‹ La philosophie allemande au XIXe siècleChapitre 34 sur 63 · Bthik; t. I, p. Ï · texte numérisé non relu

Bthik; t. I, p. Ï

PhiloMpU» allsniuide. tS

i7S LA PHILOSOPHIE ALLEHANDE AU XIX' SIÈCLE

C'est le principe de l'hélérogenèse des fins qui rend comple, en particulier, de la richesse croissante des idées morales, dont la production est l'œuvre de l'évolution morale. Ce principe nous montre aussi combien il est inexact de supposer que ce qui est ou nous semble être le motif d'une action & un stade avancé de l'évolution, en ait été dès l'origine la raison déterminante. Il faut en règle générale supposer tout le contraire. C'est d'un état prémoral qu'est sortie pas à pas la vie morale. La vie en commun a introduit peu à peu dans les besoins de rapports sexueb et sympathiques, naturels à l'homme, des éléments moraux. La pensée mythologique en même temps s'est pénétrée d'éléments religieux et les motifs sociaux et religieux, agissant de concert, ont enfin produit les formes supérieures de la vie morale.

Or, puisque chaque degré de l'évolution apparaît comme la préparation aux degrés suivants, il nous est interdit de tracer à la marche de l'avenir des limites fondées sur nos conceptions actuelles. La réalité est toujours plus riche que la théorie. 11 nous est permis de prévoir tout au plus dans ses lignes générales le chemin que prendra l'avenir prochain. Mais nous ne devons pas emprisonner les fins morales dans le cercle étroit de nos désirs et de nos espérances personnelles. Le particulier doit être considéré sub specie aslemitatis, du point de vue de l'éternel. Mais l'étemel n'est pas, comme le pensait Spinoza, quelque chose de donné et d'immédiatement concevable ; l'éternel est un devenir, une tftche infinie, que l'on connaît au fur et à mesure qu'on la réalise. »

Une finalité telle que la suppose le principe de l'hétérogenèse des fins, n'est pas, à vrai dire, recevable par l'intelligence, puisque, loin d'en dériver, elle semble en contrarier à plaisir les calculs et les prévisions ; elle n'est explicable et valable que pour une volonté qui agit, pour un être vivant qui se développe. Aussi l'observation des faits que formule ce prin-

Page 1