‹ La philosophie allemande au XIXe siècleChapitre 35 sur 63 · LA 80CI0-PSTCH0L0G1E DE W. WUNDT · texte numérisé non relu

LA 80CI0-PSTCH0L0G1E DE W. WUNDT

cipe, et de beaucoup d'autres faits convergents, a-t-elle conduit Wundt à soutenir le primat de la volonté sur l'intelligence, et à expliquer en particulier l'évolution socio-psycholo- ^que en son fond essentiel par les facteurs et les lois du développement volontaire.

Par exemple, lorsque des représentations dans la mentalité collective fusionnent, s'éliminent ou changent de sens, un examen attentif permet de reconnaître dans ces processus les symptômes de modifications affectives plus ou moins profondes, agissant d'abord sur le mythe et la coutume, puis de là sur ie langage. La vie sociale évolue par antithèses, qui reposent sur des contrastes de aentimenls; et les phases successives de cette évolution, si différentes soient-elles par leurs éléments constitutifs, reproduisent un cycle régulier d'oscillations, correspondant aux oscillations connues de la vie affective. E^fin l'évolution socio-psychologique est subordonnée à la loi générale du développement volontaire, qui se ramène à un double enchaînement de processus alternatifs : d'une part, mécanisation progressive des actes volontaires, d'autre part, nouvelles résultantes créatrices, manifestées par la complexité croissante des adaptations volontaires et des synthèses aperceptives.

La socio-psychologie suppose comme point de départ, aux plus lointaines origines de l'évolution volontaire, une mentalité purement grégaire, où les résultantes psychiques restent diffuses dans la masse collective et n'aboutissent pas encore à des synthèses individuelles nettement différenciées. Cette mentalité grégaire, c'est en quelque sorte la nébuleuse primitive de la vie psychique. Le progrès s'effectue peu à peu par un mouvement de concentration et de différenciation des énergies spirituelles, lequel suppose et détermine à la fois la naissance de l'attention et de l'intelligence. Les individualités commencent à devenir créatrices, à jouer un rôle organisateur

el directeur qui va toujours grandissant au sein de la vie sociale, et dont l'importance est enfin décisive à l'aurore des temps historiques et à l'origine des grandes civilisations.

Mais les grandes personnalités ne sont pas au dehors ni au* dessus de l'évolution volontaire collective ; elles en font partie, et elles en sont même la résultante originale. En effet, de même que la volonté collective est une résultante créatrice des volontés individuelles convergentes, de même les grandes personnalités sont des résultantes créatrices de la volonté collective. C'est en elles et par elles que la société prend conscience des formes nouvelles qui, dans certaines conditions historiques, peuvent satisfaire ses besoins propres. Il s'établit ainsi dans l'évolution socio-psychologique un nouvel ordre spécifique d'actions et de réactions. Par le fait des influences sociales les individualités s'enrichissent, se différencient, s'organisent ; elles deviennent capables de synthèses fécondes et d'impulsions directrices, qui, en entrant dans le domaine public, sont assimilées et tombent peu à peu dans la sphère de l'hahitude, puis de la tradition et enfin de l'instinct ; jusqu'à ce que les nouvelles habitudes généralisées, par une série de contre-coups sur les sentiments et les représentations, suscitent à leur tour d'autres personnalités créatrices, puis de nouvelles assimilations et des traditions correspondantes plus ou moins durables.

Malgré le rAle croissant des personnalités créatrices et des volontés individuelles dans l'évolution mentale collective, les instincts sociaux primitifs n'en persistent pas moins et les fonctions socio-psychologiques conservent le même caractère fondamental. Les conditions primitives, générales et permanentes de la vie en commun peuvent donc être légitimement distinguées des conditions plus complexes et variables de la vie sociale, pour être réservées à une science spéciale, qui est précisément la socio-psychologie. Sur ce point Wundt se

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