‹ La philosophie allemande au XIXe siècleChapitre 10 sur 63 · VoUMlt, lo«. cU.. p. 41 â l · texte numérisé non relu

VoUMlt, lo«. cU.. p. 41 â l

Si LA PHILOSOPHIE ALLEMANDE AU XIX° SIECLE

l'unité de ta forme et du contenu; que 2° notre vie intellectuelle et sentimentale, tout en s'attachant à l'individuel, soit capable de s'élever au général et au typique, ce qui donne objectivement la valeur humaine du contenu esthétique ; quR 3" notre sentiment de réalité s'atténue, ce qui donne objectivement le monde de l'apparence et que 4°, enfin, notre faculté d'établir des rapports, c'est-à-dire d'unir, de grouper, d'organiser nos représentations, s'accroisse et s'intensifie, ce qui donne objectivement l'unité organique de l'objet esthétique. En résumé donc, l'esthétique contemporaine de l'Allemagne, tout en étant essentiellement psychologique et descriptive, demeure dans ses principaux représentants, conformément à la conception kantienne, normative.

H. — l'eixfOhlung : volkelt et lipps

En second lieu, si l'on se remémore les systèmes des principaux théoriciens de l'esthétique contemporaine, l'on constate qu'il est un concept qui domine aujourd'hui, en Allemagne, toute la spéculation esthétique, dans lequel on croit avoir découvert le phénomène esthétique par excellence, la caractéristique essentielle et spécifique de l'attitude que nous avons lorsque nous contemplons le Beau, en jouissons et le créons, la cellule dernière de la vie du Beau et de l'art, à savoir le concept de VEinfûhlung. Qu'est-ce que \' Einfûhlung ? Sich einfûhlen veut dire se plonger dans les objets extérieurs, se projeter, s'infuser en eux ; interpréter les Moi d'autrui d'après notre propre Moi, vivre leurs mouvements, leurs gestes, leurs sentiments et leurs pensées ; vivifier, animer, personnifier les objets dépourvus de personnalité, depuis les éléments formels les plus simples jusqu'aux manifestations les plus sublimes de la nature et de l'aK ; nous dresser avec une verticale, nous étendre avec une horizontale, nous rouler sur nous-mêmes avec une circonférence, bondir avec un

l'esthétique allemande contemporaine 85

i^hme saccadé, nous bercer avec une cadence lente, nous tendre avec un son aigu et nous amollir avec un timbre voilé, noua assombrir avec un nuage, gémir avec le vent, noua roidir avec un roc, nous épandre avec un ruisseau ; nous prêter à ce qui n'est pas nous, nous donner à ce qui n'est pas nous, avec une telle générosité et une telle ferveur que, durant la contemplation esthétique, nous n'avons plus conscience de notre prêt, de notre don, et croyons vraiment être devenus ligne, rythme, son, nuage, vent, roc et ruisseau. Ce phénomène d'auto-projecUon, d'effusion, d'infusion — ce serait là le terme le plus adéquat, s'U ne prêtait & une équivoque lisible — ou, comme j'ai proposé de l'appeler, de sympathie symbolique *, n'a sans doute pas attendu l'esthétique allemande contemporaine pour se révéler. A la fin du xviii'siècle — pour ne pas remonter plus haut — Herder, dont l'esthétique commence seulement de nos jours à être jugée équilablement, l'avait décrit, les Romanliquesallemand3luiavBientdonné,avec le nom d'Einfûklung, son fondement métaphysique, Vischer et Lotze, l'un dans sa Kritik meiner Aeslhetik et dans son brillant essai : Dos Symbol, l'autre dans son Histoire de l'esthétique, l'avaient étudiée magistralement, Robert Vischer enfin l'avait analysée avec une pénétration minutieuse dans son traité Ueber das optisehe Formgefûhl. Mais, pour nous en tenir, comme il convient ici, à l'esthétique de l'Allemagne, l'on peut dire que ce sont seulement les esthéticiens contemporains qui ont fait à VEinfûhlung ta place prépondérante qu'elle mérite d'occuper dans la vie esthétique. Cette place, il s'agit

1. Contrairement à ce que pense M. Charles Lalo [Lei Sentimenli etthitiques, Paris,?. Alcan,1910, p. 60), je n'ai pas forgé le terme de o sympatliie symbolique a en combinant ingénieusement les conceptions de Lipps et de Volkelt. En effet, le volume où j'ai tenté de réduire tous les phénomènes esthétiques au symboUsmesympathique.l'KMai critiqut aurVEtthétique de Kant, a ëlé publié eu I89S. alors que la première œuvre o(i Lipps ait développé sa conception de YBinfahlung, Raumae»thtlik und geom«triMch-oplitche TalUchungen, a paru en 18S1, et que le SytUm der Aeilhetik de VoUeIt date de ISOS.

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maintemuit de la déterminer avec quelque précinon, en montrant quelles sont, d'après lee plus éminents des psychologuee esthéticiens allemands, la nature et la pOTtée-de \'.Einfûhlung . La description que nous eo avons donnée plus haut, — pourra-t-on dire, a-t-on dit ' — n'est qu'ime description par images, une description mystique, et non une explication scientifique. C'est celle-là que nous allons tenter de trouver. Avant tout, l'^in/M/un^ est-elle un phénomène premier, originel, irréductible de la coitacience, ou bien peut-elle ae ramener à quelque autre activité de l'esprit plus oompréhensive et mieux connue ? Là-dessus les .esthéticiens allemands se partagent an deux écoles. Pour les uns — Lotze*, Siebeck^, Stem *, 0- KOlpe», — elle se réduit, en dernière analyse, à l'association de Fechner. Nous interprétons les Xonnes et les mouvements, aussi bien des autres hommes que des êtres vivants et des choses inanimées, par analogie avec ce que nous avons observé et expérimenté en nousmêmes : par exemple, une verticale exprime, symbolise la tension, la force, la vaillance, parce que nous-mêmes, nous nous -dressons, lorsque nous nous sentons en pleine possession de notre énergie physique et morale. Pour les autres — et c'est là l'avis de la grande majorité des partisans de VEinfuhlung — celle-ci est un phénomène psychologique antérieur et supérieur à l'association. Lipps a fait, dans son esthétique, une très large part à l'association ; mais contrairement à ce que certains ont pensé, il ne lui a jamais subordonné VEinfUhîtmg. Lorsque, dit-il, l'enfant, dès la première année de sa vie, comprend le sourire de sa mère, l'interprète

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