LA SOCIO-PSYCHOLOGIE DE W. WDNDT
articulaloîre ancompagné de mouvements mimiques, et figurant noa sentiments et nos représentations. « Le style, c'est l'homme », a-t-on dit; il serait aussi juste de dire, en élargissant cette pensée; « I^ langage, c^ est l'homme», c'est-à-dire la caractéristique, non seulement de l'individu, mais de Thumanité, l'expression même de l'esprit humain, depuis le vou- Icnr-vivre le plus instinctif jusqu'à la pensée la plus rationnelle,
L'artf qui est l'œuvre relativement libre de l'imagination, tire pourtant son origine de certains besoins primordiaux de l'homme, ainsi que nous le voyons par le fait que les aHs plastiques sont issus de l'architecture, et que les arts musicaux nabsent du chant et de la danse. L'art est un effort pour réaliser en images extérieures les représentations subjectives que l'homme se fait des choses et de la vie. Il est intermédiaire entre le langage et le mythe, et il soutient avec celui-ci les plus étroits rapports. On peut dire que le mythe et la religion ont autant besoin de l'art pour figurer objectivement leurs motifs, que l'art a besoin d'eux comme source d'inspiration 5)our créer ses formes objectives.
Le mythe est une résultante nécessaire de l'action exercée par les tendances vitales sur les représentations ; il a sa source non dans la nature des représentations, mais dans celle des sentiments, dont la forme collective augmente l'intensité et la persistance. Pour qu'il y ait mythe, il faut que les images assimilées provoquent une émotion subjective assez forte pour qu'elle se projette dans l'objet et le fasse par contre-coup apparaître animé ; et il faut d'autre part que cette émotion soit assez fondamentalement vitale, pour qu'elle se reproduise identiquement dans des conditions identiques chez tous les membres d'un groupe. Le point de vue de Wundt, malgré certaines analogies extérieures, se distingue nettement de l'ancienne théorie animiste. D'abord celle-ci prétend tout
m LA PHILOSOPHIE ALLEHAHDB AU XIX SIECLE
expUquer par la notion d'âme ; Wundt au contraire admet que le mythe de la nature a une origine pcopre, irréductible à l'animisme primitif. Ensuite la théorie animiste entend par ÂmeTâme spirituelle opposée au corps; Wundt au contraire montre que les primitifs croient à toutes sortes d'âmes : âme corporelle diffuse, âmes des organes, âmea libres du corps, et cela par le simple jeu d'émotions et d'images combinées, sans qu'interviennent encore ces actes de pensée réfléchie qui rendront plus tard sen^ble la contradiction inhérente à ces diverses représentations. Enfin pour la ihéorie animiste les mythes sont une explication plus ou moins ingénieuse des phénomènes de la nature ; pour Wundt ils sont une création Imaginative spontanée, antérieure â tout besoin intellectuel, renforcée par la conformité des expériences subjectives et consacrée par la tradition. En un mot l'imagination mythologique ne relève pas de la fonction proprement intellectuelle dont elle serait une étrange aberration ; mais elle relève du vouloir instinctif et collectif qui se reflète irrésistiblement dans les choses. Et à ce titre elle est une résultante psychique qui, loin de disparaître, renaît toujours sous des formes nouvelles en vertu d'une loi permanente et universelle.
Le mythe étant la représentation primitive du monde et de la vie qui résulte de l'objectivation spontanée des sentiments, on comprend qu'il persiste et pn)spère éminemment dans la religion, qui a pour base les problèmes de la destinée, autour desquels gravitent les tendances et les émotions humaines les plus vivaces. Mais il n'en faudrait pas conclure que la religion ne se distingue pas du mythe. C'est, il est vrai, une question complexe et délicate que de déterminer comment s'est effectué le passage de l'un à l'autre. Il semble que ce soit par l'intermédiaire du culte en commun, et en particulier des cultes agraires. Le culte, c'est le geste conjurant ou suppliant, le geste d'une assemblée qui craint ou espère des