‹ La philosophie ancienneChapitre 104 sur 194 · I. — La Vie et la Personne de Soor&te · texte numérisé non relu

I. — La Vie et la Personne de Soor&te

Nul philosophe ne demande à être plus personnellement connu que Socrate. Sa doctrine et sa irie ne font qu'un ; sa ide, c'est sa doctrine en action, et celle-ci ne se comprend qne par le personnage qui la représente. L'esprit et le caractère de Socrate, les qualités de son génie, ses vertus, son enseignement, sa mission, le procès qui marque la fin de sa longue carrière, et la mort qui la couronne, forment, avec sa philosophie, un ensemble dont les parties ne peuvent se détacher. N'ayant d'ailleurs lui-même rien écrit, c'est dans ses actes, ses discours ou ses entreliens avec ses amis, c'est avec les autres figures qui se groupent autour de lui, qu'il apparaît lui-même et que l'on apprend à le connaître. Tel il fut pour ses contemporains, tel il doit se montrer à la postérité.

1. La vie de Socrate. — 1** Sa naissance, sa jeunesse et son éducation. Ses premières études. — Il naquit à Athènes, la 4« année de la 77«» olympiade (470 av. J.-C). Son père était un pauvre sculpteur, nommé Sophronisque ; sa mère, une sage-femme, Phœnarète. On sait très-peu de chose de ses premières années et de sa jeunesse. Il suivit d'abord la proression de son père ; on montrait de lui un groupe des trois Grâces, vêtues, dans l'Acropole. (Pausan., I, 22, 8.) Son éducation ne dut pas d'abord être fort différente de celle des autres jeunes Athéniens, et l'on sait à quoi alors elle se réduisait. (Yoy. supra ^ p. 85.) On le voit plus

tard chercher à la compléter. Il montra de bonne heure un goût très-vif pour les choses de Tesprit et un très-grand désir d'acquérir toute sorte de connaissances. D'une constitution vigoureuse^ il se livrait aussi avec assiduité aux exercices du corps, auxquels il attachait une grande importance; il en conserva Tbabitude jusque dans sa vieillesse; ce qui lui valut, dit-il, une santé robuste, exempte de maladie. Ayant hérité d'un petit bien i la mort de son père, il renonça à sa profession pour se livrer UM entier à l'étude de la philosophie. Il prit des leçons de Prodicus, étudia la musique sous'Damon et lut les œuvres des poêles. Il fit aussi assez de progrès dans les sciences exactes, telles que la géométrie et Taalronomie. (Xén., Mém.y IV, 7.) Pris d'un vif désir de savoir tout ce qu'avaient découvert ou cru découvrir les anciens physiciens, il s'en instruisit dans leurs écrits et lut ceux d'HéracUle, d'Ëmpédode et des alomistes. (/6id., I» i; IV, vu.) S*il n'entendit pas Parménide et son disciple Zenon (voy. Parménide), il dut se rendre familier leur système. Il se procura et lut avidement les livres d'Anaxagore. [Phédon, XL\L) On dit même qu'il eut pour maître son disciple Archélaûs K Qu*il restât étranger k renseignement des sophistes, on ne doit pas le penser ; il dut assister à leurs exercices, soit publics, soit particuliers. On sait qu'il prit des leçons de Prodicus. (PL, Protag.j Rép.^ I.) Rien donc ne lui manqua de ce qui pouvait servir soit à orner o« cultiver son esprit, soit i le mettre au courant des systèmes de ses devanciers, de ce qui devait en un mot lui être nécessaire pour la mission qu'il se donna plus tard. Xénophon, pourtant, fait entendre {Banquet, 5] qu'il fut son mattre à lai-mème et l'artisan de sa philosophie : (îuxoupYbç ttJç ^cXoao^ia;. Mais cela n'a rien de contradictoire et s'est dit de quiconque, non content des idées d'autrui, a su se créer des opinions ou une doctrine à lui propres.

2"" Principaux événements de sa vie. —Son âge mftr n'est guère p1«8 connu que sa jeunesse. Il apparaît toujours comme un vieillard dans ses entretiens. Quant aux événements de sa vie extérieure, ce que l'histoire en raconte se réduit à quelques faits, non, il est vrai, sans importance. A Topposé des autres philosophes, qui tous avaient voyagé pour slnstruire, lui, à part les expéditions dont il fit partie, ne sortit guère des murs de sa ville natale ^.

1. c AJb anUqua phUoeophia «sqoe ad Soorttem, cpA Arohelanm, Anaxagore disclpolum, andierat, oiuneri motnaqae traotabastur, et onde oomia orirentnr, quote recéderait, stiidioae ab h» riderum BUgoitocQnes, intervafla^ conns iaquirebantnr et euoeta ccBlestÔL » (Cle^ Tuscy V, iv.)

2. « Tu D'ea sorti de nos mars que pour aUer à laguerr»; jamaia ta n'aa antre-

Aristote nous dit pourtant qu'il alla jusqu'à Delphes, et Phavorinus qu'il visita Tisthme de Corintbe (Diog. L., 11,5). La nature avait peu d'attrait pour lui. Il disait que les champs et les arbres n'avaient rien à lui apprendre, et qu'il préférait vivre au milieu des hommes {Phèdre). Il fit comme simple soldat les trois campagnes de la guerre du Péloponèse et s'y comporta vaillamment. Au siège de Polidée, il sauve la vie à Alcibiade et mérite la couronne civique, qu'il refuse et fait décerner à son jeune ami. A Delium, en Béotie, il délivre Xénophon blessé, l'arrache des mains des ennemis et le transporte sur ses épaules. A Amphipolis, il couvre la retraite, marchant à pas lents et imposant aux ennemis par sa fière contenance. (Voy. Platon, Banquet.) Partout il se fait admirer par sa patience à supporter les plus rudes fatigues, indifférent au froid et à la chaleur, endurant tout sans jamais se plaindre.

3o Sa vie privée et domestique. — Toute selon les mœurs antiques, sa vie privée n'a rien à nous offrir» sinon qu'il vécut toujours pauvre. Quand les sophistes s'enrichissaient et faisaient payer cher leurs leçons, lui refusait l'argent de ses disciples et de ses amis ; il regardait comme indigne d'un philosophe de rien recevoir pour la vérité qu'il enseigne ou les conseils qu'il donne ; il partageait en cela l'opinion des sages ses devanciers ^

Ce qui est dit de son ménage et de sa femme Xantippe^ dont il eut à supporter le caractère difficile, nous le montre avec sa bonne humeur habituelle, sachant tirer parti de tout pour s'exercer à sa patience '. Du reste, il vécut peu dans son intérieur. L'éducation

pris aucun voyage, comme o'est la coutume de tous les hommes. Jaoaais tu n'as eu la curiosité de voir une autre ville ni de connaître d'autres lois. (Plat., CriUm,)

1. Il ne tirait aucun argent de ceux qui vivaient près de lui. Il croyait ainsi mieux garder sa liberté... Il s'étonnait qu'un homme qui fait profession d'enseigner la vertu exigeât un salaire. (Mém., l, 2 ; Cf. I, 6.) Il comparait les sophistes à ceux qui trafiquent de leur beauté. {Ibid,)

2. Diogène Laerce (11, v) raconte plusieurs traits plaisants à ce sujet II compandt une femme acariâtre aux chevaux vicieux des écuyers... « Si Je m'habitue, disaitil, à l'humeur de ma femme, je m'accommoderai à celle de tout le monde. » — Une fois, Xantippe, après l'avoir accablé d'injures, lui jeta de l'eau au visage. « Je savais bien, dit-il, qu'un si grand orage ne pouvait se passer sans pluie. > Etc. —

La cause de Xantippe, restée le type des Temmes méchantes, a été plaidèe avec esprit (Heumann, Zeller). — Il est certain qu'elle eut un mari bien original. Quoiqu'elle ne fût pas douce non plus pour ses fils, elle eut de bonnes qualités. Socrate lui-même la défend. (Mém., II, 2.) — Elle reparaît dans sa prison (Phédon) avec ses enfants. — La comparaison avec les sophistes fut peut-être le sujet de plus d'une querelle intestine. Ceux-ci amassaient des trésors, lui ne gagnait rien. En bonne ménagère, n'avait-elle pas de quoi s'exaspérer quand elle voyait Socrate, après avoir jasé tout le jour en public, rentrer à la maison sans rapporter une obole? — Ce qu'on dit de Socrate bigame et de ses deux femmes ne mérite pas créance. (Voy. ZeU^r, t. II, p. 81.)

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