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LA SOCIOLOGIE DE G. SIHHEL

tution des soeiétés. Il perd seulement, et l'on peut espérer qu'il perdra de plus en plus ce qu'il peut avoir d'humiliant pour les inférieurs, puisque la supériorité s'abstrait en quelque sorte de la personnalité à laquelle elle était originairement liée.

On pressent ce qu'une pareille méthode, appliquée aux sociétés secrètes, peut fournir d'aperçus suggestifs. Groupements de conspirateurs ou de voleurs, d'illuminés ou de débauchés, Simmel fera observer que le secret est, pour tous les groupements du même ordre comme un organe de protection. Pour [que cet organe puisse bien remplir sa fonction, ne faut-il pas que les associés puissent avoir pleine confiance les uns dans les autres ?

11 importe donc qu'ils aient appris à se taire (et cet apprentissage du silence était peut-être, pour l'énergie morale, la meilleure des écoles). II importe aussi qu'ils sachent obéir sans discuter, voire sans comprendre, sur un mot d'ordre. D'où l'usage des formules et pratiques rituelles destinées à assouplir et à lier les volontés individuelles. D'où l'organisation de ces hiérarchies strictes, où les fonctions diverses correspondent à des degrés inégaux d'initiation. D'où le caractère mécanique, en quelque sorte, que revêtent normalement ces associations, les plus « conscientes » de toutes, les plus voulues, par cela même qu'elles sont secrètes.

Résumés trop brefs, et qui laissent perdre toute cette ingéniosité de détail qui fait le charme des développements de Simmel. Ils permettent du moins d'entrevoir la richesse des déductions psychologiques dont son œuvre fourmille.

La sociologie ainsi comprise peut-elle être autre chose qu'une psychologie ? La conséquence, si elle devait être tirée.

ne serait pas pour déplaire à Simmel. Il confesse, ou plutôt il proclame que les interactions qui lui paraissent être les élémenta constitutifs de la vie sociale sont des phénomènes psychologiques. Et pour lui comme pour Tarde — on pressent d'ailleurs combien il y a d'analogies entre les manières de ces deux penseurs — l'analyse des interactions mentales est l'essentiel de la sociologie- C'est pourquoi, sans doute, à l'étude des grandes institutions — églises, pouvoirs politiques, oi^anisations commerciales — qui dominent les individus, ,et une fois constituées paraissent vivre d'une vie à part, il préfère, comme plus explicative, celle de l'association, « à l'état naissant », à savoir celle des relations entre individus, des réactions qu'ils exercent les uns sur les autres, et qui expliquent la vie des touts sociaux comme les réactions physico-chimiques échangées entre les cellules exphquent la vie de l'oi^anisme.

Au fond, les êtres sociaux n'ont pour Simmel qu'une réalité provisoire, et qui doit s'effacer, en quelque sorte, au fur et à mesure qu'on connaît mieux les interactions dont ils émanent. Il admet volontiers, pour sa part, qu'une science parfaite ne verrait que des réalités individuelles, réagissant les unes sur les autres. Et il n'est satisfait que lorsqu'il nous a mis sur le chemin de cette explication par les éléments, par les molécules, parles atomes sociaux.

Par où l'on mesure â quel point sa pensée, si elle se rapproche de celle de Tarde, s'éloigne de celle de Durkheim.

A quoi la conduisent, à quoi la condamnent ces conceptions et ces méthodes, il n'est que trop aisé de s'en rendre compte. Les explications sociologiques demeurent aux yeux de Simmel les explications par le dedans, celles qui recons-

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