LA SOCIO-PSYCHOLOGIE DE W. WIIMDT
puissances mystérieuses. Comme système de mouvements expressifs d'émotions collectives, le culte renouvelle et perpétue les émotions qui lui ont primitivement donné naissance; et d'autre part il fixe et développe les mythes qui ont une signification générale profonde et une vertu efficace éprouvée. C'est de là que parait venir le contenu propre des religions. Les représentations des puissances do la nature et des puissances de l'âme se sont combinées avec les légendes héroïques pour aboutir aux diverses conceptions de la divinité et du monde idéal où elle règne. Et finalement la religion apparaît en son essence intime comme la relation vivante qui unit l'homme, avec la nature qui l'entoure, à un monde suprasensible réalisant l'idéal posé par l'esprit comme but suprême de son effort.
La limite qui sépare le mythe de la religion correspond à la différence qui existe entre l'art inférieur et l'art supérieur ou idéal; et le passage d'une étape à l'autre manifeste une loi générale de l'évolution de l'esprit bumain, qui est le progrès de la conscience anonyme et instinctive à la conscience per^ sonnelle et attentive, le progrès de la passivité à l'activité, du sensible à l'idéal. L'esprit humain ne se perd plus dans le monde sensible, mais s'en dégage pour lui imposer son propre idéal, qu'il ima^e soit d'après ses aspirations d'existence parlaile et bienheureuse, soit d'après ses besoins d'harmonie objective. Ainsi dans l'art et dans la religion, l'esprit affirme sa liberté et sa dignité, en introduisant dans la nécessité des choses extérieures la finalité intuitive du beau, et en complétant la vie humaine par la foi en un monde suprasensible.
En en mot, le langage, l'art, le mythe et la religion n'ont pas pour point de départ et pour essence un ensemble de données représentatives et intellectuelles : formes verbales, types de beauté, vérités révélées. Mais ces fonctions ont pour
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ressort des besoins et des sentimeats collectifs : eUes expriment dans leur évolution une activité volontaire affectée de diverses manières par les circonstances extérieures, tendant invinciblement à un but et s'en rapprochant par tÂtonnemenls successifs.
m. — LES LOIS GÉNÉRALES DE DÉVELOPPEMENT
Le développement des fonctions mentales collectives suppose et manifeste certaines lois psychologiques fondamentales, dont la connaissance sert de guide au socio-psychologue pour reconstruire les phases lointaines de l'évolution spirituelle, tout comme la connaissance des lois biologiques sert au paie* ontologiste pour restaurer, au moyen de pièces de squelette éparses, des animaux depuis longtemps disparus.
ha causalité spirituelle est créatrice : telle est la loi la plus générale qui trouve partout son application. Tandis que la causalité naturelle se ramène à des résultantes mécaniques, la causalité spirituelle procède par résultantes créatrices. La résultante est créatrice, c'est-à-dire, elle ne se réduit pas à la somme des facteurs, mais elle conlient un accroissement d'éner^e et de valeur; elle n'est pas une équivalence, elle est une synthèse nouvelle. Mais d'autre part, cette synthèse est une résultante, c'est-à-dire, elle n'est pas une création indéterminée du libre arbitre; elle exprime véritablement une espèce de causalité, aussi éloignée delà nécessité mécanique que de la contingence. Le devenir mental n'est pas prédéterminé à l'avance ; mais il se détermine au fur et à mesure, en s'adaptant aux conditions extérieures de son développement, suivant des procédés d'une régularité constante, qui permettent sinon de prévoir avec précision l'évolution future, du moins de pressentir une orientation et de comprendre après coup l'évolution accomplie.
Or l'observation montre avec évidence que les résultantes