RÉSUMÉ DE CBTTR PÉRIODE
les conceptions premières de ces philosophes. L'empkkme, Fidéalisme, le panthéisme, le naturalisme, le spirilnalisme, le scepticisme y sont reconnaissables dans leurs premiers linéaments et n'auront plus lard qu'à se développer. — La langue philosophique, d'abord empruntée à la poésie, peu à peu s'est créée et fixée sous sa forme abstraite. Non-seulement la pensée s'est dégagée de l'obscurité des symboles ; mais elle a percé aussi cet autre ▼oile des images et des signes figurés qui la cachent ou ne la montrent pas dans sa pureté ; elle le rejette et se fait à ellemême son mode d'expression. Le vers par elle est abandonné comme une entrave, et la prose lui succède. La philosophie de cette époque (et cela est à noter) a su se créer des termes techniques et des formules si justes et si précises que la science la plus exacte plus tard n'a eu qu'à les lui emprunter. Toutes ces écoles en ont inventé : les pythagoriciens, les éléates, les atomistes et les sophistes^ et ces termes sont restés. Cette langue n'a qu'à s'enrichir encore plus et à se régulariser pour devenir d'un usage universel. Les philosophes consignent leurs pensées dans it nombreux écrits malheureusement perdus. — Un art nouveau, la dialectique, est né, qui doit servir A la science humaine dans toutes ses discussions, art dont il est facile d'abuser, mais nécessaire à la vérité, qu'elle met en lumière, qu'elle sépare de tout alliage dogmatique, hypothétique, on d'erreur et de mensonge. — Le polythéisme est attaqué et refoulé ; ce qu'il y a d'inconsistant ou de grossier dans ses fables est mis à nu, la partie physique surtout, en attendant que le côté moral ou immoral à son tour soit dévoilé et forcé de céder le pas à une morale plus pure et plus haute, que la philosophie, ayant vaincu les sophistes, saura tirer des profondeurs de la conscience humaine.
Tout cela, il est vrai, n'est qu'un préhide. Ce sont les essais d'un artiste plein de génie qui n'a encore donné que des ébauches, mais dont les grandes oeuvres ne se feront pas longtemps attendre.
Les défauts sont trop faciles à signaler. Le principal est l'absence de méthode et de vraie critique. L'hypothèse avec le raisonnement à priori domine dans ces systèmes. L'esprit ne sait pas trop où il va ni d'où il part; il ne sait ni s'orienter, ni mesurer ses fbrces; il ue sait asseoir sa base. Mais ces vices sont déjà signalés. Les sophistes qui en profitent les mettent à nu. Cest par là qu'ils ruinent la science. L'esprit averti aura donc, après avoir reconnu ses écarts et mis A profit ses propres mécomptes, à revenir sur luimèfiM, à assurer son point de départ et à s'interroger sur la route meilleure qu'il doit tenir.
108 PHILOSOPHIE ANTÉSOCRATIQUE
Déjà, on Ta vu, il a senti le besoin de revenir sur sa pensée, de sonder les bases du savoir humain et de se connaître lui-même. Les sophistes ont au moins rendu ce service de montrer le chemin. Ils ferment ainsi cette époque et commencent une ère nouvelle. Pourtant ils appartiennent encore an passé. Car cette voie, ils n'y entrent pas, ils l'indiquent seulement. Ils restent en arrière ou s'arrêtent, contents de s'asseoir au milieu des ruines.
L'esprit grec qui s'est un moment donné à eux, s'il leur appartenait, serait stérile, et sa tâche serait finie ; mais il n*en peut être ainsi, et elle ne fait que commencer.
n. Mouvement général de la pensée spéculative. — Nous devons préciser encore plus, au point de vue spéculatif, le mouvement qui s'est accompli dans ces premiers systèmes.
Selon Aristote, qui les juge d'après sa propre doctrine métaphysique, mais avec une justesse profonde, le caractère commun à tous les philosophes de cette époque est d'avoir été matérialistes. (Met..» I, m.) Le matérialisme, pour lui, consiste à n'avoir saisi que le côté extérieur ou matériel des choses, même quand il s'agit d'abstractions comme les nombres ou de l'être abstrait des éléates.Enun mot, il leur reproche de s'être arrêtés à l'être sans avoir pu pénétrer jusqu'à la raison d'être, à ce qui est le moteur et la fin, la cause réelle, et cette raison, c'est la pensée. Quand ils ont entrevu ce principe, ils ne savent distinguer nettement la matière de l'esprit. Ce caractère est commun aux pythagoriciens et aux éléates aussi bien qu'aux ioniens, à l'atomisme et à Heraclite. Pris en soi, l'être est considéré dans sa qualité ou dans sa quantité^ mais non dans sa cause véritable, dont l'attribut est la pensée. Le devenir lui-même, comme chez Heraclite, ne sort pas de ce point de vue. Le changement n'y est pas expliqué; la transformation est un fait qui a sa cause ; cette cause est omise, ou on ne la distingue pas. La matière d'ailleurs, qu'elle soit animée par l'esprit ou qu'elle ne le soit pas, qu'elle soit simplement combinée, arrangée, etc., ne recèle pas en elle ce principe et reste confondue avec lui. Le principe interne ou moteur n'apparatt clairement ((pocvcpôSç) qu'avec Ânaxagore dans le dernier de ces systèmes. Ce moteur est intelligent ; mais encore n'est-il pas conçu comme cause et raison véritable ou cause finale. Il est proclamé et aussitôt abandonné. Le voîk, ce dieu moteur et ordonnateur, n'est en réaUté qu'une machine. Le dualisme subsiste. Cette intelligence ne fait rien d'intelligent. Elle-même ne se sait pas. Le matérialisme continue dans les