XIV INTRODUCTION
suprême. Mais cet idéal du vrai, lui-même est-il vrai? La vraie vérité y est-elle comprise? J'entends la vérité objective ou aôsoluey comme Test toute vérité. Quelle y soit incomplète et imparfaite, mêlée d'erreur, obscure souvent et voilée, inadéquate en un mot, cela va sans dire. Mais la question n'est pas là; le point seulement est de savoir si elle y est en quelque façon et à quelque degré qu'on l'entende pourvu qu'elle y soit. Là-dessus, la réponse doit être nette, précise, catégorique. Si elle est négative, c'est le scepticisme avec toutes ses conséquences. Est-elle affirmative? nous rentrons dans ce qui a été dit plus haut de la vérité des systèmes et de la loi qui régit leur développement.
2"* Cet idéal, commun à la philosophie, à l'art et à la religion, c'est un idéal abstrait^ j'entends dépouillé de toute forme concrète ou sensible, Imaginative ou figurée, ce qui le distingue de l'idéal concret religieux ou artistique et l'assimile au moins par là à la science. La philosophie, par ce côté du savoir humain, la forme abstraite, est une science; elle s'adresse à l'entendement ou à la raison pure. De plus, elle procède par des moyens scientifiques. Si elle a sa méthode, des procédés à elle qui lui sont propres, elle ne fait pas moins usage de tous les autres procédés qu'emploient les sciences. Seulement elle ne réussit pas aussi bien dans leur emploi ; mais cela ne fait rien à la forme scientifique. Observation, analyse, synthèse, induction, déduction, analogie, démonstration, tous ces procédés font aussi partie intégrante de sa méthode.
Pourquoi donc lui refuser, par là encore et à ce titre, d'être science? La raison qui poursuit un idéal abstrait par des procédés de la pensée abstraite et qui sont des procédés scientifiques, si son idéal n'est pas absolument chimérique, peut-elle créer autre chose qu'une œuvre scientifique? Peut-il en être autrement, même à supposer que cette science soit condamnée à ne jamais atteindre son objet d'une manière aussi exacte et aussi parfaite que les autres? Le motif de cette exclusion ne semble pas suffisant. Quelle est d'ailleurs la science qui puisse se vanter d'être
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en pleine possession de son objet, d'être arrivée à son terme? Est-ce parce que l'objet de celle-ci est l'objet le plus élevé de la pensée, qu'il est, à la fois, à la base et au sommet de toute science? Le vrai savoir ou la vraie science, disent les anciens, est le savoir rattaché aux principes. « Savoir, c'est savoir par les causes », dit Aristote {Met., I), après Platon. (V. Théétète.) Cette notion de la science, qu'en avaient les anciens, serait-elle iausse aux yeux des penseurs modernes qui la contredisent? En ce cas, leur opinion aurait pour effet de bannir de la science, ou de placer en dehors d'elle, ce qu'il y a déplus scientifique (t^ ^'kvrzcL hz\,(rrr\'zk) [Arist.] ; de sorte que de la science la vraie science se trouverait exclue. Le progrès n'est pas évident.
S"" C'est, nous dit-on, d'un ton afSrmatif, un peu hautain, (V. Cioumot, Ibid.f p. 222), que le procédé philosophique n'est ni la démonstration, ni V expérience, mais Y intuition; c'est que le moyen de vérification, le seul vrai critérium de la science, y est impossible. — Nous croyons l'assertion peu réfléchie, et nous craignons qu'en la soutenant on ne s avance un peu trop, que, contraire à la philosophie, elle ne nuise à la science ellemême qui pourrait bien elle aussi par là se trouver impossible. L'intuition, qu'on le sache bien, elle est partout, dans la science et en toute science, car elle est l'acte même de la pensée; comme telle elle est placée à la base, au milieu et à la fin de toute opération scientifique. Sans elle, il n'y a pas de principes, ni d'expérience possible, comme il n'y a pas de démonstration sans axiomes.
Rigoureusement appliqué, ce critérium ôterait aux sciences exactes, aux mathématiques elles-mêmes, leur certitude ; ellesmêmes n'auraient qu'une base incertaine ou hypothétique; ce qui est absurde. Toute science, même la plus exacte, procède par intuition et aboutit à l'intuition. La démonstration repose sur des principes qui échappent au raisonnement et sont intuitifis. L'intuition l'accompagne dans tous ses intermédiaires; seule elle relie tous les anneaux de la chaîne, comme elle rat-