LA SOCIOLOGIE DE G. SINHEL
les formes conslantes, on amasserait peut-être un butin de remarques dont la portée dépasserait le cercle du fait particulier. Par l'abstraction la géométrie s'est constituée en ne s'appliquant qu'aux formes spatÏEiIes. Par l'abstraction s'est constituée la science du langage, en ne s'appliquant qu'aux formes linguistiques. Par l'abstraction une sociologie pourrait se constituer qui ne s'appliquerait qu'aux formes sociales.
En un sens, sans doute, tout est social, comme en un sens tout est psychol(^que. Mais on a pu faire progresser la connaissance des fonctions de l'esprit, sans tenir compte des matières diverses auxquelles ces fonctions s'appliquent. De même, sans tenir compte des fins diverses que sert l'association, il est possible d'étudier en eux-mêmes ses modes et leurs effets propres. Il est possible en un mot, d'étudier ce qui arrive dans la société par la société. La preuve en est que les modes d'association vanent sans que les fins sociales varient, et que les fins sociales vanent sans que varient les modes d'association. Il y a sans doute réaction des matières sur les formes, il n'y a pas détermination de celles-ci par celles-là . Que les fins d'une association soient politiques, religieuses ou économiques, il sera loisible d'y voir se former des partis, se distribuer l'autorité, se diviser le travail, s'organiser la concurrence entre ses membres.
Ce sont ces phénomènes communs de la vie des associations diverses que Simmel s'efforce de mettre en relief. C'est ainsi qu'il recherchera abstraitement, et quel que soit le contenu des sociétés, comment les relations entre individus y varient selon que la supériorité y est concentrée dans un individu, ou concédée à un groupe, ou incamée dans quelque principe supérieur aux groupes comme aux individus. E)e même, s'il parle de concurrence, ce ne sera pas pour étudier telle ou telle des formes spéciales de la concurrence — économique, religieuse ou esthétique — , mais pour rechercher en général
l'utilité des conflits, quelles sortes d'ententes ila impliquent, comment se défend l'unité sociale contre les principes de division qu'ils y peuvent introduire, etc. De même encore ce qui l'intéfesse dans les sociétés secrètes — que ce soient des groupements de conspirateurs ou de voleurs, d'illuminés ou de débauchés — ce sont les relations caractéristiques que, du fait même qu'elles sont secrètes, ces sociétés tendent à iosiituer entre leurs membres.
Par où Ton voit que lorsque Sïmmel parle des formes sociales, il n'entend pas seulement les formes extérieures des sociétés. Dans V Année socto/o^t^u« on range sous la rubritpie Il morphologie sociale u tout ce qui concerne le sol et la population, les bases géographiques et démc^^phiques de la vie des collectivités. Cette étude ne constituerait qu'une petite partie de la morpholc^e telle que l'entend Simmel. 11 glane des remarques sur un lait tout extérieur comme la quantité sociale et ses variations, mais aussi bien sur une institution proprement -dite comme le régime aristocratique, sur un processus comme la concurrence, sur une qualité comme le caractère secret de tel groupement.
A quel résultat l'usage de ce biais peut le conduire, il faut — autant qu'on peut résumer ces suites d'aperçus exb^ mement ingénieux et subtils — le montrer par quelques exemples.
Nous disions de la supénOTÏté qu'elle peut être exercée soit par un individu, soit par un groupe, soit par un principe collectif supérieur aux rodividus. 11 faut suivre les conséquences de ces diverses hypothèses.
La subordination d'un groupe à un seul individu, — que cet individu représente d'ailleurs les aspirations du groupe ou les contrarie — a pour conséquence ordinaire l'unification du groupe. Par là s'explique le principal avantage des monarchies : elles font l'unité des peuples. La décadence des cités