‹ La philosophie ancienneChapitre 106 sur 194 · SA VIE BT SA PERSONNE · texte numérisé non relu

SA VIE BT SA PERSONNE

c — Ce €[q41 dit panU d'abord enlièreinent grotesque. Il ne yoiia ptrle que d'ânes bâtés, de fargeroBS, de cordoflniers, de corroyeurs. l\ a Fair de dire tevjours la ménie chose, de sorte qu'il n'es4 fu d'ignorant et de sot qui ne puisse être tenté d'en rke. Hais qu'on ou^re ses discours, on les troutera pleins de sens; on verra ensuite qu'ils sont tout divins et qu'ils renfennmit ks plus nobles images de la vertu *. » {Banquet.)

Ce qui est dit de son éloqwnee et de rimpression qu'elle produi* sait sur ceux qui l'écouftaient pourrait sembler exagéré de la part d*un disciple, s'il n'était confirmé par d'autres el par le téMoîgaafe de la Grèce entière, c II possédait, dit Dîogène de Laerce, le takAt de persuader et de dissuader^. » {IHd.)

m. Le caractère de Socrate. — 1® Ses quaUtés naturelles et ses vertus acquises. — Il faut se rappeler qu'il s'agit ici d*nn sage ancien, non d*un saint ou d'un ascète, formé sur le modèle des perfections chrétiennes. Socrate est un Grec et un Athénien. Ses défauts, dont quelques-tms tiennent â son rôle et seraient ainsi plutôt des qualités, sont de son temps et de sa nation; ses vertus lui appartiennent. Il est un des plus beaux exemples d'une perfection morale acquise par de constants efforts et devenue par rbabitude une seconde nature. Ce qu'aurait dit, à l'aspect de sa figure, le physionomiste Zopyre {Phédon)j qu'elle accusait tous les vices, prouve qu'il sut transformer ceux-ci de bonne heure en vertus et dompter les plus mauvais penchants par la force de sa volonté. Ce qui le caractérise en effet, c'est la force unie i la modération,

1. Ces qnalités se retronvent jasqne dans les raflleries des poètes oomiqneBi Timtm .- c Ce tstlleor de pierres, ce ndsonneur légiste, cet enchaoteur de la Qrdoe, cet imposteur pédant, cet attique raffiné. » (Voy. Oiog. L., II, 5.)

Aristophane : c Tu as de la mémoire et de l'esprit. Tu ne te fatigues point, tu es insensible au froid et au chaud. Tu n'aimes ni le râ, ni la booae chère, ni In autres frivolités de ce genre, etc. » (Nuées,)

2. Alcibiade continue : « Marsyas charmait tous les hommes par la puissance des sons qui sortaient de sa bouche. Lui. avec de simples discours, fait la même chose... Qu'un autre parle, fât-ce le plus babMe oraleuf , il ne fait aucune impteasioii sor aous. Mais que tu parles toi-même» hommes, femmes, adolescents sont saisis, et transportés. Quand je t'entends, le cœur me bat avec plus de violence que ceux des corybantes. Ses paroles me fbnt verser des larmes. En entendant Périclès et ks antres orateers. Je lésai trouvés éloquents; mais Us ne fùoL éprouver rien, de semblable. » {Banquet.)

On peut ajouter ce que dit Cicéron :

ff Quorum prinoeps Socrates futt, onmfmn efudUoram tesitomlo, (Bthsque ]iidick> Onede, qmxm prudentia et acumineet venuslate et sublililate, tum vero eloquentia, varietate, copia, quam se cumque in parlem dedisset, omnium facile princeps. (Cic, de Oral., Ill, 16.)

une imperturbable fidélité à ses principes, Tempire sur soi et sur ses passions, ou la possession de soi-même (Mém.j I, 2), Tobéissance à la raison, une égalité d'âme qui ne se démentit jamais. Ce calme, cette sérénité et cette intrépidité qu'on a déjà pu admirer, il les montra partout dans sa vie entière, dans sa prison et devant ses juges, comme dans les derniers moments qui précédèrent sa mort.

2* Caractère particulier de ses vertus. — Les autres vertus de Socrate, d* accord avec son caractère, sont le plus complet désintéressement, la tempérance et la frugalité (Mém.^ I, S, 6), l'austérité même, le mépris des plaisirs des sens, l'éloignemeut du faste et de la mollesse. (Ibid.) C'est aussi la patience, l'indulgence, la bienveillance, l'absence de tout orgueil et de toute vanité. Sa tempérance ne va pas jusqu'à proscrire le plaisir des sens. Il le modère. Il jouit de la vie en tout ce qui est bon et rejette ce qui est mal ou ce qui nuit au corps et à l'âme. — Veut-on de lui qu'il soit humble ou modeste ? L'humilité est une vertu chrétienne, et la modestie ellemême trop réfléchie pour être appliquée à un ancien. Mais il dédaigne l'opinion qu'on a de lui, ne cherche ni la gloire ni la renommée. Toute sa conduite est exempte d'amour-propre et de retour sur lui-même. Une certaine fierté naturelle, qu'on ne peut taxer d'arrogance, parce qu'elle s'allie bien à des sentiments nobles et qu'elle est née d'une conscience pure, se trahit dans sa manière d'agir et de parler. C'est elle surtout qui indisposa ses juges. Il est peu sensible aux attaques ou aux railleries dont sa personne est l'objet. (Diog. L.) L'injustice le touche peu. Il est équitable envers ses ennemis. Il ne s'irrite pas contre eux, car il veut qu'on fasse le bien pour le mal. (Voy. infra.) Hais va-t-il jusqu'au pardon des injures ? Ses dernières paroles à ses juges, après qu'il fut condamné, ne respirent ni la douceur ni la clémence. — Il est d'autres vertus qu'on ne saurait davantage lui demander sans injustice. On l'a vu, pour lui la vie domestique a peu de prix. Il a une femme et des enfants qu'il se contente d'élever, comme les autres citoyens, leur donnant de bons conseils. (Mém.^ Il, 2.) Voudrait-on qu'il eût été un bon père de famille, et même, au sens moderne, un bon mari? Celte critique peu intelligente des mœurs antiques serait injuste, au moins étroite; c'est méconnaître la vraie mission de Socrate.

3*» Ses rapports avec les jeunes gens. — Ce point offre aussi quelque chose des mœurs antiques. Mais ce qu'ont dit quelques auteurs, à ce sujet, est pure calomnie. Platon, qui s'attache à dis-

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