‹ La philosophie allemande au XIXe siècleChapitre 17 sur 63 · WILHELM WUNDT · texte numérisé non relu

WILHELM WUNDT

LA PSYCHOLOGIE EXPÉRIMENTALE Par GiohCBg DWELSHAUVERB

Wilbelm Wundt peut être considéré comme le fondateur de la psychologie expérimentale. Bien que lea ouvrages de Heltnholtz traitent certainea questions qui intéressent le psychologue, ils les incorporent à des recherches physiologiques; et si les Éléments de psychophysique de Fechner ont paru avant l'ouvrage fondamental de Wundt, celui-ci cependant avait publié déjà ses Contributions à la théorie des perceptions sensibles et allait faire paraître une série de Leçons sur rdme de Chomme et des animaux. C'est lui qui le premier groupa en un ensemble de méthodes et ramena à quelques idées directrices les -différents problèmes de la vie mentale auxquels on avait tenté d'appliquer l'expérimentation, c'est lui qui en étendit l'emploi et qui fonda le premier laboratoire de psychologie, le modèle de tous les autres. Un très grand nombre de psychologues de tous les pays du monde ont travaillé deuia ce laboratoire et la collection des Philosophiscke Studien donne une idée de l'importance et delà multiplicité des recherches qu'on y entreprit.

Les élèves de Wundt ont toujours eu en leur maître une

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grande confiance, parce qu'ils sentaient que cet liomme coo- BBCrait toute sa pensée à ses recherches et que lien en lui oe sacriiiail au désir de paraître. Wundt est exempt de tout cabotinisme, de toute préoccupation mondaine et de toute déclamation. De plus, il ne s'est jamais servi de moyens, même légitimes et admis, pour s'imposer: il n'a pas couru les congrès, il n'a pas écrit dans des revues bien cotées, il a fondé et dirigé lui-même sa revue et c'est dans cette revue qu'on venait chercher ses articles. Même à l'époque où sa besogne professorale et ses multiples travaux philosophiques lui prenaient la majeure partie de son temps, il a continué à diriger son laboratoire et à s'inléresser directement aux travaux de ses élèves. Et maintenant encore, le haut âge (Wundt est né en 1832) n'a pas ralenti son activité. Il a toujours vécu très simplement. Simple et claire aussi es! sa parole ; son travail est assidu, régulier et consciencieux; il a conservé dans la philosophie les habitudes tranquilles, méthodiques, et la patience du savant. On peut préférer, chez le penseur, plus d'intuition et afBrmer que des envolées plus hardies entraînent les esprits avec plus d'élan; on peut exiger encore une critique philosophique plus stricte et des idées plus nettes et mieux architeeturées, mais on ne peut méconnaître les qualités solides d'un travail comme le sien.

Après avoir, dans le premier des ouvrages cités plus haut, présenté un certain nombre de monographies sur des questions de psychologie expérimenlale, il tenta, dans ses Leçons sur rdme de fkomme et des animaux (1863), de' donner un aperçu de ce que serait la science psycholo^que, si elle subatitueût aux exposés purement descriptifs, efTectionnés par les spiritualistes éclectiques, maîtres de la philosophie officielle pendant les deux tiers du xix° siècle, à leurs raisons de convenance, à tout l'appareil abstrait de la psychologie des facultés mentales, une recherche sérieuse.

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exacte, fondée sur l'observation des faits et sur l'emploi des méthodes d'expérimeiitatioD. On retrouvera dans la préface d'un ouvrage célèbre de Bibot, la Psychologie allemande contemporaine, des renseignements sur l'eQbrt opposé par une psycholt^e en quête de précision scientifique, ft une psychologie purement verbaliste. Un intéressant ouvrage de Wundt, qui n'est malheureusement pas traduit en français, ses Essais, nous fait entendre l'écho de polémiques aujourd'hui passées, que les adeptes de la psychologie expérimentale ont eu A soutenir un peu partout contre les derniers défenseurs d'une mythologie purement fantaisiste de l'esprit.

Qui ne voudrait pas reprendre la collection des Pkilosophiscke Studien, contenant, outre les recherches faites sous la direction de Wundt par ses élèves dans son laboratoire^ de nombreuses études ainsi que des articles de polémique très curieux du maître lui-même, trouvera dans les éditions successives de sa Physiologische Psychologie la synthèse de ce travail qu'il a soit accompli en personne, soit inspiré et soutenu. La traduction française, faite sur la deuxième édiljon, est tout à fait insuflîsante, aujourd'hui que la sixième édition de l'œuvre est en cours de publication et que l'ouvrage s'est accru considérablement; de plus, au point de vue du texte, la traduction française est en maint endroit peu compréhensible ou infidèle. Il faut donc recourir à l'original. On y trouvera un répertoire utile des questions essentielles de la psycholo^e expérimentale, telles qu'elles furent traitées en Allemagne; on y suivra aussi avec intérêt Texposé et les idées de l'auteur. Si l'on préfère se rendre compte, d'une manière toute générale, de la conception d'ensemble de Wundt et de ses théories et que l'on n'ait pas le temps d'étudier son grand ouvrage, on lira avec profit son Grundriss der Psychologie, un livre qui en est à

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sa neuvième édition ; ces travaux ont été édités par W- Engelmann à Leipâg.

Nous nous attacherons, à dégager les idées essentielles qui nous semblent soutenir l'œuvre de l'illustre psychologue allemaDd et en former ia charpente. Nous en compa- Ferons ensuite les tendances avec celles de quelques psycho- Ic^ues contemporains qui semblent se détacher, comme lui, au premier rang ; nous nous permettrons de dire quelques mots d'appréciation au sujet des uns et des autres, pour ce qu'ils ont apporté à la connaissance de la vie mentale.

Au moment où Wundt fit ses études universitaires, dans les années 1850 et suivantes, se dessinait déjà, dans le monde des savants, la réaction contre Schelling et Hegel. Leur prétention de construire la nature par concepts semblait extravagante à juste titre, et les jeunes gens se détournaient volontiers d'une métaphysique dont les culbutes dialectiques leur paraissaient un vain jeu, pour s'adonner à des recherches mieux adaptées à la réalité. Des autres successeurs de Kant, Schopenhauer était encore presque inconnu et son influence ne devait s'exercer qu'après 1860 ; Herbart était plus apprécié pour des disciplines particulières que pour l'ensemble de sa doctrine et on Usait volontiers ses écrits pédagogiques, on- s'intéressait à son effort d'introduire les mathématiques dans les combinaisons de représentations mentales. Mais en somme, ou bien on revenait à Kant et surtout à la Critique de la raison pure, ou bien, même si l'on s'intéressait à des questions philosophiques, on cherchait à s'instruire en dehors des cours de philosophie. C'est ainsi que Wundt ne suivit pas d'enseignement philosophique. Il

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étudia les sciences et la médecine et s'attacha principalement à la physique et à la physiologie. A Heidelberf;, il fut l'élève et l'assistant de Helmholtz ; on sait que Helmholtz, dans VOptigue physiologique, se trouve en certains endroits devant des problèmes de psycholope. Ces problèmes ne peuvent être évités par ceux qui étudient les fonctions des organes des sens ; si l'examen de ces organes relève de l'anatomie et de la physiologie, leur fonctionnement se confond en maint point avec l'opération mentale de la perception : impossible de traiter le mécanisme de la perception sensible, les notions d'espace, les réactions motrices, sans entrer dans le domaine de la psychologie. Helmholtz s'en occupa accidentellement ; or, c'est précisément de ce genre de questions qui intéressent à la fois la physiologie et la psychologie que Wundt allait faire une science nouvelle, la psychologie physiologique qu'on appelle souvent aussi psychologie expérimentale.

Ainsi donc, en môme temps la psycholt^e avec Wundt se détacha de la métaphysique et se rendit indépendante de la physioli^e. Mais elle emprunta à celle-ci la précision de ses méthodes. Parallèlement, lorsque le physiologiste E.-H. Weber avait rencontré le problème du rapport entre l'intensité de l'excitation extérieure et l'intensité de la sensation éprouvée, il avait franchi les limites de la physiologie ; et Fechner, reprenant la question où Weber l'avait laissée, s'était proposé de traiter le problème psychologique qui se d^ageait de ses recherches, en imitant la précision des méthodes des physiciens.

Wundt réunit l'ensemble de ces études, les poursuivit dans tous les sens et donna ainsi une impulsion très vive à la psychologie expérimentale. Le genre de méthode qu'il préconisait étonna bien des psychologues, accoutumés aux formules commodes du spirituaUsme éclectique, aux facultés

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mentales et aux idées innées. On s'écria qu'il s'agissait là de physiologie uniquement, mais que la psychologie était trop noble, comme science de l'âme, pour s'occuper de questions aussi éloignées des hautes spéculations. Wundt critiqua les abus de l'observation interne; son style de polémiste est bien curieux ; il y eut un temps où il aimait beaucoup la polémique; il présentait alors des arguments très sérieux sous une forme mordante et se plaisait à frapper de grands coups ses adversaires. Un exemple : pour ridiculiser ceux qui croient découvrir des vérités psychologiques en regardant en dedans d'eux-mêmes, dans l'espoir d'apercevoir leur âme en train de penser ou pour saisir, dans cette Ame, des idées suprasensibles, il les compandt plaisamment au baron de Crac qui tâche de se tirer de l'eau par son propre toupet. Sa critique de l'observation interne, aussi vive au début que celle de Comte lui-même, s'atténua cependant ; il reconnut les avan- tages que peut fournir l'introspection, mais ne se cacha pas ses dangers et ses illusions. Sa mé&ance subsista et il soumit toujours l'observation de soi à un contrôle sévère.

Et que proposait Wundt comme méthode nouvelle en psychologie? La psychologie ayant à étudier non des objets, comme les sciences descriptives, mais des processus, comme les sciences expérimentales, fera bien de se servir des mêmes méthodes que celles-ci. Partout où ce sera possible, elle emploiera l'expérimentation, c'est-à-dire qu'elle interviendra dans les faits, fixera exactement leurs conditions, les provoquera A se produire et à se répéter et les soumettra de cette manière à un contrôle précis, à une mesure. Déjà cette possibilité s'est réalisée pour l'intensité des sensations ; la qualité des sensations aussi, l'appréciation de leurs contrastes, de leurs différences de nuance, sont accessibles à l'expérience et à la mesure; ensuite on a commencé à mesurer la vitesse des réactions : ici, encore, on trouve le point de départ de

■.Co.ogic

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