron, observera que le roi Servius n'a pas de mère, Âncus pas de père ; qu'on appelait autrefois le dictateur magister populi ; que l'on pouvait en appeler du roi au peuple, etc. Le grammairien expliquera les mots 7'eapse et sepse ; il remarquera qu'au lieu de creta, en parlant du terme de la carrière, les anciens disaient calx, etc. ^ A l'un et à l'autre, le même Sénèque