SA VIE BT SA PERSONNE
de ses enfants, auxquels on lui voit donner pourtant de sages conseils (Mém., n, 2), ne l'occupe guère. (Cf. Phédon.) Sa famille, ce sont ses amis et ses disciples, les personnes de tout rang et de toute condition avec lesquelles il s'entretient sans cesse, qu'il cherche à éclairer, à conduire à la vertu. S*étant donné pour mission de réformer les mœurs, il négligea ses propres intérêts K
A^ Sa me publique. — Il ne voulut pas prendre part aux affaires publiques, sentant bien que sa mission était toute autre (voy. infra) et qu'il n*y pouvait être utile. Il se contenta de remplir avec exactitude et avec la même intrépidité qu'il avait montrée à la guerre ses devoirs de citoyen. Une fois, comme premier prytane élu par le sort, il eut à présider une assemblée. Seul, au péril de sa tête, il s'opposa à la volonté injuste du peuple, qui voulait faire condamner à mort les généraux accusés de n'avoir pas fait donner la sépulture aux morts, après le combat des Arginuses. (Plat, ApoL ; Xénoph., Mém., IV, 4). Plus tard, il osa résister aux Trente et contitinuer, malgré leur défense, à s'entretenir avec ses disciples. (Mém.f I, 2.) Il refusa à Critias et à ses collègues de leur amener Léonte de Salamine, qu'ils voulaient mettre à mort. (Plat., Apol.) On verra plus tard sa force d'âme se révéler plus grande encore devant ses juges, dans sa prison et aux derniers moments de sa vie.
II. Sa personne, son originalité, son esprit et son génie. — 1*^ Le portrait de Socrate^ tel que le donnent les contemporains, est celui d*un personnage unique dans l'histoire. Il ne ressemble à aucun de ceux que nous offre le siècle de Périclès si riche en figures grandes et plastiques et qui toutes cependant se distinguent par leur originalité. Lia sienne consiste dans une foule de traits disparates ou opposés, dont quelques-uns semblent vulgaires et le sont en eflet, mais qui ne font que mieux ressortir les hautes qualités de sa nature et de son génie. Ce qui, chez d'autres, pourrait choquer, ajoute encore à l'attrait puissant de sa personne et marque sa physionomie d'une empreinte ineffaçable pour la postérité.
La nature ne l'avait pas favorisé du côté de l'extérieur. Un front saillant, un nez camus et retroussé, des yeux gros, mobiles et à
! . « Il vécut 80D8 cesse an g^rand Jonr : le maUa, U allait aax promenades et aux gymnases, se montrait sar Tagora à l'heure où elle est pleine de monde, et se tenait le reste de la journée aux endroits où elle était le plus nombreuse. H y parlait souvent, et qui voulait pouvait l'entendre. » {Métn.^ I, i.)
H4 SOORATE
flenr de tète, un Tentre proénrinent Ini daonneK l'air d'une espèce de silène. (Plat., Banquet.) Sa mise, conforme à sdn genre de ▼ie panvre et austère, était d'une extrême simplicité. Il portait hi^er et été le même manteau, allait pieds nus/sa démarche était ferme et saccadée, son regard assuré *. Quelquefois îl s'arrêtait et restait plongé dans une rêverie ou méditation profonde dont rien ne pouvait le tirer. (Voy. Banquet.) On raconte €[ue, pendant une de ses campagnes, au siège de Potidée, on le vit, devant sa tente, se tenir tout un jour immobile, dans une espèce d'extase, et les soldats le trouvèrent le lendemain au point du jour dans la même altitude.
2* Son esprit; naiwre de son génie. — L'origmalité de son esprit et de son génie n'est pas moins à remarquer. Les mêmes contrastes s'y retrouvent. D'une grande simplicité , nullement affectée, et s»ns rien annoncer qui dût frapper, il cachait, sous des apparences communes et qu'on pouvait prendre pour vulgaires, des trésors que ceux qui l'abordaient n'étaient pas longtemps à découvrir en lui et à apprécier. Il exerçait sur eux un charme irrésistible» Cet esprit était un mélange de bon sens et de finesse, de sagacité péné^ante et de haute raison, d'imagination vive et Kconde et de profonde réflexion. Il n'était pas, en l'a vu, exempt d'exaltar tion et d'enthousiasme, qu'il savait contenir et déguiser par une ironie fine et enjouée, à la fois plaisante et sérieuse. Son admirable talent de discussion, que nul peut-être n*a égalé, n'était pas sans subtilité, ce qui le fit souvent confondre avec les sophistes. Son langage, simple et familier, plein de c(»npanisons empruntées aux objets les plus vulgaires, semblait presque tririal ; mais on y découvrait bientôt un sens moral élevé et profond. En un mot, par toute sa personne, son extérieur, son esprit, son genre de vie, ses discours, Socrate était fait pour fixer sur Ini l'attention, attirer les uns, repousser les autres, lui créer en foule des amis et des ennemis.
Platon {Banquet) a tracé de son mattre le portrait le plus vivant et le plus fidèle, dans le discours qu'il fait tenir à Alcibiade. Il fait ressortir le contraste de la beauté intérieure ou de l'âme avec la singularité ou la vulgarité de la forme, dans sa figure et ses discows : <( Je dis que Socrate ressemble tout à fait à ces silènes qu'on trouve dans l'atelier des sculpteurs. Quant à l'extérieur, Socrate, tu ne disconviendras pas de la ressemblance. Tu es un effronté railleur.... i»
1. « Et toi, parce que ta marches la tête haute, le regard assuré, les pieds nos, résigné à tout.., » (Aristopb., Nuéei,)