‹ La philosophie allemande au XIXe siècleChapitre 40 sur 63 · LA SOCIOLOGIE DE C. SIHHBL · texte numérisé non relu

LA SOCIOLOGIE DE C. SIHHBL

servir à la construction d'une science de la morale ? Simmel établira tout d'abord, par une dialectique idéaliste, que cette idée est une pure forme, indifférente à toute matière. Il comparera sous ce rapport l'idée du Devoir et l'idée d'Être : la psychologie critique prouve que, de l'une comme de l'autre, on ne peut nen tirer, et dénonce l'ontologie morale comme l'ontologie métaphysique. La spéculation sur le Devoir et l'Etre est impuissante à déterminer les objets de nos représentations et de nos actions ; car le Devoir et l'Être n'entrent pas dans la série de ces objets, mais seulement dans la série des formes psychologiques, que l'expérience peut adapter & toutes les matières. Chacune de nos représentations comprend , en eSet, deux éléments : l'objet, puis le sentiment qui l'accompagne, qui nous dit, par exemple, si l'objet est réel ou seulement idéal. Le réel et l'idéal, encore confondus pour le sauvage, pour l'enfant, pour le primitif, qui croient invinciblement à la réalité de leurs idées, se distinguent peu à peu sous les pressions de l'expérience. Mais cette distinction, à laquelle des chemins différents nous conduisent, ne nous fait jamais douter de l'esprit. C'est toujours une attitude de l'esprit, un sentiment, qui fait l'opposition du réel et de l'idéal ; et l'on peut dire ainsi qu'entre ces deux termes, qui désignent des propriétés, non des choses, mais de la pensée, il n'y a qu'une différence de sentiment. A fortiori, les intermédiaires qui rélient ces extrêmes ne seront pas autre chose que des qualités psychologiques. Vouloir, espoir, pouvoir, — autant d'états d'&me qui échelonnent les choses entre le réel et l'idéal. Ils transposent, pour ainsi dire, une même mélodie en des tonalités différentes. Le devoir est un de ces tons, une façon dépenser, comme le futur ou le prétérit, une forme qu'on peut appliquer à toutes les matières, et séparer de toutes les matières.

Pourquoi, en fait, cette forme se trouve-t-elle liée à telle

matière plut6t qu'à telle autre ? L'histoire en est responsable. C'est elle qui se charge de remplir les formules en blanc de la It^que. Elle s'y prend, d'ailleurs, de cent façons différentes. Tantôt c'est une contrainte qui engendre un devoir. Tel acte, accompli d'abord par force, s'accomplit bientôt par conscience. Tantôt c'est une (m qui impose telle forme à notre activité ; la fin disparait, la forme reste. Souvent, le devoir naît du fait seul, sans plus. 11 suffit, parfois, qu'une action ait longtemps existé pour qu'elle nous semble avoir droit à l'existence, pour qu'elle s'impose. Ce qui est doit être : sorte de pléonasme de la moralilë dont les métaphysiques nous offrent comme une illustration, en définissant le mal par le non-^lre, et en nous commandant de nier ce qui n'existe pas. Mais l'inverse arrive : le manque de réalité crée aussi souvent des devoirs que la réalité. Ce qui n'est pas est l'idéal. Ainsi nous estimons par-dessus tout, tantôt ce que nous avons, tantôt ce que nous n'avons pas, tantôt le présent, tantôt te passé, tantôt l'avenir. L'esprit d'opposition, aussi bien que l'esprit de conservation, tisse la morale. Dans tous les cas, il est impossible de dire a priori en partant de la formule du devoir, le parti que l'humanité va prendre. La réalité sociale mène. L'ontologie morale suit comme elle peut.

Ces critiques, comprenons bien que Simmel ne les r^erve pas aux morales rationalistes. Les morales naturalistes ne lui semblent ni plus cohérentes, ni surtout plus déterminantes. 11 est ausBÎ sévère pour les théoriciens de l'égoTsme que pour ceux du devoir. 11 prouve qu'en dépit de leurs arguments préférés, l'égoïsme ne peut être tenu ni pour plus primitif, ni pour plus général, ni pour plus simple que l'altruisme. De quel droit soutenir, alors, qu'il est plus naturel ? Nature et raison, deux abstractions également indéterminées : deux seaux vides, qu'on n'emplit qu'au fleuve de l'histoire.

Au vrai, tout dogmatisme moral est condamné à l'impuîs-

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