‹ La philosophie allemande au XIXe siècleChapitre 42 sur 63 · LA SOCIOLOGIE DS G. SIMMBL · texte numérisé non relu

LA SOCIOLOGIE DS G. SIMMBL

riate, te plue respectueux dea « faits » ne peut ae passer des hypothèses psycholc^ques par lesquelles noua reaeuscitons les idées. Raoke foimail ce vœu ; dépouiller son moi pour saisir les choses telles qu'elles se sont passées en réalité. Vœu doublement utopique : s'il avait pu être exaucé, les connaissances ainsi obtenues eussent été sans prix. Qu'il s'agisse de Louis XIV ou de Thémiatocle, notre moi, avec ses sentiments et ses idées, est l'intermédiaire nécessaire ô l'aide duquel nous nous représentons les idées et les sentimenta deaautres moi, forces Aiotrices de Thistoire. Et quand on sait l'inlinie diversité, l'iniinie complexité des Ames individuelles, on se doute qu'il est singulièrement diflicile d'accumuler, en cette matière, beaucoup de vérités dignes de ce nom.

On comprend du coup qu'il soit quasiment impossible d'établir des lois véritables, car les causes ne se laissent pas saisir. On remarquera bien telles suites de phases qui reparaissent. Le passage des institutions féodales aux institutions libérales, ou de la liberté pour quelques-uns à la liberté pour tous, ou de l'économie domestique à l'économie urbsùne, ce sont des traits communs, dans les grandes lignes, à diverses civilisations. Mais dea phénomènes comme ceux-là sont eux-mêmes dea résultantes, dont les causes profondes nous restent cachées. Et pour les découvrir, c'^t encore dans les Âmes qu'il noua faudrait chercher, dans la multiplicité des âmes rapprochées pour l'accomplissement de l'événement historique. Explique-tron la victt^ de Marathon, par exemple ? Il y a trop de chances pour qu'on oublie cette multiplicité de forces concourantes, qu'il faudrait se représenter à l'œuvre pour comprendre le succès final. On montre les choses en gros, on uniGe, on simplifie, sans s'apercevoir qu'on mutile et qu'on déforme.

Un art divinateur n'est-il pas, en effet, plus à sa place ici qu'une prétendue science déronnatriee ? Toujours est-il que

les centres de coordination, dont l'historien se sert pour la mise en œuvre de ses matériaux, lui sont fournis par des jugements de valeur plutôt que par des constatations scientifiques. Sur ce point, Simmel ouvre les voies à cette « philosophie des valeurs » que nous voyons opposer, de divers côtés, à toute lenlalive de systématisation intellectualiste.

Mais sur cette pente aussi il importe de nous arrêter. On se tromperait lourdement en rangeant Simmel panni les intransigeante de l'anti-intellectualisme. 11 est de ceux qui croient possible et nécessaire, dans tous les domaines, l'œuvre d'organisation rationnelle. Il veut qu'on ne soit pas dupe de l'abstraction, mais il n'interdit pas, il commande au contraire d'en user méthodiquement. La meilleure preuve en est dans son effort pour faire avancer ta sociologie proprement dite. Nul plus que lui n'a eu cet avancement à cœur. Dans le gros volume qu'il intitule Sociologie, Recherches sur les formes de r Association (1908), il prétend fournir, à défaut d'un système, un grand nombre d'échantillons, destinés à montrer à quelle sorte de généralisations on peut parvenir en ces matières, — pour peu qu'on sache utiliser, comme eût dît Descartes, le « biais » convenable.

Pourquoi l'histoire n'est-elle pas, ne peutrelle pas être une science ? C'est peut-être, en dernière analyse, parce que son objet est par déCnition un complexus, un complexua mobile, qu'elle doit suivre dana son mouvement d'ensemble. 11 n'est pas étonnant dès lors qu'elle ait à enregistrer plus de variations que de répétitions, et que, dans le mélange des coïncidences, elle saisisse diEBcilement les causes. Mais si l'on consentait à se placer à un point de vue tout spécial, et à faire abstracUon des contenus variés pour n'envisager que

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