APPRÉCIATION DE LA SOPHISTIQUE
a entendus? Hs ont contribué au progrès des arts et des sciences; mais il n'ont pas moins enseigné l'erreur comme étant la vérité.
Ils ont leur place sans doute dans l'histoire de la philosophie et dans la succession de ses systèmes. La sophistique n'y est pas seulement comme l'ombre dans le tableau, elle y est aussi pour avoir contribué à la marche et au développement des idées, à l'avancement des sciences et des arts. Hais l'humanité n'en sait aucun gré aux sophistes. En Grèce, ils ont suscité Socrate, qui, sans eux, n'aurait pas été. Ce n'est pas une raison de les confondre avec lui ni lui avec eux. S'il n'eût été, comme on l'a dit (Grote), que le premier des sophistes, il aurait eu, même ayant bu la ciguë, une autre place dans la mémoire des hommes. Eux-mêmes ont la leur, que la postérité leur assigne. Elle refuse de les admettre dans le chœur des vrais sages. La dialectique et l'érudition ne les y feront pas entrer.
trompeurs. Le mot ye^/a|ccy devint Byoonyme d'emphase et de manvtds goût.
PlatoD, qui les met en scène et flétrit dans ses dialogues, les a-t-il calomniés ? Non, mais idéalisés. Qu'il ait chargé le tableau et exagéré les portraits, cela est de l'artiste ; mais les traits essentiels et vrais ne ressortent que mieux. Des sept définitions qu'il donne de la sophistique, en est-il une qui soit de la pure satire ? S'il convient de les adoucir, aucune n'est à retrancher. On sait qu'il les appelle de rusét chasteur$ (Vhomme$,.,. il les assimile aux marchands forains, etc. Comparés par Socraie (Cf. Xénophon) à ceux qui trafiquent de leur beauté, il les donne comme des corrupteurs de la jeunesse, des docteurs d'Incrédulité, des professeurs d'immoralité, des apologistes de la volupté (Gorgias).
Ces épithètes sont peu flatteuses. La sophistique est définie par lui Vart de faire naître par la dispute des contradictions. (Voy. le Sophiste,)
Il leur reproche partout leur vanité, leur charlatanisme, leur cupidité ou leuramonr du gain. Prolagoras, dont il fait quelque part l'éloge, n'est pas épargné. « Je connais un homme, dit-il (Jtf^non), c'est Protagoras, qui a amassé, en faisant le métier de sophiste, plus d'argent que Phidias, dont nous avons de si beaux ouvrages, et dix antres statuaires avec lui. » Ces faits sont-ils controuvés ? Xénophon, si peu favorable à Platon, s'exprime de même. Et Aristote, qui aime tant à contredire son maître^ pense et dit comme lui. (Voy. Soph,^ Rhét. et Met,, IV, 2.)
Laissant-là les hommes, si Ton se reporte à la doctrine, elle est ce qu'elle a été exposée plus haut. Tout y est lié, conséquent. Les contradictions n'y nuisent pas à l'unité. Loin de là ; elles la confirment. Celui qui la mettrait en pratique seraitil homme de bien ? La pratique peut-elle s'isoler à ce point de la théorie ? La conduite n'en retlendre-t-elle pas quelque chose ? On distingue les deux générations de sophistes ; soit. Mais la seconde est fille de la première. Elle tire les conséquences des principes. Platon l'a vu, et son tableau dramatique est plus vnd que l'histoire.
Si donc on a bien fait de réintégrer la sophistique et les sophistes dans l'histoire^ il ne fallait pas les réhabiliter, La place du penseur, ami de la science et de la vérité, qui les reproduit dans sa personne, reste distincte de la leur. Quand les sophistes paraissent sur la scène, c'est pour y Jouer le rôle de sophistes. Placés à côté des vrais philosophes, Ils peuvent aider à l'harmonie par le contraste ; mais ils conservent leur figure. On aura beau leur retirer leur fard, ou les farder de nouveau, leurs traits ne seront pas changés. Toujours la sophistique sera la sophistique et les sophistes seront les sophistes.
106 PHILOSOPHIE ANTÉSOCRATIQUK
Noos dirons donc «rec Secrate et avec Piaton, qui philosophiquement soutinrent cc^ distinction absoine, du \rai et du faux, dn bien ei dn mal, contre les sophistes ; Ce qui est trai est wai, ce qui est box est iam, pour f historien comme ponr le philosophe. Nous ajouterons : Ce qui est beau est beau, ce qui est laid est laid, et c'est une chose laide que la sophistique. (Platon, Gargias^ XYIII.)