‹ La philosophie allemande au XIXe siècleChapitre 30 sur 63 · Lpgik', t. m, p. Î3M · texte numérisé non relu

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ganîsalîon de la société. Ces quatre domaines de la vie mentale collective sont entre eux dans une connexion aussi étroite, que la représentation, le sentiment et le voubir dans l'âme individuelle ; ce ne sont pas, h vrai dire, des processus aéparables, mais les aspects divers d'un seul et même développement. Considérés par la socio-psychologie comme fondements de l'évolution spirituelle, Us ont une signification qui dépasse de beaucoup le sens usuel de ces termes.

Ainsi la valeur du langage consiste en ceci, qu'il manifeste les lois de la pensée, et que les différentes langues correspondent dans l'évolution de la pensée à différents stades déterminés. D'autre part, le mythe est étroitement associé à l'imagination artistique ; il fournit à l'art primitif ses motifs principaux ; et l'art ne s'affranchit de lui que lorsque l'évolution socio-psychologique fait place aux périodes historiques, qui sont sous l'influence des personnalités directrices et de la civilisation. Mais l'imagination artistique à son tour réa^t sur le mythe, et elle fait naître de lui la [Wésie, où prédominent de plus en plus les motifs proprement historiques ; l'art revêt ainsi les créations mytholo^ques des formes qui leur sont indispensables pour éveiller des impulsions nouvelles. Cest grâce à son coiicours^ grftce surtout â la poésie, que le mythe peut donner naissance dans une autre direction aux idées religieuses, qui à l'origine sommeillaient en lui tout au plus à l'état de germes précaires. La poésie, d'autre part, donne naissance à la philosophie, comme le mythe à la reli^on ; et de là résulte une nouvelle série d'actions et de réactions, comme entre l'art et le mythe. La philosophie, à son origine libre transposition poétique de la représentation mythologique du monde, produit enfin la science ; et au fur et à mesure que ce vigoureux rejeton gagne en influence, la philosophie tend peu à peu à devenir elle-même science. Mais alors elle se retourne contre sa patrie d'origine, contre le

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mythe ; et elle s'efforce, dans une longue lutte encore inachevée, d'en défs^ger les idées religieuses dans leur pureté parfaite, peut-être humainement impossible. La socio-psychologie n'a pas à décrire toute cette évolution, mais seulement la période importante qui précède la formation de la philosophie et de la science. Elle doit rechercher dans le m3^he les motifs cachés qui sont les germes de l'évolution religieuse. Ainsi la psychologie du mythe aboutit, d'une part, à la psychologie de l'art, et d'autre part, à la psychologie de la religion. Mais tandis que le langage et le mythe relève tout entiers de la 50cio-psychol(^e, l'art et la religion relèvent, dans leurs développements ultérieurs, de l'histoire.

Comme le mythe en face de l'art et de la religion, la coutume occupe une position centrale en face de deux autres domaine» importants de la vie collective : la société et le droit. La société a une origine partout uniforme, remontant à des conditions universellement humaines ; et son origine socio-psychologique se distingue nettement de ses formes ultérieures dues à l'action des causes historiques. La société donne naissance à la coutume, qui est l'ensemble des règles d'action valables pour elle ; et les transformations de la société réagissent sur l'évolution de la coutume, celle-ci à son lour fixant les formes successives de la société, dont elle étend l'influence à toute la vie spirituelle. D'autre part, de la coutume naît le droit, qui influence ensuite la société et la coutume j car le droit garantit l'application des normes sociales les plus importantes ; et c'est ainsi que l'organisation naturelle des groupes, due au développement spontané de la société et aux luttes primitives des tribus, peut parvenir à l'organisation fortement agencée de l'Etat. L'Etat marque enfin la limite où la socio-psychologie doit céder la place à l'histoire. Pourtant la socio-psychologie continue, d'une manière plus restreinte, à collaborer avec l'histoire.

pour expliquer telle ou telle situation donnée de la vie politique, par l'ensemble des conditions naturelles et culturelles, et par les actions individuelles qui y sont subordonnées ; elle est en particulier dans le plus étroit rapport avec l'histoire de la civilisation, quand il s'agit de montrer comment la civilisation et ses principales formes successives sont nées du sein de la société. Et c'est là un de ses derniers et de ses plus éminents problèmes.

Ainsi donc, le langage, l'art, le mythe, la coutume ne sont pas les seuls objets d'investigation de la socio-psychologie; mais ce sont en quelque sorte les racines nourricières où la vie collective se manifeste dès l'origine, par où elle se développe, et d'où elle tire toutes ses autres créations. »

Des longues études consacrées aux problèmes dont Wundt expose ainsi l'ensemble, on peut dégager quelques conceptions générales dominantes.

helangage, considéré dans ses éléments primitifs et essentiels, apparaît constitué par des mouvements expressifs, tels que gestes, cris, modulations vocales, qui sont distingués et reconnus par les individus de la même espèce. Ceux-ci leur attribuent d'abord une signification purement subjective, correspondant à leurs émotions et à leurs désirs, et plus tard, au fur et à mesure que l'intelligence se développe, une signification objective, tournée de plus en plus versle monde extérieur. Quand enfin la conscience s'élève à une pensée claire et distincte, et acquiert un mouvement plus libre et plus rapide, elle entraine à sa suite l'évolution du langage, qui se trouve être à la fois la manifestation de ses lois et l'instrument de ses progrès. Mais il ne faut pas perdre de vue que le langage, loin d'être une combinaison artificielle de signes, jaillit du fond instinctif, de l'être humain. Il n'a pas été fait à l'aide de mots ou de racines verbales assemblées par l'intelligence; il est le geste de la voix, un mouvement

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