‹ La philosophie allemande au XIXe siècleChapitre 56 sur 63 · Kurt BreyBig, KalLjtr^Khickte dtr MenKhlteit, I, tô · texte numérisé non relu

Kurt BreyBig, KalLjtr^Khickte dtr MenKhlteit, I, tô

leuse à situer dans des registres plus détaillés une masse plus compacte de faits Gxés isolément et dont aucun ne semble s'être recommencé.

Mais c'est cette prétention de saisir le particulier et l'irréductible que Kurt Breysig essaie de montrer dans son inanité. On paiie de faits isolés et irréductibles, de personnages dénués deressemblfuiceavecd'autres. Comment peut-on savoir qu'îb sont tels, si ce n'est par comparaison ? Et cette comparaison, l'histoire descriptive ne la fait jamais. La description de ce qui est unique dans les faits et dans les personnes n'exige-t-elle pas La connaissance de ce qui leur est com- ' mun ? Il y a, dans tout ce qui se passe, à faire la déduction de ce qui est nouveau et de ce qui se répète, de ce qui est unique et de ce qui s'est vu par quantités tC exemplaires. Il parait bien que l'histoire se doit de se prononcer sur cette qualité des faits ou des personnages, qui les fait inédits ou qui les classe dans le connu. Il est donc nécessaire d'instituer méthodiquement cette comparaison que l'histoire descriptive a toujours omise.

Cela semble difficile en ce qui concerne les hommes. Aussi bien est-ce la biographie qui est restée le plus exclusivement descriptive ; et l'histoire politique, dans les monuments principaux qui la représentent, n'est guère que la biographie enchevêtrée des hommes réputés décisîfe. Le parti pris où l'on est de vouloir décrire des actes et non des états de choses ajoute encore à cette difficulté de se détacher de ce qui est pure succession. Maïs le successif n'est pas l'unique : et le jugement sur ce qui est décisif n'est pas motivé tant qu'on n'a pas atteint l'irréductible. La comparaison qu'on instituerait entre les hommes d'une époque, même entre ceux qui émergent dans l'éclat de la vieille biographie imagée, révélerait entre eux des structures d'esprit communes : il y a dans la courbe de leurs vies différentes des trajets analogues, des

points culminants et des chutes placés en des points similaires. De Caïus Gracchus à César les chefs romains offrent des physionomies morales et des façons d'agir toujours pareilles et très reconnaissables '. Mais que l'on passe ensuite des hommes placés dans la lumière crue de ta notoriété aux personnages de second et d'arrière-plan, que la documentation permet encore d'atteindre. Qu'on interroge leur vie avec le même souci de considérer leurs œuvres et leurs actes comme des symptômes de leur personnalité. On verra des types en nombre limité fourmiller, avec des déformations qui n'effacent pas l'analogie de structure, dans la masse ellemême. Par degrés, une histoire des mœurs, des familles et des classes prendra ainsi la place, nécessairement, de l'histoire des grands individus d'élite ; et c'est la vie des grands hommes au contraire qui est destinée à rester incomprise tant qu'ils n'auront pas été situés dans la vie de la multitude.

Il en va de même des grands actes et des grandes œuvres. Fort heureusement les sciences voisines de l'histoire politique ont préparé la tâche. La science du droit, de l'économie politique, de la religion, de l'art, ont créé des séries historiques où se rangent les faits similaires. Ces sciences n'ont pas cessé d'être conceptuelles, pour être devenues historiques. Inversement l'histoire pure ne cessera pas d'être l'histoire, parce qu'elle deviendra conceptuelle. Il nous est familier de parler de contrats juridiques romains, dont il existe des centaines de milliers d'exemplaires attestés par des textes, ou de faits économiques, qui s'accomplissent journellement par centaines de millions. Mais nous avons appris à reconnaître que ces faits de droit ou d'économie ne se passent pas selon le même mode en divers siècles ; et ce qui

1. Kurt Breyaig, KvUurgesek. ier Menschheit, I, 51. — Kulturgeick. der Neuzeit, II', p. 416 et suiv.

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nou3 importe, c'est de définir le changement de l'idée qu'on s'est faite des formes du droit ou des pratiques économiques selon les temps. Or, comment la même méttiode ne seraitelle pas applicable aux grands faits de l'histoire politique? La méthode comparative nous révélera qu'il n'y a pas lieu surtout de faire l'histoire détaillée d'un traité (par exemple le (raité de Westphalie). Mais, comme, & une même époque, tous les contrais de droit privé se ressemblent, ainsi les traités entre les États dans un même temps. Les traités de dépouillement territorial ou de succession de famille entre les monarchies d'ancien régime ae ressemblent tous entre eux. Ils diffèrent aussi, par des traits communs, des traités de paix entre nations modernes, remplis surtout de stipulations sur les tarifs de commerce ou les zones d'influence ; et l'essentiel est de fixer ces formes, changeantes avec le temps, durables et communes en une même époque.

Contrairement à ce que pensaient les historiens descripteurs, il n'est donc pas vrai que l'histoire traite de faits uniques. Presque fous les faits, à quelque degré, se répètent et il importe avant tout de déterminer ces régularités. Il ne faut pas dire que l'histoire se refuse à décrire le permanent, mais qu'il y a du permanent même dans les actes qui s'écouleut. Car Us se ressemblent souvent, et cette ressemblance doit tenir à des conditions qui se reproduisent ou qui durent. « Die Wakrheit isi, dass aile Geschichte fîiessende Zusiandsgeschichte m'. »

Par la même raison, l'histoire sera, dans une lai^ mesure, l'étude des phénomènes collectifs, que les historiens descripleurs voulaient exclure d'elle. On conçoit bien la pensée qui les inspirait. Ils sont les héritiers d'une façon d'écrire l'histoire encore tout artiste. L'art n'est pas le serviteur du réel.

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